La dernière fois que j’ai vu Adèle – Astrid Éliard

adèle.JPG

Un soir elle n’est pas rentrée, les soirs suivants non plus. Cela faisait des jours déjà, qu’elle ne lui parlait plus, ne la regardait plus, ne l’écoutait plus. Elle, c’est Adèle, seize ans. La fille de Marion. Cette mère, déjà bousculée par une séparation récente – avec le père de ses enfants -, est sonnée. Les sentiments valsent avec leurs interrogations : la colère, l’inquiétude, la peur, où, pourquoi, comment… Puis la culpabilité débarque, fracassante : Qu’a-t-elle fait de mal, de travers? Pourquoi n’a-t-elle rien vu? Pas assez présente, aimante, rassurante, indulgente?  Elle sait bien que l’adolescence a ses tourments. Que sa fille lui échappait ces derniers temps. Mais elle ne pensait pas qu’Adèle partirait, s’évaporerait ainsi dans la nature. Et que s’installeraient dans sa vie solitude silence et tension… Père, frère, amis, voisins, Police, tous s’affairent. Ils placardent le visage d’Adèle partout. Et attendent, impuissants.
Un attentat est perpétré au Forum des Halles à Paris. Vingt-cinq personnes sont tuées. Vite, Marion s’assure que sa fille n’est pas sur la liste des morts et là c’est le choc : une caméra de surveillance a capté le visage de la complice des terroristes, en partie dissimulée sous un hidjab. Marion reconnaît le regard d’Adèle.
Astrid Éliard déroule  le parcours inexorable de cette mère, en quête de sens. Le corps brisé mais le cœur battant fort, cette mère pleine d’amour et d’espoir entièrement tournée vers sa fille,  puise au plus profond d’elle pour comprendre l’indicible.

« Comment en est-elle arrivée là? À quel moment tout a basculé dans cette espèce de… de… drame? Marion reprend le fil des événements depuis vingt-quatre heures, elle n’arrive pas à voir… à trouver le nœud. Tout semblait si banal, si quotidien. le courrier sur le paillasson, Timothée sur le canapé avec ses écouteurs… À quel moment précis est-elle tombée de l’autre côté? Du côté des gens qui deviennent tristement célèbres dans leur immeuble, leur quartier, parce que la photo de leur enfant a été imprimée sur un avis de recherche? »

 » Le pire, c’est quand elle s’est aperçue qu’elle ne pouvait plus lui dire : »Allô Antoine? C’est moi », car ils n’étaient plus toi et moi, comme les deux diamants de sa bague de fiançailles – qu’elle a gardée et qu’elle porte toujours  – elle était elle et il était lui (…) »

« Le calme des lendemains de catastrophe n’est que de surface, l’intranquillité cuisant à gros bouillons, juste derrière. La peur a raidi les voyageurs sur leurs strapontins, elle a replié leurs journaux, refermé leurs livres, supprimé la musique de leurs écouteurs, se dit Marion en observant les usagers du métro. À la station Varenne, elle déchiffre un tag sur un mur carrelé : « Vous n’aurez pas ma PEUR. » Mais la peur les a bel et bien attrapés, non? »

La dernière fois que j’ai vu Adèle, roman d’Astrid Éliard, Mercure de France, Août 2019 —

7 commentaires sur “La dernière fois que j’ai vu Adèle – Astrid Éliard

    1. J’ai beaucoup aimé la façon dont Astrid Éliard avait abordé le sujet, avec justesse et sensibilité mais sans pathos, et sa plume très littéraire est si belle.

    1. Le sujet est glaçant en effet, mais il est de ces sujets dont il est nécessaire de parler. On est forcément plein d’empathie pour cette mère en quête de sa fille qui se perd… bises.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s