Sombres citrouilles – Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz

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Tous les ans, au 31 octobre, la famille Coudrier se retrouve au grand complet autour de Papigrand pour fêter son anniversaire. Dans le domaine de la Collinière, la bâtisse  familiale qui se dresse fièrement laisse s’envoler l’écho des cris des enfants dans les couloirs, les chuchotements des plus grands, et laisse entrevoir des regards échangés sombres ou complices… Comme toujours, Mamigrand  est autoritaire et Papigrand a l’air ailleurs, la  réservée Clara à leur service depuis trente ans fait du matin au soir les mêmes gestes sans se plaindre, au fond du parc dans une petite maison Edith attend chaque jour avec impatience l’arrivée de l’infirmière et sa piqûre bienfaisante, le voisin chasseur Blaise est amoureux fou, Madeleine la parisienne détonne, Gil le charmeur est fidèle à lui-même, la professeure de musique intrigue, Rose est indécise… et les cousins Hermès, Colin, Annette, Violette s’amusent et grimacent s’ennuient et songent… et au-dessus de la Collinière plane l’esprit d’oncle Dimitri disparu trop tôt. Mais cette année-là sera pourtant à marquer d’une pierre blanche car en ce 31 octobre, les enfants découvriront le cadavre d’un homme inconnu gisant au milieu des citrouilles du potager. Et pour protéger leur famille, ils dissimuleront le corps et mèneront l’enquête, avec finesse et solidarité. Une histoire « agatha christiesque » à souhait avec des secrets de famille, des mensonges et des non-dits, le passé qui remonte à la surface, des fausses pistes, et le puzzle qui prend lentement forme. Les illustrations renforcent l’atmosphère mystérieuse en mêlant les couleurs automnales, le noir et le blanc du temps d’avant, et la phosphorescence des scènes nocturnes, en alternant les pleines pages, les cases, les dialogues, la narration, en changeant les angles de vue, en mettant le focus sur l’expression des regards – qui en disent long -.

Sombres citrouilles, bande-dessinée jeunesse de Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz, dès 12 ans, Rue de Sèvres, octobre 2019 —

Calpurnia T.2 – Daphné Collignon, d’après le roman de Jacqueline Kelly

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1899, Texas. L’été s’achève, le coton dans les champs va bientôt être récolté et Calpurnia ne cesse d’observer la nature qui la fascine tant. La plante rare trouvée avec son grand-père a été envoyée pour analyse dans un institut à Washington, peut-être est-ce une grande découverte? Mais son enthousiasme dans l’attente de ce résultat est mis à mal par le poids chaque jour plus pesant de la bienséance liée à son rang… Sa mère est bien décidée à faire entrer son unique fille dans le « monde ». Elle, la jeune fille de famille aisée dont le rêve est de devenir naturaliste, est contrainte d’être débutante. De prendre sa place dans la bonne société, d’apprendre à cuisiner broder, de voir défiler les prétendants, de faire un beau mariage et de beaux enfants… Elle, la jeune fille curieuse passionnée de sciences, les cheveux toujours lâchés, les pieds nus, les mains dans le vent la terre l’eau, les yeux grands ouverts sur les rivières les insectes, les arbres, des idées des réflexions des raisonnements à profusion… À l’aube d’un siècle nouveau, un avenir plein de promesses, on voudrait l’enfermer dans un cercle, une tradition, et faire fi de son envie, de ses désirs, de ses projets. À l’aube de ses douze ans, Calpurnia est submergée par des émotions confuses et contraires. Son cœur oscille sans cesse entre ce qu’elle est, ce qu’elle souhaite être, et ce qu’on veut d’elle. Un trouble qu’a parfaitement su retranscrire Daphné Collignon dans ses dessins tantôt lumineux tantôt graves, et dans sa mise en page avec des cases traditionnelles et des planches proches du journal intime. Une BD qui amène à réfléchir sur la condition de la femme, les tourments de l’adolescence et la passion – ici pour la science – comme lueur  de liberté.

« Il y avait peut-être une place pour moi dans ce monde, après tout. Une place où je ne serais ni étrange ni égoïste, où je ne serais une déception pour personne. Qui pourrait être déçu par une femme qui découvrirait tant de merveilles scientifiques? Ma mère, sans doute. Mais je ne voulais pas y penser. »

Calpurnia T.2, bande-dessinée de Daphné Collignon d’après le roman de Jacqueline Kelly, à partir de 11 ans, Rue de Sèvres, février 2020 —

Liloo fille des cavernes T.3 Le pays au-delà des mers – Stéphane Tamaillon et Pierre Uong

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Incroyable, dans ce troisième tome, l’intrépide Liloo est terrassée par une grande fatigue. Ses parents, inquiets, décident de l’envoyer prendre l’air quelques temps chez leurs cousins du Clan des Gambas au bord de « la grande étendue ». Accompagnée de Canine son lion fidèle, Silex et les frères Grom et Brom, Liloo embarque sur une pirogue. Au bout de quelques heures, une terrible tempête fait rage et chahute l’équipage. Sonnés mais soulagés d’être sains et saufs, ils ouvrent les yeux sur un rivage inconnu. Heureusement, Gazelle, la fille du chef de Clan Patouchojigos les accueille avec le sourire et leur offre l’hospitalité. Ici, les animaux sont sacrés, le village vit en harmonie avec la nature. Pas question de manger de la viande, au grand désespoir de Liloo et de ses compagnons! Mais pas le temps de se plaindre ; une étrange tribu masquée fait irruption, met le feu au village et s’enfuit. Au petit matin, Gazelle a disparu. Kidnappée! Ni une ni deux, Liloo, bien décidée à retrouver la fillette et à démasquer les coupables s’enfonce dans la jungle…
Une BD jeunesse vive drôle et mystérieuse à l’image de Liloo, une héroïne « préhistorique » si attachante courageuse et moderne.

« -Dis-moi, les « tiens » comme tu dis. Ils n’ont rien contre les étrangers au moins? – Bien au contraire. Les voyageurs sont toujours les bienvenus chez la tribu des Patouchojigos. »

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Liloo des cavernes, T.3 Le pays au-delà des mers, bande-dessinée de Stéphane Tamaillon et Pierre Uong, à partir de 7 ans, BDmousse, éditions Frimousse, janvier 2020 —

Kong-Kong T.2 Un singe pour la vie – Yann Autret et Vincent Villeminot

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Et voilà la suite tant attendue des formidables aventures d’Héloïse, Abélard et de leur ami pour la vie, le si bien nommé Kong-Kong, le singe sur le toit. Vivre entouré de béton n’est pas toujours facile pour Abélard le rêveur, qui a connu la campagne, mais son amitié avec Héloïse la guerrière et Kong-Kong le bienveillant, met du soleil dans ses jours gris. On retrouve avec plaisir l’alternance de saynètes avec les dialogues savoureux entre les enfants, émaillés de réflexions philosophiques d’observations saugrenus et de drôles d’expériences, et de pleines pages avec Kong-Kong, ce qui accentue l’immensité du singe. Il est beaucoup question d’ennui dans cet album. Un sentiment que les deux amis arrivent à contrer en s’inventant des histoires de chevaliers et de super-héros, en jouant de la musique, en faisant des courses dans l’escalier de leur immeuble, en discutant avec la fantasque Madame Junot… mais Kong-Kong, lui, se sent bien seul sur son toit… Si Héloïse et Abélard viennent le voir souvent, leurs différences de taille de poids et de force rendent souvent les jeux  dangereux. Plus les jours passent, plus le singe est mélancolique. Et l’arrivée de l’automne n’arrange pas les choses!
Une suite toujours aussi tendre, amusante poétique et dans l’air du temps – des sujets sur le genre, le respect des animaux, la violence, le réchauffement climatique… sont abordés-, avec une note plus sombre qui va en surprendre plus d’un.

Kong-kong T.2 Un singe pour la vie, bande dessinée de Yann Autret et Vincent Villeminot, à partir de 7 ans, Casterman, novembre 2019 —

Sacha l’été – Raffaella Bertagnolio et Jean-Christophe Mazurie

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L’été et les vacances sont là. Sacha débarque chez ses grands-parents, qu’elle connaît à peine,  en pleine campagne – ou plutôt, est débarquée chez eux, par ses parents -, et ce n’est pas le grand enthousiasme… L’accueil de sa grand-mère est glacial « On n’a pas idée un prénom pareil et cette allure… on sait même pas si c’est un garçon ou une fille! ». Sacha est sidérée, cette mamy acariâtre dont on ne voit que le dos n’apparaîtra plus dans l’album – mais on sait que la petite fille adorera ses succulents repas… Heureusement son papy, grand amoureux de la nature et débordant d’imagination est gentil et fantasque. Et avec lui – et son chien -, pas le temps de s’ennuyer! Chaque jour, une nouvelle balade!  Ils iront cueillir des champignons magiques – car nés du mariage entre la pluie et le soleil -, rencontreront le grand ami de papy, l’ours – un fan de nouvelles technologies -, discuteront avec un crapaud – qui, pour rien au monde ne veut redevenir prince -, passeront une journée à la pêche troublée par des lapins très pénibles, assisteront au coup de cœur du chien pour une belle brebis – elle qui vient de quitter le troupeau en quête de liberté, ne s’en laissera pas compter- … La fillette rentrera chez elle, le cœur lourd, empli  des beautés « magiques » de la nature et avec, dans ses valises, un compagnon tout mignon – qui rêve de vivre en ville!
Une chouette BD où la réalité et l’imagination se mêlent pour le plus grand plaisir du lecteur. Sacha est attachante à souhait et si bien croquée, les animaux font entendre leurs émotions, c’est drôle, tendre et haut en couleur! Et puis, un peu de soleil dans cet automne tout gris, qu’est-ce que ça fait du bien!

« – Nom d’un brocoli, papy, c’est quoi?!
– C’est l’Ours, mon copain l’Ours.
– Mais ça n’existe pas UN OURS QUI PARLE!!!
– Et pourquoi ça parlerait pas un ours? Ça parle bien un chien.
– Non d’un navet! Le chien maintenant! C’est un cauchemar!!
– Mais non, mais non, c’est la nature quand tu es prête à la regarder et à l’entendre. »

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Sacha l’été, album de Raffaella Bertagnolio et Jean-Christophe Mazurie, à partir de 7 ans, éditions Frimousse, juillet 2019 —

ethel et ernest – Raymond Briggs

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Une vie en bulles et en dessins, l’histoire vraie d’un amour de quarante ans, la traversée d’un demi siècle, l’hommage émouvant d’un homme à ses parents, Ethel et Ernest.
1928, l’amour naissant donne des ailes, le mariage s’ensuit naturellement. Puis c’est l’installation dans la grande maison vide de briques rouges. C’est la joie, la clarté, la chaleur, la douceur, le grand bonheur. La vie s’emballe, le travail, le quotidien, le manque d’argent, la débrouille. Enfin l’enfant tant désiré arrive. L’amour s’étend, immense. La modernité avance, l’argent continue à manquer… mais l’enfant qui grandit fait oublier les mauvais moments, éclaire tout. Et voilà que la guerre gronde au loin, se rapproche inévitablement, prive l’horizon de lumière. On éloigne l’enfant. La campagne anglaise le protégera tant qu’il le faudra, même si c’est dur de le voir partir. La paix reviendra sur la pointe des pieds, l’enfant décrochera une bourse, voudra devenir artiste… Ethel et Ernest vieilliront et toujours poursuivront leurs chamailleries, leurs éclats de rire, leur tendre regard l’un envers l’autre… Aucune épreuve n’aura atteint leur amour.
Ethel et Ernest, l’existence rayonnante d’un couple ordinaire pour le lecteur qui peut s’identifier à l’envie, la vie heureuse de parents extraordinaires contée divinement par un fils aimant et aimé.

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ethel et ernest, bande-dessinée de Raymond Briggs, traduit de l’anglais par Alice Marchand,  à partir de 8 ans, Grasset Jeunesse, nouvelle édition, octobre 2019 —

La vie hantée d’Anya – Vera Brosgol

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Un matin comme les autres, Anya prend le chemin du lycée, le ventre vide et le visage fermé. Le miroir lui renvoie une image qu’elle a du mal à supporter. Elle se trouve trop grosse… C’est sûrement pour cette raison, pense-t-elle, que le beau Sean ne la regarde pas. Et aussi à cause de son accent russe… De toute façon, elle n’arrive pas trouver sa place ici. En colère, amère, elle se fâche avec une camarade de classe en attendant le bus. À cran, Anya décide d’aller au lycée à pied. Mais en traversant un parc, elle tombe dans un puits. Habité par un fantôme. Le fantôme d’Emily, une jeune fille de son âge.
Emily, spectre centenaire, va ce jour-là entrer dans la vie d’Anya et la bouleverser. Malgré elle, Emily permettra à Anya de s’affirmer. Elle lui donnera de l’allant du courage de l’audace de la fantaisie. Mais la métamorphose de l’une va entraîner d’inquiétants changements chez l’autre. Anya enquête alors sur la mort tragique d’Emily en 1918, cette dernière lui a-t-elle tout dit?
Vera Brosgol évoque avec justesse l’adolescence et ses tourments en mêlant habilement le quotidien et le fantastique. La rondeur des dessins, les gros plans sur les visages – expressifs à souhait – le camaïeu de gris, enveloppent l’histoire de mystère et de frayeur et entretiennent l’empathie.anya3

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La vie hantée d’Anya, BD jeunesse de Vera Brosgol, traduit de l’anglais (USA) par Alice Delarbre, à partir de 11 ans, Rue de Sèvres, août 2019 —