Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

Nous les enfants sauvages - A. de PonchevilleProfitant de l’absence d’un professeur, Linka se promène sur le chantier d’un ancien zoo, à proximité de l’orphelinat, échappant à l’habituelle surveillance des gardes. Les animaux qui ont foulé ce sol autrefois ont tous disparu aujourd’hui. Suite à une épidémie, apparemment transmise à l’homme par les animaux, ces derniers ont été éradiqués de la surface de la terre – hormis les rats et quelques insectes –. Quant aux oiseaux, difficilement atteignables, des chasseurs d’élites sont chargés de les exterminer (un métier très prisé!). Ce terrible fléau a tué les parents de Linka et d’Oska sa petite soeur. Depuis la catastrophe, les soeurs vivent dans un gigantesque orphelinat composé d’une centaine de maisons. Lieu hautement sécurisé, aseptisé et organisé, les enfants ont peu de liberté, leur vie étant réglée, codifiée, uniformisée, leur avenir sans surprise, tracé d’avance.

C’est au milieu des gravats que Linka découvre une chose non humaine. Grisâtre, de forme plate, elle remue. Un animal, sans doute mais lequel ? On dirait un poisson, mais le voilà qui vole… et qui change de forme, à l’envie… Linka fait quelques pas en arrière, la drôle de bête la suit… Elle l’emmènerait bien avec elle, mais cacher un animal lui ferait courir un grand risque… Sans réfléchir plus longtemps, la jeune fille glisse l’étrange animal dans son sac et prend le chemin de l’orphelinat.

Elle ne le sait pas encore mais sa vie ne sera plus jamais comme avant. Vive, puisque c’est ainsi qu’elle nomme cette bête, va lui apporter tout d’abord de la chaleur et de la douceur mais bien plus encore. Sa présence va l’éclairer sur son environnement, la pousser à se poser des questions sur sa condition, lui permettre d’agir selon sa propre volonté. Avec sa soeur et ses amis, Linka va lutter pour la liberté et la vérité et apprendre à connaître la nature et ses habitants, jusqu’ici diabolisés par la directrice de l’orphelinat et ses sbires.

N’étant pas une grande lectrice de dystopie, j’ai été embarquée par l’histoire, un hymne à la nature et la responsabilité des hommes vis-à-vis d’elle, par ses personnages volontaires et courageux, par l’écriture d’Alice de Poncheville, poétique voire philosophique – malgré quelques longueurs –. Un roman qui suscite la réflexion en invitant le lecteur à poser un regard critique sur les idées et les gestes de l’être humain sur la planète.

« Elle tenta d’imaginer à quoi ressemblait l’époque où l’on consommait de la viande. Tuer des animaux pour les manger lui paraissait d’une violence inouïe. Cependant, elle prit subitement conscience d’un paradoxe : aujourd’hui, on ne les tuait plus, mais ils n’existaient plus. Valait-il mieux qu’ils existent, bien que ce fût pour être mangés ? Un autre paradoxe la fit réfléchir : depuis la disparition des animaux d’élevage, l’air était beaucoup plus sain. Il fallait se rappeler qu’avant l’arrivée du PIK3 la pollution liée à l’élevage des bêtes et à la culture de leur nourriture dépassait de loin la pollution des voitures et des usines. C’était un fait. Mais la vie… Linka se demanda si l’on ne pouvait pas trouver un moyen de laisser la place aux animaux, à la vie même, sans rien lui demander en échange. »

« Il ouvrit le dossier remis par Lapraze et découvrit l’écriture de sa mère qui courait sur des pages et des pages. De petites boucles aiguës, régulières comme un fil de laine détricoté. La graphie, avant les mots, le subjugua. Elle était vivante, pleine de ressort. Il se mit à imaginer la main de sa mère qui écrivait. Une main sûre qui suivait avec confiance le fil de la pensée. Cette main l’avait caressé, consolé. Il suivit le bras, l’épaule, le cou, jusqu’au visage. Olga était assise là, assise à une table, lègèrement penchée sur sa feuille. Lui, enfant, dormait à côté, dans la petite chambre aux murs bleus. Ils étaient en vie, ils s’aimaient. Pendant un bref instant, Milot ressentit un bonheur intense car la mort n’avait plus aucune emprise sur lui. »

« La forêt nourrissait les enfants, faisait leur éducation. Elle les gardait à l’abri sans dire un mot, sans aucune intention de les trahir. Elle possédait un coeur préservé, caché entre les arbres, parcouru de centaines de chemins odorants laissés par les animaux, comme autant de veines transportant la vie. »

Autres livres lus de l’auteure : Le tamanoir hanté, Le hêtre vivant

Livre reçu en Service de Presse.

Nous, les enfants sauvages, roman d’Alice de Poncheville, dès 12 ans, Collection Médium, L’école des loisirs, Septembre 2015 —

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8 réflexions sur “Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

  1. Oh, j’aime énormément la couverture et ton beau billet me donne très envie de lire ce livre 🙂 je le note tout de suite! Du même auteur, j’avais lu « Je suis l’arbre qui cache la forêt »

  2. J’ai repéré ce titre là moi aussi chez l’école des loisirs. Ta lecture ne fait que me confirmer que c’est tout à fait susceptible de me plaire ;0) Je mets ton billet dans vos plus tentateurs, et j’espère que j’aurais l’occasion de le lire (tant de tentations, bien obligée de faire des choix :0) Bisous, bonne soirée de fin de dimanche

    1. Si tu aimes la dystopie, cela te plaira sûrement. Moi qui ne suis pas fan de ce genre de lecture, je me suis laisser prendre tout de même. Je t’embrasse.

  3. Je suis déjà attirée par le titre et la couverture. Si j’y rajoute des thèmes chers à mon cœur, comme celui des enfants orphelins, la recherche de liberté et une conscience de l’environnement qui nous entoure, je dirais que je ne peux pas passer à côté de ce roman. Si jamais il croise ma route un jour chez un libraire…
    Super billet ma belle Nadège xxx

    1. La couverture est très jolie oui. L’enchevêtrement de ces différents thèmes est maîtrisé et l’écriture vraiment délicate. J’aime beaucoup cette auteure.

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