Monsieur Django et Lady Swing – The Amazing Keystone Big Band, Bernard Villiot, Thibault Prugne, Guillaume Gallienne

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Comme tous les mercredis après son cours de violon, Léo dévale la rue des Cascades pour rendre visite à son grand ami le luthier. Mais lorsqu’il entre dans la boutique, une musique incroyable l’enveloppe des pieds à la tête et l’élève jusqu’au ciel. Django Reinhardt en personne est là devant lui, en train de jouer Nuages, son célèbre morceau…  Léo est subjugué. Le grand Django se lève enthousiaste, la guitare lui plaît. Il quitte la boutique en emportant l’instrument qu’il nomme affectueusement Lady Swing.

Aux anges, Léo court après le maestro qui lui explique ce qu’est le swing « le souffle du jazz, sa respiration ». S’ensuit alors une grande aventure sur les pas du grand Django qui le mènera dans un Club de Jazz à regarder émerveillé trompettes trombones et saxophones jouer, dans une station de radio où il fera la connaissance de Bella une ravissante danseuse à chapeau cloche, à bord d’un bateau direction l’Angleterre coursé par six matelots, et enfin au Cambridge Theater à Londres le lieu magique d’un rêve éveillé et d’une vocation.

Un conte musical ensorcelant qui nous transporte, comme Léo, dans un voyage tourbillonnant où le swing est roi. Les dix-sept musiciens du Big Band ont merveilleusement arrangé  la musique du Maestro, sans la dénaturer. Quant à la voix de Guillaume Gallienne, elle nous plonge avec délice dans le fabuleux Jazz de Django Reinhardt.

Monsieur Django et Lady Swing, CD album ( existe aussi en Livre-disque), musique : The Amazing Keystone Big Band, histoire : Bernard Villiot, illustration : Thibault Prugne, conteur : Guillaume Gallienne, sous le label NOME en CD et aux éditions  Gautier-Languereau pour le livre CD  Octobre 2017 —

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Gabriële – Anne et Claire Berest

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En quête de vérités sur Gabriële Buffet-Picabia, leur arrière-grand-mère maternelle, qu’elles n’ont pas connue, Anne et Claire Berest, toutes deux écrivaines, se sont adonnées à un travail de recherche approfondi passionnant et sensible. Elles ont lié les diverses documentations, libéré leur ressenti, entrelacés leurs mots et délivré un récit biographique aux allures de roman.

Écrire pour éclairer une filiation obscure. Remonter le temps pour se glisser au plus près de Gabriële et du peintre Francis Picabia son mari, tenter de percer à jour les relations complexe de ce couple, pénétrer et naviguer dans les courants artistiques du début du XXème siècle. Écrire pour rompre le silence, relier et comprendre. Retracer la vie de Gabriële ; sa personnalité, son esprit, ses affinités, son cheminement de femme d’épouse de mère d’inspiratrice et de théoricienne de l’art moderne, ses voyages, ses compagnons de route, son influence…

En 1898, intelligente et volontaire, Gabriële qui ne peut pas entrer au conservatoire – alors interdit aux femmes -, parvient à s’inscrire à la Schola Cantorum dirigée par Vincent d’Indy – école avant-gardiste – pour devenir compositrice de musique. Elle y consacrera plusieurs années de sa vie jusqu’à sa rencontre avec Francis Picabia en 1907, alors peintre impressionniste. Fascinée par le personnage – à l’époque, en pleine remise en question de son art – Gabriële laisse la musique pour s’abandonner complètement dans les bras et l’œuvre de Picabia. Ils se marient et elle sera à ses côtés jusqu’à la mort du peintre en 1953. Gabriële lui sera indispensable dans son parcours artistique lui infusant ses idées et ses pensées.

Ainsi, nous suivons les pérégrinations des Picabia à travers les bouleversements intellectuels et artistiques de ce début de XXème siècle – fauvisme cubisme orphisme dadaïsme surréalisme… -, nous voyageons avec eux de salon en salon, de Paris à New-York, de Barcelone en Suisse, nous  croisons Marcel Duchamp Guillaume Apollinaire Man Ray Isadora Duncan Edgar Varèse Pablo Picasso Alfred Stieglitz Marius de Zayas Walter Arensberg Marie Laurencin… nous assistons à la naissance d’œuvres de galeries et de revues…

Le couple Picabia aura quatre enfants dont ils ne s’occuperont pas, emportés tous deux par le tumulte et l’enivrement artistique. Gabriële porte et materne son mari, le rassure, le soigne – Picabia était sans doute bipolaire -, l’inspire, le valorise. Seul l’art est digne d’intérêt à leurs yeux, ils ne regarderont pas leurs enfants grandir, ils ne verront rien de la première guerre mondiale. Complètement centrés sur l’Art Moderne et la grande famille des artistes qui les entoure.

Ce livre écrit à quatre mains dessine le portrait d’une femme fascinante et invite à une promenade passionnante dans le monde de l’art. Les mots d’Anne et Claire Berest qui s’unissent pour ne faire qu’une seule voix sont infiniment sincères et touchants.

« Picabia se drogue et travaille, de jour comme de nuit, avec une Gabriële au ventre arrondi, comme penchée sur son épaule. Une sorte d’oiseau de compagnie si intelligent qu’il fait parfois un peu peur. Elle commente, il questionne ; il essaie, elle interroge. Ils habitent ensemble un intéressant royaume, leurs esprits s’agencent en d’innombrables pièces qu’ils visitent, excités, comme on court, grisés, dans des lieux interdits. (…) Ils débordent l’un sur l’autre, le cerveau de Gabriële apparaissant comme un réservoir de matière à étaler sur la toile. »

« Francis se penche vers Marcel et lui explique, les pupilles dilatées : que voulez-vous ma femme a un cerveau érotique, qui rend les hommes fous, à condition qu’ils soient très intelligents. Marcel répond : Heureusement pour vous, c’est une catégorie d’hommes qu’on ne croise pas souvent. »

« J’étais comme un homme. Je ne voulais pas restreindre ma vie. J’ai toujours vécu ma vie comme une aventurière, en m’autorisant des choses que les autres ne s’autorisent pas. J’aurai voulu beaucoup plus voyager. J’ai parfois été frustrée de ne pas vivre les aventures que je voulais vivre – alors j’ai vécu des aventures à l’intérieur des relations que j’avais avec les gens. »

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Francis Picabia – Gabriëlle Buffet Picabia – Guillaume Apollinaire

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Gabriële, d’Anne et Claire Berest, Stock, Août 2017 —

Quand j’étais petite… – Sara O’Leary et Julie Morstad

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Jules, comme beaucoup d’enfants, aimerait savoir comment était sa maman, petite ; quels étaient ses rêves et ses jeux, ses goûts et ses couleurs. Lui ressemblait-elle, haute comme trois pommes…?  Souvent, il feuillette l’album de famille où il retrouve des photos d’elle ; c’est rigolo et charmant, étrange et  émouvant de voir ainsi sa maman. Si petite, comme lui…

Un jour, les images ne lui suffisent plus, Jules a besoin d’entendre la voix de sa mère, d’écouter son histoire de petite fille. Alors elle raconte : mêle le réel et l’imaginaire, file la métaphore en se faisant aussi petite qu’une lilliputienne, parle de sa poupée qui avait la même taille, de ses bains dans l’abreuvoir à oiseaux, de sa gourmandise, de ses amusements, de ses passe-temps… Elle met en scène la petite fille qu’elle était, en saupoudrant sur ses propres souvenirs des petits bouts de contes, qu’on avait dû lui lire.

Une merveille d’album, tendrement beau. Des mots doux et sensibles, des dessins délicats au charme suranné. Un livre à glisser entre les petites mains de nos enfants et pourquoi pas leur raconter nous aussi des morceaux d’enfance…

« Quand j’étais petite, raconte sa maman, j’avais hâte de grandir. Car je savais qu’un jour j’aurais un petit garçon rien qu’à moi. (…) Et que je lui raconterais des histoires car, dans les histoires, nous pourrions être petits tous les deux. »

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Quand j’étais petite…, album écrit par Sara O’Leary et illustré par Julie Morstad, traduit de l’anglais (Canada) par Cécile Provost, Éditions L’étagère du bas, Novembre 2017 —

 

Attention chien méchant – Bastien Vivès

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Sous le faisceau d’une lampe, jaillit une lumière bleue. La nuit est d’encre. Tout est silence. Rien ne bouge. Les mains tiennent fermement la torche… nos mains, celles du lecteur… On avance dans l’obscurité, on suit le halo de lumière, on a vu le panneau « Attention chien méchant » mais c’est plus fort que nous, on marche. On a peur, mais on aimerait bien savoir ce qu’il y a derrière, alors on continue. La nuit, on voit les choses différemment. Ça fait palpiter le cœur et on aime ça. Le plus on s’enfonce dans les ténèbres, le plus le mystère s’épaissit. Le chien est nulle part pourtant ses traces sont partout ; empreintes sur le sol, os, écuelle… Soudain, dans la grange, on entend un bruit, est-ce le vent, est-ce le chien… ?

Histoire sans paroles, dessins éloquents, du bleu du noir, de l’imaginaire de l’invisible, du courage de la crainte… Un album-frisson – le premier livre jeunesse de Bastien Vivès – pour les petits intrépides et autres aventuriers.

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Attention chien méchant, album jeunesse de Bastien Vivès, dès 6 ans, Les albums Casterman, Novembre 2017 —

Assassins d’avant – Élisa Vix

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« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps… » ces vers de Victor Hugo, Marie Moineau, institutrice en classe de Cm2, était en train de les écrire sur le tableau vert, tournant ainsi le dos à ses élèves, quand une balle de revolver la foudroya.

On est en 1989, l’assassin est un élève de dix ans, Ladji. L’enfant ne nie pas, l’arme est devant lui, il a de la poudre sur les doigts, on l’arrête sur-le-champs. Devant l’école, il tente de s’échapper, traverse subitement la rue. Il meurt fauché par une voiture.

Plus de vingt-cinq ans ont passé. Adèle, la fille de l’institutrice a besoin de revenir sur cette affaire. Elle était si petite à la mort de sa mère qu’on ne lui en a pas expliqué les circonstances. Ce n’est que plus tard, adolescente, qu’elle a appris l’assassinat.

Aujourd’hui, Adèle a un besoin irrépressible de connaître la vérité, d’entendre les mots de ceux qui étaient présents le jour où sa mère, pourtant appréciée de tous,  est tombée sous cette balle.  Alors, à l’aide de la photo de classe trouvée sur le site internet Copains d’avant, elle part en quête des anciens élèves. Son premier contact, Manuel Ferreira, voisin de table de Ladji, s’avère être un policier. L’homme, dans un premier temps fuyant, est charmé par cette femme si sincère et volontaire dans sa démarche.

Zones d’ombre, non-dits, dissimulations, mensonges, oublis, autant de difficultés auxquelles est confronté Adèle. Même Manuel semble ne pas être si honnête. Les gens qu’elle interroge ont des points de vu différents, de vieilles rancœurs. Au fur et à mesure, des secrets enfouis se font jour autour d’Adèle – y compris dans sa propre famille -. Les pièces du puzzle, jusqu’alors confuses, s’organisent et la scène s’éclaire.

Un roman efficace, des portraits psychologiques fouillés, un judicieux labyrinthe, une écriture alerte et tranchante.

« À l’époque, on ne me dit rien. On me cache tout. On m’épargne. Pour mon bien. Trop petite. Trop fragile. Trop dur à énoncer. Pendant huit jours, mon père me raconte que ma mère est en voyage. On l’enterre sans moi. »

« La salle de classe est occupée pour l’étude. Des gamins planchent sur leurs devoirs, aidés par un professeur. J’observe la pièce par l’imposte vitrée. C’est donc là que ma mère a rendu son dernier souffle. Sous le tableau jadis vert, la frise de lettres et les cartes de géographie? Est-ce là un endroit pour mourir? »

« La première fois qu’on me l’a déposé entre les mains, j’ai eu comme un étourdissement. Le flash d’un corps qui tombe emmêlé du visage de Ladji. Le pistolet m’a échappé, a heurté le sol avec un son mat. Livide l’instructeur m’a passé le savon de ma vie. Ce fut la seule fois. Ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens. « 

Assassins d’avant, roman d’Élisa Vix, Rouergue Noir, Septembre 2017 —

Petites histoires de nuits – Kitty Crowther

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Un petit album doux et rose à étreindre avant de s’endormir. Un livre caresse, un livre tendresse que l’on feuillette délicatement. Telle une luciole, une veilleuse, le rose fluo s’insinue à l’intérieur de chaque page, par touches ou en abondance,  beau et théâtral.

Un ourson s’apprête à se coucher et demande à sa maman de lui raconter trois histoires, qu’on imagine rituelles, pour un endormissement tout en douceur. Ainsi, l’Ourse emmène son fils dans un voyage de mots et d’images. Ils pénètrent dans la forêt sombre et pleine de mystères, entendent le gong de la gardienne de nuit qui sonne l’heure du repos bienfaisant, suivent les pas de Zhora une fillette courageuse avec une épée qui en voulant cueillir une mûre se perd en chemin dans la nuit noire, et regardent Bo un petit monsieur frileux qui en cherchant son sommeil au fond de la mer trouve une pierre-mot.

Comme toujours, les paysages de Kitty Crowther sont habités de secrets et de fantastique. Il règne dans ses forêts tantôt ombreuses tantôt lumineuses un savoureux mélange de crainte et de réconfort. Et ses mots, comme ses dessins, laissent les pensées divaguer.

Un livre-doudou qui transporte l’enfant au bord du sommeil et l’aide à trouver l’étoile éclairant sa nuit.

« Maman Ours embrasse son petit ourson, et lui chuchote : Choisis ton étoile, pour t’emmener jusqu’à demain. »

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Petites histoires de nuits, album de Kitty Crowther, dès 3 ans, Pastel L’école des loisirs, Novembre 2017 —