Romans préférés de l’année 2013

Réanimation, Cécile Guilbert

reanimation

« En couchant ses pensées sur un carnet au jour le jour, la narratrice entre dans une sorte de bulle de spiritualité où elle convoque les arts, les mythes, les contes, la philosophie, la poésie. Elle est en pleine réanimation, réfléchissant sur certaines notions telles que le manque, le corps, la mort, la solitude, la liberté, la vie, l’amour. Et parle de son dernier essai sur Andy Warhol, trouvant d’étranges similitudes entre ce personnage mystérieux et ce qu’elle est en train de vivre. Les images se succèdent, une force et un imaginaire se créent, ôtant ainsi tout pathos au texte.

Même si elle écoute en boucle la voix de Blaise qui lui a laissé un message sur son téléphone, même si elle ne se résigne pas à laver les vêtements qu’il a portés, de peur d’oublier son odeur, elle éprouve une grande joie lorsqu’elle traverse Paris à vélo, elle savoure le silence de la « cabane », profite du printemps qui s’éveille… Avec intelligence, elle parvient à avoir suffisamment de recul sur cette situation difficile.

Si le sujet de ce récit est sombre, la façon dont il est construit ne l’est absolument pas. Le texte est sensible, délicat, plein d’amour et de lumière. Une belle déclaration adressée à son époux. »

Profanes, Jeanne Benameur

Profanes

« Se rassembler, s’unir, tisser des liens, puiser de la force et se guérir les uns les autres. Chaque personne va s’affranchir de son entrave personnelle ; trouver la lumière, apporter ses connaissances, rencontrer l’amour, ne plus douter, se faire confiance, sauver et apprivoiser autrui, écouter et être entendu, laisser aller ses émotions, ne plus avoir peur… Avoir foi en l’homme. Un roman magnifique qu’on quitte l’esprit tranquille. »

Une fille, qui danse, Julian Barnes

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« Un récit sous la forme d’un long monologue. L’introspection d’un homme, la découverte de ses zones d’ombre, l’impression d’avoir été en marge des choses qui se tramaient autour de lui. En fouillant dans son passé, certains épisodes lui apparaissent différemment. Il assiste, consterné, à une relecture, une réinterprétation d’une partie de sa propre existence.

Le ton est juste et l’écriture délicatement ironique, typiquement anglaise, est savoureuse. Le lecteur perçoit la tension dès les premières pages, un suspense savamment dosé le tient en alerte jusqu’à la fin – un brin décevante tout de même –. S’ajoute à cela des reflexions sur le temps, les mécanismes de la mémoire, l’Histoire, la jeunesse, la vieillesse, la nature de l’homme, la puissance des mots et les conséquences qui s’en suivent, les remords et une question : Peut-on parvenir à modifier les erreurs commises dans un autre temps ? »

 Arrive un vagabond, Robert Goolrick

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« L’auteur décrit chaque personnage avec minutie ; du grain de sa peau à sa façon de marcher, du vêtement qu’il porte à l’intérieur de son âme, de son regard à ses gestes, de sa voix à l’endroit où il évolue. L’écriture est poétique, cinématographique, colorée. Les paysages défilent, les éléments se déchaînent. La tension est palpable dès les premières pages et ne fait qu’augmenter jusqu’au grand final. Ce roman est une merveille alliant la fresque à l’intime. Beauté et cruauté, ombre et lumière, force et vulnérabilité, amour et destruction, spiritualité et matérialité, le regard d’un enfant sur le monde des adultes, celui d’un homme fou d’amour, une femme tyrannisée par l’apparence, le jugement d’autrui, l’intolérance, la confusion des sentiments… »

Maine, J. Courtney Sullivan

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« Encore une fois, la plume de J. Courtney Sullivan fait mouche. Les personnages ont de l’épaisseur, les histoires sont saisissantes de réalisme, le cadre géographique est merveilleusement bien choisi, les dialogues sont savoureux oscillant entre drôlerie, cynisme et tension, les propos sont intelligents et passionnants et la construction du récit donnant alternativement la parole à chaque femme impose un rythme et des visions différentes. Un roman qui nous embarque et qu’on a bien du mal à quitter. Sûrement parce que ces femmes nous ressemblent. Que leurs préoccupations sont un peu les nôtres aussi. »

L’art de l’effacement, Anita Desai

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« L’écriture d’Anita Desai nous enveloppe dans un tissu beau et élégant qui laisse entrevoir suffisamment de lumière pour apercevoir la beauté du monde mais dissimule entre ses plis les failles de l’âme humaine. L’auteure joue à merveille avec le clair-obscur et les reflets, les illusions et les fantasmes.

Dans ses trois longues nouvelles, Anita Desai tisse entre les personnages de chacune d’entre elles le même fil, évoquant la mémoire et l’oubli. Les souvenirs ne sont-ils pas cousus selon l’envie de chacun ? L’apparence est souvent trompeuse. Les songes et les mirages envahissent parfois si bien l’esprit qu’on finit par s’interroger sur le fondement des choses vécues. La frontière entre imaginaire et réalité serait, selon l’auteure, assez ténue. »

L’île des oubliés, Victoria Hislop

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« Une fresque mettant en scène plusieurs générations. Les existences d’une lignée de femmes courageuses et dignes. Une fiction qui épouse la réalité sans la dénaturer. Du romanesque, des pans de l’Histoire, du dépaysement, des péripéties, de l’inatendu, une galerie de personnages bien croqués, une évocation de l’exclusion parfaitement maîtrisée et de la peur de celui qui est différent… et de l’amour évidemment. Et tout cela sans pathos. Une auteure à suivre. »

Nager nues, Carla Guelfenbein

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« Carla Guelfenbein parvient à attraper le lecteur dès les premières lignes de son roman. En mêlant l’intime, les sentiments profonds, la sensualité, la sexualité, la tendresse, et la peur, le soulèvement d’un pays, la rage, la protestation, il est inévitablement happé par ces émotions puissantes. Des liens affectifs fusionnels ; une amitié toute en sensibilité, une passion amoureuse exacerbée, un père, sa fille, et la meilleure amie de celle-ci. L’intimité des corps et des coeurs, les batailles intérieures, les silences, les non-dits, et un pays qui bascule, des cris, l’état de siège, la révolution en marche. Des mots – et des maux – d’amour, des êtres qui se battent pour des idéaux politiques, d’autres qui s’enlacent, une page d’histoire qui s’écrit…

Un roman envoûtant et magnétique. Une écriture sensuelle. Les affres de l’amour traversées par les soubresauts de l’Histoire, la mémoire, l’oubli, le pardon, et la vie qui continue. Un coup de coeur. »

Comme les amours, Javier Marias

Comme les amours

« La prose de Javier Marias est remarquable et son intrigue à mi-chemin entre le roman policier et le roman psychologique est subtilement élaborée. De réflexions en analyses, d’hypothèses en faits, de digressions en révélations, il promène le lecteur au fil des pages sur d’innombrables chemins. Le récit est sciemment lent puisque l’auteur part en exploration, il prospecte l’âme humaine, la sonde…

Un roman épatant où les idées foisonnent, l’ironie plane, la poésie s’invite, le style percute, les sentiments se confondent et les zones d’ombre planent. Une histoire captivante qui nous entraîne dans un enchevêtrement de questionnements sur l’amour et la mort. »

La première fois, Anne-Marie Garat

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« Un récit court et dense. Un concentré d’odeurs et de sensations. Une alchimie des images vraies ou fabriquées. Une convocation de la mémoire, réminescences.

Une prose poétique et sensible. Des mises en scènes tellement réalistes qu’elles nous rappellent nos propres souvenirs. Bouleversant. Un coup de coeur. »

Un destin d’exception, Richard Yates

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« Deux destins voilés, qui ne trouveront pas la lumière tant espérée. Deux personnages voués à la défaite. Même s’ils se débattent pour s’en sortir, leurs acharnements semblent inutiles comme si tout était joué d’avance. Leurs rêves sont inatteignables pour des gens comme eux, aux petites existences médiocres.

Richard Yates a mis beaucoup de lui dans ce roman, en partie autobiographique. Et cela se sent à la lecture. Il est assurément un des plus grands écrivains américains. Ce roman sur la désillusion est un chef d’oeuvre. »

20 commentaires sur “Romans préférés de l’année 2013

    1. Arrive un vagabond est un roman que je ne pourrais pas oublier. La première fois est un petit récit très touchant et je pense effectivement qu’il pourrait te plaire, toi qui aime tant Roger Wallet

  1. Alors je te rejoins sur pas mal de livre: « Maine »; « Arrive un vagabond » (quel bonheur !), « l’île des oubliés ».  » Réanimation » est sur ma PAL et  » La fille qui danse » m’a laissée de marbre…Belle diversité !

  2. Je n’ai rien lu de tout ça… et tu me rappelles que je n’ai pas lu ce Jeanne Benameur (je vais attendre la sortie en poche) et que j’ai bien failli acheter le A.M. Garat… qui hélas ne sortira pas en poche je pense 😦 Mais si je le trouve à la biblio, je prends !

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