L’amant – Marguerite Duras

« L’histoire de ma vie n’existe pas. Ça n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y avait personne. » Ce flou me ravit chez Duras! Autobiographie roman… vérité invention?! Je n’écrirai pas de « chronique » sur L’amant, je n’oserai pas. Juste poser ici quelques mots… Un livre « photographique » comme je les aime. L’écriture est lente, décousue, lancinante, puissante, – ah sa scansion sa respiration… – et soudain, l’image se fige. On voit la jeune fille de 15 ans, accoudée au bastingage du bac qui traverse le Mékong. Sa silhouette belle et sensuelle, sa robe de soie transparente, ses talons hauts en lamé or, son chapeau d’homme et ses rubans. La limousine noire , le chauffeur en livrée. La lumière, le vent, le fleuve. Puis, l’homme élégant de la luxueuse voiture, le chinois de Cholen et elle, ensemble dans sa garçonnière. Alors qu’il tremble de désir et de peur, elle s’éveille à la sexualité dans un esprit d’indépendance et de transgression. Bien plus qu’un rite de passage. Une succession d’obstacles. L’Indochine des années 30, la relation complexe avec sa mère – aimante et protectrice avec ses deux garçons, autoritaire et vénale avec sa fille -, le grand frère brutal – qui dilapide la famille en jouant et se droguant -, le petit frère doux – disparu trop tôt -, la société coloniale, la différence sociale, l’envie irrépressible de devenir écrivain, le sentiment amoureux, l’amour impossible, l’argent, les non-dits, les paysages, les visages, les sensations, les phrases comme celle-ci qu’on lit et relit :  » L’air était bleu, on le prenait dans la main »… Et bien des années après, à Paris, elle et lui au téléphone. Sa voix à lui qui tremble, et qui aime…

L’amant, Marguerite Duras, éditions de Minuit, 1984 —

2 commentaires sur “L’amant – Marguerite Duras

  1. Une professeure de français formidable, que je n’oublierais jamais, en première L nous avais initié à Marguerite Duras. C’est une auteure que j’affectionne tout particulièrement. J’aime tout Duras et surtout « L’amant. » Tes mots sont beaux, forts Nadège, merci d’avoir fait remonté ces délicieux souvenirs en moi. Bises bretonnes.

  2. Je l’ai lu à 20 ans et j’ai vu le film en même temps et je crois que cela a contribué aussi au charme que je ressens en le lisant et relisant, j’entends la voix de Jeanne Moreau

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