GRAND. 2019 – L’école des loisirs

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Le magazine GRAND. cru 2019 est arrivé!

Gratuit, vous le trouverez dans les librairies et les bibliothèques. Réflexions de spécialistes et formation – le langage des histoires, une nécessité pour les bébés avec Evelio Cabrejo-Parra ; comment aborder la colère avec les enfants? avec Pascale Blanc ; promenons-nous dans l’album avec Nelly Chabrik Gagne ; animer un club de lecture avec des libraires ; jouez jeunesse avec Brigitte Smadja…  des rencontres – dans l’enfance de Matthieu Maudet ; les 25 ans de Loulous & cie avec Grégoire Solotareff ; discussion entre deux géants Claude Ponti et Tomi Ungerer ; nos ados, des barbares ? avec Alessandro Baricco ; du roman à la BD avec Daphné Collignon…des animations  et des cadeaux – atelier langagier ; poster ; carnet… – des conseils de lecture des sélections pour tous les âges…

Aux livres, tout le monde!

Grand. magazine 2019 gratuit de l’école des loisirs, pour les passeurs de livres et tous ceux qui les aiment, février 2019 —

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Baltazar Fox T.2 Le secret de l’entredeux mondes – Pascal Brissy

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Avec plaisir, nous retrouvons Baltazar Fox dans de nouvelles aventures. L’ado à la queue de renard qu’il camoufle dans son baggy, collégien sans histoire dans le monde des humains, est l’héritier de l’entredeux mondes, un univers parallèle peuplé d’animaux anthropomorphes. Dans le tome précédent, Baltazar avait découvert cette héritage qu’il tient de sa mère, alors prisonnière de l’affreux Faël. Aujourd’hui libérée, Isabelle Fox a repris sa place de mère et de femme mais veille à l’apprentissage de son fils. Afin de maintenir l’équilibre entre les deux mondes, mère et fils vont régulièrement dans l’entredeux mondes.

Baltazar s’est fait de nombreux amis, parmi eux : Andoria une astucieuse et audacieuse renarde, Vlad un chacal renfrogné, et Ernst un ours mal léché. Le temps filant plus vite chez eux, Ernst a désormais une fille Tux que Baltazar aime beaucoup. Guerrière et aventureuse, elle ne peut que lui plaire.

Mais voilà qu’un jour Tux disparaît. Ernst est dans tous ses états. Il faut la retrouver au plus vite, on craint pour sa vie. Car d’étranges choses se passent ces derniers temps… la chamane meurt, un certain Hannibal héritier de Faël aurait juré la perte de Baltazar, la rivière a été empoisonnée, et des monstres font régner la terreur… Baltazar et ses amis de l’arbresol partent donc en quête de Tux, plus déterminés que jamais. L’ado devra faire face aux embûches parsemant son chemin sans l’aide de sa mère, restée dans l’autre monde.

Une série fantasy haletante aux personnages bien croqués, à l’écriture vive et pertinente. Il y a de l’aventure, des péripéties, de la magie, de l’amitié, des rebondissements, des bagarres, et les préoccupations d’un adolescent lambda. Je crois savoir que le Tome 3 arrive bientôt…

« – Ne te laisse pas faire! Papa le dit… le disait tout le temps : avec Baltazar, on n’abandonne jamais!
Certains mots forment des phrases capables de redonner du courage à n’importe qui, pour peu qu’elles soient prononcées avec la sincérité du coeur. »

Baltazar Fox T.2 Le secret de l’entredeux mondes, roman écrit par Pascal Brissy, illustration de couverture Jérémie Fleury, éditions Auzou, octobre 2018 —

Les plumes d’Asphodèle (2)

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Entrer dans la lumière

Gabrielle étudie le reflet de son visage dans le miroir. Les cheveux retenus par un bandeau, le fard noir sur les paupières, le teint lumineux et cette bouche rouge écarlate. Elle ne s’était pas envisagée de cette façon. Elle ressemble à ces filles photographiées dans les magazines de mode. Pas d’aspérité sur la peau, aucun pli. Tout est lisse et soyeux. Beau mais irréel. Elle se penche, ouvre grands les yeux. Même eux paraissent différents. La maquilleuse a fait du bon boulot, le masque est parfait. Gabrielle a l’impression d’arnaquer, de duper. D’être quelqu’un d’autre. Mais c’est justement ce qu’on lui demande ici, jouer un rôle. Et puis, pas de pudeur en ces lieux. Son corps, juste revêtu d’une nuisette, tremble. La bretelle droite glisse, Gabrielle la remonte doucement sans quitter son regard du miroir. Même ce geste est factice. Trop affecté. Si loin d’elle.
Elle n’est pas seule dans la loge. Une autre jeune femme se fait maquiller, en déshabillé elle aussi. Elles se sont juste fait un petit signe de la tête, par miroir interposé. La costumière arrive et leur passe à toutes deux des robes style empire – le film se déroule au temps de Napoléon – Gabrielle attend qu’on l’appelle. Il est de tradition qu’être figurant demande de la patience. Enfin, c’est ce qu’on lui a dit… Gabrielle foule un plateau de cinéma pour la première fois. Elle a trouvé la petite annonce dans un de ses  abonnements presse, en musardant un soir d’hiver avec ses amies dans son studio d’étudiante. Elles fêtaient l’épiphanie ensemble autour d’une galette. Chanceuse, la couronne sur la tête, la fève entre les doigts, Gabrielle avait répondu à l’annonce. Pour s’amuser. Et gagner un peu d’argent. Le casting réussi, là voilà donc aujourd’hui dans les coulisses, dans l’envers du décor, affolée, au trente-sixième dessous mais consciente de vivre un moment à part dans un endroit fabuleux.
On frappe à la porte. C’est le moment. C’est maintenant. Gabrielle et l’autre figurante se lèvent et suivent le technicien, leur coeur battent la chamade. Elles esquivent tant bien que mal l’entrelacs de cables et de caméras. Au tréfonds de son âme, Gabrielle tressaille : elle vient d’apercevoir les deux acteurs principaux. Quel privilège d’être en la présence de ces monstres sacrés. Frôler ainsi les arcanes du cinéma.
On la place dans le champs. Les acteurs viennent la saluer. Aucun mot ne sortira de sa bouche. Assise, elle fera mine de converser avec sa voisine de loge. Un silence de plomb se fait sur le plateau, le clap retentit.
Gabrielle deviendra-t-elle une étoile du cinéma? L’avenir nous le dira.

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Les mots à insérer dans le texte : nuisette, tradition, trente-sixième, fève, noir, tréfonds, envers, tarabiscot, bretelle, musarder, abonnement, arcane, affoler, arnaquer.

On peut laisser un mot de côté… ce que j’ai fait cette fois : impossible de placer tarabiscot!

Les textes des autres participants sont chez Emilie

Le grand livre des superpouvoirs – Rocio Bonilla et Susanna Isern

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Quel album sublime! Doux et bienveillant, sensible et lumineux. L’autrice et l’illustratrice esquissent des portraits d’enfants, des garçons et des filles du même âge, et révèlent leur talent propre. Car on a tous un « superpouvoir », voire plusieurs! Et le petit lecteur en a forcément un, lui aussi – d’ailleurs une page lui est dédié à la fin du livre pour qu’il s’exprime.
Alors voici la belle galerie de personnages touchants marrants habiles et spirituels : Hélène merveilleuse conteuse d’histoires, Hugo et son optimisme à toutes épreuves, Nora la courageuse, Marina la musicienne, l’hilarante Lucie, l’attentionné Charles, la curieuse Youna, Daniel et sa patience légendaire, Karim le grand lecteur, l’agilité de Claudia, Albert et sa mémoire d’éléphant, Sophie l’experte de l’organisation, Serge le cuisinier, l’adaptabilité de Laura, la persévérance de Léo, Charlotte la spécialiste des mathématiques, Paul le danseur, et Adrien le créateur. Tous différents, tous uniques, tous riches de superpouvoirs! Des superpouvoirs qu’ils peuvent partager.
Les illustrations sont douces généreuses et drôles. Tantôt elles foisonnent de mille détails – ludiques à souhait –  tantôt elles sont dans l’épure – laissant vagabonder l’imagination -. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement soulignant ainsi les émotions, les sensations de chaque enfant, créant ainsi chez le petit lecteur de l’empathie.
Le texte est tendre poétique et bienveillant. L’autrice, psychologue, utilise beaucoup les images, les figures de style pour décrire le superpouvoir de l’enfant. Ses mots clairs et avisés sont en osmose avec les dessins.

Cet album est un véritable coup de coeur. Beau inventif intelligent amusant, il saura toucher petits et grands. On le feuillète à l’envie, on se reconnaît ici et là – ou pas, on le lit à voix haute, on en discute… Cet album fait un bien fou, j’ai adoré!!

« Youna a un gilet superspécial avec des poches cachées et des fermetures secrètes. Des jumelles pour observer le fond d’une rivière, une loupe qui permet de voir les puces ou les trucs minuscules, une boussole qui donne la direction de mondes secrets, un carnet de notes imperméable à la boue, un bateau invisible et des pinces sauteuses… Et encore plein d’autres gadgets et d’outils. Ce que Youna préfère faire, c’est entrer dans les bois, se glisser dans une navette spaciale ou un sous-marrin et découvrir des choses nouvelles et incroyables… »

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Le grand livre des superpouvoirs, album écrit par Susanna Isern et illustré par Rocio Bonilla, traduit de l’espagnol par Gaïa Mugler, à partir de 6 ans, éditions Père Fouettard, janvier 2019 —

Piano ostinato – Ségolène Dargniès

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Dès l’aube, Gilles nage dans l’eau d’une piscine municipale. Voilà des mois que cela dure. Un rituel nécessaire, précieux. Une eau apaisante et purificatrice qui le porte tout entier et a apporté à son corps si lourd à son esprit si encombré de la légèreté de l’espace. Ses mouvements ont pris de l’ampleur, il a trouvé la cadence, la bonne mesure, le tempo idéal. Nager a transformé son corps, ses pensées, sa vie. Lui a ouvert de nouvelles perspectives, a fait tomber des murs, a insuflé du temps et du sens.

Gilles est un pianiste de renom. Depuis sa petite enfance, il travaille avec discipline et rigueur. Aucune fantaisie, pas d’improvisation. Application sérieux précision. Élégance perception exaltation. Une existence emplie de sa seule passion. Vivre à ses côtés est compliqué tant il est accaparé par son piano. Les amis passent et se lassent, comme Clara sa compagne.

Quand on lui propose de jouer le Concerto en la mineur de Robert Schumann dans une grande salle parisienne en début d’année, il s’investit totalement. Comme toujours. Il est seul avec Schumann, qu’il appelle familièrement Bobby. Se glisse dans sa vie, presque dans sa peau. Il s’imprègne, il absorbe tout. La préparation est longue et intense mais le jour du concert, Gilles est prêt et confiant.

Seulement, ce soir-là son corps lâche. Une douleur vive irradie à l’intérieur de son majeur droit. Dans la salle, personne ne le remarque. Gilles poursuit le concert malgré la brûlure. Mais après ça, plus rien ne sera pareil. Souffrance physique, rééducation, mélancolie, dépression jusqu’à ce que l’eau le révèle, la nage le réveille.

Un roman bref et saisissant à l’écriture fougueuse et pénétrante. L’histoire d’un homme qui consent à plier plutôt que rompre, en s’accordant autrement avec la musique.

« Décidément, ce sont les meilleures heures que celles du petit matin, ils ne savent pas ce qu’ils perdent ceux qui, à cette heure, sautent à peine de leur lit pour se diriger d’une démarche râleuse vers la salle de bains, ils ignorent sans doute à quel point les fonds des piscines municipales sont des lieux intéressants, ils n’imaginent pas la beauté de leurs carrelages azurés ni celle des corps blancs qui ondulent en silence. Quoiqu’il ne s’agisse pas vraiment de silence, même si ça y ressemble d’assez près, il y a comme un son sourd et lancinant qui persiste au loin, une note apaisante : on n’est pas loin d’un ré mineur, non? se dit Gilles en reprenant sa respiration et en replongeant aussitôt. Mais pas sûr, il faudrait pouvoir en discuter de façon collégiale. »

« Tu t’exécutes, tu vas écrire pour elle le fameux Concerto, bien sûr tu sues devant tes portées, tu en baves, on imagine toujours que les types comme toi ont claqué trois fois des doigts pour écrire leur oeuvre, mais non ça ne vient pas comme ça, le premier jet n’est jamais le bon, trop facile, il faut aller chercher plus loin dans le tréfonds de toi-même les voix que chanteront les cordes, les vents, maîtriser les silences, les accélérations, dégager les grands volumes et ciseler ensuite avec d’infinies précautions, et puis là-dessus, placer le piano, tu rêves qu’il ne domine pas l’orchestre mais l’accompagne, se mette à son service, un piano épris d’égalité, pré-démocratique. Tu combats en permanence les ombres noires qui s’agglutinent à toi, qui te disent : sois triste et étends-y-toi, tu ne mérites pas cette musique-là, tu ne mérites pas cet amour-là, creuse ta tombe et étends-y-toi. »

« On reprend. Il est un peu moins de vingt-deux heures dans la salle. On entend encore deux, trois éternuements, puis silence complet et l’orchestre entame le deuxième mouvement du Concerto. La lenteur, c’est épineux, on n’y trompe jamais son monde, il faut se soucier d’articuler parfaitement, on ne souffrira aucun bégaiement. Ça joue. À un moment qui survient assez vite après le début du deuxième mouvement, on doit être après une trentaine de mesures après le début, Gille ressent une sorte de morsure, ou brûlure, au niveau du majeur droit, douleur discrète d’abord, mais qui s’installe confortablement, se plante là sans qu’on puisse en apparence la déloger et croît en intensité. Il faut être digne, les musiciens ont signé un contrat depuis la nuit des temps, leur serment d’hippocrate à eux, on ne s’arrête pas au milieu d’une oeuvre, on tient coûte que coûte, on ne montre ni crainte, ni terreur, ni chagrin  – pensez que vous êtes de jeunes duchesses, poudrées, perruquées, lui disait un de ses maîtres en toute circonstance vous afficherez maintien de soi, buste tenu, mine radieuse, regard haut, avec un poil d’arrogance. »

Piano ostinato, premier roman de Ségolène Dargniès, Mercure de France, janvier 2019 —

Bon genre – Inès Benaroya

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En bousculant les codes, le roman d’Inès Benaroya chahute et interroge le lecteur. Il y est question de la notion de genre,  de quête d’identité, de liberté et d’inégalités entre les sexes. Et à travers eux, les relations avec l’autre, en l’occurence le mari, l’enfant, les parents, le frère, les collègues, des inconnus… des histoires de pouvoir de domination de place de rôle d’influence de responsabilité d’obligation… ainsi qu’une réflexion sur ses propres envies idéaux et désirs, manques peines et défaillances.

Claude, au prénom épicène révélateur, se rend compte soudainement d’un mal-être. La femme qu’elle est devenue l’exècre. Pourtant en apparence, sa vie est dorée : elle a très bon job, une maison arty chic, un mari, une fille de dix-huit ans née d’une première union. Mais elle semble s’être perdue en route. Claude régente son travail sa famille le cancer de sa mère, elle organise et planifie. D’une façon mécanique et avec froideur. Pas le temps de se poser, de réfléchir, d’écouter. Connaît-elle vraiment son mari, sa fille? Est-elle une bonne épouse une mère aimante une gentille fille une soeur bienveillante? Et qu’en est-il de sa féminité, de sa sensualité, de sa sexualité…?

Elle s’éteint, elle étouffe, elle glisse.

Le déclic se fait un jour, à la table d’un café, en terrasse. Elle voit arriver un homme, éprouve une irrésistible envie de le séduire …et se dit « Si j’étais un homme (…) comment ferait un homme? » Alors Claude devient Crystale, son double, son inverse. Elle se grime, change de peau, charme. Elle ose, dispose. Les hommes défilent. Mais la liberté tant recherchée n’est qu’un leurre ici. Elle ne supporte plus ce personnage créé de toute pièce.

Elle ôte la perruque de Crystale. Et quitte aussi sa vie d’avant. À la recherche d’une Claude authentique, elle fuie.

Sur une aire d’autoroute, elle erre. La portière d’un camion est ouverte. Elle se glisse à l’intérieur, se dissimule, se fait toute petite et attend le départ. Rouler vers une destination inconnue. Fuir pour se retrouver. Reprendre son souffle. Apprendre à respirer.

Le camionneur est une femme. Une femme qui envoie valser les genres. Une femme qui deviendra une amie une confidente. Une femme tour à tour forte et fragile, lumineuse et sombre, lucide et rêveuse. Ensemble, elles voyageront sur les routes d’Europe. Un parcours initiatique pour Claude.

Un roman épatant, une écriture sur le fil, des personnages mouvants, des sentiments complexes, une quête identitaire, une soif de liberté.

« Il y a plus de quarante ans, les Françaises obtenaient enfin le droit à disposer de leur corps. » Le droit à disposer. La proposition claque comme un coup de fouet. Disposer de son corps, par-delà les transformations silencieuses, la pression atmosphérique, la lune, les cycles de la nature, les noyades hormonales, etc. Par-delà les régimes ininterrompus, l’alcanisation, l’oxydation, la constipation, l’ovulation, l’armature des balconnets, les onze centimètres de talon, les pantalons cigarette, les canons ornementaux. Par-delà la carapace diurne, de jour être une guerrière intraitable, un fauve prêt à tous les combats, et quand vient le soir et que les femmes sont dociles, la volte-face nocturne du devoir de douceur. Le droit de passage des hommes et des enfants. L’impératif de jouissance comme degré zéro de l’estime de soi. La femme-réceptacle, la femme-matrice, la jeunesse, l’avenir de l’homme. Des femmes intrépides ont bagarré dur pour qu’elle soit en droit de disposer de son corps. Cette femme lasse et courageuse a soulevé des montagnes d’humanité pour elle. Et pourtant, elle se sent en permanence indisposée – ce qualificatif fangeux que sa mère utilisait pour la dispenser des séances de piscine. Son corps est une zone franche dont les autres jouissent, les hommes qui se rincent l’oeil, les femmes qui la jalousent, tous ceux auprès de qui il faut faire bonne figure, c’est-à-dire tout le monde. Son corps exposé en vitrine dit combien elle vaut. Mais elle ne dispose de rien. »

« La liberté, ce n’est pas juste une fuite, une limite à ne pas dépasser, ça n’est pas qu’une prose évanescente ou une dignité que l’on pleure quand on l’a perdue. La liberté, ça existe en plein et pas qu’en creux. La liberté se prend d’autorité, parce que ceux qui en jouissent ne sont pas disposés à la partager. »

« L’herbe est une paille sous la plante de ses pieds. Les gouttes charnues éclatent sur ses épaules. Elle s’emplit du chahut des grenouilles, au loin une hulotte, les habitants de la nuit piqués dans la profondeur du soir, l’ivresse de l’eau mêlée à la chaleur de sa peau. Et si le secret, c’était ça? Et s’il suffisait d’abandonner les écorces, les enveloppes, les emprises derrière soi? Parce que, habillées, c’est pas marrant, elles vont nues, pouffant comme des gamines dans la campagne noire. »

Bon genre, roman d’Inès Benaroya, éditions Fayard, janvier 2019 —