Les nouvelles vies de Flora et Max – Martin Page et Coline Pierré

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Flora et Max se sont rencontrés à distance -La folle rencontre de Flora et Max -. Par correspondance. Leurs mots ont voyagé de l’un à l’autre.  Des mots aimables et bienveillants, généreux et fraternels, humbles et respectueux. Ils avaient tant besoin de réconfort et d’encouragement ces deux-là. Flora avait été incarcérée suite à une violente agression, Max était emmuré aussi, phobique social, il était incapable de sortir de chez lui. Durant des mois, ils se sont envoyés des lettres. Sans barrière, ils se sont tout racontés de leur vie, de leur peine, de leurs envies. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, Flora sort de prison. Max l’attend dehors. Ils ont franchi les murs qui les retenaient.  Se voient physiquement pour la première fois, pourtant c’est comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ces deux êtres, solaires mais maladroits, bons mais fragiles, tendres mais tourmentés vont avancer ensemble. Et tenter de donner du sens à leur vie respective, d’envisager un avenir. Flora s’inscrira à l’université pour étudier l’anthropologie, Max commencera un apprentissage pour devenir cuisinier. Le contact avec les autres sera difficile, mais il s’accrochera. Flora prendra un petit boulot dans une maison de retraite et entrera dans une équipe de roller derby. Max trouvera la quiétude en jouant du ukulélé, en voyant Flora régulièrement, en lui écrivant aussi, parfois. La fréquentation des pensionnaires et des filles du roller lui apportera à elle, beaucoup d’empathie. Mais leur équilibre, déjà instable, sera malmené lorsqu’ils apprendront qu’un projet de centre commercial détruirait la maison de retraite. Ensemble, ils décideront de se battre pour empêcher cela, ils feront bouger les choses avec leurs moyens, leur détermination, leur enthousiasme, dépassant leurs maladresses leurs hésitations leurs craintes. Des sentiments amoureux naîtront…

Ces personnages sont si touchants qu’on les suivrait au bout du monde. Les mots précieux et indispensables qu’ils s’envoient ou se disent tout bas nous transportent aussi. Il y a dans l’écriture de Martin et Coline, une telle délicatesse une telle clairvoyance une telle sincérité qu’on est très ému en tournant la dernière page.

« On croit que grandir, c’est comme marcher sur la bordure du trottoir, que tout ce qui importe, c’est de tendre les bras pour garder l’équilibre. On croit que le pire qui pourrait nous arriver, ce serait de tomber et de se tordre la cheville. J’ai appris ces dix-huit derniers mois que plus on avance, plus le trottoir est haut et défoncé. J’ai appris qu’à chaque difficulté on charge ses épaules du poids de nouveaux handicaps, et qu’à nos pieds il y a des crocodiles et des hyènes qui attendent, gueule ouverte, crocs saillants, bave à la commissures des babines, qu’on trébuche. Il ne s’agit plus d’éviter l’entorse, mais d’échapper aux prédateurs. »

« Entre Flora et moi, ça roule. On s’entend bien. Je veux dire : comme si on se connaissait depuis toujours. C’est assez effrayant, car ça signifie qu’entre nous les choses vont se dégrader. Ça s’appelle de l’entropie, c’est une des lois fondamentales de l’univers : un truc existe, c’est super, mais inexorablement, il va s’effriter. La plus belle chose au monde va fatalement s’abîler. J’essaie de ne pas y penser. »

« – Mais je ne suis pas habitué à ce que tout aille bien. Je ne saurai pas gérer ça. Ça me fait flipper. – Ne t’inquiète pas, Max, la vie trouve toujours des moyens pour inventer des problèmes. »

« Le monde est pourri, nous sommes maladroits et minuscules. Mais nous n’allons pas nous laisser faire. »

« J’aime bien l’idée de t’écrire alors que tu es assise sur mon lit. Je ne cesserai jamais de t’écrire. Les mots, c’est notre maison. C’est notre cachette. »

« Tes mots sont mes parachutes et ma cabane, mes vêtements de pluie et mes globules blancs, mon atmosphère. »

Les nouvelles vies de Flora et Max, roman de Martin Page et Coline Pierré, à partir de 13 ans, L’école des loisirs, novembre 2018 —

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Les plumes d’Asphodèle (1)

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Emilie a eu la belle idée de reprendre sur son blog Les plumes d’Asphodèle, un  atelier d’écriture qui nous manquait beaucoup… Je pense à toi Isabelle et t’embrasse. Je me lance donc dans cette nouvelle aventure avec grand plaisir et petite appréhension…

Voici les mots – à insérer dans le texte – récoltés lundi pour cette première semaine des Plumes :

OCEAN – DESERT – ENJAMBEE – PASSERELLE – TRAVERSIN – RUE – VOYAGE – PASSAGE – FRANCHIR – HORIZON – VACANCE – VOILURE – VIEILLIR

En équilibre (instable)

Voilà, il s’élance. Seul, pour la première fois. L’équilibre est encore précaire, le corps tremble un peu, mais il avance, casqué. Et jusqu’ici, ça roule. La longue rue qui mène à l’église du village est vide. Elle s’offre à lui, paisible et silencieuse. Les automobiles se reposent sur le bas-côté, les chats font leur sieste en cette chaude après-midi d’été… évidemment nous ne sommes pas à l’abri de l’arrivée fracassante d’une mobylette! Je me sens démunie, d’un coup. Plus besoin de poser ma main sur son épaule, pour le guider. Plus la peine de courir à grandes enjambées, à ses côtés, pour le rassurer. Sur sa petite reine, toute de rouge vêtue, il est le roi de la route! Je marche d’un bon pas derrière lui, ni trop près ni trop loin. Je garde mes distances. Il s’applique. Il sait que je l’observe. Scrupuleusement, il s’arrête devant le passage piéton, l’endroit est désert pourtant. Il tourne la tête vers moi, me fait un signe d’une main et actionne sa sonnette de l’autre. Heureux comme un prince. Fier comme Artaban. Mon petit grand, mon bel Arsène. La liberté, quel voyage! N’est-ce pas mon fils? Toi qui, hier encore, tenais difficilement assis, lové dans un cocon douillet, un simple traversin! Aujourd’hui tu roules, demain tu vogueras, toute voilure dehors. À toi l’océan, pas toujours pacifique avec ses déferlantes, ses requins,  ses eaux troubles, mais aussi ses couchers de soleil, ses plages de sable fin, ses phares. Tu ne le sais pas encore, mais sur cette bicyclette tu commences à découvrir le monde. Bientôt, tu choisiras ta route et ses chemins de traverse. Il y aura des virages, des ralentisseurs, des voies sans issue, des priorités, des contresens, des crevaisons, des accidents, des intersections, des barrages.  Les obstacles à franchir ne manqueront pas, tu auras la tête dans le guidon quelquefois. Autour de toi défileront des paysages, des visages, des émotions. Des frissons, des secousses… Je ne vois plus Arsène! Les palpitations de mon coeur s’accélèrent. Je cours… droit devant. Le temps me semble interminable… Enfin, il réapparait dans mon champ de vision. Tout sourire. « Tu as vu maman, j’ai fait le tour de l’église et puis j’ai roulé sur la passerelle! » « Justement non, je ne te voyais plus… » Il va falloir m’habituer à ses échappées belles, ses vacances jolies. Un nouvel horizon, pour lui et pour moi. Au-dessus de nous, le soleil darde ses rayons. Tu grandis mon fils, mon petit cycliste. Mais tu sais, j’ai beau vieillir, ma main sur ton épaule continuera de se poser.

 

La tresse ou le voyage de Lalita – Laetitia Colombani et Clémence Pollet

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Les couleurs intenses et éclatantes de cet album disent à la fois la colère d’une mère sa persévérance et son espérance sans faille. Coloris flashy et sentiments puissants explosent sur chaque page, les inondant d’une lumière salvatrice. Car l’histoire de cette mère, Smita, et de sa fille Latita est belle mais forte et dure.
Lalita et ses parents sont des intouchables « ceux qu’on ne doit pas toucher ». Issus des basses castes de l’Inde, ils vivent en marge, ont des métiers ingrats – Smita nettoie les toilettes des fermiers -, n’ont pas accès à l’éducation. En voyant grandir sa fille, Smita souhaite briser ce fatalisme qui court de génération en génération.
En échange d’une somme d’argent, le maître d’école accepte d’accueillir Lalita dans sa classe mais celle-ci revient le soir en pleurs et en haillons : refusant de laver le sol il a osé la battre. La situation est insoutenable pour sa mère. Une fureur s’empare d’elle. Puisque c’est ainsi, il faut partir. Aller là où il n’y pas plus d’entraves, où les enfants peuvent apprendre à lire à écrire et à compter, où le travail est décent. En quête de liberté, malgré l’inquiétude de son mari, mère et fille se mettent en route, sous la protection de Vishnou, le dieu à quatre bras des hindous. Elles traverseront le pays, braveront les dangers. Le voyage sera long et la peur ne les quittera jamais mais elles atteindront leur but. En offrande, elles donneront leurs cheveux, ensemble, elles vaincront l’asservissement.

Le roman de Laetitia Colombani, La tresse, a fait le tour du monde. Ici, elle adapte à hauteur d’enfant la partie indienne de son texte. Avec sensibilité et limpidité, elle parle de discrimination, d’héritages ancestraux, d’opiniâtreté et d’amour.

« Lorsqu’elle rentre le soir, Smita trouve sa fille recroquevillée dans la cahute. Son sari est déchiré (…) « Le maître voulait que je balaye devant les autres. J’ai dit non. Alors il m’a frappée avec sa baguette en jonc ». Smita a le souffle coupé. Elle prend Lalita dans ses bras, et la serre aussi fort qu’elle peut.
Il faut partir, confie Smita à son mari. Elle refuse que sa fille soit à nouveau battue. On dit qu’au bord de la mer, à l’autre bout du pays, une école pour les enfants intouchables a été créée. Là-bas, Lalita serait bien traitée, elle apprendrait à lire et à compter. »

 

 

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La tresse ou le voyage de Lalita, album écrit par Laetitia Colombani et illustré par Clémence Pollet, à partir de 6 ans, Grasset Jeunesse, novembre 2018 —

Ce qui t’appartient – Garth Greenwel

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En entrant dans le roman, on pénètre dans le Palais National de la Culture à Sofia, le fameux NDK, un immense édifice entouré de grandes allées arborées et de fontaines. L’homme qui arpente l’endroit, un américain, est professeur de littérature, installé en Bulgarie. Mais le lecteur n’en verra que ses toilettes pour hommes au fond d’un long couloir… C’est là que le professeur rencontre Mitko, un jeune bulgare d’une vingtaine d’années, grand aux larges épaules, aux yeux doux et au sourire ravageur, exhalant une forte odeur d’alcool. S’ensuit une relation sexuelle rapide, tarifée. Les hommes se revoient régulièrement ici puis dans l’appartement du professeur. Ce dernier est attiré par Mitko, ardemment, mais celui-ci est fuyant, changeant. Son corps, c’est sa survie. Et cette survie ne laisse aucune place aux sentiments. Il n’a que faire du désir de l’autre. Il a seulement besoin de lui pour continuer à vivre. Il y entre les deux hommes, un fossé. Social, intellectuel. Le professeur aimerait gommer ce creux, y poser une passerelle, mais les sentiments, eux, ne s’achètent pas. Les mois, les années passent et Mitko va et vient dans la vie du professeur. La pauvreté, la marginalité, la maladie font sans cesse revenir Mitko auprès de lui. Ses absences font surgir chez lui interrogations et peine, peur et culpabilité. L’enfance américaine remonte à la surface. La découverte de son homosexualité par son père homophobe, par K. son  meilleur copain. Il part sur les traces  de son identité. Une quête intérieure confuse et douloureuse.

L’écriture de Garth Greenwell est d’une puissance incroyable. Les phrases sont étirées, rythmées, la ponctuation est riche, les mots bulgares et les figures de style parsèment le texte.  L’auteur dépeint les émotions, les sensations, les paysages, les atmosphères, les visages, les silhouettes, les déplacements avec une telle précision un tel réalisme une telle sincérité une telle poésie parfois qu’on est happé littéralement par l’histoire cruelle qui se déroule sous nos yeux. Un roman brillant.

« Comme il était extraordinaire que par la simple pression d’une touche, et sans laisser de place aux regrets, mon écran s’emplisse de son image en mouvement, à nouveau chère à mes yeux après la longue absence. Il regardait son propre écran, le visage d’abord noué par l’attention, puis il se détendit et s’anima soudain, tandis qu’il m’adressait ce qui me parut être un sourire sincère, provoqué par l’apparition de mon visage après tout ce temps. Pendant notre discussion, je ne quittai pas son image des yeux, comme pour la dévorer, comme pour absorber ce que, à ma grande surprise, j’avais presque oublié (…). »

« Il poursuivit, il parla sans s’arrêter : Un pédé, dit-il, si j’avais su tu ne serais pas né. Tu me dégoûtes, dit-il, tu le sais, ça, tu me dégoûtes, comment pourrais-tu être mon fils? Comme je l’écoutais proférer ces paroles j’avais l’impression qu’en aspirant à être moi-même je découvrais qu’il n’y avait rien à quoi aspirer, rien ou presque rien, comme si je me dissolvais et que mes larmes en étaient le signe extérieur. (…) Je posai la tête contre le mur, lui cachant mon visage. Je continuais de pleurer mais j’étais en proie, plus qu’au choc et au chagrin, à la colère, et plus qu’à la colère, à la rage, et la rage m’emplissait d’une chose qui refusait de se dissoudre. Que serais-je sans la colère que j’éprouvai à l’époque (…). »

« Je n’eus pas de mouvement de recul, mais l’on aurait dit qu’il avait perçu mon élan puisqu’il tendit le bras vers moi pour prendre une de mes mains dans les siennes. J’avais remarqué l’étrange agitation de ses mains, ses doigts frottés bizarrement les uns contre les autres, comme s’ils étaient surpris de se découvrir des voisins aussi proches, et à présent il me serrait fort la main, comprimée entre les deux siennes, et la pétrissait, la malaxant tant que les articulations craquèrent. Dobre li si, lui dis-je , est-ce que tout va bien ; il était évident que non mais je devais bien dire quelque chose. »

Ce qui t’appartient, roman de Garth Greenwell traduit de l’anglais (États-Unis) par Clélia Laventure, éditions Rivages, octobre 2018 —

Les jours heureux – Bernat Cormand

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Il ferme les yeux et redevient le petit garçon qu’il était. Le surgissement de l’enfance. L’océan affleure immense et bleu, les vagues déferlent joyeuses et bruyantes, le village sur la colline se dresse au-dessus des flots. Un visage familier, surtout, apparaît : celui de l’ami Jacques, inoubliable et rassurant. Des souvenirs lointains, pourtant indélébiles. L’arrivée de Jacques avec ses parents dans la maison d’à-côté, l’impatience et la curiosité de le connaître. Le doigt sur la sonnette voisine, le coeur qui palpite, l’attente… et l’évidence. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Les garçons devinrent inséparables. Ils partagèrent leurs jeux, leurs joies, leurs peurs, leur courage, leur imagination, leurs secrets. Mais un jour un voile se posa, une ombre foudroyante emporta Jacques. Lui et sa famille quittèrent le village. La souffrance de la séparation, le sentiment d’abandon. La légèreté et le bonheur qui s’envolent…

Puis un dessin de Jacques, un trésor éternel.

Il ne revit jamais son ami, mais les jours heureux, eux, seront toujours là, nichés au creux de sa mémoire.

Une histoire d’amitié belle et tendre aux mots et aux illustrations délicates. La finesse du trait, les teintes douces, la lumière, la poésie… cet album plein de grâce est une caresse.

« Jacques et moi, nous aimions… Écouter les battements d’ailes des colibris. Lire ensemble une histoire qui nous faisait voyager ailleurs. Compter les secondes que nous pouvions tenir sous l’eau. Frapper à la porte de la maison hantée et fuir en courant. Et ce que nous aimions le plus était de cacher des choses dans le trou d’un arbre, c’était un moyen de communiquer quand on ne pouvait pas se voir. »

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Les jours heureux, album de Bernat Cormand, traduit du catalan par Notari et Justine Rousset, à partir de 5 ans, éditions Notari, novembre 2018 —

Nicolas le philosophe – Alexandre Dumas et Christophe Merlin

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Après sept ans de bons et loyaux services envers son maître, Nicolas décide de le quitter et de retourner auprès de sa mère. Il part donc, avec en main ses gages, enveloppés dans un grand mouchoir :  un lingot d’or. Le voilà sur le chemin. Un chemin qui s’annonce long, riche de rencontres et d’étonnants échanges.

Qu’il envie le cavalier sur son cheval, lui qui est si fatigué de marcher, ployant le dos sous le poids si lourd de son lingot ! Suite à une petite conversation, le cavalier repart avec l’or et Nicolas est tout heureux de monter sur le cheval… mais très vite il se retrouve au sol, incapable de diriger l’animal! Heureusement, un paysan arrive avec sa vache… qu’il troque contre le canasson… mais Nicolas ne parvient pas à la traire et il a tellement soif que lorsqu’il voit venir à lui un charcutier tirant sa charette avec à son bord un porc… vous devinez la suite!!  Et c’est ainsi, chemin faisant, cahin-caha, que Nicolas se fait déposséder de ses biens. Il arrive finalement chez sa mère, léger et libre de toute charge, les mains dans les poches, sifflotant, l’air heureux.

Un conte drôle et philosophique construit sur le principe de l’accumulation, un conte randonnée où une formule est inlassablement répétée. Un album qui favorise la réflexion autour des notions de liberté, de possession, de rapports à autrui, de bonheur. Les illustrations de Christophe Merlin sont tendres et amusantes et les couleurs élégantes.

Dans la même collection – belle et pertinente qui mêle avec délicatesse la littérature classique et l’illustration contemporaine -, je vous invite à lire Histoires Naturelles, Petit jardin de Poésie et Valse de Noël.

 » – Oh! dit tout haut Nicolas, la belle chose que d’avoir un cheval! On monte dessus, on est dans sa selle comme sur un fauteuil, on avance sans s’en apercevoir, et l’on n’use pas ses souliers.
Le cavalier, qui l’avait entendu, lui cria :
– Hé! Nicolas, pourquoi vas-tu donc à pied?
– Ah! Ne m’en parlez point, répondit Nicolas ; ça me fait d’autant plus de peine, que j’ai là, sur l’épaule, un lingot d’or qui me pèse tellement, que je ne sais à quoi tient que je ne le jette pas dans le fossé.
– Veux -tu faire un échange ? demanda le cavalier. »

 

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Nicolas le philosophe, conte d’Alexandre Dumas illustré par Christophe Merlin, dès 7 ans, Grasset Jeunesse, novembre 2018 —

 

 

 

Hygge & Kisses – Clara Christensen

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On découvre Bo, une jeune femme de vingt-six ans perdue dans ses pensées, le corps agité pourtant par les trépidations du métro londonien. Bo a un bon job, un entourage aimant, un amoureux, des week-ends festifs… elle a malgré cela l’impression de ne pas être à la bonne place dans cette vie effrénée. Quelque chose ne tourne pas rond, mais elle ne sait pas encore quoi…

Signe du destin, cette existence en demi-teinte va chavirer brutalement. Suite à une restructuration de son entreprise, elle est licenciée. Et, effet boule de neige, Ben son amant – et collègue – depuis 8 mois, ne se décide toujours pas à « afficher » leur amour -, pourquoi tient-il à garder le secret?!  Bo est complètement désorientée. Sa colocataire Kirsten l’invite alors à venir passer quelques jours avec elle dans une maison de famille au nord du Danemard, histoire de changer d’air et d’idées. Malheureusement, le jour du départ Kirsten a un empêchement, Bo doit y aller seule.

Arrivée à Skagen, le froid et la grisaille se mêlent au spleen de Bo. Comment pourrait-elle retrouver la joie de vivre dans un endroit aussi triste ? Cerise sur le gâteau, elle doit partager la maison avec trois autres personnes, Florence une artiste céramiste , Simon un écrivain et Emil un cuisinier. Seul Emil est danois, et s’il est venu à Skagen, c’est pour répandre les cendres de sa mère sur la plage qu’elle aimait tant…

Contre toute attente, les quelques jours passés au Danemark vont éclairer la vie de Bo et lui donner de nouvelles perspectives. Emil va initier la petite bande au hygge, l’art de vivre à la danoise : un mode de vie non matérialiste, chaleureux et convivial. Cuisiner, jouer à des jeux de société, discuter, lire, écouter de la musique ensemble, entouré de bougies et de plaids douillets… et quand le temps est favorable à une sortie : se promener sur le port de pêche, marcher sur la grève, contempler les oiseaux et les aurores boréales…

Un petit roman « feel good » lu au creux de l’hiver. J’aurai aimé plus de hygge et davantage de romance mais l’atmosphère générale et les personnages sont plutôt bien croqués.

« Ballotée dans la rame de métro bondée qui l’emmenait au travail, Bo Hazlehurst, en ce lundi matin, ne parvenait pas à se défaire de l’idée que sa vie n’était pas telle qu’elle aurait dû être. Pourtant, du haut de ses vingt-six ans, elle n’était pas à plaindre. Elle avait un travail respectable, une famille aimante, une vie sociale active ; autant de raisons de sourire, non? Sauf qu’un article sur la « crise du quart de vie » lu dans un journal quelconque avait éveillé en elle l’impression que quelque chose clochait ; que, d’une certaine façon, elle n’était pas vraiment une adulte, mais plutôt une petite fille qui jouait à être grande. »

« Emil s’empara d’un bloc de Post-it pour y griffonner le mot « HYGGE ». – Higge? tenta Florence en plisant les yeux.  – On prononce « Hue-gah, expliqua Emil avec bonne humeur. Ça décrit ce que font les Danois l’hiver. On reste à la maison, bien au chaud, avec de la famille ou des amis. Et à l’abri du mauvais temps. « 

« – « Hygge et & Kisses » déchiffra-t-il, songeur. Eh bien, dans ce cas, je prendrai un baiser, s’il vous plaît.
Bo se pencha et posa ses coudes sur le comptoir. Ainsi, elle se trouvait juste à hauteur de ses yeux.
– Seulement si vous me promettez de ne pas en parler à mes autres clients, répondit-elle sur un ton confidentiel. Sans quoi, ils vont tous m’en vouloir. »

Hygge & Kisses, roman de Clara Christensen, traduit de l’anglais par Emmanuel Plisson, éditions Eyrolles, octobre 2018 —