Les filles de Brick Lane T. 2 Sky – Siobhan Curham

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Rose rêvait d’aller à New-York, Maali espérait rencontrer l’amour, Sky souhaitait devenir poétesse, Ambre désirait élargir son lectorat… mais voir The big Apple avec un père égocentrique et une belle-mère éthérée, n’avoir aucun signe de Cupidon, manquer de confiance en soi, et se sentir différente rendent les choses difficiles et confuses.

Heureusement, Rose Sky Ambre et Maali peuvent compter les unes sur les autres. Membres d’un club secret, les filles de Brick Lane, fascinées par les mots et le charisme d’Oscar Wilde se réunissent souvent sous la lune ; confidences et partages, doutes et interrogations, angoisses et mal-être… elles parlent de tout sans tabou, s’entraident et se conseillent, se rassurent et se soulagent.

Ce deuxième tome des Filles de Brick Lane est vraiment prenant. Les quatre amies ont grandi et les aléas de la vie aussi.

Le père de Maali est gravement malade. Profondément inquiète, la jeune fille devient méfiante et circonspecte face à sa religion, l’hindouisme. La déesse Lakshmi, qu’elle a toujours vénérée semble l’abandonner. Ambre est mélancolique : sa mère biologique ne souhaite pas établir le contact avec elle, son blog est en friche, l’inspiration s’en est allée. Rose veut se délester d’un poids concernant sa sexualité mais les réactions de ses parents et de ses amies l’angoissent. Quant à Sky, elle fait sa première rentrée au lycée (elle suivait jusqu’ici des cours à domicile), affronter les professeurs, les élèves, les méthodes d’enseignement la tourmente mais sa rencontre avec Léon va changer la donne. Des sentiments amoureux surgissent et l’éloignent de ses amies…

Cette saga – en quatre tomes – est  une grande réussite. L’adolescence y est décrit avec justesse et sensibilité. Les personnages auxquels on peut aisément s’identifier sont très attachants. On suit avec plaisir et attention leur cheminement, ponctué d’embûches mais porté par la force de l’amitié, vers le monde des adultes.

« Je n’aime pas vraiment les garçons, poursuivit Ambre dont les joues s’étaient mises à brûler. Enfin, je veux dire, je ne suis pas gay non plus. Je ne suis rien, je suppose… Tout ceci était vraiment pénible. Elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire de sa vie, et elle n’avait pas de sexualité. C’était officiel : Ambre était une non-personne. – Mais qu’est-ce que tu veux dire, tu n’es rien? Bien sûr que si, tu es quelque chose. (…) Mais Ambre n’y croyait pas : le monde entier était organisé par couples. »

« Nous autres ados, on nous demande sans arrêt de se définir. À travers notre apparence, notre comportement, avec les groupes que nous préférons, les vêtements que nous choisissons, et à travers notre sexualité. Il y a ce besoin constant de nous faire entrer dans une catégorie. Comme si la société devait absolument savoir dans quelle case nous ranger. Mais si aucune case ne nous convient? Si on ne rentre pas dans les cases? S’il n’y a aucune étiquette à nous coller au dos? « 

« Comme notre cher ami Oscar le disait, « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles ». Continue à regarder les étoiles. Ne regarde pas le caniveau, et surtout, n’écoute pas ceux qui s’y vautrent. »

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Les filles de Brick Lane T.2 Sky, roman de Siobhan Curham, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie Hermet, dès 13 ans, Flammarion Jeunesse, Août 2017 —

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Zouzou et les surprises de l’hiver – Maïté Laboudigue

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Zouzou l’adorable souris, née de l’imagination de Maïté Laboudigue, traverse les saisons au fil des histoires. Après le printemps – Le sac à trou de Zouzou -, et l’automne – Zouzou et le tourbillon de l’automne -, là voilà prête à affronter les frimas de l’hiver. Elle a enfilé un long manteau bien chaud, une écharpe, un bonnet, une paire de moufles, des bottes pour se parer du froid et profiter des jeux hivernaux. Il y a tant de choses amusantes à faire à cette saison!

Mais lors d’une promenade matinale, Zouzou découvre au pied d’un arbre, un oisillon engourdi par le froid. Avec ses amis, Georgette Olga et Sami, la souris vient en aide à Séraphin. Le petit oiseau leur raconte son histoire : en pleine migration avec René son cousin, un courant d’air l’a fait dériver de sa trajectoire… et il a terminé seul sa course avec le vent, en atterrissant sur le chemin de Zouzou…

Il ne pouvait pas tomber mieux, Séraphin! Zouzou et ses amis vont faire tout leur possible pour le réchauffer, le soigner, lui redonner le sourire. Avec eux, il va découvrir les joies de l’hiver et peut-être retrouver son cousin René…

Un album charmant et chaleureux sur l’amitié et les douceurs de l’hiver.

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Zouzou et les surprises de l’hiver, album de Maïté Laboudigue, dès 4 ans, Kaléidoscope, Octobre 2017 —

Dix ans tout juste – Textes de Franck Prévot et Yu Liqiong

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Dix ans d’âge pour la belle, sensible et humaniste maison d’édition HongFei. Dix ans tout juste qu’Hongfei, grand oiseau en vol en chinois, fait rêver, voyager, réfléchir, sourire les enfants. Dix années d’histoires de contes et de fables venus de Chine et d’autres contrées, d’illustrations merveilleuses qui abordent l’universalité, les différences, les relations à l’autre.

Et pour fêter cette anniversaire, il n’y avait pas plus joli symbole que ce chiffre 10 porté par tant d’enfants dans le monde.  Chaque année, ils sont plus de 120 millions à avoir 10 ans. Leur langue, leur culture, leurs traditions, leur croyance, leurs conditions de vie sont différentes, mais tous ont des désirs, des aspirations, des inquiétudes, des douleurs, des larmes, des rires, des plaisirs, une parole à faire entendre, des émotions à partager.

À travers des portraits et des instants de vie, Franck Prévot et Yu liqiong esquissent avec tendresse ce qu’il y a dans le cœur et dans la tête de ses enfants de dix ans tout juste. Et en regard de leurs mots, les dessins de vingt illustrateurs viennent sublimer ce livre.

Une ode aux enfants de dix ans et à tous les autres, petits et grands.

Joyeux anniversaire, la maison Hongfei! Et que votre grand oiseau vole encore longtemps…

« Le papillon connaît le secret de la rose,
Le lac connaît le secret du nénuphar,
La mer connaît le secret du ciel,
Les feuilles mortes connaissent le secret du vent,
Le printemps connaît le secret de mai,
La nuit connaît le secret de la lune,
Le champ connaît le secret de l’épouvantail.
Qui connaît mon secret? » Yu liqiong

dixans1Texte de Franck Prévot Illustration de Zaüdixanstoutjuste2Texte de Franck Prévot Illustration de Thierry Dedieu

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Dix ans tout juste, album jeunesse écrit par Franck Prévot et Yu liqiong et illustré par Géraldine Alibeu, Bobi+Bobi, Joanna Boillat, Pierre Cornuel, Thierry Dedieu, Gaëlle Duhazé, Valérie Dumas, Stéphane Girel, Nicolas Jolivot, Minji Lee-Diebold, Régis Lejonc, Florian Pigé, Clémence Pollet, Samuel Ribeyron, Sara, Mélusine Thiry, Sandrine Thommen, Wang Yi, Zaü, Zhu Chengliang, Éditions HongFei, Octobre 2017 —

Valse de Noël – Boris Vian et Nathalie Choux

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Après les belles Histoires Naturelles, le délicieux Petit jardin de Poésie, voici la tournoyante Valse de Noël, dernier ouvrage en date de La collection, qui cueille des textes  classiques et propose à des illustrateurs contemporains d’en composer, si ce n’est un bouquet, des images inspirées avec un temps restreint et une palette de couleurs limitée.

Et comment ne pas être emporté par cette valse joyeuse et fougueuse écrite par le grand Boris Vian !? Un homme passionné passionnant et ivre de liberté, qui fut tour à tour écrivain, poète, parolier, peintre, compositeur, chanteur, musicien, traducteur, scénariste… aimant jouer avec les mots et les notes, en les déformant, en les réinventant, en les faisant vibrer.

Dans sa valse, on retrouve son goût pour la fête son humanité et son sentiment sur la société. Dans sa ronde, il entraîne les « enfants sages » « les bébés roses » et « les parents qu’on aime », « des dames de province qui vont à l’église » des mineurs et des chemineaux, des amoureux et des clochards, « des soldats qui s’battent » et « des gens de la terre »…

Quel bonheur de retrouver la verve poétique de Boris Vian et de pouvoir la partager avec ses enfants ! Quelle joie d’entrer dans la danse parmi les dessins saisissants et tendres de Nathalie Choux !

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Valse de Noël, texte de Boris Vian  dessins de Nathalie Choux et postface de Nicole Bertolt, La Collection, Grasset Jeunesse, Octobre 2017 —

Le grand livre pop-up Ernest et Célestine – Gabrielle Vincent

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Depuis le jour où Ernest, gros ours balayeur de rue, saltimbanque à ses heures, découvre Célestine, petite souris abandonnée dans une poubelle, rien ni personne ne les a séparés. Ensemble, la vie a tout de suite été plus belle, rassurante, étonnante, palpitante et joyeuse. À deux, on est plus fort :  on peut compter sur l’autre quand on ne comprend pas, que le moral est au plus bas, lorsqu’on a peur… on peut partager des choses, échanger des idées, se raconter des histoires drôles, chanter, cuisiner… on peut écouter les doutes et les peines, donner des conseils,  consoler…

Ernest et Célestine, c’est l’amitié avec un grand A, la complicité, la bienveillance, l’entraide, la bonne humeur, deux héros d’un quotidien sublimé par la douceur des dessins aquarellés et des mots délicats de Gabrielle Vincent. Deux compagnons qu’on retrouve avec plaisir dans un magnifique album pop-up aux sept tableaux.

Et à chaque tableau, une lettre d’Ernest adressée à sa précieuse Célestine. Des souvenirs heureux, des mots doux, des boutades, de la musique, des rires, de la tendresse, des cadeaux  des fleurs et des confitures, un thé au pissenlit dans une cabane au milieu de la forêt, la visite d’un musée, l' »heure de rien »… Des saynètes comme au théâtre, des petits bonheurs tout simples mais si beaux.

Un coup de cœur, forcément!

« Ma chère Célestine, aujourd’hui je vais t’apprendre quelque chose de très important. Même quand on est très grand, on peut se sentir tout petit. Oui, oui. Devant ce qui est beau, devant ce qui émeut, devant ce qu’on ne comprend pas très bien, mais qui nous touche là, tout droit où notre cœur bat. Retiens bien cela ma Célestine : on ne finit jamais de grandir tout au long de sa vie. »

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Le grand livre pop-up Ernest et Célestine, de Gabrielle Vincent, maquettistes : Camille Baladi et Arnaud Roi, dès 4 ans, Éditions Casterman, Octobre 2017 —

Maria et Salazar – Robin Walter

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Devoir vendre la maison familiale et voir les souvenirs resurgir; l’enfance, les visages des parents des frères et des sœurs, les éclats de rire dans le jardin, et puis la cuisine de Maria, son écoute sa bienveillance sa gentillesse… Maria, la femme de ménage d’origine portugaise qui continue d’entretenir la maison pour les visites d’acheteurs potentiels.

Depuis le départ de ses parents vers la montagne et ses bienfaits, Robin  avait un temps installé son atelier dans la maison mais n’y vivait pas. Sa femme et ses enfants, Maëlle et Guillain avaient arpenté chaque pièce et savouré les délicieuses frites de Maria.

Mais, ainsi allait la vie, il fallait vendre.

En s’interrogeant sur l’avenir de Maria – une retraite éventuelle dans son pays natal ? – , Robin constate qu’il ne sait rien de son passé. À l’heure où les flux migratoires sont au cœur de l’actualité, Robin aimerait connaître et comprendre, à travers le vécu de Maria, l’Histoire de l’immigration de masse portugaise, causée en partie par la dictature de Salazar.

Et l’auteur-illustrateur qu’il est a le vif désir de partager ses recherches et ses sentiments avec ses lecteurs. Ainsi, Robin met en mots et en dessins le récit de Maria et Manuel – son mari -, et les informations glanées dans les médiathèques. En simultanée, il met en scène sa propre famille et lui-même. Le passé côtoie le présent en l’éclairant et des résonances  s’opèrent.

La construction narrative pertinente et les illustrations réalistes apportent à l’aspect historique beaucoup d’humanité. Une démarche sincère sensible et intéressante. Et quelle belle idée de mettre en lumière l’arrivée des portugais en France dans les années soixante, un sujet peu exploré en littérature.

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Maria et Salazar, roman graphique de Robin Walter, Éditions Des ronds dans l’O, Octobre 2017 —