Le cri de Zabou – Pauline de Tarragon

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D’emblée la couverture rouge vif annonce la couleur :  Zabou – le garçon de l’histoire – apparaît minuscule à côté de l’immense bulle enveloppant le titre. On comprend alors toute l’intensité du cri…

Zabou, 5 ans, les sourcils froncés et les bras croisés a franchement l’air mécontent. Et sa mauvaise humeur semble avoir déteint sur Miko, son chien. Même à l’école il est comme ça Zabou, à la récré il joue seul et dès qu’un élève tente une approche : il se met à hurler.

On ne connaît pas l’origine de cette colère – lui non plus, je pense – mais on voit bien que cette situation l’attriste. Heureusement, sa maman a le pouvoir de la faire disparaître : elle file dans la cuisine, enfile son tablier et hop la voilà qui prépare une potion incroyable composée entre autres de larmes de crocodiles, d’un poulpe, de fleurs du jardin et d’un arc-en-ciel.

Sitôt la mixture avalée, il est impossible pour Zabou de crier. Les sons qui sortent de sa bouche sont désormais beaucoup plus mélodieux. La recette enchantée de sa maman lui a rendu son sourire. Et si Miko prenait une rasade de ce prodigieux breuvage…?!!

Un album tout-carton au format carré, parfait pour les toutes petites mains. Des illustrations minimalistes tendres et drôles aux rondeurs rassurantes. L’histoire d’une colère écrasée par la douceur d’une maman, et d’une chanson qui rend heureux.

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Le cri de Zabou, album jeunesse de Pauline de Tarragon, à partir de 2 ans, L’étagère du bas, Mars 2017 —

Une mère à Brooklyn – Ingrid Chabbert

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Judith, 15 ans, vit avec son père et Laure, qui n’est pas sa mère. Jusque là, tout allait bien. Une enfance douce, des moments joyeux et complices. Pas de maman mais un père à la hauteur, avec plein d’amour à l’intérieur. Les jours coulaient ainsi, insouciants et légers.

Le temps fuit irrémédiablement, et l’adolescence escortée de ses tourments entrent dans la vie de Judith. L’innocence en s’envolant met en évidence les ombres. Les questions se bousculent, l’incompréhension se dessine, un vide apparaît alors. Révélant une absence. Le manque de celle qui l’a mise au monde.

La naissance de Judith est nimbée de mystère. Pas un mot. Pas une émotion. Pas une image. Jamais. Alors quand elle tente d’esquisser ce visage inconnu, dont les traits rejoignent sûrement les siens, les yeux de sa mère demeurent deux trous noirs. Rien dedans. Le néant.

Judith ne supporte plus le silence de son père… alors elle sèche souvent les cours avec Alia son amie sa confidente, a une attitude odieuse et le verbe haut à la maison. Judith est en colère. Dans quelques mois, elle fera sa rentrée au lycée mais l’avenir, elle s’en fiche. Elle, c’est le passé qu’elle souhaiterait entrevoir. Déterrer le secret qui l’empêche d’avancer.

Ça lui fait si mal qu’un soir Judith n’a pas envie de rentrer. Elle erre dans la ville, désemparée, jusqu’à ce que la peur s’en mêle. Alors, elle revient. Son père est derrière la porte, bouleversé. Le lendemain, il lui annonce son départ pour New-York. Une amie à lui l’attendra et prendra soin d’elle. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, elle trouvera peut-être quelques réponses à ses questions…

Un roman sur la quête d’identité et les affres de l’adolescence, une écriture pleine d’authenticité et de sensibilité, une jeune fille à laquelle on s’attache tellement qu’on a qu’un souhait : la retrouver au plus vite…

« Judith court. Elle ignore où. Elle court, droit devant elle. Sa vue se brouille au fur et à mesure que son souffle s’épuise. Ses poumons crachent des flammes mais elle ne s’arrête pas. Sous ses pieds, la terre paraît si fragile. Comme si elle s’étiolait sous ses pas. Comme dans un film catastrophe. Il paraît que courir, ça vide la tête. Judith a dû rater un truc car ça ne vide rien du tout. Elle a mal. Tout ce gâchis qui s’accumule laissera des traces, elle en est certaine. Des traces qui ne partiront peut-être jamais… Elle ne sait plus comment faire marche arrière. Comment formuler les questions qui la brûlent, la consument, la hantent. Partout. Tout le temps. Comment trouver la paix, comment quitter cet état si douloureux? Invivable. Irrespirable. »

« Elle marche, les yeux en l’air. Les gratte-ciel rivalisent de hauteur et de beauté. Elle en a le vertige. L’ivresse d’un autre monde. Judith se sent bien, merveilleusement bien. Oubliés les peurs multicolores! Oubliés son père, Paris et la prochaine rentrée! Ses pieds chauffent mais elle ne parvient pas à s’arrêter. Elle a besoin de dévorer l’asphalte. D’imprimer en elle chaque pierre, chaque feu de New York. Le vent marin se lève, fouettant les drapeaux et emmêlant son épaisse chevelure. »

 

Une mère à Brooklyn, roman d’Ingrid Chabbert, à partir de 13 ans, Éditions du mercredi, Février 2017 —

L’étoile Absinthe – Jacques Stephen Alexis

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Aujourd’hui, l’ardent désir de l’Églantine est d’abandonner à jamais la prostituée amarrée en elle. Que la Nina Estrellita s’évanouisse, qu’elle soit délogée, expulsée du plus profond de son être ! En passe de changer d’existence, la jeune femme s’abrite désormais à la pension Colibri, à Port-au-Prince, nimbée de solitude mais pleine de l’espoir d’une rédemption.

Sa rencontre avec Célie Chery, une femme dure mais déterminée devrait permettre à l’Églantine de s’affranchir. Ensemble, elles affrètent un voilier, le Dieu-Premier, paient un équipage et se lancent dans le commerce du sel. L’Églantine quitte la terre, laisse derrière elle son ancienne vie, sa violence, sa fureur. Elle fuit la Nina pour se retrouver, elle. Mais il n’est pas aisé de se délester du poids de l’autre, la jeune femme sent bien le désir qu’elle suscite auprès des marins… les pulsions du corps.

Puis arrivent la tempête rageuse et sa cohorte d’éléments déchaînés, les rafales du vent, l’ébranlement du voilier, la confusion, le soulèvement de la mer, le tumulte, la lutte des marins, l’épouvante qui se rue, la mort qui frôle, l’instinct de survie, le conflit intérieur de L’Églantine, l’âpreté du poison qui enivre, et les mots de Jean dans l’Apocalypse qui résonnent « …Et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau ; et elle tomba sur le tiers des fleuves et les sources des eaux. Le nom de cette étoile est Absinthe et beaucoup d’hommes moururent par les eaux, parce qu’elles étaient devenues amères… »

L’écriture de Jacques Stephen Alexis est hypnotique. Ses mots coulent comme un torrent, ils abondent, débordent, tonnent et éclatent. Ce roman est un jaillissement, une musique impétueuse, un camaïeu de rouge, une poésie flamboyante et sensuelle, une exacerbation des sens, un entrelacs de rêves hallucinatoires et de réalité crue. Découvrir cet auteur est une expérience. L’étoile absinthe est un embrasement, un roman inachevé qui a su attiser ma curiosité… Compère général soleil, Les arbres musiciens, L’espace d’un cillement et Romancero aux étoiles, ses autres écrits sont à lire, assurément.

 

« L’Églantine va dans l’escalier de la pension Colibri. Elle avance d’une démarche réflexe. Deux ruisseaux acides fusent le long de ses mâchoires. La pulsation rythmique du sang dans la tête – pic-vert picorant le sommet du crâne – exacerbe l’agacerie sans cause de tout l’arbre des nerfs… Oui, vivre d’abord. Accomplir des gestes, les organiser en actes, gouverner ses œuvres pour trouver un nouvel équilibre… L’Églantine descend les marches de l’escalier de béton, elle se porte à peine, elle va… tout reconsidérer. Par exemple, se débarrasser de ce balancement significatif des hanches qui est tout un programme, la dégaine provocante de La Nina Estrellita. »

« Au noir vitreux des heures, la lente cycloïde du temps fait onduler l’Églantine convulsivement agrippée aux grelins du grand mât. Amère délice de saint Sébastien, cette agonie procure une macabre volupté dernière, le vent a pour guitare un cercueil d’harmonie et le gréement grelotte et grince sous la grêle. Le Néant rôdaille, il avance son museau abscons, il approche, à chevauchons, sur son araignée de cérémonie. L’Épouvante transfigure l’Églantine, les bras en croix dans les haubans, frisés d’un tremblement léger, laiteuse, elle jouit. »

« Le soir tombe, les moustiques vrombissent, le soleil allume des derniers incendies dans les nuages. Tout l’occident flambe et les ombres elles-mêmes sont roses dans la crique où se balance le Dieu-Premier fin paré pour la poursuite du voyage. La marée montante danse la rumba, secoue ses jupons froufroutants de satin bleu dont les innombrables volants dentelés d’écume blanche se soulèvent et retombent découvrant la chair blond rosé de la grève. Plaqué de teintes plates et crues, l’horizon chatoient et au-dessus passe tout un train rapide de petits nuages frisettés, versicolores, dans le couchant flamboyant. »

 

L’étoile absinthe, roman haïtien inachevé de Jacques Stephen Alexis (1922-1961), publié pour la première fois d’après le seul manuscrit disponible, Éditions Zulma, 160 pages, Février 2017 —

Les animaux de l’arche – Kochka et Sandrine kao

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« Tacatacatacata« , le bruit de la guerre cogne et résonne, l’écho fait trembler la terre et les murs. La terreur pénètre les cœurs. Des cœurs qui battent à l’unisson. Des familles, des voisins, des amis, des hommes, des femmes, des enfants, tous luttent pour leur survie.

Ensemble, Zeynab Antoine Khalil Oumayma Nabil Mourad Elie Madame Alberti Mademoiselle Razelle ont quitté leur appartement et sont descendus dans les caves de leur immeuble. Chacun a apporté quelque chose : matelas, réchauds, vivres, lampes à huile et dans leurs yeux, la frayeur, et dans leur tête, l’impuissance.

Dans l’antre de la terre, aucune lumière ne filtre mais le bruit assourdissant des bombes et des balles réussit à se glisser, froid et implacable. Alors, pour rendre la peur plus supportable, l’ancienne institutrice Mademoiselle Razelle a l’idée de reconstituer ici-bas l’ arche de Noé, pour s’échapper du déluge et emplir les hommes, les femmes et les enfants d’espoir.

Les voilà tous qui dessinent sur les murs, le papier et le carton les animaux de l’arche ; éléphants, rhinocéros, antilopes, lions, ânes, babouins et autres belettes prennent ainsi forme et défilent devant eux.

Un texte et des illustrations qui jettent de la lumière et de la douceur sur l’effroi.

 

« – (…) Les gens viennent de pays différents, ont parfois des couleurs de peau différentes, ne partagent pas forcément les mêmes idées ou les mêmes croyances, mais au fond ils sont tous frères.

Et une grande discussion s’ouvrit, au cours de laquelle plein de mots furent prononcés : « différence », « tolérance », « bienveillance », « petite amitié possible ». Ceux-là sortirent d’Oumayma. On lui demanda de s’expliquer. – En fait, dit-elle après avoir réfléchi, la fraternité, c’est une amitié avant l’amitié. Comme quand je vois une inconnue de mon âge. Je la regarde et j’ai envie de faire sa connaissance parce qu’elle me ressemble un peu. C’est la fraternité! Une petite amitié possible avant de faire connaissance… »

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Le billet de Jérôme

Les animaux de l’arche, roman illustré écrit par Kochka et illustré par Sandrine Kao, dès 8 ans, Collection Les p’tits reliés, Grasset Jeunesse, Mars 2017 —

Un million d’années – Bastien Lallemant

Retrouvé sur la route cet été
L’hôtel où vous vous étiez arrêtés
La même chambre
Et le soleil
Que les volets filtraient

Retrouvé ici le goût des baisers
Que la mer avait mouillés d’eau salée
Et sa peau douce
Que le soleil
Tintait d’ambre cuivré

Ça fait un million d’années
On dirait l’été dernier
Ça fait un million d’années
On dirait, que ça vient d’arriver

Retrouvée là, l’impression d’être en vie
Le souffle court mais respirer à l’envie
Être attiré
Comme un soleil
Au zénith à midi

Retrouvé tout, les joies, la peur aussi
Celle d’être pris, rattrapés chaque nuit
Ne plus sortir
Sous le soleil
Dans l’ombre être tapis

Ça fait un million d’années
On dirait l’été dernier
Ça fait un million d’années
On dirait, que ça vient d’arriver

Et puis soudain, brusquement réveillés
Dans la torpeur, la moiteur épicée
Vous comprenez
Que le soleil
A cessé d’exister

Ça fait un million d’années
On dirait l’été dernier
Ça fait un million d’années
On dirait, que ça vient d’arriver »

Paroles et musique de Bastien Lallemant

DIEUX 40 dieux et héros grecs – Sylvie Baussier et Almasty

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BAM! Une nouvelle collection documentaire pour les 10-15 ans débarque! Un petit format pratique, une couverture cartonnée robuste, des couleurs vives, des illustrations en Flat Design ( dessins minimalistes – formes géométriques simples – aplats – inspiré du style Bauhaus), un style graphique qui a tout pour séduire les ados. Des thèmes issus de la culture scolaire et de la culture pop à travers des galeries de personnages « légendaires »: 40 artisans de PAIX, 40 joueurs de FOOT, 40 artistes et groupes de ROCK et 40 DIEUX et héros grecs sont les quatre premiers titres de BAM!

Passionnée de mythologie grecque, j’ai lu avec plaisir et attention l’ouvrage sur les dieux  (déesses) et les héros (héroïnes). Les portraits, sur une double page,  sont clairs et vont à l’essentiel. On retrouve les principaux mythes, la généalogie de chaque personnage et ses attributs, ses luttes, ses alliances, ses amours, ses colères, ses chagrins, ses intrigues, ses relations avec les dieux et les humains, sa mort, ses « transformations »…

Une collection documentaire attrayante et captivante pour les collégiens. Idéal pour aborder un sujet, avant de l’approfondir.

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DIEUX 40 dieux et héros grecs, documentaire écrit par Sylvie Baussier et illustré par Almasty, Collection BAM!, Gallimard Jeunesse, février 2017 —