Une fille qui danse – Julian Barnes

unefillequidanse

Retraité depuis peu, Tony a une soixantaine d’années. Il se qualifie lui-même d’un type « moyen ». Un mariage tiède qui s’est terminé en divorce, une fille gentille mais qu’il ne voit plus trop, un travail correct mais pas extraordinaire. Ni riche, ni pauvre, ni triste, ni heureux, il est dans l’entre-deux constamment. La vie semble avoir coulé sur lui. Aucune aspérité. Et pourtant…

Un jour, il reçoit un don par testament : la mère de son amour de jeunesse, Veronica, lui lègue une petite somme d’argent ainsi que le journal intime ayant appartenu à son meilleur ami, Adrian. D’un coup, les images du passé ressurgissent : l’Angleterre dans les années soixante, le lycée, la faculté, sa bande de copains et leurs discussions philosophiques et littéraires, sa petite amie Veronica, l’arrivée dans le groupe d’Adrian un type charismatique et mystérieux, un week-end troublant chez les parents de Veronica, cette même femme dans les bras d’Adrian, la lettre que Tony écrit à leur attention, un suicide… Puis les images deviennent plus nettes, les mots résonnent, le ressenti change. Le présent éclaire le passé. Le temps modifie les perceptions. Et les réactions ne sont pas les mêmes à 20, 40, 60 ans…

Un récit sous la forme d’un long monologue. L’introspection d’un homme, la découverte de ses zones d’ombre, l’impression d’avoir été en marge des choses qui se tramaient autour de lui. En fouillant dans son passé, certains épisodes lui apparaissent différemment. Il assiste, consterné, à une relecture, une réinterprétation d’une partie de sa propre existence.

Le ton est juste et l’écriture délicatement ironique, typiquement anglaise, est savoureuse. Le lecteur perçoit la tension dès les premières pages, un suspense savamment dosé le tient en alerte jusqu’à la fin – un brin décevante tout de même –. S’ajoute à cela des reflexions sur le temps, les mécanismes de la mémoire, l’Histoire, la jeunesse, la vieillesse, la nature de l’homme, la puissance des mots et les conséquences qui s’en suivent, les remords et une question : Peut-on parvenir à modifier les erreurs commises dans un autre temps ?

 

« C’était une autre de nos craintes : que la Vie ne se révélerait pas être comme la Littérature. Voyez nos parents – étaient-ils matière à Littérature ? Au mieux, ils pouvaient aspirer à la condition de spectateurs : simples figurants d’une toile de fond sociale devant laquelle des choses réelles, vraies, importantes pouvaient se produire. Quelles choses ? Celles qui rapportaient aux sujets mêmes de la Littérature : amour, sexe, morale, amitié, bonheur, souffrance, trahison, adultère, bien et mal, héros et scélérats, culpabilité et innocence, ambition, pouvoir, justice, révolution, guerre, pères et fils, mères et filles, individu contre société, réussite et échec, meurtre, suicide, mort, Dieu. Et hiboux. »

« L’Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs (…). Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont ni victorieux ni vaincus. »

« Il me semble que cela peut être une des différences entre la jeunesse et la vieillesse : quand on est jeune, on invente différents avenirs pour soi-même ; quand on est vieux, on invente différents passés pour les autres. »

« On parie sur une relation, elle échoue ; on passe à la suivante, elle échoue aussi : et peut-être que ce qu’on perd, ce n’est pas simplement deux mises, mais un multiple de ce qu’on a misé. La vie n’est pas qu’addition et soustraction. Il y a aussi l’accumulation, la multiplication, de la perte, de l’échec. »

Une fille qui danse, roman de Julian Barnes, Mercure de France, Janvier 2013 —

Publicités

5 réflexions sur “Une fille qui danse – Julian Barnes

  1. J’ai beaucoup, beaucoup aimé, et je n’avais volontairement pas lu la quatrième de couverture, d’où un plaisir accru (à mon avis)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s