Les trois vies de Petite Perle – Carl Norac et Anne-Catherine De Boel

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Que Jason la trouve belle, cette demoiselle aux longs cheveux bruns. Nimbée de lumière, elle lâche une lanterne de papier dans le ciel crépusculaire de Taïwan. À la dérobée, il l’observe, elle et le vacillement de la bougie. Si la lanterne ne brûle pas avant le premier nuage, son voeu sera exaucé… mais quel est son voeu et qui est cette jeune fille?

Leurs regards se croisent et ne se quittent plus. Ils se ressemblent et se comprennent, c’est ainsi. Les jours qui suivent, Petite Perle et Jason passent tout leur temps ensemble. Ils se promènent, s’amusent, rient, se taquinent. Mais un soir, le visage de Petite Perle s’assombrit. Il ne la reverra pas avant quinze jours, c’est ainsi. La tristesse de Jason la pousse à lui écrire une lettre qu’elle pose à sa fenêtre. Ses mots lèvent le voile sur un secret magique et étrange : la jeune fille change d’apparence au fil des semaines, tantôt humaine, tantôt oiseau, tantôt fleur… Jason, qui est un peu magicien croit en cette métamorphose mais il s’inquiète. Comment reconnaître son amie? Comment accepter son absence?

Leur amitié est si puissante qu’il saura la trouver, et elle, veiller sur lui. Qu’elle soit enracinée dans la terre, qu’elle ait des jambes pour marcher, courir, sauter, qu’elle vole libre comme l’air, Petite Perle regarde le monde. D’en haut, d’en bas, à hauteur d’hommes, elle voit sa beauté, écoute sa rumeur, affronte sa violence, goûte sa générosité, sent ses parfums, caresse la nature. Et Jason, qui est un peu magicien, choisit de rejoindre Petite Perle, c’est ainsi. Avec elle, parcourir le monde, de métamorphose en métamorphose.

Il se dégage des mots de Carl Norac et des dessins d’Anne-Catherine De Boel la beauté des rêves la dureté des préjugés le charme de la magie, mais aussi la lumière incandescente la richesse de la terre l’immensité du ciel la liberté de mouvement, l’amitié le partage la bonté, et des paysages des visages des sentiments.

« Je ne suis pas comme les autres. (…) une semaine sur trois je suis une fille, une semaine sur trois un oiseau, et la troisième une fleur. Quand je suis fille, je voyage, parfois en ville, souvent ici. En oiseau, je suis libre et le ciel me connaît. En fleur, je reste toujours au bord du même arbre. »

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Les trois vies de Petite Perle, album écrit par Carl Norac et illustré par Anne-Catherine De Boel, à partir de 7 ans, Collection Pastel L’école des loisirs, octobre 2018 —

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Super manuel pour (presque) tout savoir sur moi – Bernard Friot

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Ma fille de 9 ans adore les carnets, il y en a partout dans sa chambre, des grands des petits des unis des colorés à spirales à fermeture élastique à pointillés… dedans elle dessine, colorie, écrit, colle des photos des images découpées ici et là, fait des listes, invente des histoires… alors quand j’ai vu ce « Super Manuel », je me suis dit qu’il était pour elle!

Ce livre-carnet ludique à souhait permet d’en savoir plus sur soi, de « fouiller » dans sa vie de prendre de la distance pour mieux l’observer en répondant à des questions. Des questions sur l’identité, l’origine, la famille, la langue, les droits devoirs et interdits, les lieus de vie, la ville, la campagne, le quartier, le département, les pays, la cuisine la littérature la culture dans le monde, l’école, le passé, l’Histoire, les projets, le futur… L’enfant répond seul mais est encouragé à interroger sa famille et ses amis. Parsemés tout au long du carnet, des citations d’écrivains et d’inconnus – enfants et adultes -. Ainsi l’enfant réfléchit, apprend, échange en mêlant l’intime et l’universel.

Pour les enfants curieux et créatifs (tous donc!!), un carnet, un guide, un aide-mémoire, à personnaliser au gré de leurs envies et de leurs souhaits.

« Ce que je veux te laisser par-dessus tout, c’est la conscience de ton histoire, de ton identité, de la conscience de tes originie et des forces qui t’ont façonnée. » Jonathan Coe

« J’accepte mes originies, mais que vais-je en faire? » Aimé Césaire

« Il y a toujours un rêve qui veille, désir à combler, faim à satisfaire, un coeur généreux, une main tendue, une main ouverte, des yeux attentifs, une vie : la vie à se partager. » Paul Éluard

« Veux-tu vivre heureux? Voyage avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre à recevoir ». J. Goethe

« La vie n’a pas d’âge. La vraie jeunesse ne s’use pas. On a  beau l’appeler souvenir, on a beau dire qu’elle disparaît, on a beau dire et vouloir dire que tout s’en va, tout ce qui est vrai reste là. » Jacques Prévert

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Super manuel pour (presque) tout savoir sur moi, livre-carnet à compléter de Bernard Friot, dès 9 ans, Flammarion Jeunesse, octobre 2018 —

La Danse du Cygne – Laurel Snyder et Julie Morstad

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Il y a plus d’un siècle, un soir de neige à Saint-Pétersbourg, un traîneau glisse vers le Théâtre Mariinsky. À son bord,  Anna et sa maman. La petite fille ne le sait pas encore mais cette soirée va bouleverser sa vie. D’abord elle est éblouie par l’immensité de ce théâtre inondé de lumière et, quand assise dans le noir elle entend s’élever la musique de Tchaïkovsky et  voit les danseurs évoluer sur les planches avec grâce et légèreté, Anna est émerveillée par tant de beauté. Elle sera danseuse, c’est sûr.

Elle auditionne une première fois à l’Ecole Impériale du ballet mais sa jeunesse ne joue pas en sa faveur. Durant deux ans, elle ne pense qu’à la danse. Sans cesse elle virevolte dans le modeste foyer au milieu des vêtements et autres draps suspendus, aidant sa mère, lingère. À dix ans enfin, ses pieds foulent le parquet. Elle est si heureuse, si avide d’apprendre. Petite, fine, de constitution fragile, mais courageuse et persévérante elle travaille énormément… on se moque de sa faiblesse et de « ses pieds crochus » mais le jour où elle monte sur scène, on l’ovationne. Le public est enchanté et impressionné par cette délicate ballerine, les expressions de son visage, ses gestes aériens.  Émouvante et envoûtante, elle ne s’arrêtera jamais de danser, deviendra étoile, parcourera le monde, ira dans les endroits les plus reculés. Sensible et généreuse, elle aura le souci de rendre son art accessible à tous.  Jusqu’à sa mort tragique, une pneumonie foudroyante en 1931, elle dansera.

Anna Pavlova reste aujourd’hui dans toutes les mémoires, une danseuse majestueuse ; une Gisèle merveilleuse, un Cygne magnifique, une sublime Sylphide.

Laurel Snyder et Julie Morstad lui rendent un bel hommage. Avec un texte élégant et poétique, avec des dessins grâcieux et doux, elles retracent la vie d’une grande ballerine, une étoile… éternelle.

 « Enfin, elle monte sur scène, seule… et déploie des ailes blanches, un cygne. Elle entremêle les notes, transforme la mélodie en une véritable histoire. Le public regarde. Ne la quitte pas des yeux -. Anna est un oiseau en plein vol, un caprice du vent et de l’eau. Un plumage tranquille dans un monde immense et bruyant. Anna est le cygne. »

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La Danse du Cygne, la vie et la danse d’Anna Pavlova, album écrit par Laurel Snyder et illustré par Julie Morstad, traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Provost, à partir de 5 ans, L’étagère du bas, Octobre 2018 —

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

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Face à lui le lac, tristement lisse, autour de lui la vallée verte d’une Lorraine désindustrialisée, dissimulant mal les silhouettes rouillées élancées des hauts-fourneaux, sur lui le soleil d’été mordant et éreintant, en lui une sensation de vide et de désoeuvrement. Lui c’est Anthony, il vient d’avoir quatorze ans, en ce mois de juillet 1992. Ennui de l’adolescence, chaleur écrasante, envie irrésistible de dépasser les limites, besoin irrépressible de se faire peur, son cousin et lui volent un canoë histoire de passer le temps et d’aller voir de l’autre côté du lac. Là, Anthony y fait la connaissance de Stéphanie, une jeune fille de son âge, qui le trouble instantanément. Absorbé par les mouvements de balancier de sa queue-de-cheval, sa peau, son aisance, Anthony s’éprend d’elle. Cette fille, il y pensera tout le temps. Ils se croiseront, quelquefois. Ils se frôleront, et même plus, une ou deux fois. Mais Steph n’est pas du même milieu, il y a un gouffre entre eux. Elle l’a tout de suite vu, lui non. Il vient d’une classe sociale populaire, elle est issue de la petite bourgeoisie.

À quatorze, seize, dix huit et vingt ans, retrouver été après été la pesanteur de sa vie à lui et celle d’autres adolescents, se laisser griser par l’alcool, la drogue, la vitesse, expérimenter le sexe, provoquer, résister, aimer, haïr, s’embarquer dans des affaires pas claires de larcins et de petits trafics, se bercer d’illusions, aller à des fêtes, jouer à la bagarre,  être envahi par le doute, envoyer valser ses parents… Dans cette vallée verte qui se meurt, les jeunes gens n’ont qu’un objectif : partir. Qu’ils soient enfant d’ouvrier, d’immigré ou de notable, tous veulent s’en aller. La mémoire de cet endroit a tellement de poids, prend tellement de place, que tout semble figé. Quant à ses habitants, à toujours osciller entre nostalgie et colère, ils sont englués dans un passé qu’ils ne parviennent pas à dépasser. Alors s’échapper s’extirper de là, oui, mais pour aller où et pour y faire quoi?

Roman des lisières, des errances de l’adolescence, des territoires délaissés. Un déterminisme social insidueux, des parents brisés… après eux pas d’héritage pour leurs enfants.

« Et cette chanson, comme un virus, se répandait partout où il existait des fils de prolo mal fichus, des ados véreux, des rebuts de la crise, des filles mères, des releuleuh en mob, des fumeurs de shit et des élèves de Segpa. À Berlin, un mur était tombé et la paix, déjà, s’annonçait comme un épouvantable rouleau compresseur. Dans chaque ville que portait ce monde désindustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêve écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. »

« À l’usine, il avait obéi quarante ans, ponctuel, faussement docile, arabe toujours. Parce qu’il avait vite compris que la hiérarchie au travail ne dépendait pas seulement des compétences, de l’ancienneté ou des diplômes. Parmi les manoeuvres, il existait trois classes. La plus basse était réservée aux noirs, aux Maghrébins comme lui. Au-dessus, on trouvait des Polonais, des Yougoslaves, des Italiens, les Français les moins dégourdis. Pour accéder aux postes situés plus haut, il fallait être né hexagonal, ça ne se pouvait pas autrement. »

« À force de parcourir le coin à pied, à vélo, en scoot, en bus, en bagnole, elle connaissait la ville par coeur. Tous les mômes étaient comme elle. Ici, la vie était une affaire de trajets. On allait au bahut, chez ses potes, en ville, à la plage, fumer un pet’ derrière la piscine, retrouver quelqu’un dans le petit parc. On rentrait, on repartait, pareil pour les adultes, le boulot, les courses, la nounou, la révision chez Midas, le ciné. Chaque désir induisait une distance, chaque plaisir nécessitait du carburant. À force, on en venait à penser comme une carte routière. Les souvenirs étaient forcément géographiques. »

« Et puis ces pères qui avaient voulu fuir la pauvreté, qu’avaient-ils réalisés en somme? Ils possédaient tous une télé couleur, une voiture, ils avaient trouvé un logement et leurs enfants étais allés à l’école. Pourtant, malgré ces objets, ces satisfactions et ces accomplissements, personne n’aurait pensé à dire qu’ils avaient réussi. À quoi cela tenait-il? Aux vexations professionnelles, aux basses besognes, au confinement, à ce mot d’immigré qui les résumait partout? Ou bien à leur sort d’apatride qu’ils ne s’avouaient pas? Car ces pères restaient suspendus, entre deux langues, deux rives, mal payés, mal considérés, déracinés, sans héritage à transmettre. Leurs fils en concevaient un incurable dépit. Dès lors, pour eux, bien bosser à l’école, réussir, faire carrière, jouer le jeu, devenait presque impossible. « 

Prix Goncourt 2018.

Merci à Mokamilla – Au milieu des livres.

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Leurs enfants après eux, roman de Nicolas Mathieu, Actes Sud, Août 2018 —

Qui est-ce? Les mille vies de l’être humain – Paola Vitale et Rossana Bossù

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Au commencement il y a une cellule minuscule, qui, très vite se divise. En quelques jours, un embryon est formé. Mais qui est-ce ? « Il a des branchies » : est-ce un poisson ? « Il a des poumons » : est-ce un amphibien? « Il ouvre grand sa bouche » : est-ce un serpent? « Il a des pattes palmées » : est-ce un canard? « Il a une queue »: est-ce un renard? Et si c’était un oiseau? À vous de découvrir…

Avec des illustrations sublimes et hypnotiques à souhait, des couleurs chatoyantes, une énigme qui se dévoile peu à peu, avec des mots simples et pertinents, des dessins explicatifs, tout fait sens.  L’artiste Rossana Bossù et la biologiste Paola Vitale évoquent la théorie de l’évolution de Charles Darwin d’une façon accessible et belle : la sélection naturelle, l’arbre de l’évolution, la notion d’ancêtre commun et ce qu’il nous laisse en souvenir – les plis du cou (des branchies), l’os au bout de notre colonne vertébrale (la queue)…, l’ADN, le développement de l’embryon, le passage dans le sablier.

Un album documentaire si beau qu’il fait penser à un livre d’art, si facilement compréhensible qu’échanges et réflexions avec les enfants se poursuivent une fois le livre refermé. Passionnant!

« Un être humain est un mammifère, mais il est aussi un peu poisson, amphibien, reptile, oiseau. »

« Aucun être vivant n’est formé à partir de rien. Il est issu d’une longue lignée de créatures qui se sont lentement transformées et adaptées avant lui. »

« À peine né, chacun d’entre nous a déjà une histoire à raconter. Comme le souvenir d’un long voyage, contenu dans chacune de nos cellules. C’est l’histoire de toute la vie sur Terre. »

 

Qui est-ce? Les mille vies de l’être humain, album documentaire jeunesse de Paola Vitale et Rossana Bossù, à partir de 7 ans, éditions Damoclem, septembre 2018 —

 

Nino Ferrer – La rua Madureira

 

Non, je n’oublierai jamais la baie de Rio
La couleur du ciel le long du Corcovado
La Rua Madureira, la rue que tu habitais
Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé
Non, je n’oublierai jamais ce jour de juillet
Où je t’ai connue, où nous avons dû nous séparer
Pour si peu de temps, et nous avons marché sous la pluie
Je parlais d’amour, et toi tu parlais de ton pays
Non, je n’oublierai pas la douceur de ton corps
Dans le taxi qui nous conduisait à l’aéroport
Tu t’es retournée pour me sourire avant de monter
Dans une Caravelle qui n’est jamais arrivée
Non, je n’oublierai jamais le jour où j’ai lu
Ton nom mal écrit parmi tant d’autres noms inconnus
Sur la première page d’un journal brésilien
J’essayais de lire et je n’y comprenais rien
Non, je n’oublierai pas la douceur de ton corps
Dans le taxi qui nous conduisait à l’aéroport
Tu t’es retournée pour me sourire avant de monter
Dans une Caravelle qui n’est jamais arrivée
Non, je n’oublierai jamais la baie de Rio
La couleur du ciel le long du Corcovado
La Rua Madureira, la rue que tu habillais
Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé
Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé
Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé
Nino Ferrer/Daniel Beretta  (1969)

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astaire – Malika Ferdjoukh

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Plus que deux jours à attendre et vous retrouverez sur les étagères de votre librairie préférée le tome 2 de Broadway Limited (vous pouvez aussi le gagner grâce au concours!). Quelle joie de lire la suite (chronique du T.1 : Un dîner avec Cary Grant) des aventures new-yorkaises des hôtes si attachants et charmants de la pension Giboulée ; Etchika, Jocelyn, Page, Manhattan, Hadley, Ursula et Chic.

C’est l’hiver à New York. En ce janvier 1949, le brouillard a revêtu la ville d’un manteau  épais. Mais le froid n’a pas engourdi l’esprit des pensionnaires. Ils rêvent toujours de danse, de théâtre, de cinéma, de chant, ils désirent plus que tout fouler les planches de Broadway, éperdument fascinés par les lettres géantes des grands noms du music-hall s’étalant sur les enseignes lumineuses de Time Square. Évidemment, la réalité jette parfois ombre et déception sur le désir. Derrière les paillettes les étincelles et les sourires, des coeurs battent, des chagrins anciens remontent à la surface, des désillusions apparaissent. Le monde du spectacle ne se laisse pas approcher si facilement et le talent ne suffit pas toujours… Jocelyn le pianiste trouve un job de liftier dans un gratte-ciel quand Dido son amoureuse, contestaire de l’ordre établi, semble prendre ses distances. Hadley garde espoir de retrouver un jour Arlan son beau soldat, père de son petit garçon, sa carrière de danseuse en suspens elle travaille dans un club, au vestiaire… où un certain Fred Astaire croisera son chemin – pour la seconde fois… Manhattan, habilleuse d’un acteur, Uli Styner, désespère qu’il ne la reconnaisse pas… Page est soucieuse et impatiente, réussira-t-elle à intégrer l’Actor’s Studio…

Les journées filent à toute allure, les rencontres heureuses ou malheureuses s’enchaînent, le jazz est là envoûtant et entêtant, les artistes confirmés sont des idoles, leurs étoiles brillent et non loin se démènent les jeunes gens plein d’espoir qui ont le coeur au ventre et avancent la tête haute.

Et pendant ce temps, le monde continue de tourner avec soubresauts – discrimination, ségrégation, chasse aux sorcières, racisme, évolutions technologiques, emprise des médias, les traces indélébiles laissées par la guerre…).

Avec vivacité et sensibilité, Malika Ferdjouck nous livre ici une saga captivante grisante et haletante. Le parcours de chaque personnage serpente au gré des obstacles et des aubaines, la musique emporte, les émotions éclatent, des révélations se font jour.

Dans l’attente du tome 3 ; Un thé avec Grace Kelly…

« – Que dirais-tu d’installer un poste de télévision chez nous? (…) – On l’installerai dans le salon. Recluse comme tu l’es dans cet appartement, tu ne la verrais pas, tu ne l’entendrais pas. Je veillerai à ce qu’elle ne te dérange en rien. Tu ne sauras même pas que nous en avons une. – Sais-tu? Tu arrives encore à me surprendre. (…) Tu as envie réellement envie d’une telle chose? (…) Oui, Artemisia. Je veux réellement cette chose qui fait traverser les horizons, les mers, les jungles, et descendre le Colorado, clama-t-elle en une sorte d’envolée de tragédie mûrement répétée. Qui me permettra de réaliser les voyages que je ne fais pas et ne ferai jamais… »

« C’était une de ces journées pâlottes où le Chrysler Building a l’apparence d’une bougie sur un gâteau de fête, et New York, romanesque, exaltée, au bleu irréel, d’un aquarelle de Georges Barbier. Ou d’une robe de pique-nique de chez Schiaparelli, aurait plutôt estimé Chic. Jocelyn tourna sur Broadway dès la 72ème et cabota au gré de la marée humaine. Il prenait soin de toujours gardé quelques nickels au fond de la poche à cause des mille boîtes à surprises qui parsemaient cette ville étonnante. On y glissait une pièce, et hop, l’on moissonnait un fruit rafraîchi, un sandwich au pastrami, une bouteille de limonade, la dernière édition du New York times… »

« D’une jeune quarantaine, Mrs Chandler portait le chignon et la paire de lunettes des bibliothécaires de cinéma, sauf que son chignon était joyeux car hardiment perché. Des lunettes papillon laissaient le champ libre aux lueurs espiègles de ses merveilleux yeux gris. Hadley était persuadé que, dans une vie antérieure, Mrs Chandler avait été star à Hollywood. Il lui en restait une allure à la Carole Lombard, des talons fort pointus, un rouge inoubliable aux lèvres, une collection de corsages aux géométries insensées. (…) – Je suis désolée, dit-elle. Toujours pas de Petite Dorrit. Un jeune homme l’a emprunté… il avait des mains de musicien… »

« Nous voilà arrivés au Bop-cha. C’est ma chère Rosette, exactement ce que tu peux imaginer d’une boîte de jazz, à New York. Dehors, il était 19heures 30. Dedans, déjà 4 heures du matin… »

« -Un jour… Quand les Martiens auront envahi l’Amérique et le monde, on possédera peut-être tous un téléphone dans la poche, on appellera qui l’on veut, quand on veut, d’où l’on veut. (…) – Comment pourrait-on se balader en traînant un kilomètre de fil téléphonique derrière soi? On s’emmêleraient dedans… ce serait lourd. Et trop court de toute façon. « 

« Le Haxo Building était une ville verticale. (…) On pouvait y habiter, travailler à l’un de ses nombreux bureaux, acheter des fleurs ou du poulet rôti aux boutiques du centre commercial, s’y faire coiffer, s’y habiller, s’y chausser, prendre un repas dans l’un des trois restaurants, consulter un médecin, un avocat, une voyante, y faire garder son bébé, y apprendre le paso-doble, la trompette, le billard, la dactylo, pratiquer un sport, trouver un publicitaire, régler ses problèmes administratifs, poster son courrier… sans jamais quitter le building. Pour drainer le flux, quatre ascenseurs faisaient du trampoline sur la façade de Madison Avenue, quatre autres à l’arrière. Cerise sur le gâteau de pierre : la piscine au sommet. »

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astaire, roman de Malika Ferkjoukh, dès 13 ans, L’école des loisirs, novembre 2018 —