Les petits mots d’Amos – Anne Cortey et Janik Coat

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Quel bonheur de retrouver Amos, la tendresse des mots d’Anne Cortey, les doux crayonnés pastels de Janik Coat ! Amos est tant émerveillé par les paysages changeants, par les manifestations enchanteresses de la nature, ici des insectes qui courent en fil indienne, là un tas de neige qui devient bonhomme, plus loin un écureuil sur une branche, qu’il ne voit pas passer le temps. Hulo et Sacha connaissent l’esprit vagabond de leur ami, alors régulièrement ils lui glissent dans sa boîte aux lettres des petits mots pour ne pas oublier certaines choses ; ramasser du bois pour mettre dans la cheminée, protéger les citronniers pour éviter la gelée, déblayer le chemin qui mène à sa maison… Ces petits mots l’aident bien à se souvenir mais quelquefois, il se laisse emporter par ses activités son imagination et d’autres pensées…

Les albums d’Amos sont des petites lectures délicieuses, poétiques et sensibles à souhait. Qu’est-ce qu’on est bien ainsi, entouré de douceur et de rondeur, de chaleur et de lumière, d’amitié et de générosité…  On savoure l’instant.

« Le lendemain matin, quand il ouvre les volets, la forêt est blanche neige. Amos respire. L’air du dehors est pur et frissonne dans son cou ».

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Les petits mots d’Amos, album écrit par Anne Cortey et illustré par Janik Coat, dès 3 ans, Grasset Jeunesse, octobre 2018 —

 

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Il va pleuvoir – Anne Herbauts

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Le ciel bleu-noir est à l’orage, le vent souffle fort. Une famille de hérissons, bien à l’abri dans sa demeure, regarde par la fenêtre. Les adultes observent le ciel, « Il va pleuvoir » disent-il,  la mine soucieuse.  Nour et Nils, les enfants, regardent la rivière qui coule juste en bas, fascinés : où court-elle ainsi, cette eau aux reflets changeants ? Les parents, silencieusement, préparent douceurs, chocolats chauds et s’assoient confortablement pour les déguster. Les enfants se plongent dans l’histoire de Pierre et le Loup, « Ils n’avaient jamais vu de loup »…  puis jouent avec le dos des cuillères, mimant les personnages. « Il va pleuvoir » répètent les parents. L’eau va monter. Il n’y a rien d’autres à faire qu’à attendre… laisser tomber la pluie… Les chiens de faiences dans l’entrée sont comme eux, ils ne bougent pas. Nour et Nils eux ont la bougeotte. Ils ont envie de quitter cette maison avant que la pluie viennent l’emprisonner. Plouf, les voilà partis à bord d’ un arrosoir rouge, ils voguent là où la rivière les mènera, vers les montagnes peut-être. Face à ces nouvelles sensations, joie et peur se mêlent. La pluie arrive, inévitablement. Ils pensent à ces eaux qui montent au loin, aux glaces qui fondent, aux pays qui reculent… Ils montent sur la berge, construisent une cabane.  Puis la nuit arrive, la pluie cesse, le feu crépite, les châtaignes grillent… Entourés par les éléments bienveillants, le ciel  la terre le feu et l’eau, Nour et Nils s’allongent, ils se sentent bien, libres. Leurs craintes, pour le moment, se sont envolées.  Au petit matin, ils glissent un message à la rivière, qui le portera à leurs parents : « Tout va bien, tout va bien… »

Anne Herbauts nous emporte dans une valse de mots de couleurs de matières, minérale végétale animale humaine. Tournoyante et poétique, cette danse entraîne les petits à la découverte du monde, beau riche et angoissant,  en regard avec l’attentisme et le sentiment d’impuissance des grands, leurs silences  et leurs inquiétudes.

« Les grands levaient les yeux vers la fenêtre. « Il va pleuvoir », ils disaient. Ils avaient des ombres sous les yeux, quand ils disaient cela. Et des nuages dans leurs phrases, entre leurs silences. « Il va pleuvoir ». Nour et Nils regardent la rivière. La rivière n’a pas d’ombre. Elle change tout le temps. Et la rivière galope, la pluie la pluie tant tant tombe, et le ruisseau murmure, attends entends : la pluie allonge les jours. (…) Nour et Nils décident de partir. « Partir avant. Partir avant la pluie. Avant qu’elle nous enferme. »

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Il va pleuvoir, album d’Anne Herbauts, dès 4 ans, Casterman, novembre 2018 —

Dis-moi que tu m’aimes même si ce n’est pas vrai – collection d’Anne-Marie Springer

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Voici des mots doux des mots fous des mots flous des mots tendres des mots audacieux, des mots d’amour déposés un jour une nuit sur un joli papier ou sur un bout de feuille, par des plumes belles fascinantes singulières. Des extraits de lettres de Guillaume Apollinaire à Lou, de Juliette Drouet à Victor Hugo, de Romain Gary à Christel, de Liane de Pougy à Natalie Clifford Barney, d’Édith Piaf à Tony Frank, de Napoléon à Joséphine de Beauharnais, de Colette à Missy, de François-René de Chateaubriand à l’Occitanienne….

Un joli petit livre rose façonné avec soin, le fac-similé de lettres d’amour issues de la collection d’Anne-Marie Springler. Des mots à lire seul(e) ou avec son amoureux(se), des mots inspirés des mots inspirants…

Dis-moi que tu m’aimes même si ce n’est pas vrai, collection de lettres d’amour d’Anne-Marie Springer, Les éditions Textuel, novembre 2018 —

Debout les femmes

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Debout femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Debout femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

Toute la vérité sur Ella Black – Emily Barr

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Ella a bientôt dix-huit ans, les cheveux violets, elle est fille unique, a des parents aimants, vit dans le Kent en Angleterre. Jack et Lilly sont ses meilleurs amis, elle adore dessiner, rêve de se promener sur la plage de Copacabana à Rio de Janeiro et adorerait vivre à New-York… Au premier abord, Ella semble être une jeune femme équilibrée mais c’est sans compter sur Bella, son côté sombre. Ella semble souffrir de trouble de la personnalité… Un jour, ses parents font irruption dans son lycée et l’emmène à l’aéroport, ils embarquent tous les trois direction le Brésil. Pour Ella, c’est l’incompréhension. Quant à son père et sa mère, ils semblent inquiets mais ne veulent rien lui dire… Ce n’est qu’au bout de quelques jours que la révélation survient. Pour Ella c’est le chaos, elle quitte l’hôtel avec perte et fracas. Avant la fameuse révélation – que je ne vais évidemment pas dévoilée -, la petite famille avait joué les touristes et Ella avait même eu le temps de tomber sous le charme d’un jeune homme. Elle fugue donc – après avoir pris un peu d’argent -, se rase les cheveux, et se rend dans les favellas de Rio, bien décidée à ne plus revoir ses parents. Là, après quelques errances, elle trouve un travail dans un établissement donnant des cours d’anglais gratuits aux enfants. Alors que ses parents la recherchent activement – enfin on le suppose -, Ella de son côté, part en quête de son identité…

Bon, je vais le dire tout net, je n’ai pas aimé ce roman. Que de clichés, de facilités, d’invraisemblances ! Comme il s’agit d’un « thriller », je ne peux pas entrer dans les détails pour expliquer ma déception. Alors, restons-en là.

« Je me mords la lèvre jusqu’au sang. Je serre les poings, enfonce les ongles dans mes paumes. J’inspire profondément. Je ne peux pas crier et piquer une colère dans un train en pleine montagne brésilienne, au milieu de tous les touristes qui contemplent tranquillement le paysage. Je ne peux pas m’en prendre à eux en public, malgré Bella qui me supplie de la laisser faire. Je me dépêche de m’éloigner pour éviter d’exploser (…) Il doit bien exister un médicament pour empêcher que ça arrive. C’est Bella qui m’a rendue malade, je crois. Peut-être qu’elle est un symptôme. Ou bien, d’une manière ou d’une autre, qu’elle est une cause. Va-t’en. Va-t’en. Va-t’en. Je ferme les yeux et récite. Il faut que ça s’en aille. L’univers l’univers l’univers. Je m’imagine l’espace. Je suis moins que la fraction d’un point. Je suis minuscule et insignifiante. »

Toute la vérité sur Ella Black, roman d’Emily Barr, traduit de l’anglais par Nathalie Bru, à partir de 13 ans, Casterman, août 2018 —

L’arbre à tout – Julien Baer et Charles Berberian

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Quatre enfants ont passé l’après-midi à jouer ensemble. Épuisés et affamés, ils s’assoient au pied d’un grand arbre. Ils rêvent de manger du chocolat, mais leurs poches sont désespérément vides… D’un coup, une tablette apparaît au bout d’une branche. D’abord surpris, puis heureux, et très intéressés, les enfants se mettent à dérouler une liste de choses qu’ils aimeraient avoir : un téléphone portable, une guitare, une bicyclette, un poney, une girafe, une voiture décapotable… Et comme par magie, objets et animaux jaillissent de l’arbre. Excités, enflammés, galvanisés, les enfants hurlent : « On veut TOUT »… Et voilà qu’une multitude de choses surgissent de l’arbre…  » Mais tout, c’est beaucoup ». L’arbre croûle bientôt sous le poids de ce TOUT. Et s’effondre, brisé de partout au milieu d’un immense bric à brac. Quant aux enfants, pas d’apitoiement. Le jeu a pris fin. Ils se sont bien amusés. Il est temps pour eux de rentrer.

Un roman jeunesse – dès 6 ans – qui évoque avec finesse la consommation à outrance, la joie éphémère que cela procure, l’insatiabilité, l’accumulation de déchets. Un petit livre formidable avec de chouettes dessins de Charles Berberian.

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L’arbre à tout, roman jeunesse écrit par Julien Baer et illustré par Charles Berberian, dès 6 ans, collection Mouche, L’école des loisirs, Octobre 2018 —

Choses nouvelles – Bertrand Belin

« Cherchant un banc bien gaulé, trouvant un banc mal gaulé, debout près d’un banc mal gaulé, assis sur ce banc mal gaulé, je chéris ton coeur, je chéris ton coeur, adoré. Dans un coin d’architecture manqué, un méandre de la cité, allons bon, cachant à ma raison que du temps a passé, je chéris ton coeur, adoré. La nuit je parle, je parle seul, je te parle tout seul pour te dire des choses nouvelles. Je chéris ton coeur, adoré. Contournant un vaste chantier de pluie de planches d’acier suspendus songeant au sommeil mathématique des grues, je chéris ton coeur adoré … »