Méfiez-vous des femmes exceptionnelles – Claire Delannoy

Méfiez-vousQu’est-ce que l’amitié ? Les liens tissés au fil des années sont-ils vraiment indéfectibles ? Ne finit-on pas par s’éloigner de ses amis ? Leur dissimuler certaines choses, s’arranger avec la vérité, les juger ? Par-delà les frontières, le temps qui passe, les petites contrariétés de chacun, les chemins professionnels, les rencontres, les amours, l’arrivée des enfants, les différences sociales… l’amitié essuie des soubresauts, encaisse des coups durs. On dit que l’amitié vraie se relève toujours… C’est ce qu’a voulu explorer Claire Delannoy dans ce roman.

L’auteure raconte l’histoire – les histoires, seraient plus juste – de cinq amies, Diane, Marie, Chris, Nour et Sofia, qui se sont rencontrées aux Beaux-arts à vingt ans, les trajectoires de chacune, les hauts et les bas, les joies et les peines, leurs colères, leurs fragilités, leurs relations les unes aux autres, leurs retrouvailles, leurs mensonges, leurs trahisons…

Elles sont traductrice, architecte, artiste peintre, professeur d’histoire, femme d’affaire. Toutes sont ivres de liberté, d’indépendance financière. New York, Casa, le sud de la France, Paris, Naples, la Grèce… elles s’expatrient, elles voyagent, elles voient le monde dans tous ses états.

À la mort de son mari, Diane voit défiler les années, les évènements qui la relient à ses amies, leurs existences s’enchevêtrent alors, des secrets sont découverts, des éclaircissements s’imposent, des mots qui font mal retentissent… les voix de ces femmes s’élèvent et apparaît le paradoxe de l’amitié fait de fidélité et de mensonge, d’inconstance et de vérité, d’individualisme et de solidarité.

Un roman choral bien mené sur l’amitié, à l’écriture élégante. J’avoue tout de même avoir été quelque peu désarçonnée le premier tiers du livre, confondant sans cesse les différents personnages.

« La nostalgie ne provient pas de ce qui a eu lieu, elle vient de ce qui aurait pu avoir lieu, de cette indétermination qui reste béante, de cet autre soi-même qui aurait pu exister si. La multiplicité du si. La fascination des hypothèses. Qui nourrit en continu notre devenir, le façonne bizarrement, l’enrichit d’une palette inexplorée, pleine de ressources. Non pour regretter mais parce qu’elle nimbe nos pensées et ce que l’on entrevoit de futur. »

« On appelait ça faire la khamsa, il y avait Nour la musulmane, Diane la juive, Sofia la catholique, Marie l’athée, moi l’ex-communiste et puis toutes celles qu’on invitait, chacune faisait un plat, les bouteilles circulaient, on chantait, on dansait, on était comme les cinq doigts de la main, la khamsa, les cinq piliers, les cinq livres, on rigolait comme des folles, on se disait qu’on était liées pour la vie, tu te souviens, Nour, c’est toi qui avait choisi le nom (…). »

« Cette idée du bonheur à deux qu’on ressasse depuis la nuit des temps m’est toujours aussi opaque, l’idée même du bonheur n’est pour moi qu’un concept aussi trompeur qu’idiot, comme la température idéale, l’âge moyen, les vacances à la mer, l’aube sur l’Angkor, le sunset à Santa Monica et que sais-je, pourquoi faudrait-il éprouver une même émotion et qu’elle soit permanente. J’aime pleurer, être triste, désabusée, désespérée, puis à nouveau joyeuse, confiante, pleine d’énergie, en gros me sentir vivante, dans l’action ou dans l’inaction, dans le repos de soi comme disait maître Eckhart ou dans la conquête. S’il n’y avait pas de château à conquérir, qu’importe qu’ils soient des moulins à vent, que vaudrait notre passage sur terre, l’ataraxie comme le bonheur ne sont que lignes d’horizon dont il faut savoir se déprendre. »

Livre reçu en Service de Presse.

Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, roman de Claire Delannoy, Éditions Albin Michel, Août 2015 —

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11 réflexions sur “Méfiez-vous des femmes exceptionnelles – Claire Delannoy

  1. L’amour et l’amitié, deux sujets tellement universels… Tout un défi de les aborder en suscitant l’intérêt et surtout en sortant des sentiers battus, des clichés. En te lisant, je vois qu’il y a un petit bémol dans ton appréciation de ce roman. Qu’est-ce que j’aime te lire quand tu exprimes que l’amitié vraie se relève de tout. Car j’y crois…
    Et au-delà de tout, tu es la preuve qu’il existe de belles personnes en ce monde. Merci pour cette amitié que tu m’offres…
    Bisous

    1. Ce roman parle plutôt bien de l’amitié féminines, de ses soubresauts mais il y a trop de personnages, on s’y perd un peu… ça s’éparpille. J’aurai préféré quelque chose de plus « serré ».
      Je t’embrasse, mon amie.

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