Une histoire grande comme la main – Anne Herbauts

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Quand vient le soir, l’Enfant – qui « avait la chance d’avoir un Y comme première lettre de son nom. Y. Comme une branche « – sous les couvertures tient fortement contre lui, Tigre, son ami son confident son doudou. La nuit approche, et avec elle la rumeur de la nature, les bruissements de la forêt comme un ressac. Des murmures confus qui bercent et emmènent au pays des rêves.

Cette fois-ci, les marées ont déposé au pied du lit de l’Enfant Branche, des bottes rouges, qu’il enfile aussitôt. Le voilà donc s’aventurant à travers la forêt, caressé par le chant des oiseaux, bravant le vent et l’eau, se mêlant aux couleurs du temps et aux reflets changeants… Le rêve se dessine et dévoile bientôt une maison haute, celle de grand-mère Écorce…

Tigre, qui a faim et froid est ravi d’entrer dans ce foyer doux et chaud. Lui et l’Enfant Branche sont trempés. Alors le chat de grand-mère, qui n’aime pas l’eau, griffe le petit garçon… Heureusement, les mains Écorces apaisent et rassurent la main blessée.

Et la grand-mère, conteuse, se met à raconter cinq histoires, comme les cinq doigts de la main… des histoires sur le temps qui passe, sur le pouvoir de l’imagination, sur la puissance de la nature, sur la main qui façonne touche sent parle écoute… jusqu’aux premières lueurs du jour.

Comme toujours chez Anne Herbauts, les mots les couleurs les dessins s’entremêlent et se répondent avec grâce et poésie. Cette histoire est grande comme la main, et la main posée sur le cœur bat la mesure… un album pour grandir.

« – Je n’arriverai pas à grandir, je n’ai que deux branches! pleura le petit Arbre chétif. – Pour grandir, il faut apprendre, répondit le grand-père Arbre. D’abord, apprends à compter. (…) Il ne suffit pas de compter, il te faut connaître les grandes choses du monde, dit le grand-père Arbre. Il lui parla de la mer, des étoiles et du vent, de la forêt. Alors, le petit Arbre fabriqua des feuilles pour entendre le bruit de la mer dans le murmure de son feuillage. Il relia les points des étoiles avec de nouvelles branches. Il s’entoura d’une belle écorce. Et soudain, le voilà si grand qu’il ne lève plus la tête pour parler au grand-père. Ils sont l’un contre l’autre. Ils font presque une forêt. »

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Une histoire grande comme la main, album d’Anne Herbauts, dès 6 ans,  Éditions Casterman, Novembre 2017 —

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Charlotte Gainsbourg – Ring-a-ring o’roses

Premier appel originel
Premier baiser, purement maternel
Première foulée, effort enragé
Première ivresse, rêve de déesse

Ring-a-ring o’ roses
A pocket full of posies
We all fall down
‘Round and ’round in circle
Waiting for an echo
Kiss the ground
Ring-a-ring o’ roses
A pocket full of posies
We all fall down
‘Round and ’round in circle
Waiting for an echo
Kiss the ground

Premier amour, je jure solennel
Premiers ébats, va au septième ciel
Premier chagrin, premier coup de poing
Première affaire, premier salaire

Ring-a-ring o’roses…

Premier enfant, monstre brayant
Premier cheveu blanc, crâne le temps
Premier pépin, début de la fin
Dernier soupir, qu’il soit de plaisir

Ring-a-ring o’roses…

Monsieur Django et Lady Swing – The Amazing Keystone Big Band, Bernard Villiot, Thibault Prugne, Guillaume Gallienne

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Comme tous les mercredis après son cours de violon, Léo dévale la rue des Cascades pour rendre visite à son grand ami le luthier. Mais lorsqu’il entre dans la boutique, une musique incroyable l’enveloppe des pieds à la tête et l’élève jusqu’au ciel. Django Reinhardt en personne est là devant lui, en train de jouer Nuages, son célèbre morceau…  Léo est subjugué. Le grand Django se lève enthousiaste, la guitare lui plaît. Il quitte la boutique en emportant l’instrument qu’il nomme affectueusement Lady Swing.

Aux anges, Léo court après le maestro qui lui explique ce qu’est le swing « le souffle du jazz, sa respiration ». S’ensuit alors une grande aventure sur les pas du grand Django qui le mènera dans un Club de Jazz à regarder émerveillé trompettes trombones et saxophones jouer, dans une station de radio où il fera la connaissance de Bella une ravissante danseuse à chapeau cloche, à bord d’un bateau direction l’Angleterre coursé par six matelots, et enfin au Cambridge Theater à Londres le lieu magique d’un rêve éveillé et d’une vocation.

Un conte musical ensorcelant qui nous transporte, comme Léo, dans un voyage tourbillonnant où le swing est roi. Les dix-sept musiciens du Big Band ont merveilleusement arrangé  la musique du Maestro, sans la dénaturer. Quant à la voix de Guillaume Gallienne, elle nous plonge avec délice dans le fabuleux Jazz de Django Reinhardt.

Monsieur Django et Lady Swing, CD album ( existe aussi en Livre-disque), musique : The Amazing Keystone Big Band, histoire : Bernard Villiot, illustration : Thibault Prugne, conteur : Guillaume Gallienne, sous le label NOME en CD et aux éditions  Gautier-Languereau pour le livre CD  Octobre 2017 —

Gabriële – Anne et Claire Berest

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En quête de vérités sur Gabriële Buffet-Picabia, leur arrière-grand-mère maternelle, qu’elles n’ont pas connue, Anne et Claire Berest, toutes deux écrivaines, se sont adonnées à un travail de recherche approfondi passionnant et sensible. Elles ont lié les diverses documentations, libéré leur ressenti, entrelacés leurs mots et délivré un récit biographique aux allures de roman.

Écrire pour éclairer une filiation obscure. Remonter le temps pour se glisser au plus près de Gabriële et du peintre Francis Picabia son mari, tenter de percer à jour les relations complexe de ce couple, pénétrer et naviguer dans les courants artistiques du début du XXème siècle. Écrire pour rompre le silence, relier et comprendre. Retracer la vie de Gabriële ; sa personnalité, son esprit, ses affinités, son cheminement de femme d’épouse de mère d’inspiratrice et de théoricienne de l’art moderne, ses voyages, ses compagnons de route, son influence…

En 1898, intelligente et volontaire, Gabriële qui ne peut pas entrer au conservatoire – alors interdit aux femmes -, parvient à s’inscrire à la Schola Cantorum dirigée par Vincent d’Indy – école avant-gardiste – pour devenir compositrice de musique. Elle y consacrera plusieurs années de sa vie jusqu’à sa rencontre avec Francis Picabia en 1907, alors peintre impressionniste. Fascinée par le personnage – à l’époque, en pleine remise en question de son art – Gabriële laisse la musique pour s’abandonner complètement dans les bras et l’œuvre de Picabia. Ils se marient et elle sera à ses côtés jusqu’à la mort du peintre en 1953. Gabriële lui sera indispensable dans son parcours artistique lui infusant ses idées et ses pensées.

Ainsi, nous suivons les pérégrinations des Picabia à travers les bouleversements intellectuels et artistiques de ce début de XXème siècle – fauvisme cubisme orphisme dadaïsme surréalisme… -, nous voyageons avec eux de salon en salon, de Paris à New-York, de Barcelone en Suisse, nous  croisons Marcel Duchamp Guillaume Apollinaire Man Ray Isadora Duncan Edgar Varèse Pablo Picasso Alfred Stieglitz Marius de Zayas Walter Arensberg Marie Laurencin… nous assistons à la naissance d’œuvres de galeries et de revues…

Le couple Picabia aura quatre enfants dont ils ne s’occuperont pas, emportés tous deux par le tumulte et l’enivrement artistique. Gabriële porte et materne son mari, le rassure, le soigne – Picabia était sans doute bipolaire -, l’inspire, le valorise. Seul l’art est digne d’intérêt à leurs yeux, ils ne regarderont pas leurs enfants grandir, ils ne verront rien de la première guerre mondiale. Complètement centrés sur l’Art Moderne et la grande famille des artistes qui les entoure.

Ce livre écrit à quatre mains dessine le portrait d’une femme fascinante et invite à une promenade passionnante dans le monde de l’art. Les mots d’Anne et Claire Berest qui s’unissent pour ne faire qu’une seule voix sont infiniment sincères et touchants.

« Picabia se drogue et travaille, de jour comme de nuit, avec une Gabriële au ventre arrondi, comme penchée sur son épaule. Une sorte d’oiseau de compagnie si intelligent qu’il fait parfois un peu peur. Elle commente, il questionne ; il essaie, elle interroge. Ils habitent ensemble un intéressant royaume, leurs esprits s’agencent en d’innombrables pièces qu’ils visitent, excités, comme on court, grisés, dans des lieux interdits. (…) Ils débordent l’un sur l’autre, le cerveau de Gabriële apparaissant comme un réservoir de matière à étaler sur la toile. »

« Francis se penche vers Marcel et lui explique, les pupilles dilatées : que voulez-vous ma femme a un cerveau érotique, qui rend les hommes fous, à condition qu’ils soient très intelligents. Marcel répond : Heureusement pour vous, c’est une catégorie d’hommes qu’on ne croise pas souvent. »

« J’étais comme un homme. Je ne voulais pas restreindre ma vie. J’ai toujours vécu ma vie comme une aventurière, en m’autorisant des choses que les autres ne s’autorisent pas. J’aurai voulu beaucoup plus voyager. J’ai parfois été frustrée de ne pas vivre les aventures que je voulais vivre – alors j’ai vécu des aventures à l’intérieur des relations que j’avais avec les gens. »

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Francis Picabia – Gabriëlle Buffet Picabia – Guillaume Apollinaire

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Gabriële, d’Anne et Claire Berest, Stock, Août 2017 —

Quand j’étais petite… – Sara O’Leary et Julie Morstad

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Jules, comme beaucoup d’enfants, aimerait savoir comment était sa maman, petite ; quels étaient ses rêves et ses jeux, ses goûts et ses couleurs. Lui ressemblait-elle, haute comme trois pommes…?  Souvent, il feuillette l’album de famille où il retrouve des photos d’elle ; c’est rigolo et charmant, étrange et  émouvant de voir ainsi sa maman. Si petite, comme lui…

Un jour, les images ne lui suffisent plus, Jules a besoin d’entendre la voix de sa mère, d’écouter son histoire de petite fille. Alors elle raconte : mêle le réel et l’imaginaire, file la métaphore en se faisant aussi petite qu’une lilliputienne, parle de sa poupée qui avait la même taille, de ses bains dans l’abreuvoir à oiseaux, de sa gourmandise, de ses amusements, de ses passe-temps… Elle met en scène la petite fille qu’elle était, en saupoudrant sur ses propres souvenirs des petits bouts de contes, qu’on avait dû lui lire.

Une merveille d’album, tendrement beau. Des mots doux et sensibles, des dessins délicats au charme suranné. Un livre à glisser entre les petites mains de nos enfants et pourquoi pas leur raconter nous aussi des morceaux d’enfance…

« Quand j’étais petite, raconte sa maman, j’avais hâte de grandir. Car je savais qu’un jour j’aurais un petit garçon rien qu’à moi. (…) Et que je lui raconterais des histoires car, dans les histoires, nous pourrions être petits tous les deux. »

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Quand j’étais petite…, album écrit par Sara O’Leary et illustré par Julie Morstad, traduit de l’anglais (Canada) par Cécile Provost, Éditions L’étagère du bas, Novembre 2017 —

 

Attention chien méchant – Bastien Vivès

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Sous le faisceau d’une lampe, jaillit une lumière bleue. La nuit est d’encre. Tout est silence. Rien ne bouge. Les mains tiennent fermement la torche… nos mains, celles du lecteur… On avance dans l’obscurité, on suit le halo de lumière, on a vu le panneau « Attention chien méchant » mais c’est plus fort que nous, on marche. On a peur, mais on aimerait bien savoir ce qu’il y a derrière, alors on continue. La nuit, on voit les choses différemment. Ça fait palpiter le cœur et on aime ça. Le plus on s’enfonce dans les ténèbres, le plus le mystère s’épaissit. Le chien est nulle part pourtant ses traces sont partout ; empreintes sur le sol, os, écuelle… Soudain, dans la grange, on entend un bruit, est-ce le vent, est-ce le chien… ?

Histoire sans paroles, dessins éloquents, du bleu du noir, de l’imaginaire de l’invisible, du courage de la crainte… Un album-frisson – le premier livre jeunesse de Bastien Vivès – pour les petits intrépides et autres aventuriers.

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Attention chien méchant, album jeunesse de Bastien Vivès, dès 6 ans, Les albums Casterman, Novembre 2017 —