La tête dans les nuages – Tom Schamp

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Comme Alice, suivez le lapin blanc! Avec le Petit chaperon rouge, promenez-vous dans les étages de cet immeuble extraordinaire, si haut qu’il touche les nuages, si beau avec ses fenêtres chatoyantes… Laissez-vous porter par votre imagination, ouvrez les yeux en grands pour ne rien manquer ou fermez-les de temps en temps pour deviner et rêver! Pénétrez dans l’époustouflante boutique à chapeaux, contemplez la belle voiture jaune de salon et les cheveux au vent des passagers,  saluez le marin et la sirène dans leur salle de bain de mer, observez à l’heure du thé un couple charmant en pleine partie d’échecs, cueillez une pomme exquise dans le merveilleux jardin d’hiver de l’homme barbu, donnez à laper au grand chat noir couvert d’oiseaux enchanteurs un bol de lait, asseyez-vous sur le canapé-stratus et lisez quelques livres de l’opulente bibliothèque… et attendez-vous à trouver une belle surprise au sommet de l’édifice! L’ascension est fantastique, joyeuse et amusante, pétillante et colorée, chaleureuse et douce. L’album-toise se déplie en huit tableaux foisonnant de détails rigolos et surprenants. Leporello sans texte, c’est au lecteur d’inventer ses propres histoires. Et comme chacun sait, l’imagination n’a pas de taille, alors laissez-vous dériver!

La tête dans les nuages, livre-jeu-toise, illustré par Tom Schamp, à partir de 3 ans, Little Urban, janvier 2020 —

Le livre du trésor – Brunetto latini et Rébecca Dautremer

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Que j’aime cette Collection de titres qui puise dans la littérature classique, et brandit avec élégance et audace cet héritage, l’offrant au regard juste et sensible d’un illustrateur contemporain ! Ainsi Rébecca Dautremer, face au bestiaire médiéval composé par Brunetto Latini – maître de la pensée politique en Italie au XIIIème siècle -, extrait des textes littéraires stylistiques descriptifs scientifiques chimériques une atmosphère en osmose. Il se dégage de ses dessins – de vrais tableaux – des sentiments mêlés de fascination d’enchantement de mystère de frisson. Au fil des pages, on se promène parmi une faune étonnante et bascule tantôt dans la réalité tantôt dans l’imaginaire. Finement, l’illustratrice fait jaillir des clairs-obscurs, des bleus ciels, des rouges écarlates, des beiges lumineux, des yeux expressifs, des attitudes tour à tour impétueuses majestueuses poignantes. On glisse sans cesse par-delà la lisière du réel et du fantastique : du serpent à deux têtes à la cigogne, du dragon à la fourmi, de la licorne au loup, du caméléon au phénix au singe, de la lucrote à la baleine… et vice et versa. Un voyage entre monstres et merveilles.

 

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Le livre du trésor, album jeunesse de Brunetto Latini et Rébecca Dautremer, traduit du français médiéval par Gabriel Bianciotto,  La collection dirigée par Christian Demilly, Grasset-Jeunesse, janvier 2020 —

Rendez-vous à Colombo – Sarah Malartre

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Dans son bureau, ils passent et repassent, jour après jour. Ils s’installent face à elle, et déroulent leur vie, tourmentée cabossée, leur tristesse, leur souffrance au quotidien, leur incompréhension devant ce monde qui ne tourne pas rond,  leur solitude et le manque de leur famille restée ou disparue au pays… Leur espoir d’obtenir le droit d’asile en France. Eux, ce sont Monsieur Firmin, Nour, Pierre-Félix, Fatou, Issa, Awa, Oksana, Amir, Sohrab, Zied, Germude, Singuila… des hommes des femmes qui viennent de Kinshisa, du Liban, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan, d’haïti, d’Ukraine, de Syrie… Elle, c’est Nina, juriste. Avec attention et bienveillance, elle les écoute raconter leur histoire, relève le moindre détail, et retranscrit le tout à la première personne. Le portrait ainsi dessiné, précieux, doit refléter au plus juste la réalité de chacun. Car il en découle pour ces réfugiés un avenir meilleur, une protection pour eux et leurs enfants. Voilà des années que Nina accueille les confidences ; de mots de regards de gestes de larmes aussi. Mais pour la première fois, elle sent qu’elle vacille. Sa vie est en train de voler en éclats. Dans le même temps, elle se sépare de son fiancé et apprend la maladie de son père. Infiniment triste et inquiète, épuisée et désarmée, Nina est bouleversée. Ses failles, ses blessures à elle sont-elles de taille à affronter celles de ces hommes et ces femmes qui défilent dans son bureau? La douleur intime et la souffrance universelle peuvent-elles cohabiter? Comment vaincre cet équilibre instable?
Un premier roman sensible, tantôt léger tantôt grave.

 » On ne sait jamais dans une histoire d’amour quel baiser sera le dernier. Si on pouvoir choisir le dernier baiser, on s’appliquerait, on essaierait de lui donner toutes les couleurs de l’amour qu’on a partagé, on y mettrait de la passion, de la chaleur, de la tendresse en mémoire de tous les moments merveilleux qu’on a vécus. »

« Je rampe et toute la nuit je somnole, me réveille, pleure de douleur, change de position pour calmer le feu de toutes ces aiguilles qui me torturent. C’est la face caché du déni, on peut faire sortir tout ce qu’on veut de notre tête, ça trouvera toujours à se loger dans le corps. »

« Ma tête est lourde, je ne sais comment exister dans ce monde abominable, comment vit-on chaque jour, comment respire-t-on, comment mange-t-on, comment rit-on, comment fait-on l’amour, comment fait-on des enfants quand on étouffe sous toute cette horreur? Quand on est écrasé sous les génocides et sous la haine? (…) Je cherche constamment, la réponse s’échappe, insaisissable, impossible, je chercherai toujours. »

« Je je je. J’écris ce qu’Awa raconte à la première personne. J’écris ce que tous racontent à la première personne. Je je je. À force d’écrire je, ces histoires deviennent les miennes. Je suis eux, tour à tour, puis tous en même temps. J’ai vécu des centaines de vies, toutes plus tragiques les unes que les autres, j’ai vécu dans des dizaines de pays, je connais le nom des avenues, je peux dessiner les quartiers. j’ai tout vu, tout entendu, tout ressenti. Je sais tout des hommes et de l’horreur qu’ils cachent en eux. Ces vies, je les transporte partout, elles se rappellent à moi la nuit et mes rêves se font cauchemars. »

Rendez-vous à Colombo, premier roman de Sarah Malartre, Mercure de France, janvier 2020 —

Le gardien de la lune – Zosienka

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Émile, un charmant ours blanc,  vient d’être élu par les créatures de la nuit,  gardien officiel de l’astre lunaire. Quelle distinction! Quel honneur! Émile est aux anges d’avoir une si belle et importante responsabilité. À la nuit tombée, il monte sur un arbre immense pour faire sa connaissance et commencer sa surveillance. L’ours polaire est ébloui par sa grandeur, sa rondeur, sa blancheur, sa beauté, son éclat… qu’il est fier de prendre soin d’elle! Dans son sac à dos se trouve tout ce dont a besoin un veilleur de Lune, ainsi il passe l’aspirateur sur les nuages qui osent effleurer l’astre brillant, chasse les chauves-souris à coup de plumeau, lui fait la conversation… Mais soir après soir, la Lune lui apparaît changée, différente… on dirait qu’elle s’efface. Émile est inquiet, il se passe quelque chose de bizarre : la Lune lui échappe.
Un album tout doux et poétique qui lève le voile sur le cycle lunaire, phénomène ô combien fascinant pour les enfants.

« J’ai perdu la Lune (…). J’étais censé la protéger, mais j’ai échoué, et maintenant elle disparaît. Je ne sais plus quoi faire. »

Le gardien de la lune, album jeunesse de Zosienka, traduit de l’anglais par Nadjia Belhadj, à partir de 3 ans, Saltimbanque éditions, janvier 2020 —

La princesse de l’aube – Sophie Bénastre et Sophie Lebot

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Élyséa, pays merveilleux, royaume bienveillant, où la lumière inonde, les fruits et légumes abondent, le ciel est clair, les fleurs chatoient, le roi et la reine sont aimés de tous… Élyséa, lieu enchanteur et délicieux… Seulement un jour, le temps s’obscurcit, la terre se met à gronder, et soudainement le sol se dérobe. Le royaume tombe littéralement dans un gouffre sombre et froid. Plus de clarté, plus de source bienfaisante, plus de victuailles, plus de sourires, plus de parfums. Hommes et femmes s’organisent pour survivre mais les visages sont devenus tristes et pâles. Désespérée, la reine se tient loin des regards et dissimule ses traits sous un voile noir. Malgré tout la vie s’accroche à elle, puisqu’elle donne bientôt naissance à un enfant : Lucia. Petite fille de la nuit, elle n’est pourtant que lumière. Ses yeux sont bleus comme l’ azur, son teint est blanc comme le jour, son tempérament est joyeux. Elle ne veut se vêtir que de blanc. Alors Organd, un jeune tisserand lui confectionne des robes immaculées avec les fils de soie d’une belle araignée bleue… Lucia grandit et amène à la pénombre souterraine un halo de lumière, chaud et doux. Tous se mettent à espérer de la princesse un miracle : les retrouvailles avec leur paradis perdu…
Un conte incandescent au texte poétique et aux illustrations pleines de finesse et de sensibilité. une histoire en clair-obscur qui fait jaillir la beauté de la nature,  l’importance de la préserver, la nécessité de la savourer : ouvrir grand les yeux et prendre conscience de la chance qu’on a de vivre là.

« Je pense que nous vivions dans ce paradis sans le voir. Nous dévorions les fruits et les légumes, mais sans les goûter. Nous buvions l’eau pure de la source, mais sans la préserver. Nous profitions de la lumière et de la chaleur du soleil, mais sans comprendre au plus profond de notre cœur la chance que nous avions. Nous étions aveugles, sourds, stupides… »

La princesse de l’aube, album écrit par Sophie Bénastre et illustré par Sophie Lebot, à partir de 6 ans, De la Martinière Jeunesse, 2017 —

Le rêve d’un fou – Nadine Monfils

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Le rêve d’un fou, ou quand un homme ordinaire fait de sa vie, une quête extraordinaire… Nadine Monfils, émue par l’histoire, vraie, de Ferdinand Cheval, s’est attelée à y distiller un souffle romanesque. Avec délicatesse et tendresse, elle a trempé sa plume dans les pensées de ce doux rêveur-bâtisseur génial,  a tissé une fable, créé des rencontres, révélés des sentiments, en glissant ici et là des petites phrases écrites par le Facteur Cheval lui-même. Ode à la liberté, à l’espoir, à l’art, évocation de la foi à un idéal, ce petit livre est profondément humain et pénétrant.
L’homme a souvent vu sa vie bousculée par la mort ; sa mère lorsqu’il est enfant, son père dans l’adolescence, un de ses fils à seulement un an, sa première femme, sa fille adorée Alice à quinze ans… Il aurait pu s’effondrer de désespoir, mais au contraire, Ferdinand va transcender son malheur et ses douleurs amassées au fil des ans. En 1879 il va entrevoir au milieu de son potager – à Hauterives dans la Drôme – un Palais merveilleux… Et voilà donc qu’à chacune de ses tournées de facteur, il ramasse des pierres et le soir se met à bâtir, à sculpter, à imaginer des formes des arabesques tout un bestiaire mythologique des cascades des grottes… Il consacrera trente-trois années de son existence à édifier son Palais Idéal, seul, de ses seules mains, en hommage à sa fille disparue. Dans son village, on le prendra pour un fou mais bientôt une multitude de gens viendra admirer son œuvre, l’œuvre d’un fou génial qui sera classée au Monument Historique par André Malraux en 1969.
Sur sa route, le Facteur Cheval  rencontrera Joseph,un peintre qui deviendra son ami et son confident. Ensemble, il parleront d’art et d’inspiration, et évoqueront leur fille respective – sa femme a quitté brutalement Joseph en emportant leur petite Marthe, qu’il n’a jamais revue -. À la mort de son ami, Ferdinand n’a plus le goût à poursuivre la construction de son rêve jusqu’au jour où il reçoit une lettre de Marthe…

« Les rêves, ça chasse les larmes. »

« Quand on fait ce qu’on aime, on ne sent pas ce lourd vêtement sur soi. Il ne pèse soudain plus rien. La passion fait de nous des oiseaux. »

« – Enfin, réfléchis! Tu n’imagines quand même pas qu’il y a une sorte de bonhomme là-haut, assis sur un trône, qui s’amuse à regarder tout ce qui se trafique ici-bas? Les hommes sont pareils à des fourmis qui grouillent, s’entremêlent, se grimpent dessus et s’écrabouillent. Des fourmis qui, de toute façon, ne tirent aucune leçon de la vie et continuent à reproduire les mêmes conneries, jusqu’au jour où la planète deviendra invivable. On avait deux magnifique cadeaux : la nature et l’amour. Et qu’est-ce que nous, crétins d’humains, en faisons? Du gâchis. On piétine tout sans vergogne. Et ceux qui ont du respect se font bouffer par les autres. Pourquoi un dieu aurait-il créer ça? Nous ne sommes que des rouages d’un mouvement perpétuel qui fait avancer et reculer les aiguilles invisibles d’une horloge inutile. Tic! Tac! Boum! C’est ça le sens de l’existence. »

« Notre art nous ressemble bien plus que notre apparence physique. Il traduit ce que nous sommes réellement et ce que, parfois, nous n’osons pas exprimer par la parole. Il est le reflet de notre âme. La cour de récréation où s’ébattent nos anges et nos démons. »

Le rêve d’un fou, roman de Nadine Monfils inspiré librement de la vie du Facteur Cheval, Fleuve éditions, septembre 2019 —

The Parisianer 2050 – couvertures futuristes d’un magazine imaginaire

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2020 arrive tout juste, et voilà que je vous parle de 2050! Mais si cette année-là semble être fort loin, son horizon se dévoile pourtant, à travers le regard d’une cinquantaine d’illustrateurs internationaux tour à tour chimérique, cocasse, analytique, sensible, sarcastique, optimiste, pessimiste, onirique… Avec leurs couleurs leurs tracés leur imagination et leurs mots, ils répondent à la question suivante : À quoi ressemblera le monde de 2050? Chacun crée donc la couverture d’un magazine imaginaire – qui n’est pas sans rappeler la une du New Yorker -. Changement climatique, pollution, progrès technologiques, relations humaines et impact numérique, évolution des villes, place de la nature, migrations… autant de sujets abordés image après image.
Un livre beau et passionnant qui interroge notre société, notre planète, et ses mutations.

 

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Pour en savoir plus : The Parisianer

The Parisianer 2050, couvertures futuristes d’un magazine imaginaire de 53 illustrateurs internationaux, sur une idée originale  et une initiative de l’association La Lettre P, à la direction artistique : Aurélie Pollet et Michaël Prigent, éditions 10-18, 2017–