Dracula – Nathalie Wolff et Elsa Oriol

Impatiente, heureuse, un peu intimidée aussi, la narratrice – d’une dizaine d’années – est en partance pour un singulier voyage, avec sa sœur et ses parents. Un voyage au pays de ses origines. Un pays que ses grands-parents ont quitté malgré eux. Une terre devenue sombre et froide, où la terreur régnait, implacable. Tyrannie, guerre, obscurantisme… Il fallait fuir, c’était la seule chose à faire. Ainsi, ses aïeux, bravant les dangers, arrivèrent en France, un territoire accueillant et libre. Alexander, le grand-père, lui raconte souvent l’histoire du comte Dracula, horrible et cruel – symbole pour lui de la dictature du pays qui l’a vu naître -, et du livre qu’il avait commencé à écrire là-bas, d’une plume combative courageuse et alerte. Un manuscrit que cette famille a pour mission de retrouver. Un objet précieux, le témoignage d’une époque. Une passation, une mémoire, une transmission nécessaire. Accroché à sa voix, nous suivons donc la quête de la narratrice et des siens sur les traces foulées jadis par ses grands-parents. Une recherche émouvante captivante, un peu angoissante aussi… Remettra-t-elle la main sur ce livre et son histoire – familiale -?

Un périple initiatique sur les affres de la dictature, la mémoire familiale, la fragilité de la liberté, l’importance du lien intergénérationnel, et le pouvoir des livres et de la lecture comme témoins essentiels. Quant aux illustrations, elles envahissent les pages dans un jeu de lumière de reflets d’ombre et laissent transparaître une intensité incroyable dans les regards et les attitudes des personnages, en parfaite osmose avec les émotions du texte.

Dracula et moi, album jeunesse écrit par Nathalie Wolff et illustré par Elsa Oriol, dès 6 ans, éditions Drôle de zèbre, 2019 —

Les risées du lac – Emmanuelle Grangé

Un lac, le Léman, probablement. À ses abords, une grande maison, bourgeoise. Dedans – par intermittence -, un mari volage, depuis des lustres. Les trois enfants, grands aujourd’hui, ont quitté le nid. Marcel, le vieux jardinier venu d’Algérie, irradie de sa chaleur et de sa prévenance cette demeure si vide si froide. Quant à Françoise, épouse délaissée, elle promène sa mélancolie d’une pièce à l’autre, et plonge régulièrement dans les eaux du lac. Cette immersion la sauve, lui donne de la force, la maintient Vivante. Et cette étendue lisse au calme apparent est à l’image de son existence : ne montrant aux autres que la surface des choses – alors qu’à l’intérieur ça boue ça remue ça tempête. Le lac, comme Françoise, est dormant. Le temps passe et rien ne change. La dépendance financière empêche tout soulèvement… Arrive alors Viviane, telle une onde de choc, dans la vie de Françoise. Viviane est la secrétaire de François – et sa maîtresse attitrée -. Les deux femmes se rencontrent, s’apprécient, s’apprivoisent. Une complicité clandestine s’installe. Elles passent des moments ensemble mais ne parlent pas de ce qui les « réunies » – leur « ennemi » commun – Elles font front sans dire les choses. Même la violence physique, qu’il leur inflige, elles ne la partagent pas en mots. Mais le seul fait d’être l’une avec l’autre – des alliés – les garde droites, dignes. Malgré la peur. Jamais elles n’agiront pour bousculer François. Il coulera seul, de lui-même. Sans avoir eu vent de leur singulière amitié. Sous le coup de risées insondables… Il règne dans ce roman une atmosphère chère aux films de Chabrol. J’ai beaucoup aimé.

« Parler, mettre à nu les petits, les gros bobos, geindre, souffrir à nu ne nous effleurent pas, nous supportons le ronronnement de la cocotte-minute, nous dégoupillons à temps la soupape lorsqu’elle agace, menace le confort construit pas à pas. Nous recevons une violence corporelle comme un infime égarement, une faute qui confirme la règle ; nous nous en relevons, magnanimes. Les saisons passent comme autant de cicatrices cautérisées, léchées. Si nous prenons garde de ne pas exposer au soleil ces égratignures, celles-ci disparaissent , seule une trace blanche perdure dont on ne sait plus la provenance, le pourquoi, le comment, le qu’est-ce. Nous en sommes là François et moi, en ce printemps splendide, accompagnés de Marcel, des enfants lointains mais bienveillants, de Viviane; « 

Les risées du lac, roman d’Emmanuelle Grangé, éditions Arléa, avril 2021 —

L’aimant – Lucas Harari

Dès la couverture, nous plongeons dans cette eau bleu qui s’offre, au côté de Pierre. Le jeune homme, ancien étudiant en architecture, se rend enfin sur les lieux tant fantasmés. Les thermes de Vals, en Suisse. Des bains conçus par le célèbre architecte Peter Zumthor, en partie enfouis sous terre, en harmonie avec le paysage montagneux. Pierre avait commencé une thèse sur les thermes, qu’il avait dû interrompre pour des raisons de santé mentale. Aujourd’hui, il y est en immersion. Et dessine sur son carnet, à longueur de temps ses formes géométriques, ses stries, ses passages, ses couloirs, ses bassins, ses fenêtres. L’esthétisme de l’endroit le fascine, l’aspect technique le passionne, l’univers minéral l’attire. Le bâtiment prend bientôt des airs de temple mystique pour Pierre. Des incohérences apparaissent… alors il part à la recherche de réponses dans la montagne qui se dresse, majestueuse. Il a alors connaissance d’une légende : une histoire de pierres, qui vibrent et volent, comme aimantées. Comme si la montagne se mettait en colère. C’est lors d’une de ses rages qu’elle aurait englouti un jour de 1914, un soldat déserteur. Le réveil de sa fureur est d’ailleurs peut-être pour bientôt! Les mystères qui gravitent autour de Vals intriguent également une autre personne, qui suit de très près les investigations de Pierre…

Une BD romanesque à souhait, envoûtante. Un polar oscillant entre fantastique et réalité, une quête initiatique, une réflexion sur l’architecture et son influence. Les cases, sans espace entre elles, accentuent l’effet d’enfermement, et happent le lecteur comme un aimant. Comme les aplats de couleurs bleu et rouge cernés de noir, et les ombres qui rôdent et s’allongent. L’attraction est totale, on se laisse complètement emporter, hypnotiser. Éblouissant! J’ai adoré!

L’aimant, bande dessinée de Lucas Harari, éditions Sarbacane, 2017 —

Tout le bonheur du monde – Claire Lombardo

La famille Sorenson, une tribu attendrissante aux histoires foisonnantes. Une famille nombreuse – plus ou moins heureuse – dans tous ses états ; ses éclats, ses joies, ses secrets, ses souffrances, ses folies, ses reflets flous. Quarante ans de vies virevoltantes à souhait, autour de Chicago, et de l’arbre familial, un Ginkgo centenaire qui se dresse fièrement au milieu du jardin. Il abrite et scelle l’amour incommensurable de David et Marilyn. Un amour intense qui fait souvent de l’ombre aux quatre filles du couple. Les 700 pages filent à une vitesse folle, on s’attache aux personnages, et comme eux nous surfons sur les vagues – à l’âme, les débordements d’émotions, les rebondissements -. Au fil des chapitres, des flash-back (des années 70 à nos jours), le puzzle familial se constitue, levant le voile sur les traumatismes, nos incompréhensions, nos colères, nos agacements sur certaines réactions. Marilyn et David s’aiment follement, il deviendra médecin, elle arrêtera ses études pour élever leur quatre filles, Wendy, Violet, Liza et Grace. Autant de vies faites de hauts et de bas ; des amours naissants, des mariages, des grossesses, des séparations, des dépressions, des maladies, des deuils, des abandons, des regrets, des rêves, des renoncements, des mensonges, des trahisons, des attentes… Des enfants qui ont du mal à trouver leur place dans la fratrie et face à leurs parents fusionnels. Des liens qui se tendent et se distendent, des relations complexes, des jalousies, des différences sociales… L’arrivée de Jonah, jeune homme de seize ans – que l’une des filles a abandonné bébé – va bouleverser cette famille – dans le bon sens du terme. En les mettant face à leurs contradictions, en agitant d’anciennes querelles, en posant un regard neuf juste et sincère sur chacun de ses membres. Une saga à dévorer, tendre et drôle – cynique parfois – infiniment touchante. Un premier roman prenant, à la construction habile et à l’écriture enlevée, pour notre plus grand bonheur. Claire Lombardo, une conteuse sur laquelle la littérature américaine peut désormais compter!

« Elle vit qu’il se faisait violence, même pour un acte aussi banal. Elle finirait par trouver sa réserve délicieusement charmante, le plus souvent. Il n’y eut pas de décharge électrique lorsqu’elle lui serra la main, pas de transfert d’énergie, juste une agréable chaleur, la douce pression des doigts de David autour de son poignet. Son pouls sous sa peau ; cette main qui s’ajustait parfaitement à la sienne. »

« Il avait besoin d’une pause. D’une minute sans que mille personnes lui parlent en même temps. Les Sorenson produisaient un chaos très différent de ce à quoi il était habitué. C’était sans doute la conséquence de leur richesse, mais aussi de la tension entre les différentes personnes à table, avec ces grimaces qui signifiaient quelque chose pour l’un et rien pour les autres, des détails qui provoquaient des éclats de rire chez Wendy mais ne paraissaient pourtant pas drôles. Sans compter la façon dont David et Marilyn étaient toujours en contact, la main de Marilyn sur celle de David, ou le bras de David sur la chaise de sa femme. »

« Le mariage, avait-elle compris, était une lutte de pouvoir étrangement plaisante à base d’ego en friction perpétuelle et d’humeurs contradictoires : protection et réciprocité. Marilyn était capable de mettre sa personnalité en sourdine pour laisser briller David. Elle ne s’autorisait à se sentir confiante et pleine d’entrain que lorsque David était angoissé et pessimiste. S’il avait un sujet d’inquiétude, alors elle n’avait plus le droit d’être inquiète. »

Tout le bonheur du monde, roman de Claire Lombardo, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux, Rivages, avril 2021 —

Idiss – Robert Badinter, Fred Bernard et Richard Malka

De l’amour avant toute chose. L’amour immense d’un petit-fils pour sa grand-mère. L’amour qui inonde une famille, la lie dans la joie la beauté le malheur l’horreur. L’amour de Robert Badinter pour Idiss Rosenberg. Par sa voix que sa plume retranscrit il fait résonner l’intime et fait écho à l’universel, dans un livre en 2018, où il fait le portrait de cette femme et sa famille d’immigrés juifs arrivés à Paris en 1912. Aujourd’hui, sous les dessins doux et lumineux de Fred Bernard et le scénario juste et émouvant de Richard Malka, Idiss et les siens se meuvent sous nos yeux et s’adressent aussi aux plus jeunes. Un témoignage essentiel, un désir de transmission. Idiss est née dans la Bessarabie tsariste, dans le Yiddishland – un endroit qui regroupait alors différentes communautés juives de Russie -. Lieu de misère et de privations où il fallait lutter pour survivre. Ce que fait Idiss, analphabète mais pleine de courage de détermination de force et d’audace pour sauver ses deux enfants – Avroum, Naftoul – et ses parents. Son mari, Shulim, étant enrôlé dans l’armée du Tsar durant 7 ans, elle seule subvient aux besoins de sa famille. La vente de ses broderies ne rapportant pas suffisamment, elle devient un temps contrebandière de tabac. Au retour de Shulim, naîtra Chiffra (la mère de Robert Badinter). Il deviendra tailleur mais sa passion du jeu aura raison de leurs économies… Face aux massacres, aux Pogroms, ils quitteront la Bessarabie et se réfugieront en France, pays des lumières, terre d’accueil et de tolérance. À Paris, les enfants iront à l’école, Shulim et Idiss deviendront fourreurs. C’est l’embellie. L’époque bénie. L’ascension sociale. Jusqu’à la montée de l’antisémitisme, le nazisme, la guerre… Le portrait d’une femme belle forte et douce à la fois vaillante inébranlable loyale – une mère une épouse une grand-mère aimante -, la peinture Historique d’une famille juive de Bessarabie, leur intégration, l’admiration tout en pudeur de Robert Badinter pour son aïeule, et avant toute chose plein d’amour.

Idiss, Robert Badinter, Fred Bernard et Richard Malka, BD ado-adulte, Rue de Sèvres, mars 2021 —

La rencontre – Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier

Un album au format carnet de voyage, pour un voyage au creux de l’amitié, et au fond de soi – interrogeant ses propres envies. Un petit livre orange gorgé de soleil, qui fait rayonner la banquise, immensité habituellement froide, et immaculée. Marie Poirier y a semé ses couleurs chaleureuses et ses formes géométriques, et Stéphanie Demasse-Pottier ses mots sensibles et toujours justes. Elles réussissent ainsi à rendre cette histoire – et le livre tout entier – infiniment intime.

Pingouin s’ennuie sur son banc de glace, lassé de ses semblables. Sa solitude est si pesante, qu’il pense sérieusement à se trouver un ami. Un message écrit sur le dos d’un poisson, une attente longue mais pleine d’espoir et voilà chat qui débarque un jour, sur le sol gelé de Pingouin. Les deux se racontent, se plaisent et font vite la paire. Seulement, plus le temps passe, plus chat se sent vide des siens. Il décide donc de rentrer chez lui et propose à Pingouin de l’accompagner. Ce dernier hésite. Car tout ce qui s’offre à son regard ici, là, autour ; il l’aime tellement, et sait qu’il reste tant de choses, et d’êtres, à découvrir encore et encore. L’horizon, lui, peut attendre non?!

« Un jour, c’était un lundi. Il eut une idée. Il attrapa un poisson et lui accrocha un message dans le dos. Sur le message, il avait écrit « Qui veut être mon ami? » À l’autre bout de la terre, un chat pêchait. Il attrapa le poisson et lu le message avec attention. »

La rencontre, album écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Marie Poirier, à partir de 4 ans, L’étagère du bas, avril 2021 —

L’attente – Maïa Brami et Clémence Pollet

L’explorateur a posé le pied sur l’île. Paré pour la quête de sa vie. Pour un instant seulement, entrapercevoir l’oiseau de Paradis. Entraîné comme un soldat, l’esprit conquérant, les sens en action, il marche. Des heures et des heures. Il sait qu’il touche son rêve du bout des doigts ; ça le pousse, le transporte. Peu importe la chaleur, l’humidité, la fatigue, la végétation envahissante, les innombrables animaux, leurs bruits leurs odeurs. Il se place enfin, à l’endroit voulu. Commence alors l’attente. Longue, très longue. Et si l’existence d’un tel oiseau n’était qu’une légende? Sa traque serait-elle vaine? L’attente n’en finit pas, l’espoir s’amenuise… De guerre lasse, l’homme flanche, s’effondre. Il perd le contrôle… et c’est là que….

Vert orange bleu, couleurs irisantes luminescentes, fascinantes inondent les pages d’éclats en suspension. Au côté de l’explorateur, on avance, à l’affût des mots des dessins et ce qu’il se dissimule derrière. Notre désir de lecteur sera-t-il assouvi? Notre attente sera-t-elle comblée?

Lâcher l’emprise qu’on s’impose, s’abandonner enfin, contempler le beau sans but, se laisser surprendre, accueillir l’inattendu… voilà l’essence de cet album éblouissant.

« ALORS COMMENCE L’ATTENTE. De longs jours d’attente. Dans son abri, les yeux collés à ses jumelles; Il observe les oiseaux, allongé, immobile. Les heures filent. Quand son ventre gargouille, il mange. Quand sa vue se brouille. Il boit à la gourde. »

L’attente, album écrit par Maïa Brami et illustré par Clémence Pollet, à partir de 7 ans, éditions Hongfei, avril 2022 —

Les souvenirs et les regrets aussi – Sara Gréselle

Une femme. Ses aventures amoureuses, des instantanées. Des souvenirs tenaces ou fugaces, des sensations des brisures des possibilités des envies des désenchantements. Tantôt graves tantôt légers . Des petites phrases comme autant de perles cinglantes, douces, amères, chaudes, belles… de celles qu’on veut garder, où laisser s’envoler, loin. Les détails d’un visage, d’une peau, d’un geste, d’une situation, d’une conversation, d’une dispute. De la folie, de la fureur, de la fragilité, de l’ardeur, de la dureté, de la lâcheté aussi. L’espoir vif de rester dans la mémoire de l’autre, de l’investir. De ne pas être oubliée. D’être préférée. Aimer d’amour. Aimer l’amour. Aimer aimer. Amour bravoure. S’éprendre éperdument, se surprendre à rêver, se suspendre à ses lèvres puis s’effondrer. Se brûler, s’amuser, se confronter, se perdre, se retrouver. Faire un pas de côté, oser, se confier, se donner, s’abandonner… ou pas. L’esprit, le cœur, le corps – en parcelles ou en bloc. Laisser aller le désir, follement, passionnément, insensément. Savoir s’en guérir aussi, malgré les cicatrices. Faire avec les regrets et les souvenirs aussi.

Texte dessins et collages sensuels sur le sentiment amoureux, ses facettes et ses intrications. Des émotions qui tour à tour effleurent éraflent affectent. C’est beau pur sincère. Et plein de poésie.

« J’essaie d’être toutes ces femmes que je pense avoir en moi. Toutes en même temps, toutes à la fois. Cela provoque en moi des séismes ; pensées contradictoires, clairs-obscurs, ratures à mes phrases, suspens plus ou moins contrôlés, mots inachevés, silences inattendus, effusions, frénésies, des détonations dans ma voix… « 

Les souvenirs et les regrets aussi, Sara Gréselle, Esperluète éditions, février 2021 —

Docteur Rire – Laurence Gillot et Vanessa Hié

L’association Le rire médecin fête ses 30 ans d’existence. Une association belle généreuse et magique qui a le pouvoir merveilleux, de faire apparaître des sourires et éclater des rires sur les visages d’ enfants hospitalisés. L’intervention de clowns dans les chambres, au pied des lits, apporte une parenthèse enchantée, douce, légère et câline. Un moment hors du temps nimbé de lumière et de couleurs vives, où l’enfant, d’un coup de baguette, est transporté en rêve hors de l’hôpital, loin des souffrances et des angoisses.

C’est en pensant à ces clowns bienveillants et à leur action bienfaisante, que Laurence Gillot et Vanessag Hié ont écrit et illustré cet album. L’histoire d’une petite écureuil, Lolotte, dont les jambes ne répondent plus, qui au fond de son lit, a mal et peur. et le cœur tout triste. En pleine nuit, la doctoresse file chercher Aurèle, l’ours-clown, pour divertir Lolotte lors d’une piqûre. Aurèle, infiniment touché par la petite écureuil est bien décidé à trouver le traitement miracle pour redonner vie à ses jambes. Seule l’Algus Blum – une algue marine poussant au bord de l’océan – peut guérir Lolotte. L’océan est bien loin de leurs montagnes, mais Docteur Rire n’est pas du genre à se laisser abattre. Sans attendre, il se rend chez son ami le cerf, un génial inventeur qui vient justement de mettre au point une machine roulante flottante et volante! Idéale pour un tel voyage! Ensemble, ils se lancent dans une aventure semée d’obstacles, mais tellement gratifiante. Parviendront-ils à ramener la fameuse algue bleue, salvatrice des maux de Lolotte? À vous de le découvrir!

Un album empli de péripéties, d’humanité, de douceur, de poésie, aux illustrations foisonnantes et pénétrantes. Et pour chaque livre acheté, 1 euro est reversé à l’association.

« Docteur Rire! murmura la malade. La petite écureuil était pâle. – Salut Popotte! dit Aurèle avant de se reprendre, euh Cocotte, ooohh Lolotte! Lolotte esquissa un faible sourire. – Je suis venu avec le tracteur des éléphants. Lolotte releva un sourcil. – Euh, je suis venu avec le docteur des enfants! rectifia Aurèle. Ah là là, je mange tous les pots! Euh, je mélange tous les mots, corrigea encore l’ours avant de faire des vocalises. – Voilà! dit-il enfin, j’ai remis mon alphabet en ordre. Lolotte adorait les bêtises de Docteur Rire. »

Docteur Rire, album écrit par Laurence Gillot et illustré par Vanessa Hié, à partir de 5 ans, L’étagère du bas, avril 2021 —

Si tu avances – Cathy Ytak

C’est l’été et Katja, seize ans, est heureuse. Elle a convaincu ses parents de s’envoler seule pour le sud de la France, en Provence, rejoindre un chantier de jeunes gens. Pour les aider bénévolement à la reconstruction de murets en pierres sèches. Ce n’est évidemment pas cette réhabilitation qui l’excite tant ; là-bas, elle retrouvera Quentin, le fils du patron de son maçon de père. Katja est complètement sous le charme de ce garçon. Amoureuse, elle qui d’habitude manque d’assurance, se sent belle légère et joyeuse. Seulement, l’histoire qu’elle s’est racontée est à mille lieues de la réalité. Quentin n’éprouve aucun sentiment pour la jeune fille et ne se gêne pas de mettre les choses au point, non sans violence. Complètement déstabilisée par ses mots durs et percutants, Katja bascule dans le vide. Son existence, d’un coup, s’assombrit. Ses émotions font volte-face. Sans nuance. Un voile de chagrin, de tristesse, de colère et de souffrance mêlés l’enveloppe. Seule, sans force, brisée, une pulsion de mort surgit. La mort est la solution qui s’impose, glaciale, inexorable. Il lui faut fuir vers elle pour s’extirper de ce mal-être dévorant obsédant… L’issue pourtant ne sera pas fatale. La pulsion de vie sera plus puissante. Elle la portera grâce aux gestes aux mots aux histoires aux expériences de personnes plus âgées du chantier. Ce petit roman de Cathy Ytak est d’une grande justesse. Un texte à l’os qui décrit parfaitement l’exacerbation la fragilité et la complexité des sentiments à l’adolescence, le passage si tourmenté vers le monde des adultes, l’infiltration et l’imprégnation des illusions fantasmes et obsessions, et le choc face au réel. Un voyage pour construire des murs qui fait finalement grandir, et mûrir Katja. Qui tentera d’avancer vers la lumière, l’apaisement, le solide, le beau, même si le chemin de vie, on le sait, n’est jamais droit.

« Elle se concentre sur le but de son voyage : Quentin. Quentin qui se rapproche à chaque lacet, chaque mètre gagné sur l’altitude, dans ce paysage à la fois âpre et grandiose, pétrifié de soleil. Quand soudain se forme dans son cerveau LA question qu’elle ne s’était jamais posée. Est-ce que Quentin l’attend, elle? »

« Elle marche droit devant elle d’un pas décidé, ne sent plus la fatigue, ne sent plus rien d’autre que cette fuite en avant qui la stimule et la tétanise en même temps. Ce qui se passe alors dans son cerveau échappe à toute logique. Une idée a jailli de nulle part et s’impose, terrassant toute possibilité de réflexion rationnelle : tout arrêter, en finir, mourir. Et là, d’un coup, tout se ferme en elle, comme on claque précipitamment les volets d’une maison avant l’orage. La lumière s’éteint dans son cerveau. Dans sa poitrine tout se disloque. Son corps donne des ordres qu’elle ne comprend plus. Déserté par la vie, il se mue par réflexe comme s’il cherchait la meilleure façon de s’anéantir au-delà de la douleur. »

Durant cette année, nous égrènerons les mois avec à chaque fois un thème choisi par l’une et l’autre alternativement. Le thème d’avril était Voyage. Nous devions chroniquer en secret un livre s’y rapportant. Et délicieusement le découvrir ensemble aujourd’hui! Voici les chroniques de Nadine et Bison

Le thème d’avril sera : Conte ou légende

Si tu avances, roman jeunesse de Cathy Ytak, dès 15 ans, collection Court Toujours, éditions Nathan, février 2021 —