D’or et d’oreillers – Flore Vesco

D’emblée la couverture dorée et bleutée nous met sur la voie. De la sensualité, de la délicatesse, de l’éveil amoureux, du romanesque, du fantastique… Cette montagne de matelas sur laquelle est lovée la jeune femme réveille en nous le souvenir de La princesse au petit pois. Mais cette ombre masculine l’enveloppant nous interroge ; on l’imagine volontiers bienveillante, avec une main posée sur l’épaule et l’autre sous la joue, il s’en dégage pourtant un mystère, une noirceur. Nous sommes au milieu du 19ème siècle, en Angleterre. Madame Watkins est surexcitée ; Lord Handerson, un très bon parti, cherche à se marier, et ô joie elle a justement trois filles en âge de convoler! Ce « drôle de Lord » excentrique a décidé de faire passer à ses prétendantes trois épreuves dont celle du lit vertigineux… Elles doivent passer la nuit chez lui, à Blenkinsop Castle – où il vit seule avec son majordome – sans chaperon. Scandaleux pour la convenance ! Mais on fait fi de la décence pour une rente de 80 000 livres! Bref… chacune sera congédiée au petit matin, sauf Sadima – leur servante -. Cette dernière réussit avec brio la première épreuve, et passe de longs jours avec Adrian Handerson… La jeune femme, forte et vaillante, audacieuse et sensible découvre l’homme et le château, l’histoire de sa famille… où la magie et la sorcellerie ne sont pas en reste. Il est impossible de raconter plus amplement ce conte détourné. Il se vit, se ressent! Juste lui et nous! La plume joueuse sensuelle et onirique, l’atmosphère à la Jane Austen nous traînent dans son sillon et nous happent merveilleusement. On se délecte de lire certains passages à voix haute pour faire rouler la langue tantôt délicieusement voluptueuse tantôt pêchue, tantôt drôle tantôt angoissante. On s’amuse à cueillir ici et là les références à d’autres contes. On aime l’esprit terriblement moderne de Sadima, On adore l’histoire d’amour qui se trame sous nos yeux. On tremble aussi parfois, quand sous le glacis, le château se révèle être plus « habité » qu’il en a l’air… Que dire de plus, si ce n’est de vous presser d’ouvrir ce roman et d’y plonger entièrement, profondément, sensuellement. C’est brillant!

« – Le petit pois, voyons! Vous pensez bien qu’il n’y en avait pas plus que de citrouilles et de haricots magiques. Ou de bébés qui germent dans les roses et les choux. Cette manie de masquer la réalité derrière les légumes! Ma douce, le conte du petit pois sous le matelas, c’est une soupe qu’on fait avaler aux fillettes innocentes. L’histoire réelle, celle de ce lord et des prétendantes qui couchaient chez lui, elle n’est pas pour les enfants. Il est des vérités sur l’amour, sur les nuits des jeunes filles et ce qu’elles font en leur lit, qu’on apprend en grandissant. »

 » – Je … je descendais… voir si vous voudriez de moi, dit-il. – Je montais me proposer, répondit Sadima. Et voilà que nous nous retrouvons à mi-chemin. – Oui. Quelle belle coïncidence, n’est-ce-pas? Ce n’est pas comme si j’étais descendu ces cinq derniers soirs sans que nous nous croisions, et remonté chaque fois sans avoir frappé chez vous. Pas du tout. Sadima posa sa tête contre la poitrine du jeune homme. Adrian passa la main dans ses cheveux. Il la prit par le bras et l’amena dans sa chambre. La trouille suivit, un peu derrière. »

« Sadima n’avait pas envie de lui ouvrir sa coquille. Mais cet œil désirant et nacré lui plaisait. Elle ne fit entrer que ce regard qu’il lui avait lancé. Elle referma, se replia sur elle-même, et rêva de cette œillade. Elle se la raconta encore et encore, la rejoua, la façonna à sa guise. C’était comme un grain de sable qu’elle tournait et retournait pour le lisser. Elle polissait la perle et la peau lisse s’arrondissait. L’amoureux la regardait, son œil luisait, la perle brillait. Une tension impérieuse enflait en elle. La perle pulsait comme un point, en suspension… Maintenant Sadima connaissait cette ponctuation. Elle savait se mener jusqu’au point d’exclamation, lancer le sort qui laisse le corps content. Elle avait trouvé son pouvoir. Sa jouissance était une puissance. »

Durant cette année, nous égrènons les mois avec à chaque fois un thème choisi par l’une et l’autre alternativement. Le thème de mai était Conte ou légende. Nous devions chroniquer en secret un livre s’y rapportant. Et délicieusement le découvrir ensemble aujourd’hui! Voici la chronique de Nadine

Le thème de juin sera : Le courage

D’Or et d’Oreillers, roman jeunesse de Flore Vesco, à partir de 13 ans, L’école des loisirs, mars 2021 —

3 commentaires sur “D’or et d’oreillers – Flore Vesco

  1. Oh qu’il semble magnifique cet album et tu en parles avec tes mots magiques! ❤
    Une atmosphère à la Jane Austen. Alors j’aime déjà…
    De ces histoires que l’on saisit entre nos mains et qui nous procurent un certain bien-être. Merci de la découverte ma Nadège.
    Je t’embrasse fort xx

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