Le destin (presque) timbré d’Étienne Durillon – Oren Ginzburg et Estelle Billon-Spagnol

dsc00167La vie d’Étienne Durillon est un long fleuve tranquille. Un planning fixe, un train-train quotidien – bus, bureau, télé, dodo –, pas d’imprévus, pas de complications, pas de hasard, pas d’accidents. Chaque jour, les mêmes gestes, les mêmes repas – avec l’indispensable oeuf –, la même solitude, le même ennui. Le seul événement qui surgit sans crier gare dans son existence est la crise de migraine dont il est sujet.
Un vendredi soir pourtant, son destin va basculer à la lecture de son courrier. Une publicité – qui semble être une escroquerie – aux couleurs flashy et aux mots accrocheurs attire le regard d’Étienne, qui ne la quitte des yeux seulement pour regarder le Docteur Confiant sur l’écran de son téléviseur… hasard ou coincidence, le discours de l’homme et les propos de la publicité se font écho. Prendre des risques, tenter des choses, se sentir moins seul… Un chèque de 3999 euros en échange d’une vie nouvelle !! L’image de la jolie Vanessa – qu’il n’a jamais osé aborder –, secrétaire au service marketing s’affiche dans son esprit… C’est décidé, Étienne se lance. Il signe le prospectus, joint l’argent et file, en pyjama et pantoufles, poster la lettre. Il se couche, confiant. Il n’a plus qu’à attendre l’intervention, dans l’ombre, des agents transformateurs de vies pour éclairer la sienne et la faire étinceler !
Le lundi suivant, tout va de guingois : Étienne rate son bus, discute avec un clochard, fait de la moto avec Marguerite, Jeannine et Marcelle – des mamies rock’n’roll –, sauve un chien, boit un coup chez le Petit Gégé, est embringué dans une sombre affaire de cambriolage… et déclare sa flamme à la belle Vanessa. En une journée, le voilà transformé. Étienne ne regrette pas d’avoir signé le chèque, les agents transformateurs de vies ont fait du beau boulot ! Il ne sera plus jamais seul… Et quand le facteur lui rapporte la fameuse lettre – qu’il a oublié de timbrer -, il se rend compte qu’il n’a jamais été aussi heureux.
Une histoire virevoltante, un super héros, une galerie de personnages loufoques et des illustrations pleines de vivacité, on passe un chouette moment de lecture !

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Le destin (presque) timbré d’Étienne Durillon, roman illustré écrit par Oren Ginzburg et illustré par Estelle Billon-Spagnol, dès 7 ans, Grasset Jeunesse, Septembre 2016 —

Les règles d’usage – Joyce Maynard

dsc00127New York, fin d’été, 11 septembre 2001. Un cataclysme ébranle la planète entière. Déluge de violence et de terreur, folie des hommes ; les Tours Jumelles du World Trade Center ne sont plus. Détruites, comme des milliers de vies. Une fumée âcre enveloppe la cité, s’insinue partout, dans les yeux, dans les coeurs. Elle embue les esprits, déposant son voile mortuaire. Après l’effroi et la sidération, les photographies des disparus tapissent les murs alentour. Telle une lueur d’espoir, ces visages figés, encore accrochés à la vie, sourient.
Et parmi ces portraits, il y a celui de Janet. La mère de Wendy, une jeune fille de treize ans. Elle travaillait dans l’une de ces tours… Wendy est auprès de son beau-père Josh et de son demi-frère – elle déteste cette idée d’une moitié de frère ! –. Cette famille recomposée, aimante, est évidemment désorientée, déséquilibrée, désarçonnée. À mesure que le temps passe, le chagrin et la tristesse s’installent. Il faut continuer à vivre, malgré la perte. Endosser son costume de deuil. Mais quand on a treize ans, le tunnel de l’adolescence est déjà tellement nébuleux… en entrevoir la fin semble inimaginable sans la voix, l’épaule, la douceur, l’expérience d’une mère… Wendy, en pleine métamorphose, va partir en quête de lumière. Grandir quand même, sans elle.
Son père, qu’elle connait à peine, vient la chercher et l’emmène avec lui en Californie. Changer d’endroit, modifier les habitudes, apprivoiser un père, rencontrer des gens – Caroline, une belle-mère attachante passionnée de cactus ayant abandonnée son enfant à la naissance, une adolescente fille-mère qui se débat tant bien que mal avec son bébé, un jeune garçon solitaire et sensible à la recherche de son grand frère, un libraire bienveillant qui la guide dans ce passage obscur de l’adolescence en lui donnant des livres comme le journal d’Anne Frank entre autres, le fils autiste du libraire… –, pour apprendre à se connaître elle-même, prendre conscience de ce qui lui arrive, l’assimiler, mettre des mots dessus. Et se projeter dans l’avenir.
La disparition d’une mère, l’épreuve d’un deuil, une fille qui grandit trop vite. Une famille ordinaire désarmée, des existences brisées parmi tant d’autres. L’intime et l’universel liés. La quête d’une vérité. La peine, la rage, la douleur, la force. S’accoutumer à l’absence. Et ne pas lâcher la vie qui roule et déroule ses sillons, poursuivant sa course folle.
Ce roman s’est emparé de moi et a déposé une marque indélébile. Un coup au coeur.

« Qui savait à quoi était censée ressembler une jeune fille qui a eu une mère pendant treize ans de sa vie, et qui tout à coup, un beau jour n’en a plus ? Maintenant qu’elle était cette jeune fille-là, elle connaissait la réponse. Elle ressemblait à n’importe qui. « 

« On a envie de laisser tomber, reprit-il dès qu’il put parler. Sauf qu’il faut continuer. Il faut se lever le matin et verser des céréales dans les bols. On continue à respirer, qu’on le veuille ou non. Personne n’est là pour t’expliquer comment c’est supposé marcher. Les règles d’usage ne s’appliquent plus. (…) On continue à se lever chaque matin en sachant que ça durera peut-être dix mille matins de plus. On préférerait être celui qui est mort. En quoi ce serait mieux? »

« Autrefois, Wendy croyait qu’il y avait un ensemble de règles dans la vie, dont la principale était que certaines choses, comme sa famille et le monde où l’on vivait, ne devaient jamais changer. Ses parents étaient aussi indissociables du paysage que les lions flanquant le perron de la Bibliothèque municipale de New-York ou – elle aurait pu vraiment y penser en ces termes avant – les tours jumelles au bas de Manhattan. Le fait que votre mère ait purement et simplement disparu, et que votre père, votre géniteur que vous connaissez à peine, vous emmène quelque part à cinq mille kilomètres de distance pour découvrir une vie complètement nouvelle avec lui était aussi impossible que renvoyer la pluie dans le ciel. »

« Ce sont les moments de dissonances que la mémoire conserve, dit Garrett. »

« Quand on a un enfant, il se passe un phénomène bizarre, lui avait dit un jour sa mère. Le truc dont j’avais le plus peur, c’était la mort. Mais une fois que je t’ai eue, ce n’était plus pareil. Le pire, ce serait qu’il t’arrive quelque chose. » 

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Les règles d’usage, roman de Joyce Maynard, Éditions Philippe Rey, Septembre 2016 —

Premières lignes #18

En ce dimanche, voici les premières lignes d’un recueil de deux histoires écrites par Madeline Roth. Ce livre, je ne l’ai pas encore lu, cette auteure, je ne la connais pas encore…   Hâte de pénétrer dans son univers et découvrir son écriture…

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« Bastien regarde par la fenêtre. Les cerisiers commencent à fleurir. Tout lui dit de ne pas revenir ici. Mais il sait qu’il reviendra. Demain. Dans cette chambre, au dernier étage, au bout du couloir, puisqu’il y a elle.

Elle qui ne dit rien. Elle qui pleure. Qui ne sait plus parler. Qui respire à peine. Qui a peur des gestes brusques. Qui ne supporte pas qu’on la regarde. Elle qui fuit.

Il a voulu l’emmener marcher dans le parc, mais elle n’a pas le droit de sortir. Il y a des bandes blanches dans le couloir qu’elle n’est pas autorisée à franchir. Il n’y a rien dans cette pièce minuscule, pas même un miroir. Ils ont fouillé sa trousse de toilette, ne lui ont laissé qu’une brosse à dents et du dentifrice. Esra porte une vieille chemise qui appartenait à sa mère. Elle ne s’habille pas. Elle a les cheveux sales. Les yeux rouges.

Tout lui hurle de ne pas revenir.
Mais il reviendra. »

Premières lignes, un rendez-vous  de Malecturothèque

Berty, le plus cool des monstres – Didier Lévy et Delphine Renon

dsc00160Il est immense, Berty. On dirait un géant. C’est bien simple, il prend toute la page. Des gros pieds, des longs bras, une fourrure d’ours et sur la tête des cornes dressées et des oreilles baissées. C’est un monstre, me direz-vous, oui vous répondrai-je… mais un monstre gentil. Il vous suffit de regarder son large sourire et ses grands yeux bleus : Berty est doux et drôle, bienveillant et apaisant, créatif et aimable.
D’humeur égale, d’une nature joviale, d’un optimisme-né, Berty ne peut concevoir la vie autrement que belle et quand des problèmes surgissent, il y a selon lui toujours une solution. Et des problèmes, ses petits copains monstres en trouvent régulièrement sur leur chemin, mais ils savent qu’ils peuvent compter sur Berty pour éclipser tout nuage noir.
Quatre histoires déroulent leurs aventures : dans Berty est super !, Bingo, un petit monstre rouge de colère se plaint auprès de Berty de ne pas avoir encore reçu sa panoplie de super-héros commandé il y a très, trop, longtemps ; dans Berty, Marius et son sac en papier, Marius le petit monstre aux grands pieds apparaît devant Berty un sac sur la tête, ayant honte de sa mère devant ses copains ; dans Berty et le fantôme Tom, ce dernier, petit monstre invisible, a un gros soucis, il a perdu son drap de fantôme, et dans Docteur Berty, Marcel le petit monstre vert avec un chapeau est affolé, il vient de se faire un énorme bobo sur le doigt…
À chaque souci d’un de ses amis, Berty a les mots justes, les gestes qu’il faut, une bonne dose d’humour, plein de tendresse, du bon sens et de l’imagination.
Un album doudou, des histoires joyeuses et chaleureuses qui résonneront dans les esprits des petits lecteurs, des dessins rigolos et ludiques jouant avec les couleurs acidulées et le gris du monstre géant. Ah si Berty n’existait pas déjà, il faudrait l’inventer !

« – Tiens, c’est pour toi ! dit Bingo en tendant une feuille, et hop, il se sauve dare-dare. Bingo parti, Berty déroule la feuille. Un portrait de Berty en tenue de Super-Berty, et dessous ces mots : BERTY EST SUPER ! Très fier, Berty le colle dans son salon. Rêveur, il s’installe sur son canapé : – C’est vrai, soupire-t-il avec un large sourire. Je dois dire que dans mon genre, je ne suis pas mal du tout. »

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Berty, le plus cool des monstres, album jeunesse de Didier Lévy et Delphine Renon, Grasset Jeunesse, Septembre 2016 —

Ultra Violette – Anne Loyer et Anaïs Nocera

dsc00154Ultra Violette est une bande dessinée pétillante et amusante pour les enfants. Son héroïne est une petite fille intelligente et marrante à l’imagination débordante. L’histoire est palpitante, mêlant les préoccupations quotidiennes, la fantaisie et l’aventure. Les dessins aux couleurs chatoyantes sont dénués de contours noirs et tout en courbe, le texte apparaît distinctement dans les bulles, pour une lecture fluide. Une approche en douceur pour aborder l’univers de la BD.
Violette n’a peur de rien ni de personne. Énergique et franche, elle s’agite beaucoup et n’hésite pas à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Elle habite sur une péniche « le bateau lavoir » avec son père, un descendant de Fernand Léger, le célèbre peintre. Peintre lui-même, il souhaiterait que sa fille ait la fibre artistique, mais ce n’est pas le cas. Inscrite dans une école d’arts, Violette ne supporte ni la danse, ni la musique, ni la peinture. Son chat, Bitume, ne manque pas une seule des aventures de sa maîtresse sur les berges du canal, son terrain de jeux favori. Quant à sa mère, elle a prit le large… on n’en sait pas davantage. Fan d’Harry Potter, Violette espére chaque année recevoir sa lettre d’admission à l’école des sorciers de Poudlard. En vain…
Évidemment, l’absence de sa mère est pesante mais heureusement, son copain Gaël est toujours à ses côtés, un fidèle ami, un super confident, un gros gourmand, avec qui elle rit énormément. Et puis pas question d’être triste, la vie est belle et imprévisible, alors elle s’est inventée un personnage Ultra Violette, persuadée qu’elle a en sa possession des pouvoirs magiques.
D’ailleurs ces derniers vont sûrement lui être utiles… une mystérieuse femme roulant dans une voiture décapotable écarlate vient d’emménager dans une maison depuis longtemps abandonnée au bout du canal, cette demeure aurait abrité un assassin… l’enquête peut commencer !
Ma fille et moi avons beaucoup aimé cet album. Les personnages sont attachants, l’histoire est drôle et pleine de suspense, les illustrations et le texte sont clairs et explicites pour les jeunes lecteurs qui découvrent pour la première fois une BD. On a très envie de retrouver Ultra Violette dans d’autres aventures!

«  Moi c’est Violette, puissance ultra violette, méga-reine du canal, souveraine pas banale… »

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Ultra Violette, album BD jeunesse, écrit par Anne Loyer et illustré par Anaïs Nocera, dès 6 ans,BD Mousse, Éditions Frimousse, Septembre 2016 —

Camille – Nicolas Comment

La fin d’un Amour, le Mépris qui s’installe, l’hommage à Godard, la Villa Malaparte, la Voix enveloppante de Nicolas Comment, l’Incandescente Milo Mc Mullen aussi brune que Bardot était blonde, un clip Solaire et Sensuel, un texte Littéraire, une musique de Cinéma…

Camille, chanson extraite de l’album Rose Planète…

Jamais je n’oublierais Camille
et comment faire « comme si » Camille ?
Le mot que tu m’as dit ici
en aparté dans l’escalier
de la Casa Malaparte ?

J’étais épris de toi Camille
et personne ne m’a jamais fait
autant d’effet que ça Camille
ni de mal à part toi Camille
dans la Casa Malaparte

Mon Dieu, qu’est-ce qui t’as pris Camille
pourquoi tant de mépris Camille ?
Tant d’âpreté et d’artifices
de cynisme et de cinéma
et tous ces caprices à Capri ?

Quel malappris je fus Camille
lorsque cette furie te prit
en te priant ainsi Camille
mal apprêtée sur le parvis
de la Casa Malaparte

Ta moue boudeuse ma mine défaite
dedans la Villa des Mystères
je pris conscience de ma défaite :
tu n’eus pas de mal à partir
de la Casa Malaparte

Mon Dieu, qu’est-ce qui t’as pris Camille
pourquoi tant de mépris Camille ?
Tant d’artifices et d’âpreté
de cynisme et de cinéma
et tous ces caprices à Capri ?

Furioso la mine défaite
dedans la villa de Curzio
je pris conscience de ma défaite
tu n’eus aucun mal à partir
de la Casa Malaparte

C’est toi qui en paya le prix
car c’est de Capri que j’appris
ta mort Camille accidentelle
dans l’escalier qui monte au ciel
de la Casa Malaparte

Paroles de Nicolas Comment

Petit animal sauvage – Anne Françoise Brillot

dsc00152Années soixante-dix. Fanon a quatorze ans. Elle zone au pied des HLM, assise sur sa mobylette. Elle discute avec les uns les autres, puis s’en va quand ça lui chante. Seule, elle traverse la forêt qui la sépare de chez elle, enfin de la maison familiale. Elle passe du bruit au silence, de la cité à la campagne, des néons aux lumières tamisées… elle va et vient, ne reste jamais au même endroit, toujours en partance. École buissonnière, parents perdus… Déraisonnable, en équilibre instable, elle expérimente, s’hasarde sur des chemins tortueux, franchit les limites. Elle s’applique pourtant à ne pas s’enliser même si on perçoit une fièvre à l’intérieur. Une jeune fille en quête de liberté ou en fuite ?
À rebours, l’histoire de Fanon est déroulée. Elle se reconstitue fil à fil chapitre après chapitre; des fragments de vie, des instants, des situations, des sensations, des peurs, des douleurs… Animal sauvage et pourtant fragile, grande et petite, on découvre Fanon peu à peu. Elle prend chair sous nos yeux, sa personnalité se compose, son enfance s’affiche, son passé précise son présent.
L’écriture est serrée, ne s’embarrasse pas de détails, va à l’essentiel. Cinématographique, elle fait le mouvement, comme dans un travelling : les descriptions, les sentiments, les faits se succèdent, fluides. On avance, on ne s’attache pas. On est dans le visuel et la réalité factuelle.
Et par touche, la nature apparaît. La forêt pénétrante, les animaux libres et captifs… Vérité crue et douce poésie se confondent… Mais qui est Fanon ?
Une lecture fascinante.

« Elle est assise sur sa mobylette devant un HLM de quatre étages. À ses côtés, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Ils discutent sous la lumière blafarde du hall d’entrée. Il est tard dans la nuit. Au moment de partir, elle lui demande s’il vient samedi. Pas de réponse. Une bise, elle met son casque, démarre et s’en va. La jeune fille descend la rue, longeant les immeubles, tous identiques. C’est désert. À sa gauche, un bois, elle bifurque, les chemins sont goudronnés. Le parcours est accidenté, montées, descentes, la mobylette tressaute. Ses longs cheveux dépassent du casque, elle lève les fesses pour passer les bosses. À la lueur de son phare, elle distingue le bas des troncs d’arbres, à quelques mètres devant. Elle connaît parfaitement son chemin. Un petit halo de lumière éclaire son visage poupin. Tout autour, la forêt, le grand noir. Elle sillonne gaiement. La mobylette débouche de la forêt dans une rue de banlieue parisienne et reprend sa course, le long des pavillons, des maison. Elle ne croise aucune voiture. Pas de lumière aux fenêtres, sauf une, toujours la même, au fond d’une impasse. La jeune fille ralentit, regarde et passe son chemin. Arrivée devant un portail en fer, dans l’ombre du soir, une grande maison et son jardin. Elle coupe le moteur, pousse en silence la mobylette sur l’allée de gravillons et disparaît dans le noir. Elle s’appelle Fanon, elle a quatorze ans. »

« Chaque jour comme un siècle, chaque jour à des kilomètres, son esprit gommera petit à petit leurs visages, elle oubliera leurs voix. Trop de douleurs à se souvenir. Sa fuite sera complète, absolue, jusqu’à ce qu’ils la retrouvent. Malgré sa culpabilité, elle remettra toujours au lendemain le geste de poster la carte postale qui leur disait : JE NE SUIS PAS MORTE. Tant pis pour moi, tant pis pour eux, se dit-elle. »

Petit animal sauvage, roman d’Anne Françoise Brillot, Mercure de France, Septembre 2016 —