L’arbre de Tata – Yu Liqiong et Zaü

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En Chine, de nos jours. Une jeune femme se souvient avec tendresse de l’année de ses six ans. Ses parents l’avaient alors confiée à sa grande tante dans le bourg voisin durant la reconstruction de leur village, dévasté par les rafales d’une tempête. Elle revoit son visage ridé et si doux, ses yeux fatigués et si pétillants,  ses fausses dents et son si joli sourire. Tata était très âgée, et pourtant jamais elle ne s’était ennuyée à ses côtés. Elle lui racontait la vie d’avant, la Chine d’autrefois, sa jeunesse, ses lectures, ses voyages, ses moments de bonheur et de malheur aussi… À la belle saison, entre rires et palabres, la vieille dame l’emmenait dans le parc au bout de la rue, une agréable promenade  qui se terminait toujours sous le sophora, un vieil arbre majestueux. À l’époque, la fillette trouvait cet arbre pareil à mille autres jusqu’au jour où son aïeule lui montra des marques sur son tronc. Des gravures belles et profondes, le vestige d’un amour éternel…

Quand l’arbre fut abattu, le cœur de Tata se brisa. Il en sorti de la tristesse et du chagrin, de la nostalgie et de l’ amertume… mais des années plus tard, cet arbre vit encore dans la mémoire d’une jeune femme.

Une histoire de transmission faite de souvenirs d’enfance, de liens tendres et précieux, d’amour et de fragilité avec en toile de fond une Chine en pleine mutation. Comme toujours, Zaü insuffle une puissance émotionnelle bouleversante dans ses illustrations.

« Tata s’est approchée de son arbre et, se baissant un peu, a doucement  caressé le tronc du bout de ses doigts.  Un vent léger soulevait un coin de son châle rouge grenat. Intriguée, je me suis avancée pour m’accroupir à côté d’elle. Là, dans un creux de la vieille écorce rugueuse, j’ai découvert quelques entailles à peine visibles. »

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L’arbre de Tata, album jeunesse de Yu Liqiong et Zaü, dès  7 ans, Éditions Hongfei, septembre 2017 —

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Cinq centièmes de seconde – Lois Lowry

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Molly et Meg sont sœurs. Comme le jour et la nuit, elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Molly, 16 ans, est solaire affable et gracieuse. Meg, 13 ans, est réservée distante et se sent bien fade, face à la beauté et à la joie de vivre de son aînée. Leur père, professeur et auteur, décide de se mettre au vert avec sa petite famille pour écrire. En plein hiver, ils emménagent tous les quatre dans une vieille maison, en location, datant du 19ème siècle entourée de bois et de champs. Si Molly ne paraît guère gênée par le changement, Meg elle, est déstabilisée, surtout qu’elles doivent dormir dans la même chambre. La cohabitation n’est pas simple.

Les mois passent, les disputes entre les filles sont légion. En février, Molly  saigne souvent du nez et s’épuise vite… L’été arrive ; les champs se remplissent de fleurs de toutes les couleurs, le soir le ciel se constelle d’étoiles par milliers, la nature environnante devient un lieu magnifique d’exploration pour Meg, photographe amateur. Ses rencontres avec Will, le propriétaire des lieux – un vieil ébéniste féru de botanique et de photographie – et avec le jeune couple, Ben et Maria, de la maison d’à-côté, qui attendent la venue de leur premier enfant, vont apporter de la lumière et de la sagesse dans l’existence de la jeune fille.

Meg s’éveille s’anime et se révèle au monde quand Molly s’éteint s’essouffle et succombe, atteinte d’une leucémie.

Roman d’ombre et de lumière où l’écriture lente et intense écume d’émotion. Une enfance qui s’en va, au plus près de la nature de la générosité et de la bienveillance, une douleur qui assaille et un vide qui cogne… Une nouvelle vie à apprivoiser, en gardant en soi les traces d’autrefois, des instantanés précieux.

« La musique s’est arrêtée. Nous sommes restés face à face et brusquement j’ai dit : – Je voudrais bien que Molly soit là. Ma mère a émis un petit bruit, alors je me suis tournée vers elle : elle pleurait. Effarée, j’ai regardé papa : les larmes roulaient  sur ses joues, à lui aussi : c’était la première fois que je voyais pleurer mon père. Je lui ai tendu les bras à mon tour, et ensemble nous avons enlacé maman. La musique a recommencé, une autre chanson triste et lente, datant d’un été oublié, et nous avons tourné lentement tous les trois. Les fleurs au mur se brouillaient au fur et à mesure que les larmes débordaient de mes paupières. Je les tenais serrés tous les deux dans mes bras tandis que nous oscillions doucement en rythme, bien collés, dans une étreinte intime qui excluait le reste du monde, dansant et pleurant en même temps. »

«  »Nous sommes de l’étoffe dont les songes sont faits. Notre petite vie est au creux d’un sommeil », a-t-il dit de sa voix réservée aux citation. C’est du Shakespeare, Meg. »

« Mes traits avaient quelque chose de ceux de Molly. Ça m’a fait un choc de m’en apercevoir. La ligne qui définissait la forme de mon visage, la ligne qui séparait la noirceur des arbres de la lumière qui se reflétait sur mon front et mes joues était identique à celle qui autrefois définissait le visage de Molly. C’était une ressemblance éphémère, je le savais, mais quand Will avait braqué son objectif sur moi durant cinq centièmes de seconde, il l’avait capturée, rendant ainsi éternel ce que j’avais en moi de Molly. »

Cinq centièmes de seconde, roman jeunesse de Lois Lowry, traduit de l’anglais (États Unis) par Laurence Kiefé, à partir de 13 ans, Casterman, réédition (premier roman de l’auteure publié en 1977), Août 2017 —

Tant pis pour la pluie! – Stéphanie Demasse-Pottier et Lucia Calfapietra

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Dedans c’est l’ennui, dehors c’est la pluie… Deux enfants s’embêtent, allongés sur le canapé. Même le chien, dans son panier, est couché. Ils doivent rester au chaud à l’intérieur en attendant qu’il ne pleuve plus. Que le temps paraît long… Bientôt le doux bruit de la pluie qui frappe à la vitre semble appeler les enfants. Alors ils se hissent sur la pointe des pieds pour assister au spectacle de la pluie à travers la fenêtre : un oiseau se protège sous une feuille, un escargot grimpe sur un mur, des garçons et des filles font du vélo dans les flaques en riant aux éclats… Tous ont l’air de s’amuser joyeusement ! Dans la maison, à l’inverse, tout est calme et monotone. Heureusement, les visages moroses et les tristes mines des enfants n’ont pas échappé au regard bienveillant de leur maman : « Tant pis pour la pluie! Mettez vos cirés, vos bottes. Allez ouste, on sort d’ici! » Sitôt dit sitôt fait, les voilà sous la pluie. Ils rayonnent.

L’égrènement des mots comme une ritournelle, le balancement entre le dedans le dehors le devant le derrière le haut le bas le près le loin, le jeu des couleurs et des angles de vue, autant de trouvailles belles et captivantes dans cet album… qui parvient judicieusement à faire oublier le sentiment de tristesse véhiculé habituellement par la pluie.

« Les feuilles des arbres sont pleines d’eau. On tend la main pour attraper les gouttes. C’est doux, c’est froid, c’est rigolo. »

« Tombe, tombe, tombe la pluie… Que cette journée est jolie! »

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Tant pis pour la pluie, album jeunesse écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Lucia Calfapietra, dès 3 ans, Grasset Jeunesse, Août 2017 —

Charlotte Cardin… Les échardes

Berçons-nous comme des amoureux
Comme si ce n’était qu’un jeu
Et que tout pouvait changer
Si on jouait bien les dés
On s’est laissé fanner sous

Les ciels bleus de nos yeux doux
On se lasse, nos cœurs se nouent
Puis on s’oublie et ça passe
Ça passera

Temps perdu, fils que l’on rattache
Des échardes que l’on s’arrache
Et je voudrais que tu saches
L’épine au cœur se replace
Se replacera

Par la fenêtre de nos ennuis
On a vu s’enfuir nos vies
Et on a couru après
Évidemment sans succès
Je t’aime et t’aimerai
Je t’aime et t’aimerai

Charlotte Cardin, jeune auteure compositrice interprète québécoise – 22 ans ! –  à la voix envoûtante et au charme fou vient de sortir son album Main Girl… une pépite musicale à découvrir absolument!

L’Petit Mardi est en kiosque!

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L’Petit Mardi magazine a débarqué dans les kiosques ce matin. Bimestriel d’une cinquantaine de pages, exclusivement culturel, rédigé par seize plumes âgées de 16 à 19 ans, abordant la musique, la littérature, la mode, le cinéma, les séries tv, la gastronomie, l’histoire, l’actualité sociétale politique économique française européenne et mondiale, L’Petit Mardi offre un éclairage intelligent pertinent et plein de pep’s sur la culture dans un souci d’accessibilité et d’ouverture. Même si le lectorat-cible de ce magazine touche les 15-35 ans, du haut de mes 41 ans, j’ai beaucoup apprécié ce premier numéro, au tout petit prix  – 0,90 euro -.

Et dans ce numéro on trouve entre autres : un dossier passionnant sur le rayonnement culturel français dans le monde, une  rencontre avec l’artiste rouennais Petit Biscuit qui se produit régulièrement à l’étranger -, une réflexion sur la place de la presse papier, des chroniques littéraires, un sujet sur la réforme par ordonnances – explication -, l’actualité théâtrale – la comédie musicale Grease, le programme de la comédie française -, et puis un peu de culture pop avec le Girl Power, de la musique avec Angus et Julia Stone Darius Kendrick Lamar, un article sur la série Glow, un peu d’histoire avec la chute des Templiers, du cinéma avec la relation entre l’homme et la technologie dans les films…

Pour en savoir plus sur la genèse, la composition de l’équipe, les projets… :

Le site : http://www.lpetitmardi.fr

Le compte Twitter du magazine : @lpetitmardi

Le hashtag utilisé pour la sortie du magazine : #CultureJeTaime

Un magazine tout frais, 100% culturel, pétillant et malin. Une belle découverte!

 

Louise – Stéphanie Demasse-Pottier et Magali Dulain

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Si jolie avec ses longs cheveux blonds, si grande qu’on la pense conquérante, Louise porte pourtant une carapace bien pesante. Sa vie n’est pas si belle, elle est faite de confusion, de complications et l’envahissante solitude assombrit ses journées.  Pour se préserver, elle s’isole et s’envole en rêve, elle parle aux arbres et envie les hirondelles et leurs voyages. Même si parfois, elle ne peut pas retenir ses larmes…

« Et puis, un jour… Elle arriva. Elle portait le même prénom. »Louise et ses beaux cheveux bruns coupés au carré… Différente et si semblable, Louise et Louise…

Elles étaient deux désormais, à marcher côte à côte, à rêver, à penser, à se rassurer, à se raconter leur histoire, à partager leurs rires et leurs peines… Les larmes coulaient encore mais une main amie était toujours là pour les essuyer.

Du noir et du blanc, des mots implicites, de la sensibilité, de la profondeur, et comme une caresse une merveilleuse amitié, salvatrice de tous les maux.

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Louise, album jeunesse écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Magali Dulain, à partir de 6 ans, Éditions de L’étagère du bas, Septembre 2017 —