La poésie du jeudi avec Guy de Maupassant

cueillettedesfleursrenoirLa cueillette des fleurs (1875), Pierre-Auguste Renoir

La terre souriait au ciel bleu. L’herbe verte
De gouttes de rosée était encor couverte.
Tout chantait par le monde ainsi que dans mon coeur.
Caché dans un buisson, quelque merle moqueur
Sifflait. Me raillait-il ? Moi, je n’y songeais guère.
Nos parents querellaient, car ils étaient en guerre
Du matin jusqu’au soir, je ne sais plus pourquoi.
Elle cueillait des fleurs, et marchait près de moi.
Je gravis une pente et m’assis sur la mousse
A ses pieds. Devant nous une colline rousse
Fuyait sous le soleil jusques à l’horizon.
Elle dit : « Voyez donc ce mont, et ce gazon
Jauni, cette ravine au voyageur rebelle ! »
Pour moi je ne vis rien, sinon qu’elle était belle.
Alors elle chanta. Combien j’aimais sa voix !
Il fallut revenir et traverser le bois.
Un jeune orme tombé barrait toute la route ;
J’accourus ; je le tins en l’air comme une voûte
Et, le front couronné du dôme verdoyant,
La belle enfant passa sous l’arbre en souriant.
Émus de nous sentir côte à côte, et timides,
Nous regardions nos pieds et les herbes humides.
Les champs autour de nous étaient silencieux.
Parfois, sans me parler, elle levait les yeux ;
Alors il me semblait (je me trompe peut-être)
Que dans nos jeunes coeurs nos regards faisaient naître
Beaucoup d’autres pensers, et qu’ils causaient tout bas
Bien mieux que nous, disant ce que nous n’osions pas.

Promenade à seize ans, Guy de Maupassant

lapoesiedujeudi

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18 réflexions sur “La poésie du jeudi avec Guy de Maupassant

  1. Ha les amours adolescentes et « naissantes » ! Une jolie poésie (méconnue) que celle de Maupassant et plus j’en lis, plus je la trouve « moderne » finalement ! Le tableau de Renoir colle très bien au texte ! 😉 On s’y serait crus…avec quelques années de moins ! 😀

  2. Hello Nadège
    Hélas, nos ados du XXIe siècle ne voient pas les choses ainsi…
    Une poésie que je ne connaissais pas, belle et douce.
    Bon we et bises de Lyon

  3. Romantisme, quand tu nous tiens, 16 ans le bel âge, tout est dit dans ce poème, le cadre idyllique, les parents qui ont une vie à eux, et le symbolisme de cette « ravine au voyageur rebelle » J’adore !

  4. Un poème plein de délicatesse et très vrai au niveau du sentiment ; cela me rappelle le poème de Victor Hugo et sa promenade dans les bois avec sa cousine Rose; « Je ne songeais pas à Rose, Rose au bois vint avec moi… »

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