Béatrice – Joris Mertens

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Année 72, Paris Bruxelles Anvers? De hauts immeubles gris, le flot incessant des voitures, la vague houleuse de la foule, la lumière jaune du petit matin qui fait pâlir les enseignes aux néons ; la ville s’agite. Un petit point rouge bouge dans le cortège ; Béatrice. Le défilé va bientôt s’arrêter ; chacun à son affaire. Mais avant pour Béatrice, passage obligé à la gare, voyage en train, lecture de Sagan, Bonjour tristesse, et dans la tête l’image d’un sac rouge vif entraperçu par terre près d’un portillon. Puis vient la montée des marches au tapis vermeil du grand magasin où elle travaille ; vendeuse de gants de luxe. Et le soir faire le chemin à l’envers, revoir le sac rouge que personne n’a touché. Comme à l’ordinaire, se retrouver seule dans son petit appartement sous les toits. Et partir ailleurs ; en littérature. Le lendemain, même itinéraire, même foule, même solitude, même lumière, même labeur… mais ce soir-là, Béatrice saisit le sac. Sa couleur, identique à son manteau, s’y fond. Invisible de tous, incroyable pour elle, cet objet va briser l’habitude, bousculer son existence. Dans ce sac, un album, dans cet album, des photographies, une époque en noir et blanc, un homme une femme, l’émanation d’un amour fou, des poses et des lieux… et par-delà les images, Béatrice sourit. Grâce aux indices, ici et là, elle part en quête des endroits foulés par ce couple de papier dans les années 20. Les rues prennent alors des couleurs et une chaleur insoupçonnées, comme la vie de Béatrice qui s’éclaire à chaque pas. Elle plonge tantôt dans le roman d’Erich Maria Remarque  Arc de triomphe, tantôt dans les clichés des années folles… et quitte la monotonie de sa vie.
Vie rêvée, amour fantasmé, temps suspendu puis perdu… Quel merveilleux album, aux illustrations sans texte, puissamment évocatrices profondément émouvantes, sur le temps qui passe, l’ennui, la solitude. À la lecture de Gatsby le magnifique, Béatrice bascule vers la réalité, et en refermant l’album les mots de F. Scott Fitzgerald me reviennent :  » C’est ainsi que nous nous débattons, comme des barques  contre le courant, sans cesse repoussées vers le passé. »

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Béatrice, bande-dessinée (sans texte) de Joris Mertens, Rue de Sèvres, mars 2020 —

Le carnet de Lola Boumbadaboum – Baptiste Chaperon et Héloïse Solt

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Deux fillettes dans un parc, surveillées par leur maman. Deux copines de bac à sable. Elles ont le même âge, Lilou et Lola. Elles s’aiment beaucoup, Lola et Lilou. L’une a les cheveux défaits, flous et roux, de grands yeux verts. L’autre a de longues tresses brunes et sur elle, son sac à trésors. Lola est vive, enthousiaste et bavarde, Lilou semble passive, immobile calme et silencieuse. Deux enfants avec leurs différences. Deux amies pourtant. Lilou est autiste. Quand Lola l’a rencontrée, elle a senti qu’elle était « spéciale » avait un comportement étrange. Très vite, elle s’est mise en quête de stratégies pour communiquer avec elle. Avec délicatesse et intelligence, Lola, à chacune de leur retrouvaille au parc, crée des situations, invente des jeux et des histoires pour faire réagir – intéragir -, sourire, rire Lilou. Lola fait le clown, fait semblant de tomber – boumbadaboum -, lui présente Cylou son inséparable poupée, la fait valser dans les airs – et boumbadaboum – trace des chemins dans le sable pour faire rouler des billes à paillettes, lui offre un tube à bulles de savon… et puis elle fabrique un jeu de cartes qui lui permet à travers des dessins de proposer des jeux, de décrire des émotions, de connaître ses envies. Évidemment, quelquefois Lilou reste impassible, crie, pleure… Alors Lola se sent impuissante, triste et pleure aussi un peu, à l’intérieur. Mais le lendemain, un câlin un petit mot de son amie, et le soleil brille à nouveau.
Un petit roman en forme de carnet intime, l’histoire vraie d’un lien d’amitié plus fort que tout, quelques clés pour mieux communiquer avec un enfant autiste. Un texte plein d’amour d’humour de bienveillance et des illustrations orange fluo pétillantes tendres et rigolotes. Ajoutons que l’auteur a dédicacé ce livre à Lucie, son incroyable petite sœur un peu… « spéciale ».

« Je me rappelle, j’étais contente. Il y a pas beaucoup d’enfants dans ce parc, et encore moins de mon âge. J’avais enfin une copine avec qui jouer. Mais cette fille, elle bouge pas. Elle regarde le sable sans dire un mot. Rien. Comme une statue. Moi, quand je fais rien, je fais quand même quelque chose : je me raconte des histoires, je chante… Mais elle, elle fait rien, comme si elle était éteinte. »

« Lilou, c’est ma meilleure copine. Elle est un peu spéciale… Elle est pas comme mes autres copines. Je crois que c’est justement pour ça que je l’aime autant. »

Le carnet de Lola Boumbadaboum, roman de Baptiste Chaperon et Héloïse Solt, ateliers en fin d’ouvrage réalisés par Sarah Marquant – enseignante spécialisée rattachée au service pédiatrie du CHU d’Amiens, éditions Little Urban Mars 2020 —

Ce que nous sommes – Caroline Bongrand

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La fin d’un amour à Délos, déception et désillusion, la mort de la mère, mésentente et malentendu, des maux physiques psychologiques émotionnels impénétrables, le sentiment que son nom sonne faux, des interrogations à foison sur l’arbre familial, des blancs, des doutes… autant d’éléments épars et pensants qui engorgent la vie de Caroline Bongrand. Plus que tout, elle désire lever le voile sur le passé pour réveiller – révéler – son présent. Cela devient pour elle viscéral d’en savoir davantage, pour comprendre ses propres agitations attitudes et décisions concernant ses relations amoureuses destructrices,  son lien  filial trouble, son hypersensibilité. Alors elle remonte le temps du côté maternel et paternel, tente de reconstituer le puzzle familial. À travers des photographies, des témoignages, des documents, elle dessine le portrait des hommes et des femmes – s’attardant sur elles évidemment – de sa lignée. Des femmes différentes ; des taiseuse qui s’effacent, et d’autres qui brillent, extravagantes et déterminées. Avec de part et d’autre, des amours passionnelles. Au cours de ses recherches, l’auteure fait des découvertes étonnantes, souvent émouvantes où l’histoire familiale et l’Histoire avec un grand H se croisent – elle apprend notamment que Michel Bongrand son père, résistant coordinateur de la France Libre, est sauvé de la mort par un soldat qui se sacrifie pour lui : un dénommé Jean Piot ; Ernest Raudnitz son arrière-grand-père, couturier célèbre, qui avait pour cliente Madame Proust avait fait fabriquer une petite chaise pour le petit Marcel lors des essayages… On lui a aussi parlé de La maison arabe à Orsay, endroit extraordinaire malheureusement détruit. Elle se rendra d’ailleurs sur ce lieu de mémoire en pélerinage, et sous les gravats trouvera une étoile de David gravée sur une marche, intacte -. Et lorsque les manques ne sont pas comblés – ou ne la comble pas!? – par les traces anciennes, elle convoque la littérature. Elle invente, elle crée de toute pièce les liens. Assemble les fragments.
Un roman autobiographique prenant, une écriture spontanée, une construction narrative faite d’allers et retours temporels, une quête de sens intime qui soulève des questions existentielles universelles – les agissements de nos aïeux déterminent-ils les nôtres? Existe-t-il une prédisposition familiale, relative à nos comportements à nos amours à nos aspirations?

« Il faudra que je regarde la définition du mot « excursion ». Est-ce sortir de soi? Il y a des endroits qui nous changent. L’on en attendait rien. On ne fait que s’y trouver. Et quelque chose vient nous surprendre au fond de nous, nous sortir d’une routine ou nous réveiller d’une mélancolie tue, ou, là : faire écho. »

« Il faut un lieu pour faire une famille, un lieu fixe. Peut-être que mes parents n’ont pas réussi à construire une famille parce que pour eux il n’existait déjà plus de lieu, ou qu’ils n’ont pas su en choisir un. Parce qu’il n’ont jamais véritablement réussi à s’ancrer, géographiquement. Chacun porte en soi des impossibilités, c’est comme ça. Il faut une terre, même regrettée, même imaginaire, ou, à défaut, promise. »

« Un véritable amour, c’est quelqu’un à qui l’on pense encore des années après – tout une vie en réalité. Sinon, c’était un tout petit amour. Personne ne parle jamais du « petit amour ». On devrait. »

« J’ai mis quarante-six ans à m’aimer. Cela aurait pu être pire, j’aurai pu ne jamais y parvenir. J’ai décidé de m’aimer, parce que c’est la seule chose à faire. Arrêter de se comparer aux autres, arrêter de se morfondre sur ce que l’on aurait pu faire ou réussir, de trouver des excuses pour ne pas faire les choses, arrêter de penser et de dire que c’est la faute des autres. Nous sommes toujours responsable de ce qui nous arrive. « 

Ce que nous sommes, roman de Caroline Bongrand, éditions Denoël, janvier 2020 —

La belle échappée – Maylis Daufresne et Magali Dulain

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Entre les feuillages, Alice aperçoit un petit chat sauvage. Elle aimerait tant le suivre et jouer avec lui par-delà la lisière, mais elle entend l’appel de sa mère. Le soir tombe, il faut rentrer… Ce qu’Alice ne sait pas, c’est que de l’autre côté du jardin, alors qu’elle rêve à la fenêtre de sa chambre, le chaton est en grande discussion avec les animaux de la forêt. Hibou, renard, lapin, écureuil biche et loup écoutent avec attention sa demande : il aimerait tant que la fillette vienne les rejoindre pour jouer avec eux derrière le rideau de la forêt et le voile de la nuit. Le loup, chef du conseil acquiesce. Tous se précipitent sous la fenêtre ouverte et font la courte échelle à Alice, ravie. La petite bande s’enfonce dans le bois, au cœur de la nuit. S’ensuit une longue chevauchée fantastiquement joyeuse.  Le lendemain, c’est au tour du petit chat de passer la journée au sec dans la maison d’Alice, alors qu’il pleut à verse. De s’amuser follement avec une ribambelle d’enfants et de s’aventurer dans tous les coins et recoins.
Un bel album, qui sous les mots doux et apaisants de Maylis Daufresne, ôte à la nuit toute peur et toute angoisse. Une nuit lumineuse et bienveillante merveilleusement dessinée par Magali Dulain. Alors vous aussi, échappez-vous en beauté, et respirez la nuit!

« Le chaton prend alors la tête d’une folle farandole. Alice pirouette et valse du hibou au lapin, escalade les arbres avec l’écureuil, dégringole les talus à la suite du loup, hume les fleurs des bois aux côtés de la biche. Elle se couche par terre et respire la nuit. »

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La belle échappée, album jeunesse écrit par Maylis Daufresne et illustré par Magali Dulain, dès 5 ans, éditions Le diplodocus, mars 2020 —

Jours d’hiver – Bernard MacLaverty

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Depuis de longues décennies, Stella et Gerry vivent ensemble. Mariés, parents d’un fils parti au Canada, grands parents, retraités, ils respirent aujourd’hui le même air de leur maison irlandaise et partagent presque toutes les heures du jour et de la nuit. Un quotidien devenu pesant pour ce couple, qui avec le temps s’interroge sur ses sentiments présents, sur les fêlures que le passé a creusé, et sur l’horizon au crépuscule de son existence. Les années ont filé à une vitesse folle, chacun investi dans ses occupations professionnelles, les éloignant l’un de l’autre. Et maintenant, mari et femme se retrouvent tous les deux, côte à côte. Avec chacun son addiction : l’une la religion – en quête d’une lumière, d’une échappée – l’autre l’alcool – dépendance qui le rend aveugle et sourd au mal-être de Stella. Perdus dans leur solitude respective, ils s’envolent pourtant pour Amsterdam. Un voyage plein d’espérance pour Stella qui souhaite enfin avoir la force de libérer ses mots son trouble, et de quitter cet homme qu’elle pense ne plus aimer.
Un roman intimiste à la portée universelle sur les tourments de la vie de couple, le temps qui passe, les oscillations du cœur, le déclin physique et psychologique lié à la vieillesse. Un roman infiniment touchant, avec des personnages ô combien attachants et des dialogues tour à tour tendres et percutants d’une grande justesse.

« En parlant, Stella n’arrivait pas à soutenir le regard de Gerry, ce qui ne lui ressemblait pas.
« Je fais du surplace, reprit-elle. J’ai fondé ma famille, j’ai rempli ma mission. Ça ne peut pas être terminé, si? Il me reste dix ou vingt ans, disons. On a mal découpé le patron de notre vie. Elle ne nous va pas bien. En tout cas pas la mienne… mais je ne sais pas pour toi.
Gerry haussa les épaules. Puis il comprit soudain qu’elle faisait de l’ironie. Elle se tue un moment.

« Je suis paumé, dit-il en cherchant son regard. Qu’est-ce que tu essaies de me dire?
– On n’a pas les mêmes croyances, poursuivit-elle les yeux toujours rivés sur la nappe.
– On l’a toujours su, ça.
– Mais maintenant les choses ont changé. J’ai le sentiment de partir à la dérive. Je veux faire quelque chose du temps qu’il me reste. Autre chose que de te regarder boire.
– Est-ce que je suis quelque part dans ton story-board?
– pas vraiment.

« Non, est-ce que tu te sens proche de moi.
-On est côte à côte.
-Allez. Réponds moi.
-Comment formuler ça? Disons que si quelqu’un me demande depuis quand on est mariés, je réponds simplement : »Ça commence à faire longtemps. » Ils sourirent tous les deux. Il y eut un silence, de temps en temps interrompu par les bruits du sécateur et de la bêche plantée dans la terre meuble. »
« Dans toute relation, il y a une fleur et un jardinier reprit Stella. Un qui fait le boulot et l’autre qui parade. »

Jours d’hiver, roman de Bernard MacLaverty, traduit de l’anglais (Irlande) par Cyrielle Ayakatsikas, Rivages, octobre 2019 —

Les voisins mode d’emploi Enfermée dehors – Agnès Mathieu-Daudé et Charles Berberian

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Une petite fille – enfin pas si « petite »; onze ans et un tempérament de grande – raconte son quotidien d’enfant de parents séparés. Une mère pilote de ligne qui passe son temps dans les nuages ou à Oslo, Moscou, Orlando, Singapour… Et un père qui passe le sien à conter fleurette à Fleur, passionnée de jardinage. Pas de frère et sœur, plus d’amoureux, peu d’amis, la fillette est souvent seule. Dit comme ça, on pourrait croire que cette histoire est d’une tristesse infinie… Que nenni! Car la grande fille – dont on ne saura le prénom qu’à la toute fin – est pleine de ressource de courage et d’intelligence. La situation n’est ni simple ni agréable mais la vie continue, et elle n’a pas envie de courir derrière alors elle agit en conséquence. Elle se débrouille. Mais un mardi soir comme un autre, elle est seule dans l’appartement maternel quand la sonnette se fait entendre. Elle sort sur le palier, regarde à gauche à droite, s’avance… personne. Puis un bruit de porte. La sienne! Elle se retrouve enfermée dehors! En pyjama! Il va lui falloir demander de l’aide aux voisins… Seulement elle n’en connaît aucun, elle n’a pas l’habitude de parler à des adultes… Heureusement, sa rencontre avec Antoine – un écrivain de l’âge de son père qui en attendant d’avoir du succès, traduit des notices de micro-ondes de l’espagnol –  va bousculer l’existence de cette grande petite fille. Ensemble, ils uniront leur solitude pour résoudre une étrange énigme au sein de leur immeuble.
Des personnages attachants, une histoire tendre drôle et captivante, une écriture joueuse et rythmée, des illustrations pleines de délicatesse – qui me font penser à Sempé et son Petit Nicolas -. En tournant la dernière page, on espère qu’une chose : lire la suite!

« Papa s’est amouraché de la femme avec qui il partage un « jardin potager », c’est-à-dire un petit morceau de terrain vague derrière son immeuble, où la mairie a installé trois ruches et un épouvantail. Maman s’est amourachée de la compagnie aérienne qui l’emploie et avec laquelle elle passe de plus en plus de temps. On peut, sans trop risquer de se tromper, déduire de tout cela que papa et maman n’habitent plus dans le même immeuble. Cela fait deux ans maintenant. Moi, je ne me suis amourachée de personne. Je veux dire, ça m’est déjà arrivé, deux fois, mais de tout ce qu’on entend dans cet horrible mot, c’est plutôt « arraché » qui est resté, et pas « amour ». Alors papa semble nager dans le bonheur et maman dans les nuages. »

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Les voisins mode d’emploi, enfermée dehors, roman jeunesse écrit par Agnès Mathieu-Daudé et illustré par Charles Berberian, dès 8 ans, collection Neuf, L’école des loisirs, mars 2020 —

Calpurnia T.2 – Daphné Collignon, d’après le roman de Jacqueline Kelly

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1899, Texas. L’été s’achève, le coton dans les champs va bientôt être récolté et Calpurnia ne cesse d’observer la nature qui la fascine tant. La plante rare trouvée avec son grand-père a été envoyée pour analyse dans un institut à Washington, peut-être est-ce une grande découverte? Mais son enthousiasme dans l’attente de ce résultat est mis à mal par le poids chaque jour plus pesant de la bienséance liée à son rang… Sa mère est bien décidée à faire entrer son unique fille dans le « monde ». Elle, la jeune fille de famille aisée dont le rêve est de devenir naturaliste, est contrainte d’être débutante. De prendre sa place dans la bonne société, d’apprendre à cuisiner broder, de voir défiler les prétendants, de faire un beau mariage et de beaux enfants… Elle, la jeune fille curieuse passionnée de sciences, les cheveux toujours lâchés, les pieds nus, les mains dans le vent la terre l’eau, les yeux grands ouverts sur les rivières les insectes, les arbres, des idées des réflexions des raisonnements à profusion… À l’aube d’un siècle nouveau, un avenir plein de promesses, on voudrait l’enfermer dans un cercle, une tradition, et faire fi de son envie, de ses désirs, de ses projets. À l’aube de ses douze ans, Calpurnia est submergée par des émotions confuses et contraires. Son cœur oscille sans cesse entre ce qu’elle est, ce qu’elle souhaite être, et ce qu’on veut d’elle. Un trouble qu’a parfaitement su retranscrire Daphné Collignon dans ses dessins tantôt lumineux tantôt graves, et dans sa mise en page avec des cases traditionnelles et des planches proches du journal intime. Une BD qui amène à réfléchir sur la condition de la femme, les tourments de l’adolescence et la passion – ici pour la science – comme lueur  de liberté.

« Il y avait peut-être une place pour moi dans ce monde, après tout. Une place où je ne serais ni étrange ni égoïste, où je ne serais une déception pour personne. Qui pourrait être déçu par une femme qui découvrirait tant de merveilles scientifiques? Ma mère, sans doute. Mais je ne voulais pas y penser. »

Calpurnia T.2, bande-dessinée de Daphné Collignon d’après le roman de Jacqueline Kelly, à partir de 11 ans, Rue de Sèvres, février 2020 —