Bienvenus – Barroux

bienvenusQu’il est doux de vivre sur la banquise quand on est un ours polaire! Pêche, lecture, farniente, c’est un bonheur de chaque instant d’habiter ce bout du monde…. jusqu’à ce qu’un énorme et terrifiant CRAC retentisse ! Le sol vient de se dérober sous les grosses pattes velues. Une minuscule île glacée emporte les ours, complètement abasourdis. Ils dérivent… seuls au milieu de l’océan. Après la traversée d’une violente tempête, il est vital pour eux  de trouver un refuge et fissa, car leur embarcation de fortune, fond. Les plantigrades vont malheureusement découvrir qu’il n’est pas facile d’être accepté par autrui… la différence inquiète, le changement fait peur… l’étranger est étrange ; on le rejette. Ainsi, les vaches trouvent les ours trop poilus, le panda solitaire, trop nombreux, quant aux girafes, elles ne prennent même pas la peine d’écouter leur appel à l’aide, trop occupées à prendre le thé.

Y-a-t-il quelque part une terre, un abri, un asile… un endroit rassurant, sécurisant, accueillant ?

Sur les routes, sur les mers, ils sont chaque jour plus nombreux – hommes femmes enfants – en quête d’un refuge, fuyant l’horreur de la guerre, la tyrannie, la misère ou comme nos ours s’inclinent devant le réchauffement de la planète.  Un album à lire aux enfants dès quatre ans, parce que « L’accueil des réfugiés est l’affaire de tous!« .

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Bienvenus, album jeunesse de Barroux, à partir de quatre ans, Kaléidoscope, Janvier 2017 —

Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde – Frédéric Kessler et Alain Pilon

lettresamongrandpereCher Thomas, les lettres adressées autrefois à ton petit frère pas encore né avait fait chavirer mon cœur de maman, les lettres que tu envoies aujourd’hui à ton grand-père qui n’est plus de ce monde le bouscule tout autant. Je me souviens de tes angoisses et des mille questions que tu te posais  à l’arrivée sur terre de ton petit frère et je comprends tellement tes inquiétudes et tes interrogations sur le départ précipité de ton grand-père. La vie place parfois sur notre chemin des situations nouvelles, comme la naissance ou la perte d’un être aimé qui questionnent, peinent ou irritent. L’inconnu trouble et tourmente. La connaissance calme et apaise. Et cela, tu l’as très bien compris en écrivant tes lettres. Au fur et à mesure, tes mots emplis de colère, d’incompréhension puis de tristesse se sont fait plus tendres et affectueux. Tu oses même écrire des petites phrases teintées d’humour. Et puis tu t’aperçois que la vie continue malgré l’absence de ton papy, alors tu ne postes plus de lettres… mais tu n’oublieras jamais ce grand-père, il t’arrivera de penser lui, tu garderas précieusement dans ton cœur les bons moments partagés et plus tard tu présenteras des photos à tes enfants, qui les montreront à leur tour à leurs propres enfants. Ainsi, ce cher grand-père qui n’est plus de ce monde sera tout de même là, en bonne place dans l’histoire familiale. Belle vie à toi, Thomas.

Frédéric Kessler parvient à mettre des mots justes et vrais sur les bouleversements qui assaillent un enfant à la perte d’un être cher. Sans pathos, le texte n’est que sincérité et vérité, beauté et intelligence, sensibilité et délicatesse.  La série de lettres met en évidence l’évolution de la pensée du petit garçon, qui soulève et répond lui-même à ses propres questions. Alain Pilon, quant à lui, dépeint avec simplicité et finesse ces situations où le personnage est en quête de lumière. Il sait capter l’instant, riche de sens, d’émotion et de drôlerie.

Un petit album fort, touchant et lumineux.

« Je te demande pardon de m’être emporté, c’est que la semaine dernière, je ne m’étais pas encore renseigné sur la mort et je ne savais pas que ça empêchait d’écrire et de jardiner. Je ne sais pas encore si ça empêche de lire, alors je continue à t’écrire au cas où. »

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Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde, album jeunesse écrit par Frédéric Kessler et illustré par Alain Pilon, dès 5 ans, Grasset Jeunesse, Février 2017 —

GRAND – le magazine de littérature jeunesse de l’ école des loisirs

grandDès demain, GRAND, le magazine – annuel et gratuit – de littérature jeunesse de l’école des loisirs  sera en bonne place dans toutes les librairies et les bibliothèques. Adressé aux passeurs de livres et de culture, il est aussi et surtout destiné aux ENFANTS.

Au sommaire de ce premier numéro de GRAND des  RENCONTRES avec le pédopsychiatre Patrick Ben Sousan qui met en évidence l’importance de la lecture chez les tout-petits, avec Viviane Bouysse de l’inspection générale à l’éducation nationale qui nous parle du jeu (imaginaire, activité créatrice, production de récits, échange, émotion ressentie…), dans l’atelier de l’illustratrice et auteure Kimiko qui évoque sa passion pour les « pop-up » albums animés, avec l’auteure Marie-Aude Murail qui lève le voile sur l’identification et la projection de ses lecteurs sur ses personnages, des ACTIVITÉS pour les enfants et les adolescents avec la réalisation d’un pop-up animal, la création d’un mini-livre et des guirlandes des incontournables Billy et Simon, une enquête à mener au fil des indices disséminés dans des romans policiers, des SÉLECTIONS thématiques d’albums romans jeux cahiers à dessiner et autres albums filmés, des CADEAUX : cartes postales, posters, marque – pages.

La publication de ce magazine est une belle et GRANDe initiative littéraire et ludique, qui ravira tout le monde, les petits-GRANDS et les GRANDS-petits. Ici, on s’est régalé avec mes enfants de 8 et 11 ans!

« La littérature de jeunesse est un échange d’âme à âme entre le plus intime du lecteur et le plus intime de la personne de l’auteur ». Claude Ponti

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Grand, magazine de littérature jeunesse (annuel et gratuit), L’école des loisirs, Février 2017 —

Les mille talents d’Euridice Gusmào – Martha Batalha

milletalentseuridice2-jpgUne couverture un brin vintage, chatoyante, une écriture virevoltante et balancée, des petites phrases ici et là répétées à l’envie, une auteure qui interpelle le lecteur, des femmes qui se débattent comme des lionnes dans des vies orageuses, des hommes qui pensent dominer et qui s’écrasent lamentablement, des histoires de cœurs de sœurs de voisinage de commérage, des histoires familiales filiales, des histoires de situations de conditions, des histoires de talents et de penchants… dans les années 1940-60 au Brésil.

Et dans ce roman choral rayonne Euridice, une femme épatante aux innombrables talents qui, en se mariant à Antenor devient une épouse et une mère modèle. Elle s’occupe à merveille de la maison et prend soin de tous mais elle le fait si vite et  parfaitement qu’il lui reste beaucoup de temps… à s’ennuyer.  Alors, elle comble le vide en apprenant la cuisine, la couture, l’écriture, domaines où elle excelle. Comme il est hors de question que son mari soit au courant de ses occupations, elle crée une vie parallèle qu’elle nomme « vie invisible », subterfuge qu’elle a trouvé pour sortir de sa condition de femme au foyer. Avec le désir secret de s’extirper un jour de cette double vie, de s’affranchir. Et autour d’elle, gravitent d’autres femmes, qui comme elle se heurtent à des murs d’incompréhension, des règles établies depuis des lustres. Quand Guida, sa sœur – qui a fui le foyer familial, adolescente, pour suivre un homme  – sonne à la porte, Euridice trouve une alliée…

Un roman optimiste et lumineux malgré les douleurs et les malheurs. Des histoires alambiquées, comme autant de contes,  qui se terminent toutes par une note d’espoir. Drôlerie et ironie parsèment les pages décrivant une réalité pourtant sombre, un parti pris de l’auteure qui fonctionne bien. Une lecture originale et intéressante dans laquelle il m’est tout de même arrivé de me perdre  dans les entrelacs des nombreuses digressions.

« Antenor allait travailler, les enfants allaient à l’école et Euridice restait à la maison, à tamiser de la farine et à ressasser les pensées stériles qui lui empoisonnaient la vie. Elle n’avait pas de travail, elle n’allait plus à l’école : comment remplir ses heures après avoir fait les lits, arrosé les plantes, balayé dans le salon, lavé le linge, assaisonné les haricots, fait cuire le riz, préparé le soufflé et faire revenir les steaks? Parce que figurez-vous qu’Euridice était une femme brillante. Si on lui avait donné des calculs compliqués, elle aurait conçu des ponts. Si on lui avait donné un laboratoire, elle aurait créé des vaccins. Si on lui avait donné des pages blanches, elle aurait écrit des classiques. Mais on lui donnait des culottes sales, qu’elle lavait aussi vite que bien, avant de s’asseoir sur un sofa, de regarder ses ongles et de se demander à quoi elle aurait bien pu penser. »

« Le corps d’une mère est un excellent remède à la colère. Ils se serraient fort l’un contre l’autre, sous les draps. Guida pensant protéger son fils, son fils pensant protéger sa mère. Guida respirait profondément pour que Chico la croie endormie, et Chico respirait profondément pour qu’elle le croie endormi. Et ils s’endormaient en même temps. »

« Tout imbue d’elle-même, cette Guida, aussi imbue d’elle-même que sa soeur, mais d’une façon tout à fait différente. Euridice était imbue d’elle-même parce qu’elle aimait vivre dans son petit monde à elle, et Guida l’était parce qu’elle aimait être la plus belle, dans ce petit monde à eux tous. »

« Les écrits d’Euridice menaient une petite vie tranquille, au fond de ce tiroir de bureau. La lumière n’y pénétrait qu’une fois par jour, accompagnée de nouvelles pages noircies. Il n’y avait pas d’autres bruits que la machine à écrire. En plus de la mélancolie, ces écrits possédaient un pouvoir quasi magique dont certaines pages seulement peuvent se vanter, celui de déranger beaucoup de monde. »

Les mille talents d’Euridice Gusmào, roman de Martha Batalha, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, Denoël éditions, 249 pages, Janvier 2017 —

Strada Zambila – Fanny Chartres

stradazambilaStrada Zambila, une rue de Bucarest, abrite deux sœurs, Ilinca et Zoé, douze et huit ans.  Privées pour un temps de leurs parents, partis en Normandie, à Yvetot, pour améliorer leur condition de vie en Roumanie (« des cueilleurs de fraises », ainsi sont appelés les roumains qui vont travailler dans d’autres pays), elles ne sont évidemment pas seules ; Bunica et Bunicu – grand-mère et grand-père en roumain – sont venus les rejoindre rue Zambila, avec leurs huit chats ! Si l’absence parentale ne semble pas bouleverser la vie de Zoé, petite fille virevoltante, gaie et facétieuse, Illinca elle, est très affectée par cet éloignement. Rien ne peut remplacer le vide laissé par sa mère et son père, malgré la bienveillance de ses aïeux, les pitreries de sa sœur et les turbulences des nombreux félins. Son humeur balance entre la tristesse et la colère.  Régulièrement, les filles discutent avec leurs parents via Skype. Un moment douloureux pour Illinca. Noël approche et ses parents ne sont pas là.

Heureusement, un souffle lui parvient, une respiration dans sa bulle toute triste: un concours d’arts plastiques est organisé à l’école. Elle fait équipe avec Florin, un garçon rom de sa classe. Ensemble, ils arpentent Bucarest, un appareil photo dans les mains d’Ilinca et de la poésie dans le cœur de Florin.Ilinca va poser sur sa ville, un regard différent. Elle va y trouver de la douceur, de la chaleur, de la lumière, des couleurs, des senteurs, des quartiers jusqu’alors inconnus, des gens généreux… Comment ses parents ont-ils pu laisser cette ville pleine de joie ? Leurs bras et leurs voix lui manquent tellement… Heureusement, Bucarest l’enveloppe, la rassure, lui tient chaud. Et puis Florin est là, lui.

Mais derrière le décors, la réalité la surprend et la désarme : préjugés et racisme, différences et contradictions, apparences, silence et dissimulations.

Un roman d’ombre et de lumière qui se déploie avec sensibilité et humanité.

 » Tes saisons, Bucarest, sont une vraie provocation pour mes sens. (…) Quand je sors et que tu me prends dans tes bras, quand tu souffles ton air chaud ou froid sur mes joues, ma peau se colore, vivante et réagissant au souffle de ta bouche. Je me love dans ta brise, m’enroule à tes fils électriques et tourne dans ton grand manège. »

 » La langue roumaine réunit l’attente, le manque et le regret en un seul petit mot, qu’aucune autre langue ne peut traduire : le dor. Et je crois qu’en ce moment l’état de mon âme est tout entier contenu dans ces trois lettres. »

« Je crois que ma grand-mère « entend » ce que je ressens. Elle a pris l’habitude de me laisser des petits mots dans des endroits que je suis la seule à connaître. Hier soir, j’ai trouvé glissé dans la couverture de notre canapé-lit : « Ton coeur est un accordéon, il faut respirer pour que la musique s’en échappe. » »

« À l’école, je suis avec tout le monde et avec personne à la fois. À force de voir s’en aller les gens auxquels on est attachés, on finit par ne plus s’attacher à quiconque. Je suis là sans être là. « 

Strada Zambila, roman jeunesse de Fanny Chartres, illustration de couverture Iris de Moüy, à partir de 9 ans, L’école des loisirs, 214 pages, Janvier 2017 —

La danse sorcière – Karine Henry

dansesorciereDe la lucarne d’en face, un œil observe Else, dans son appartement de la rue Malher donnant sur les toits de Paris, une sombre présence la frôle, une pesanteur, une puissance, le passé qui resurgit. Danseuse à l’Opéra Garnier, quitté avant l’étoile, danseuse au Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, laissé après la mort de Lila – sa grand-mère, sa seule famille -, danseuse aujourd’hui à la compagnie des Kachinas, connue pour ses danses rituelles spirituelles, il lui est désormais impossible d’arpenter de ses pointes l’immense pièce inondée de lumière. La salle de danse privée aux larges baies vitrées, aménagée par Lila, est devenue un lieu impénétrable, froid et obscur.

Son corps de ballerine qui chaque jour s’élance, s’élève, s’étire, se tord, s’enroule, semble ployer maintenant sous le poids de la peur. Angoisse de la folie qui rôde. Ce même corps qui, un temps, s’était figé, changé en pierre, quand petite fille son père avait été mortellement fauché par une voiture, sous ses yeux. Un choc d’une violence extrême qui bloqua alors son corps, en catatonie, et son esprit, en amnésie. Le visage du chauffard vu distinctement, ainsi qu’une silhouette sur sa gauche sont immédiatement rayés de sa mémoire  Sa mère, éplorée et hystérique, la tient pour responsable, et se met à la haïr.

Lila, sa grand-mère paternelle, ancienne danseuse et professeure de danse, la prend sous son aile et lui réapprend à se mouvoir. La danse comme psychothérapie, esquive et délivrance. Ainsi, en dansant, Else tente de transcender le traumatisme de l’enfance. L’atteindre, le percer, le confondre. Danser pour se purifier, se conjurer, dénouer ses instants d’amnésie. Lever le voile sur un passé qui l’encombre.

Aujourd’hui,  elle habite avec Charles son mari, dans l’appartement de sa grand-mère disparue. La vie suivait son cours jusqu’à ce jour où un œil maléfique lui apparaît derrière la lucarne d’en face et des ombres la tourmentent. Charles, Lucas – le chorégraphe des Kachinas – et Irve d’Hastings , un ancien danseur, ami de Lila et philosophe – tentent de l’extirper de la folie qui semble s’être emparée d’elle.

Roman sur le corps dansant ; le mouvement, l’élan, le geste, la chair, le muscle, l’articulation, la force, la pesanteur, le soubresaut, l’envolée, la répétition, la chute, l’intention, la délivrance… La danse comme actes de langage. Roman sur le monde sensible de la danse dans lequel réalité, fantastique et imaginaire s’enchevêtrent, personnages de fiction et grands noms de la danse – Mary Wigman, Pina Bausch, Carolyn Carlson, Tero Saarinen, Vaslav Nijinski, Maurice Béjart entre autres – ont chacun leur place, les ballets et solos vont bien au-delà des représentations.

Une lecture exigeante mais prenante, une plongée psychologique et philosophique dans la mécanique de la danse, une atmosphère tendue, inquiétante et fascinante. Malgré une fin décevante, convenue et faible au regard de l’intensité du reste du texte,  La danse sorcière demeure un livre puissant et prégnant.

pinabauschPina Bausch

« Else le savait, qu’on sorte de scène ou de la salle, avait lieu le même prodige : on était devenu un peu plus soi-même, avec les autres en dedans… Oui, c’était cela qu’entrer dans la danse de Mme Bausch, on se laissait danser comme agi par l’élan d’une vision, et soudain danser revenait à attraper la vie au col, la montrer, la voir sous tous les angles, puis la remettre à terre et la laisser courir, s’envoler… Ou bien était-ce comme lorsqu’on soulève une pierre sur un chemin de terre et qu’on découvre, au-dessous, cette vie qui grouille, oui, c’était cela que faisait Mme Bausch, elle soulevait des pierres, parfois même des rochers, pour nous laisser entrevoir la richesse ignorée et évidente à ne pas piétiner, puis reposait sans rien écraser. »

carolyncarlsonCarolyn Carlson

 » notes – le corps d’une danseuse : matière de son oeuvre / matière vivante sculptée par l’unique volonté du mouvement. »

« Sur demi-pointes, Else ne s’arrête plus, propulsée, le regard projeté en avant d’elle avant chaque fin de tour comme un grappin que l’on jette à travers l’espace… Jusqu’aux baies, seize tours sont possibles, pas un de plus, elle le sait, mais ne sait plus où elle en est, l’élan est trop vif, et l’ivresse, elle ne peut retenir le tour prochain qui arrive et c’est le choc : front contre vitre… Assommée, Else ne relève pas tout de suite la tête, expulse la douleur dans les expirs jusqu’à ce moment où elle revient à elle, se redresse et se fige : en face, la lucarne, derrière le tissu, il y a eu cet éclair, un halo lumineux d’une infime durée mais dont demeure une tache au cœur de quelque chose persiste, un orbe, un orbe luisant, un œil !… Oui! C’est un œil qui la fixe, la foudroie! Else, les paumes écrasées contre la paroi de verre, le froid, la vision, le poignard de la vision dans les yeux, Else ne bouge plus, sidérée, elle ne vit plus, pétrifiée, se rétracte, se replie comme un oiseau piégé, seul le cœur bat dans la gorge, dans les yeux qu’elle ferme puis rouvre sur cela : des toits, une lucarne, une vitre et, derrière, un simple rideau qui se balance. »

danseuseauxbougienoldDanseuses aux bougies, Emil Nold (1912)

 » À nouveau Else considère l’œuvre : sur le fond orangé ressort le rose vif de la chair des femmes ainsi que leur bouche du même rouge que leurs seins… Cette danse fête la chair des femmes, chair et élan, chair et sang… Ne sont-elles pas femmes menstruées, femmes sexuées, endiablées, enflammées, somptueuses diablesses faisant par leur danse offrande de leur sexe? »

Blue Lady de Carolyn Carlson, passation de ce solo au danseur tero Saarinen

« Le geste de la danse comme celui minutieux de l’archéologue… La mémoire du mouvement comme la mémoire de la douleur. Car un corps n’oublie rien de ce qui le marque : il consigne. Tatouage de l’âme, ineffaçable des chairs. »

La danse sorcière, roman de Karine Henry, 632 pages, Actes Sud, Janvier 2017 —

Charles à l’école des dragons – Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin

charlesdragonAu temps des dragons, monstres fabuleux à la force titanesque, à l’élégance fantastique, aux couleurs flamboyantes, au tempérament de feu, aux griffes acérés, aux ailes éblouissantes, à l’aura menaçante…. naît Charles, un bébé dragon. La créature est magnifique mais son corps est chétif, ses pieds énormes et ses ailes immenses… Pour ses parents, il est le plus beau de tous les dragons et Charles, seul avec eux, ne voit aucune différence. À fur et à mesure qu’il grandit, son imagination se fait débordante et son amour pour la poésie le transporte. Le petit dragon est la douceur incarnée… Mais, lors de sa rentrée à l’école des dragons, sa singularité lui saute aux yeux. Les dragonnets sont bruyants et agités (difficile d’écrire des poèmes dans un vacarme pareil!), la maîtresse leur apprend à cracher du feu et à voler (impossible d’avoir du souffle avec un corps si fluet et de prendre son envol avec des ailes aussi lourdes). Charles se sent seul et incompris. Quand les élèves brûlent leur cahier et font la course dans le ciel, lui écrit des poèmes et plane (en rêvant). On se moque de lui, jusqu’au jour où une mouche minuscule lui dit les mots qu’il faut.

Cet album, c’est une explosion de couleurs, d’émotions, de détails et de délicatesse. Les illustrations sont somptueuses, le texte est envoûtant et sensible. De la différence qui isole à celle qui rend fort, il y a l’élan, la générosité, la grâce. Du très beau.

« On me dit de cracher,
alors très bien crachons.
Mais pour cracher du feu
je suis trop maigrichon.
Mon souffle est bien trop faible
pour les incendies.
Je ne crache que des mots,
que de la poésie… »

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Un énorme merci à Nadine pour ce joli cadeau!

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Charles à l’école des dragons, album d’Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, à partir de 6 ans, Seuil Jeunesse, première parution en 2010 (photographies ci-dessus : version poche de l’album) —