Dictionnaire des Mots Parfaits – dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet

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Définition du mot « parfait » selon Larousse : qui est ce qu’il est de façon absolue, sans la moindre restriction / qui est tel au plus haut degré ; complet, total / qui a toutes les qualités qu’on attend de lui. Dans ce troisième dictionnaire – après les Mots manquants et les  mots en trop – voici les Mots parfaits d’une cinquantaine d’écrivains -. Par « parfaits » entendez plutôt « préférés », « aimés », « adorés ». Des mots qui  viennent de l’enfance, de l’intime, du plus profond, qui font resurgir un instant cher et chéri, un souvenir, une empreinte indélébile. Des mots enveloppants, irradiants, ensorcelants qui, une fois prononcés ou lus déplient tout un monde de sensations  – couleurs formes odeurs goûts bruits caresses élans -. Des mots doux, sensuels, vifs, flottants, éblouissants. Des mots répétés à l’envie ou utilisés avec parcimonie, des mots partagés avec délectation ou gardés précieusement jalousement. Des mots emplis de promesses, de secrets et d’histoires. Des mots qui signifient tant, qui signifient tout. Qui nous parlent, nous pénètrent, nous dévoilent, nous définissent. Nous révèlent.
Qu’il est plaisant de se promener dans les mots « parfaits » des autres. S’y glisser, les faire résonner. Ressentir leur mouvement, leur rythme, leur danse. Entrer dans leur intimité.
Mes mots « parfaits » : libellule, silence, mélancolie, coquelicot, exquis, ardeur… Quels sont les vôtres?

« Bulle (…) Fragile comme un mot, c’est sa forme que la bouche imite au moment de le formuler ou de la faire sortir d’une paille ou d’un pipeau et elle a juste le temps de se montrer, un esprit de plume, le fantôme d’image, une simple vue de la pensée. Murmuré soufflé le petit secret transmis par les airs et qui explose au moindre choc, une bulle de stupeur qu’il faut refaire, un brouillon continu mais si parfait, à mesure que le monde se perd. » Suzanne Doppelt

« Groseille (…) La vie au jardin n’est-elle pas remplie de secrets, d’attentes? Tout a senteur d’été. De ces étés qui durent et ne font que commencer. Juillet à son apogée – le calendrier républicain ne faisait-il pas du dix-septième jour de messidor le jour de la Groseille? C’est pour nous les vacances. Groseilles, petite fratrie verroterie de quat’sous – au jardin c’est fête, on s’ébroue. Comme tout cela vient de loin! On joue le soir venu. Sans même savoir à quoi. On joue à chat. À la souris, à la pluie, au nuage. On voudrait toujours que tout soit jeu, et dure. Dure le temps des groseilles. Un temps de rien du tout. Quelle magie! Je ne parle pas d’enfance, je parle des groseilles. (…) » Pascal Commère

« NuJ’avais d’abord pensé à des mots somptueux ou complexes, comme notre langue sait en produire : concaténation, dévolu, rédhibitoire… Des mots avec des radicaux, des suffixations, de l’étymologie, de la philologie. Du latin, du grec si possible. Et puis des évolutions de sens, des acceptations variées. En somme, des mots suréquipés, des mots bardés de diplômes. J’ai en fin de compte préféré celui-là. Qui est nu. Justement. Dans les vieux textes, on le voit encore revêtu d’un D : « nud ». De ce D étymologique, il s’est débarrassé : il n’était pas assez nu. Le voilà à la simplicité biblique, et sa sonorité est douce comme une chair caressée. (…) » François Tallandier

« Rivière... J’aime en ce mot rivière la proximité sonore et visuelle avec rêverie. Le même v ouvert en son centre vers le son si aérien du r français. Le prononçant, il me semble me couler dans la langue comme dans une eau claire. Et j’ai envie de me déshabiller. » Pascale Roze

« VaillancePour la douceur sur les lèvres. La caresse en bouche. Et la main ferme dans le gant de velours. Pour la souplesse. Comme un feu de fumée d’arrière-saison qui sinue dans l’air bleu et tient au corps. Parce que le mot est tenace, bondissant, dansant. Parce que le mot rit, il est jeune, il jaillit, il est dru, en cavale, il caracole, il frétille et flamboie, il est du côté de la joie têtue, recouvrée, réinventée? (…) Marie-Hélène Lafon

Dictionnaire des Mots Parfaits, dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éditions Thierry Marchaisse, mai 2019 —

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Les inoubliables – Fanny Chartres

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Ils sont cinq, ce jour-là, à faire une rentrée particulière. Si comme tous les élèves de seconde, ils se rendent pour la première fois au lycée, Luca, Tezel, Jae-Hwa, Marvin et Chavdar, eux, foulent le sol français depuis peu. Ils viennent respectivement de Roumanie, Turquie, Corée du Sud, Grande-Bretagne et Bulgarie. Élèves singuliers, par l’usage malhabile de la langue française, on les intègre dans la même classe sous l’acronyme EANA – élève allophone nouvellement arrivé -. Leur pays, leur culture, leur langue, leurs traditions, la raison de leur exil, leurs rêves, leurs espoirs sont différents mais  leur sentiment de déracinement est le même. Très vite, leurs liens se soudent. Ils deviennent amis. Ensemble, l’adaptation est plus douce. Ils peuvent partager leurs difficultés d' »étranger », leur nostalgie. Une solidarité se crée naturellement, par delà leur histoire, leur origine sociale. Ensemble, ils tordent la langue de leur pays d’accueil en tout sens, la décortiquent, s’en amusent, l’apprivoisent.
Dans ce petit groupe attachant, Fanny Chartres a choisi de polariser l’attention sur Luca. Le garçon est venu de Roumanie avec son père – personnage que j’ai personnellement beaucoup aimé, professeur de français devenu carreleur, portant fièrement le borsalino -, grâce à l’obtention d’une bourse pour étudier le violon. Luca rêve de devenir un jour un grand violoniste, et son nouveau professeur de musique à Paris, Monsieur Ostinato, est en mesure de l’aider à y parvenir. Au lycée, il tombe sous le charme de la belle Anna, une française d’origine roumaine qui d’ailleurs est en quête d’identité – sa mère ne souhaitant pas parler du pays qu’elle a fui -. Luca et ses amis se lancent alors dans une véritable enquête où la petite histoire et la grande Histoire vont finir par se rencontrer.
Un roman qui aborde avec douceur et sensibilité le déracinement, le manque, le mal du pays, le regret, la mélancolie, l’intégration, la solidarité, l’amitié, l’attente, le désir, l’espoir.

« Difficile de faire comprendre aux français que non, notre pays, ce n’était plus les orphelinats de Ceausescu, les enfants au regard hagard parqués dans des lits à barreaux, ou les sniffeurs de colle. Comment leur faire entendre que la Roumanie, c’était d’abord les parcs verdoyants dans les villes; les marchés ouverts tous les jours de la semaine, leurs fruits et légumes délicieux, les champs de tournesols, les monastères aux fresques colorées? Pourquoi les gens commentaient-ils des choses sans les connaître? Au fond, c’était un peu pareil avec la France en Roumanie. Mais dans le sens inverse. Et toujours en faveur de l’Hexagone. Chez nous, on en parlait comme du pays des Lumières et des droits de l’homme, de la baguette et des macarons, du bon vin et du fromage, de l’élégance et du savoir-vivre… À présent que je vivais à Paris, je me rendais compte qu’à cette image se superposaient celles du béton gris, des wagons de métro sales, des bousculades dans les rues, des magasins bondés, des transports en commun nauséabonds, de la misère des gens dehors, des sans-abri et des migrants affamés, frigorifié et déçus de ne pas voir trouvé dans la France une terre d’accueil. »

« J’ai alors vu la gorge d’Anna se couvrir de plaques rouges. J’avais déjà remarqué que ses émotions s’exprimaient ainsi quand elle était interrogée en classe sur un sujet qu’elle ne maîtrisait pas. Un peu comme moi quand je mélangeais le féminin et le masculin des noms français. Ce transfert physique des pleins et des déliés de la vie était très joli à voir. »

« – Le Co… le Col-lec-tionneur d’instants, a déchiffré Tezel, son index glissant sous les lettres du titre de l’album. – Ce livre compte énormément dans ma vie. Quand ça ne va pas trop, je l’ouvre, et il m’aide à aller mieux. En fait, si je l’ai apporté, c’est parce qu’un livre, pour moi, c’est comme une maison. Quand je lis des histoires, je m’échappe dans un autre monde. »

Les inoubliables, roman jeunesse de Fanny Chartres, illustration de couverture de Mélanie Rutten, dès 11 ans, collection Medium, L’école des loisirs, janvier 2019 —

Amour entre adultes – Anna Ekberg

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Sa décision est prise. S’il ne le fait pas, tout est fini pour lui. Alors que la vie lui souriait à nouveau. Et puis il est éreinté, n’a pas dormi depuis des jours. Il faut que cela cesse. Vingt ans de mariage. Un amour vieux  lourd et vacillant mais toujours debout, pour Johan son fils bien-aimé. Un enfant qui l’a fait trembler si fort. Un adulte aujourd’hui. Qui désormais va bien. La maladie l’a quitté, à jamais. Alors ce nouvel amour – cette lumière, cette joie, cette femme si belle si douce si différente de Léonora – il ne peut pas passer à côté. Christian va se battre pour lui. Et, aucune alternative, il faut abattre l’autre…
Il pleut. À l’arrêt dans sa camionnette,  les yeux fixés sur le rétroviseur, il est aux aguets. Tel un chasseur, il attend sa proie. Sa femme. Partie courir, comme à son habitude. Il la voit arriver au loin. Déterminé, il démarre et brutalement recule sur elle. Léonora.
Le roman commence ainsi. Un homme tue sa femme, l’espace de quelques pages. Puis la voix d’un ancien policier, Holger, s’élève. Il parle à sa fille, qu’il emmènera bientôt devant l’autel auprès de son futur mari. Il lui raconte l’histoire de ce meurtre, le chaos qu’il entraîna. Une histoire non élucidée officiellement faute de preuve mais parfaitement démêlée par lui. Une histoire d’amour et de haine, de secrets et de non-dits, de zones d’ombres, de jalousie et de vengeance. Une réflexion sur la relation amoureuse, sa naissance sa mort, sur la famille aussi. Connaît-on vraiment l’autre? De quoi est-on capable par amour? Par détestation? Par froideur?
Un thriller efficace, aux rebondissements nombreux. Un suspense savamment entretenu. Un roman écrit à quatre mains par deux hommes, qui se dissimulent sous le nom fictif d’une autrice… Ne vous fiez pas au titre et à la couverture, qui cachent eux aussi la véritable atmosphère de cette histoire captivante!

« L’amour, c’est mieux sans confort, sans le chauffage par le sol, sans cuisines high-tech et sans abris de voitures à deux places. L’amour est comme un organisme vivant, avait-il pensé, comme des cellules de levure ou comme une bête – tout ce qui vit sur terre demande des conditions spéciales qui doivent être remplies pour qu’il germe et s’épanouisse. »

« On écoute toujours les mêmes radotages parce que c’est un récit fondateur. Nous n’existons que si nous sommes racontés. »

« Elle sent sa colère flamber. Des petites escarbilles impossibles à étouffer. Elle ne sera plus jamais heureuse. C’est comme ça. Un sentiment désormais impossible. Elle ne l’éprouvera plus jamais le reste de sa vie sur terre. Elle n’est plus que haine désormais. Haine envers ceux qui l’ont détruite. »

« C’est ainsi, certaines familles grandissent ensemble. D’autres grandissent en divergeant. Christian, Leonora et Johan ont grandi ensemble, les séparer maintenant revient à arracher l’écorce d’un arbre, c’est ce qu’elle ressent. »

« Elle grossit dans le petit miroir, elle n’est plus seulement un gros point entre les gouttes, mais un être humain qui court, une mère, une épouse. Une ennemie. »

Amour entre adultes, roman d’Anna Ekberg, traduit du Danois par Laila Flink Thullesen et Christine Berlioz, éditions du Cherche-midi, mai 2019 —

Partis sans laisser d’adresse – Susin Nielsen

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C’est chouette un Combi Volkswagen Westfalia, vintage à souhait. Un phénomène de mode aujourd’hui! C’est joyeux, coloré, ça fait penser aux vacances, à l’aventure, à l’insouciance des années 70. Alors quand Astrid dit à Félix, son fils de bientôt 13 ans, qu’il va leur falloir vivre, faute d’argent, quelques temps tous les deux – trois avec Horatio la gerbille – dans ce petit camion aménagé – emprunté -, il n’est pas vraiment convaincu. Mais c’est l’été et si ce n’est que pour une poignée de semaines pourquoi pas… Sauf que le temporaire s’installe. C’est l’heure de la rentrée scolaire, et ils n’ont pas de logement. En rusant, il parvient à s’inscrire. Astrid, mère célibataire, artiste dans l’âme, enchaîne les petits boulots. Constamment, elle est renvoyée à cause de son franc-parler, son impertinence, sa fantaisie. Jour après jour, elle s’enlise un peu plus mais par orgueil ne veut pas se faire aider. Et surtout prie Félix de n’évoquer à personne leur précarité. De peur qu’on les sépare… Au collège, Félix joue le jeu, garde le secret. Il a des amis, des moments de joie, c’est un garçon intelligent, sensible, courageux, il a la tête sur les épaules. Se dit que ça va s’arranger, que les lendemains chanteront forcément… Mais l’automne arrive, le combi se rafraîchit, les repas diminuent, les vêtements s’usent, l’air à l’intérieur se restreint, la promiscuité pèse, et les commodités à l’extérieur il n’en peut plus… Pas toujours facile de faire bonne figure devant les copains, de faire confiance à sa mère, d’avoir foi en un avenir meilleur. La tristesse, la colère, la peine l’envahissent tour à tour. Il en veut à Astrid  et sent que c’est à lui de faire quelque chose pour changer la donne.  Il a une idée : être le gagnant de son émission favorite « Qui? Que? Quoi? Quand? » qui prépare une spéciale Junior, et remporter ainsi les 25000 dollars mis en jeu. Grâce à sa bonne culture générale, Félix passe les sélections avec succès…
Un roman avec plein d’humanité dedans, des personnages émouvants et tellement authentiques, des dialogues tour à tour drôles tendres et graves. Aucun pathos, aucun jugement. La vie telle qu’elle est, avec naturel beauté limpidité douleur. La précarité, sa réalité, abordée avec intelligence sans mièvrerie. À la lecture, nos yeux brillent souvent : on rit on pleure. On est touché, infiniment.

« Nous n’avons pas toujours vécu dans un camping-car. Ça, c’est seulement depuis quatre mois. À l’époque pcv (pré-Combi Volkswagen), nous occupions un sous-sol de trente-sept mètres carrés. Avant cela, un appartement de cinquante-six mètres carrés. Et avant cela, nous avons carrément été propriétaires d’un appart de soixante-quinze mètres carrés. »

 »  » Félix, m’a dit Astrid dans le noir. Je sais que tu m’en veux. Et c’est normal. Mais je t’en supplie, ne lui dis rien. Je vais nous sortir de là, c’est promis. » Je n’ai pas répondu.  » Si tu lui dit, ça risque de déclencher une réaction en chaîne que nous ne pourrons jamais arrêter. (…) Tu serais peut-être séparé de moi, a-t-elle continué. » – C’est peut-être ce que je veux, être séparé de toi.
Nous n’avons plus parlé après cela. C’était cruel de ma part. Mais je n’ai pas retiré ce que j’avais dit. Même quand j’ai entendu qu’elle pleurait tout bas, la tête enfoncée dans son oreiller pour que je ne l’entende pas. Sauf que, comme j’étais à moins d’un mètre d’elle, il y avait peu de chances que ça marche. »

« Mais désormais, j’apprends à croire en quelque chose de nouveau. Quelque chose en quoi ma mère a cessé de croire il y a longtemps. Les autres. Astrid n’a pas eu beaucoup de chance avec eux en grandissant. Mais je ne suis pas ma mère. Et moi, je choisis de croire. »

Partis sans laisser d’adresse, roman de Susin Nielsen, traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plohinec, dès 12 ans, éditions Helium, avril 2019 —

Grand angle – Simone Somekh

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À quinze ans, Ezra est passionné par la photographie. Tant et si bien qu’il n’hésite pas à enfreindre les règles de son lycée, la Yeshiva High School, en photographiant la sœur d’un ami à l’étage des garçons, dans les toilettes. Le cliché est sublime, Ezra a du talent. Mais dans sa communauté juive ultra-orthodoxe, regarder une fille dans les yeux est proscrit. Le jeune homme, élève brillant et curieux, vif et sensible, est immédiatement renvoyé. Ses parents sont contrariés de l’impertinence de leur fils unique. Davantage soucieux des codes de leur religion plutôt que du bien-être d’Ezra. Grâce à sa tante, bienveillante, il va terminer sa scolarité dans une école juive plus ouverte sur le monde. Et il avait tant besoin de cette échappée. Cette communauté l’oppressait. Respirer enfin, se sentir libre, élargir son horizon, sortir de cet endroit confiné où smartphone internet mixité étaient interdits. À la maison, ses parents ont accueilli Carmi, un garçon de son âge, orphelin de mère. Ezra et lui deviennent amis. Mais lorsque la communauté apprend que Carmi est homosexuel, ce dernier est banni. Pour Ezra, c’est insupportable. Ce milieu l’exècre au plus au point. Il part. Loin de la communauté, loin de ses parents. Il fuit ce fanatisme qu’il a enduré toute son enfance et son adolescence. Il devient photographe de mode à New York. Un univers à mille lieues de tout ce qu’il connaît. Il ouvre grand les yeux sur ce nouveau monde – tour à tour beau, surprenant, fascinant, illusoire, angoissant, individualiste – sans jamais renier sa religion. Une religion qu’il sent palpiter à l’intérieur de lui sans la saisir pourtant. Et c’est lors d’un voyage professionnel à Barhein dans le golfe persique qu’il éprouvera le besoin de s’en rapprocher. Aller en Israël pour la comprendre enfin, et se retrouver soi-même.

Un premier roman d’une grande intelligence. Un auteur à suivre, assurément.

« La vérité, c’est qu’en ce moment on est tous les deux bloqués ici et on a l’impression que ça va durer toute la vie. Mais il suffit d’attendre quelques années, d’avoir de la patience, et les choses vont s’améliorer. Aujourd’hui nous sommes assujettis à nos parents, mais plus les années passent, plus leur rôle devient secondaire. Un jour je serai indépendant, puis toi aussi, et tout cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir. C’est toujours ce que je me dis. En fin de compte, l’important n’est pas d’être différent des autres, c’est d’être égal à soi-même. »

« La communauté parlait de lui sans en parler. Elle savait sans savoir, voyait sans voir, commentait sans commenter, jugeait sans juger. Personne ne disait rien, mais tout le monde était au courant. Je restais seul avec moi-même, concentré sur ma vie. J’évaluais tout ce que j’affrontais à travers un filtre utilitariste, pour chaque personne que je croisais je me demandais si elle pouvait me servir ou me nuire, chaque pas que j’accomplissais était une étape de plus vers une nouvelle vie. »

«  »Vous étiez tellement préoccupés de faire correspondre tous les morceaux que vous avez perdu de vue les plus importants. Vous vouliez une communauté et vous avez oublié les hommes. Parfois, je me dis que vous avez regardé la réalité à travers un grand angle : au lieu d’élargir votre horizon, vous vous êtes donné une vision déformés des objets qui étaient au premier plan. » »

Grand angle, premier roman de Simone Somekh, traduit de l’italien par Léa Drouet, Mercure de France, janvier 2019 —

L’arbre de Ploc – Mélanie Rutten

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Ploc et ses amis, Tine Baba le petit Bubu s’amusent ensemble à cache-cache. Tine compte, et pendant ce temps chacun tente de trouver l’endroit secret idéal. Mais bientôt un nouveau jeu commence –  sans Baba et Bubu, partis vers d’autres aventures -. Ploc s’est roulé en boule sous les yeux curieux de Tine. « On joue aux arbres! » lui dit-il. Les voilà devenus une graine qui pousse pousse pousse. Leur corps se déploie tout doux tout doux tout doux et sous le soleil au zénith, se redresse fièrement. Puis, leurs membres s’agitent vite vite vite pour faire apparaître des feuilles et des fruits… qui redeviennent graines. Les deux amis roulent roulent roulent sur la mousse et déboulent dans la mare. S’éclaboussent et rient aux éclats.

Un petit album tout carton pour les tout-petits. J’adore l’univers de Mélanie Rutten, poétique et lumineux à souhait. Durant la course du soleil, en harmonie avec la nature, Ploc et ses amis observent expérimentent et grandissent. Que c’est beau!

L’arbre de ploc, album (tout cartonné) de Mélanie Rutten, pour les tout-petits, éditions MeMo, mai 2019 —

Hello Atlas – Ben Handicott et Kenard Pak

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Atlas linguistique, cet album embarque l’enfant pour un tour du monde des langues. Continent par continent, il rencontre des garçons et des filles de son âge à travers leur langue ou leur dialecte, dans leur environnement et leur quotidien. Chacun prononce une petite phrase que l’on peut écouter grâce à l’application gratuite à télécharger. Interactif, ludique, drôle et enrichissant, cet album va bien au-delà de la simple présentation des langues parlées à travers le monde, il met en évidence la diversité culturelle, sa beauté, sa richesse. Les illustrations douces et chaleureuses, présentées tantôt en vignettes tantôt en pleine page, sont sublimes.

Les continents et leur carte se succèdent avec de courtes descriptions des langues et de leurs familles. L’Europe (langues romanes,  germaniques,  slaves), l’Asie (langues sino-tibétennes, indo-aryennes, sémitiques), l’Amérique du Nord et Centrale (langues indigènes et importées durant les colonisations), l’Amérique du Sud (langues indigènes et européennes), l’Afrique ( langues nigéro-congolaises, afro-asiatiques), Océanie ( langues aborigènes d’Australie, polynésiennes), et l’Antartique (melting-pot linguistique dû aux scientifiques venus du monde entier).

Un bel album documentaire pour partir à la découverte de notre si belle planète! À mettre entre les mains des enfants de six ans et plus.

« Qué dia tan bonito! Quelle belle journée! Voici Santiago. Il parle espagnol. »

« Fijne Verjaardag! Bon anniversaire! Voici Isa. Elle parle Néerlandais. »

« Zdravo! Salut. Voici Nada. Elle parle Serbe. »

« Cad is ainm duit? Comment tu t’appelles? » – Gaélique.

« Sabaai dee mai? Comment ça va? » – Thaï

« Mera nam Lalith hai. Je m’appelle Lalith. » – Hindi

« Donadagvhoi. » Au revoir? Voici Adsila. Elle parle Cherokee. »

« Marhabaan. Bonjour. » – Arabe

« Maita’i. Je vais bien. Voici Manuia. Elle parle Tahitien. »

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Hello Atlas, album de Ben Handicott et Kenard Pak, préface du professeur Wade Davis, avec une appli gratuite à télécharger pour accompagner la lecture, traduit par Emmanuel Gros, à partir de 6 ans, Little Urban, juin 2019 —