À la recherche des trois flamants roses – Leona Rose

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Mettez de la couleur dans votre été avec ce Cherche et Trouve géantissime par la taille et la splendeur! Partez en quête de trois flamants roses, un trio de chic et de choc ; Leona artiste globe-trotteuse et ses lunettes cœurs, Naomi accro du shopping et son téléphone, Michel aventurier boute-en-train et son appareil photo. Suivez-les à travers le monde ; de Marrakech la ville rose à la mer turquoise de Colombie, de la baie de Hong-Kong à Paris, de la Havane à Bali… Un voyage joyeux amusant et haut en couleur, des tableaux foisonnants de détails – nature, personnages, lieux emblématiques -. Écrit et illustré par l’artiste française Leona Rose, célèbre pour ses fresques gigantesques de jungles déjantés sur les murs d’hôpitaux, d’orphelinats et autres bibliothèques dans le monde entier, cet album ravira les petits et les grands. Entrez dans son univers coloré lumineux drôle et tendre, vous passerez un moment charmant! Et à la fin de l’album, sortez vos crayons ou vos feutres Posca et coloriez le dessin offert par l’artiste!

 » L’aventure commence à Marrakech, surnommée la ville ROSE. Parfaite première destination pour trois flamants roses, non?
À peine arrivés, nous commandons un chameau-taxi. Direction la médina et les souks. Les odeurs d’épices sont enivrantes. Le soleil éblouissant. Un peu de shopping pour commencer. Naomi insiste, elle veut absolument des babouches léopard imitation Chanoul. Perdue dans les méandres des ruelles, je suis à la recherche de lunettes de soleil, pour voir la vie en rose. »

« Après l’Amérique latine, le Cambodge et une magnifique balade en remontant le Mékong. Nous nous dirigeons vers l’une des plus belles merveilles du monde, les mystérieux temples d’Angkor, pour assister au lever du soleil dans une ambiance pourpre. De nombreux films ont été tournés ici, au milieu des ruines et de la jungle, comme Tomb Rider, avec Angelina Perdrix. C’est la cohue, on est happés par une foule dense de touristes. Des familles entières de tigres chinois se bousculent pour assister au spectacle. Clic clic clic, un soleil indigo se lève sous un millier de projecteurs, illuminant le BRUN de la terre, le vert des rizières, le bronze des statues et des sculptures des temples d’autrefois. »

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À la recherche des trois flamants roses, album de Leona Rose, à partir de 7 ans, éditions Little Urban, juillet 2020 —

Le jardinier qui cultivait des livres – Nadine Poirier et Claude K. Dubois

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C’est l’histoire d’un jardinier, différent. Et d’une petite fille, sans parents. Tous deux solitaires. Et amoureux des mots et des livres. Il aime les récits, elle, les documentaires. Il la trouve un jour, blottie, parmi les livres qu’il fait pousser. Elle le découvre alors, éblouie.  Au village, les gens ne veulent plus écouter les histoires du jardinier ni les connaissances de la fillette. L’homme ne sait pas s’y prendre. Les enfants, il ne connaît pas. Mais en entendant sa voix, il se laisse bercer et savoure l’instant. Qu’est-ce qu’elle est heureuse, là, face à cet éleveur de livres! Peut-être pourrait-il la faire pousser comme il fait pousser ses livres… pense-t-elle. D’abord étonné, puis embarrassé, il finit par saisir la petite par la taille et la soulève contre lui pour la planter… leurs deux cœurs battent alors à l’unisson. De l’eau des fruits des légumes, des lectures une couverture, une épaule pour poser sa tête, de la bienveillance du partage des oreilles attentives… et voilà que naissent une fille et son père. Un album d’une douceur infinie sur le pouvoir immense des livres, l’empathie et la paternité, merveilleusement illustré par le trait léger tendre et lumineux de Claude K. Dubois.

« – Faire pousser des enfants? Voilà une bien drôle d’idée!
– Vous faites bien pousser des livres! soutint la petite fille.
– Et qu’est-ce que j’en ferais? lui demanda le jardinier, curieux.
– Vous ne seriez plus seul, de répondre la petite fille en le regardant droit dans les yeux. »

Le jardinier qui cultivait des livres, album écrit par Nadine Poirier et illustré par Claude K. Dubois, à partir de 5 ans, éditions D’eux, Mai 2020 —

J’irai cracher sur vos tombes – JDMorvan Ortiz Yen Macutay d’après Vernon Sullivan alias Boris Vian

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Dans les années 40 au sud des États-Unis, Lee Anderson arrive à Buckton, seul au volant de sa voiture. Ici, personne ne le connaît. Son frère Tom l’a mis en relation avec le propriétaire de la librairie de la ville, dont il va désormais s’occuper. La vingtaine, le corps d’un boxeur, le teint blanc, les cheveux blonds, le regard charmeur, Lee se lie très vite avec une bande de jeunes gens. C’est l’été. Les après-midis orgiaques au bord du lac s’enchaînent, Lee vient avec sa guitare de l’alcool et sa gueule d’ange. Un jour, il fait la connaissance de Dexter, le fils Asquith, une riche famille, qui l’invite à une party dans sa propriété. Là est rassemblée toute la bonne société blanche. Lee est ravi. Sa vengeance se dessine enfin, avec la rencontre des deux sœurs Asquith. Car derrière le séducteur se dissimule un homme en colère, empli d’une haine sans mesure envers ceux qui ont lynché son petit frère à la peau noire, amoureux d’une femme blanche. Car sous la blondeur de ses cheveux, Lee est métis. Et le sexe est son arme fatale… S’ensuit une course effrénée d’une violence éperdue vers un châtiment mortel.
Une adaptation en bande-dessinée du polar noir de Vernon Sullivan alias Boris Vian écrit en 1948, très réussie. On retrouve l’atmosphère sombre et le ton âpre du roman, la tension narrative qui monte crescendo, la détermination l’entêtement la rage de Lee, les scènes de sexe sans équivoque. J’ai beaucoup aimé la manière dont a été représenté le personnage de Lee Anderson ; sa beauté, les expressions changeantes de son visage, son allure animale, son omniprésence obsédante. Une tragédie dérangeante dénonçant la ségrégation raciale, une adaptation habilement menée.

J’irai cracher sur vos tombes, BD de JDMorvan Ortiz Yen Macutay, d’après Vernon Sullivan alias Boris Vian, éditions Glénat, mars 2020 —

Mère d’invention – Clara Dupuis-Morency

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Clara Dupuis-Morency parle de son expérience, de sa propre existence. Déplie sa pensée autour de la maternité, de l’avortement au désir d’enfant, de la grossesse à l’accouchement en passant par la conception. Fait coexister le corps et la pensée, des faits aux observations des maux aux mots, les lie indéfectiblement. L’intellect et l’organique. Car son chemin est pluriel. Une thèse se forme. Un roman se dessine. Écriture – processus de création – et procréation font partie de la même maille. Des résonances, une circularité. Rapport au corps, féminisme, sororité, lois, contraintes, sentiment de culpabilité, affranchissement…  Et pour cette spécialiste de Proust, les phrases sont amples, les digressions nombreuses, l’esprit s’épanche et à plusieurs reprises l’autrice m’a laissée au bord de sa route. Par ailleurs, j’ai aimé son ton, sa franchise, son impulsivité, son humour aussi. Ce livre demande de l’attention de la concentration et un goût certain pour l’autofiction. Une lecture en demi-teinte donc.

« Sœurs, chacune prise dans son orbite, comme le e pris dans l’o, c’est l’explication la plus charitable que je peux fournir pour l’instant. Qu’il en aille ainsi ou autrement, je place tous mes œufs dans le même panier, dans le même œuf, pour ainsi dire, je veux pour toi un amour sans partage, sans la cruauté de la fratrie, et je me fous des théories sur l’enfant unique, je te veux démesurément aimée, il n’y aura personne qui courra après mon ventre  avec un couteau, sauf peut-être ma sœur, encore et toujours, mais ne t’inquiète pas, ce jour-là, je n’aurai pas besoin de la nuit pour tordre l’acier de ma colère, je rugirai, je mettrai le feu aux champs, j’enragerai le ciel, tu verras de l’intérieur un magnifique spectacle de feux d’artifice, ce sera un bel incendie où brûlera enfin la douleur »

« La thèse prend forme, j’ai pour la première fois ce matin l’impression qu’un corps prend forme, un corps cohérent qui commence à se tenir. Une pensée commence à se digérer. Entrevoir la fin – même encore lointaine – soulève une certaine angoisse, ou une tristesse, je ne sais pas bien. Qu’est-ce qui me portera? L’écriture, je le sais. Mais il faudra réinventer toujours de nouvelles peaux, de nouveaux corps, sous des auspices temporaires. »

« J’étais prête pourtant à quitter tout ça. La thèse. J’étais venue habillée en veuve aux sabots d’or, des années, à construire un abri, à partir de rien, ou presque, à monter des murs, passer les fils, abattre les cloisons inutiles, à piocher, à plâtrer, et puis souvent à rester là, seule dans mon lit, alors que toute la maison me parlait, chaque poutre, chaque porte, chaque brin de carpette, et que je ne savais pas encore l’écrire, je la portais partout où j’allais, dans le métro, à Montréal, à Berlin, à Marseille, partout, à San Diego, à Londres, elle me demandait tout, elle me demandait de la créer, de l’inventer, de la nourrir à même toutes mes ressources, elle parasitait, tout, l’imaginaire, la symbolique, je la portais et j’habitais dedans, et plus l’air ambiant devenait pour moi vicié, plus je m’y réfugiais. »

Mère d’invention, récit de Clara Dupuis-Morency, littérature québécoise, collection La Sentinelle, éditions La Contre Allée, 256 pages, Juin 2020 —

Les corps paysages – Manon Galvier

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Des corps qui inspirent, des paysages qui respirent… Partez en balade avec Tom Bachir Félicie Lilou Naïma Émile Maël et Camille. Glissez-vous à leurs côtés. Regardez, écoutez, sentez, touchez, goûtez. Plongez dans les couleurs chatoyantes, observez les balancement des corps ; les yeux de Tom qui comme des fleurs papillonnent ; les doigts de Bachir qui comme des ailes tournoient ; la chevelure de Naïma qui comme une jungle se déploie… Au fil des pages, bougez vous aussi votre corps, en rythme avec la poésie qui se dégage de ce petit livre joyeux et joueur. Parties du corps et paysages s’épousent et se confondent merveilleusement. De mime en mime, l’imagination divague et la nature s’étale, foisonnante et luxuriante. Entrez dans la ronde, amusez-vous, laissez-vous surprendre par la beauté des paysages dans lesquels bientôt, les corps se fondront. Pour les petits et les grands, pour s’approprier son corps, pour rêver, pour chercher, pour se cacher… Un bel album-promenade.

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Les Corps paysages, album de Manon Galvier, à partir de 3 ans, Le Cosmographe éditions, juin 2020 —

Éden – Rebecca Lighieri

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À treize ans, Ruby s’ennuie. Sa vie n’est que monotonie. Au collège, cours et professeurs ne la passionnent pas, ses congénères l’exaspèrent, seule son amie Lou l’impressionne par sa vivacité d’esprit sa curiosité et son enthousiasme sans faille. À la maison, elle ne supporte plus la petite vie ordinaire menée par ses parents avec ses règles ses habitudes sans accroc sans imprévu. Et que dire de sa chambre qu’elle doit partager avec sa petite sœur… Alors pour s’isoler, lire, écouter de la musique, divaguer, Ruby se réfugie dans le cagibi qui jouxte la chambre. Un jour comme un autre pourtant, une chose incroyable lui arrive, là, dans ce placard. Le noir total, un courant d’air qui la happe, puis la lumière, une clairière, des amoureux enlacés. Là voilà transportée dans un monde où tout est beau, radieux, la nature y est luxuriante, les gens – jeunes – sont accueillants et emplis de bienveillance. Aucune trace de pollution sur le sol, dans l’air, dans les rivières. Peu de bruits et des parfums enivrants. La vie semble calme par ici. Dans le village, Trèze – heureux homophone de son âge -, Ruby rencontre des garçons et des filles charmants et fascinants. Surtout le bel Éden, doux séduisant aimable… Mais à peine le temps de faire leur connaissance qu’elle est projetée dans son cagibi. Sonnée mais ravie, elle sourit et n’a qu’une envie : retourner dans ce monde, revoir Éden. Rêve? Réalité? Magie? Monde parallèle? Cet endroit étonnant et étrange, elle y retournera plusieurs fois. Des voyages qui la prendront par surprise lorsqu’elle sera dans le cagibi. Des échappées belles frustrantes aussi, puisque imprévisibles et de courtes durées. Cesseront-elles un jour? Éden disparaîtra-t-il définitivement de sa vie?
Fable écologique, traversée de l’adolescence, roman d’amour, Éden est un livre questionnant mystérieux et sensuel aux personnages attachants, loin des mièvreries et non dénué d’humour.

« – Mais un cerf de quatre mètres, ça n’existe pas!
J’ai crié. Le cerf dirige lentement vers nous son museau noir, puis fait demi-tour et disparaît entre les arbres. Sans hâte. Sans crainte. Presque avec dédain. Éden me regarde, avec une expression indéfinissable.
– C’est peut-être moi qui n’existe pas, Ruby.
– Qu’est-ce que tu veux dire?
– Tu ne t’es jamais posé la question?
Si, bien sûr. C’est même la question qui me hante depuis des mois. Existe-t-il, ce monde où je viens fuir la laideur de la réalité et la monotonie de mon existence? Existe-t-il ou est-il une pure fantasmagorie jaillie du tréfonds de mon inconscient, comme le pense Lou? Un rêve sans plus de substance que les rêves de la nuit? Une vision que j’oublierai en grandissant? »

« Tout ce que je vis à Trèze me semble réel. Beaucoup plus réel que le réel, même. Beaucoup plus intense, beaucoup plus puissant, beaucoup plus beau. Le visage d’Éden à cet instant, ses pommettes hautes, le modelé parfait de ses lèvres, le brun chaud de ses yeux, je n’ai jamais rien vu de plus beau ni de plus… vivant. »

Éden, roman de Rebecca Lighieri, illustration de couverture de Séverin Millet, à partir de 13 ans, collection Medium+, L’école des loisirs, septembre 2019 —

Léni veut aller danser ! – Stéphanie Demasse-Pottier et Bérengère Mariller-Gobber

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Au lever du soleil, une petite fille se réveille, les cheveux en bataille et  les yeux rieurs. Un réveil aux aurores pour un jour qui compte. Car dans quelques heures elle se rendra à l’anniversaire de sa meilleure amie… alors vite trouver un déguisement chouette ; enfiler une robe qui tourne, rouge, un chapeau qui bouge, mettre un peu de rose sur les joues, nouer un papillon vert autour du cou, et porter les belles chaussures d’Alma sa grande sœur, qui l’assiste avec joie et gentillesse. À 7h30 là voilà prête pour la fête! Mais avant, se glisser dans le lit tout chaud et les draps tout doux de ses parents chéris… la fête est encore loin mais, en rêve déjà, Léni danse danse danse!
Un petit album fait de tendresse, avec des crayonnés comme une caresse et un texte joyeux et drôle.

Léni veut aller danser!, album écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Bérengère Mariller-Gobber, à partir de 3 ans, L’étagère du bas, juin 2020 —

I am, I am, I am – Maggie O’Farrell

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Avec singularité sensibilité et sincérité, Maggie O’Farrell confie au lecteur des épisodes de sa vie. Une vie chahutée qu’elle déplie en morceaux choisis. Chacun des dix-sept récits évoque une partie de son corps. Un corps à plusieurs reprises, heurté. Et la mort convoquée, toujours. Des cicatrices, des blessures, des angoisses qui, visibles ou non ne se refermeront jamais. Maladies, accidents, agressions, grossesse difficile, fausse couche, encéphalite, autant d’épreuves douloureuses racontées sans pathos et sans effet de manche. On est dans l’intime. Sur et sous la peau, dans la tête et le regard. Les expériences de la vie de l’autrice déferlent et résonnent parfois au fil de la lecture. Des échos universels. I am I am I am, un titre emprunté à Sylvia Plath qui dans son roman La cloche de détresse écrivait : « I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am I am I am  » – J’ai respiré profondément  et j’ai écouté le vieux battement de mon coeur; Je suis je suis je suis. » À travers ce livre dévoilant ses propres souffrances et la mort s’immisçant Maggie O’Farrell écrit – décrit – le souffle de vie, la survie. Chance, résistance, courage, destin, création littéraire, on ne sait pas ce qui à chaque fois, la sauve, – et en même temps on est abasourdi devant tant de malheur – mais avec empathie on avance à ses côtés. Ses récits détaillés, précis, sensitifs, émaillés de colères de peines d’espoir d’autodérision aussi sont prenants et puissants. Et en filigrane, elle parle de la place de la femme, des défaillances dans le système de santé de son pays, de la violence que peut parfois revêtir la parole. Et quand le dernier récit, sur sa fille, a défilé sous mes yeux – une course haletante contre le temps/ un temps précieux pour une vie -, les larmes retenues jusqu’alors se sont mises à couler… puis j’ai respiré profondément.

« Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare ; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment ou un autre, peut-être sans même le savoir. La camionnette qui passe au ras de votre vélo, le médecin fatigué qui, finalement, décide de revérifier le dosage, le conducteur ivre que ses amis réussissent laborieusement à convaincre de leur donner ses clés de voiture, le train raté parce qu’on n’a pas entendu le réveil sonner, l’avion dans lequel on n’est pas monté, le virus que l’on n’a pas attrapé, l’agresseur que l’on n’a jamais croisé, le chemin jamais emprunté. Tout autant que nous sommes, nous allons à l’aveugle, nous soutirons du temps, nous empoignons les jours, nous échappons à nos destins, nous glissons à travers les failles du temps, sans nous douter qu’à tout moment le couperet peut tomber. Comme Thomas Hardy l’écrit à propos de Tess d’Urberville,  « Il existait encore une autre date (…), celle de sa propre mort(…) : jour caché, invisible et sournois parmi tous ceux de l’année, qui passait devant elle sans donner de signe mais n’en était pas moins sûrement là. Quel était-il? » Prendre conscience de ces moments-là vous abîme. Vous pouvez toujours essayer de les oublier, leur tourner le dos, les ignorer : que vous le vouliez ou non, ils vous ont infiltré et se logeront en vous pour faire partie de ce que vous êtes, comme une prothèse dans les artères ou des broches qui maintiennent un os cassé. »

« La mer pour moi, est une grande source de réconfort. Karen Blixen avait écrit dans Sept contes gothiques, « Je connais un remède qui guérit tout : l’eau salée (…). Sous une forme ou une autre. Sueur, larme ou eau de mer. »

I am, I am, I am, roman de Maggie Farrell, traduit de l’anglais par Sarah Tardy, éditions Belfond, 2017 —

Ilié Prépéleac – Nora Lecta et Aglaé Rochette

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On entre dans ce livre comme dans un rêve. On perd tous ses repères, les éléments les lieux se confondent, il fait froid il fait chaud, on flotte on s’enfonce, la lumière inonde les ombres intriguent. Du bleu du jaune, couleurs qui ensemble, se fortifient. Envers endroit, deux parties d’une même histoire. Une histoire foisonnante où humains animaux végétaux  chimères cohabitent et agissent dans un monde kaléidoscopique à la fois antique et moderne, chamarré et sobre, aux paysages fantastiques et transylvains – l’autrice est roumaine -.  La société est matriarcale et se régénère naturellement ; les petites filles naissent de la longue chevelure des vieilles dames qui se meurent. Mais dans la ville de Panoï, un homme, nommé Ilié, vit parmi ces femmes. Elles ne savent pas le pourquoi du comment de la présence curieuse d’Ilié sur le sol qu’elles foulent et dans l’air qu’elles respirent, mais ne s’en inquiètent absolument pas. Récupérateur de ferrailles le jour, il attend le soir avec impatience car sur sa ligne de tramway aérien Sofia Onega, une jeune femme pleine de grâce y vend des fleurs. Amitié amoureuses, attachement sincère, Ilié et Sofia aiment être l’un avec l’autre. Passionné d’astronomie, il découvre une nouvelle planète Halmer 1113 qui, enceinte, va bientôt devenir mère… Et son arrivée à Panoï coïncide avec la dissolution de Sofia dans l’espace. Passent les mois sans elle, Ilié aperçoit par une lucarne son foulard jaune flotter au loin au-dessus des plaines. Il quitte Panoï, et entreprend alors un voyage au long cours, pour retrouver sa bien-aimée. L’histoire se poursuit donc au verso en Siméria où il fait la connaissance d’une fileuse d’écume qui va lui tisser la trame à suivre. Sur son chemin il trouvera un cheval de mer, un oiseau, une méduse, une truie bleue, un poisson… Ses pas aventureux et impatients le mèneront jusqu’à un grand lac miroitant. La belle Sofia s’y reflétera-t-elle? Un album vertigineux, où les contes et les légendes côtoient des notions contemporaines comme l’écologie, le féminisme, des sujets éternels comme l’amitié l’entraide, et le mélange de deux cultures de deux imaginaires. C’est doux beau captivant étonnant lunaire onirique drôle fabuleux fou… À lire relire admirer méditer!

« L’ombre tombera sur la ville et le ciel germera. Alors le haut sera le bas, le début la fin et viendront les jours heureux. »

« À chaque coin de rue, quelques habitantes fatiguées bayaient longuement aux corneilles ; de temps en temps elles avalaient par mégarde des couleuvres étourdies. »

« Ilié continua ainsi sa marche, les yeux rivés sur le ciel, la tête dans les nuages. (…) À mesure que l’on s’écartait de Panoï, des millions de tortues blanches guidées par leur sultane sillonnaient les champs en direction des sources thermales. Même s’il marchait prudemment pour ne pas gêner leur migration tardive, la neige réduisait considérablement la visibilité et un immense ravin, surgi de nulle part, ne se trouvait plus qu’à quelques pas à présent. Ilié Prépéleac n’eut même pas le temps de songer à s’arrêter qu’il se sentit basculer au fond du gouffre, dans un autre monde peut-être. »

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Ilié Prépéleac, une histoire racontée par Nora Lecta et illustrée par Aglaé Rochette, à partir de 10 ans, grand album recto-verso, Le Cosmographe éditions, janvier 2020 —

À plus d’un titre – Fête de la librairie indépendante – Association Verbes

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À plus d’un titre, il m’est essentiel. Lui et moi on a fait ami-ami, il y a bien longtemps. Il est ma boussole, mon soleil, ma pluie, mon ciel. Avec lui je ris je pleure, j’enrage, j’ai peur. Souvent il me surprend. Me captive m’enveloppe. Envoûtant. Parfois il est repoussant. Je le laisse dans un coin. Sans aller jusqu’au dernier point. Passent les visages les paysages. Restent les perceptions, l’émoi. Les histoires des personnages. Et leurs échos en moi. Je goûte ses mots et ses figures. Je délie ses fils entrelacés. Je brise ses armures. Et parfois je m’enlise, agacée. À travers ses pages, je voyage. Entre ses lignes, je dérive. Dès la couverture commence le vagabondage. La quatrième lance les perspectives. Quant au titre, il est mystère, il est matière, il est promesse, il est lumière. Les chapitres défilent. Les intrigues se nouent. Les sentiments se mêlent. La fin se profile. Roman théâtre poésie. Drame polar comédie. Historique. Fantastique. Il m’est essentiel, à plus d’un titre. Le livre…

Merci aux si indispensables passeurs de mots que sont les libraires indépendants.

Le samedi 13 juin aura lieu la Fête de la librairie indépendante par les libraires indépendants, dans le cadre de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Et cette année, un livre inédit, le bien-nommé À plus d’un titre sera offert aux lecteurs. Une éphéméride de titres beaux éclatants fascinants.  Un cadavre exquis délicieux.  Et des espaces vides à remplir selon l’envie et l’imagination…