La nuit des lucioles – Julia Glass

P1060602Universitaire, Kit a perdu son emploi d’enseignant, n’étant pas titulaire. D’autres lui ont été proposés mais tous sont trop éloignés de son foyer. Un foyer qu’il chérit. Sandra, sa femme a quant à elle un travail de pépiniériste qui lui plaît énormément. Et leurs enfants, des jumeaux, un garçon et une fille âgés de neuf ans ont une vie paisible ici, dans le Vermont, avec leurs amis et leurs occupations… Alors, Kit passe ses journées à la maison à errer d’une pièce à l’autre, à ressasser, à s’ennuyer, à déprimer.

Voyant son mari devenir l’ombre de lui-même, elle lui conseille d’utiliser cette parenthèse dans son existence à bon escient, en partant à la quête de son père. Kit n’est jamais parvenu à lever le voile sur ses origines paternelles, envoyé sur les roses à chaque fois qu’il aborde le sujet avec Daphné, sa mère. Un sujet apparement sensible pour elle. Elle a eu Kit très jeune, et l’a élevé avec Jasper qui devint son beau-père. Puis, elle se sépare de ce dernier, qui disparait alors de la vie de Kit.

La proposition de Sandra fait son chemin dans la tête de Kit et le voilà parti sur les routes. Destination l’Oregon à la rencontre de Jasper. Lui qui a vécu à ses côtés durant sa petite enfance devrait connaître certaines choses sur son identité…

Et le talent de conteuse de Julia Glass se met en marche ; on traverse plusieurs contrées aux atmosphères changeantes – de la ville à la montagne, en passant par la campagne puis le bord de mer –, les personnages se succèdent avec leur propre histoire qu’elle insère parfaitement sur le « parcours » de Kit, on sent le plaisir qu’elle éprouve à « réintroduire » des personnages d’autres romans – comme Fenno le charismatique libraire New-Yorkais de Jour de juin – , outre la quête du père, elle évoque les relations familiales, maritales, filiales, le chômage, l’homosexualité, la vieillesse, la maladie, la musique, la rencontre amoureuse, la cohabitation de plusieurs générations, la nature, les souvenirs d’enfance,… et entremêle les dialogues percutants, les flash-back, les descriptions de paysages, les instants du quotidien, l’intime, l’évolution de la société…

Comme d’habitude, j’ai passé un très agréable moment de lecture en compagnie des personnages inventés par Julia Glass.

« C’est ainsi que va le monde de nos jours. Les familles se divisent et s’élargissent. Elles rebondissent comme des billes de mercure. C’est sans doute bon pour le fonds génétique commun dans le schéma général des choses. La force de l’hybridation. »

« C’est comme si une partie du passé de Fenno – cette partie qui menace parfois la vie qu’il partage avec Walter – avait été, pendant longtemps, un parfait origami (peut-être une de ces grues que Fenno associe, avec un sentiment de dégoût et d’inavouable, à la bombe lâchée sur Hiroshima), et qu’ensuite un joyeux inconnu avait décidé de le déplier et de le mettre à plat. Mais les plis sont indélébiles, si bien que c’est devenu un carré craquelé de papier de couleur, dont les aplats restés à l’abri de la lumière révèlent la teinte vive d’origine. Et sera-t-il jamais replié dans cette élégante figure d’envol ? »

« Lorsque les pires années de l’épidémie furent passées, lorsqu’il parut plausible d’en envisager la fin, beaucoup de ceux que l’on qualifiait de survivants ( des pairs de Fenno et de Walter qui avaient échappé au virus parce qu’ils vivaient prudemment en couple, évitaient les « conduites à risque » ou avaient des cellules T blindés) avaient mis au rancart leur deuil rageur, fait de leurs T-Shirts ACT UP des chiffons avec lesquels polir l’argenterie héritée de leur mère puisqu’ils avaient vécu assez longtemps. Se sentant moins menacés, ils entraient dans une époque de lune de miel communautaire, chérissant, glorifiant les fantômes des hommes qui auraient dû rester parmi eux – tel que Mal. Ils étaient en effet les curateurs de vies perdues. »

Autres romans lus de Julia Glass : Jour de juin (lu mais non chroniqué),Louisa et Clem, Les joies éphémères de Percy Darling

Livre reçu en Service de Presse.

La nuit des lucioles, roman de Julia Glass, Éditions des 2 Terres, Avril 2015 —

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11 réflexions sur “La nuit des lucioles – Julia Glass

    1. J’ai lu Jour de Juin (mon préféré, je crois avec Percy Darling) avant le blog… Mais, je n’ai pas encore lu Refaire le monde… ça viendra!

  1. Je suis complètement fan de l’auteur, j’ai adoré tout ce que j’ai lu d’elle… Mes préférés ? Jours de juin et Refaire le monde (lis le vite :0) Celui ci est, bien sûr, déjà dans ma PAL, j’espère avoir le temps de le lire cet été !! Bisous

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