Le coeur du problème – Christian Oster

P1080046En rentrant chez lui un soir d’été, Simon, la cinquantaine avancée, fait une macabre découverte : le corps inerte d’un homme trône au milieu de son salon. La maison est plongée dans un grand silence. Sa femme, Diane, devrait être là, pourtant il n’a pas vu sa voiture. La serrure de la porte n’a pas été forcée. Quant au visage de l’homme à ses pieds, il lui est inconnu. La balustrade de la mezzanine – qu’il devait faire réparer – a définitivement rompu. L’étranger a dû tomber de là-haut.

Sonné et sans voix, Simon se met à parcourir les pièces de la maison pour trouver Diane. En quête d’un éclaircissement sur cette renversante situation. Diane est dans son bain. Mutique elle aussi. Un jeu de regards commence, puis quelques mots, pas de solution. L’homme était son amant, il aurait été violent, elle l’aurait poussé pour se défendre… il serait tombé… un accident… Mort, désormais. Simon saurait bien quoi faire. Elle a décidé de partir de la maison. Simon la laisse le quitter. Comme ça.

Le mari, désarçonné, se retrouve seul en pleine campagne dans sa grande maison, avec un cadavre sur les bras et une femme en fuite. La nuit avance, l’esprit de Simon est de plus en plus confus. Les questions se pressent. Il va falloir agir vite. Protéger Diane. Dissimuler le corps. Inventer un stratagème. Impossible de joindre sa femme. Aller à la gendarmerie tout de même. Y signaler la disparition de Diane.

Simon va rencontrer Henri, un gendarme en retraite depuis peu. Amateur de tennis, il l’invitera à jouer avec lui. Lui présentera sa femme, puis lui proposera de partir en vacances, quelques jours. Une relation étrange se noue entre les deux hommes, faite tour à tour de complicité et de suspicions. Simon se sent épié, traqué et pourtant est attiré par cet homme. Une sorte de jeu d’influence s’installe.

Un roman noir qui commence comme un polar et prend des chemins de traverse. Car ce livre est avant tout une longue et tortueuse réflexion sur la vie d’un homme, un homme vieillissant, sa solitude, sa fragilité, son amour perdu, sans descendance. On entre dans son histoire avec empathie, on suit le va-et-vient de ses pensées, on sourit aussi parfois face à ses subterfuges, on est en colère contre Diane, on se méfie d’Henri… on aimerait qu’il s’en sorte.

« Après, il y a le matin. Le petit déjeuner dans l’hôtel, la rue avec l’impression qu’on n’y est pas. La nostalgie, aussi. Impossible de ne pas se souvenir. L’envie de quitter ça, plus forte encore. La proximité de la gare, avec un train dans deux heures, l’absurdité d’être encore là à attendre alors que derrière soi, dans le passé immédiat, rien ne fait écho. Sûrement pas Diane sur son banc, le visage moins fermé que dans son bain, sans doute, mais comme nettoyé de la vie. J’ai patienté, comme on dit. Sans m’éloigner de la gare. J’ai marché. Tourné autour de la gare, en empruntant les rues nécessaires. Croisé des touristes, bien sûr. Des gens qui arrivaient, qui partaient. Je me suis ressouvenu d’un temps où je voyageais, jeune. J’ai chassé ce souvenir. Je me suis demandé si, dans ma situation, vieillir avait un sens. Je me voyais plus mort que vieux, en fait. Pas tout à fait mort. Encore une fois, je m’habituais. Cette femme en allée, ce type dans le jardin, je commençais à les intégrer. Tous deux faisaient partie de ma non-vie. Ils la meublaient. »

« Évidemment, rouler occupe. C’est presque vivre. Je n’ai pas eu besoin de mettre la radio. J’étais plus attentif, toutefois, à la circulation qu’au relief changeant du paysage, au gré de ces déclivités qu’accentuent les lointains. J’ai roulé deux bonnes heures, je traversais quelque chose comme la Normandie, puis j’ai plongé vers la mer. Je me suis garé au ras d’une plage, personne ne se baignait, un vent coupant courbait des silhouettes espacées le long des vagues. J’ai marché sur des galets, j’ai atteind le bord de l’eau, j’ai regardé l’horizon. Je me suis évidemment demandé, ça n’a pas traîné, ce que je faisais là. Le vent ne chassait rien, la mer m’abrutissais de sa rumeur. J’ai regardé vers les maisons et c’était pareil, le seul moment où quelque chose s’était évaporé, ç’avait été sur la route. »

Autre roman lu de Christian Oster : Rouler

Livre reçu en Service de Presse.

Le coeur du problème, roman de Christian Oster, Éditions de l’Olivier, Août 2015 —

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17 réflexions sur “Le coeur du problème – Christian Oster

  1. Ah Oster ,un austère qui se marre comme disait Jospin ! J’ai six de ses contes drolatiques à la maison ,je conseille vivement « Loin d’Odile » Odile est peut être une mouche …. Bonne journée Gérard

  2. Quelle histoire, pauvre homme! C’est bien que le polar ait donné place à une profonde réflexion sur la vie d’un homme… Bisous ma belle amie

    1. Oui! Une sacrée histoire, plutôt tristounette d’ailleurs… Un auteur dont j’aime beaucoup l’écriture et les atmosphères qu’il crée à chaque livre. Il écrit aussi des livres pour la jeunesse. Il ne peut donc que me plaire.

    1. Oui, un roman qu’on ne lâche pas! En ce qui concerne les Services de presse, j’en demande et on m’en propose. (Les propositions viennent surtout des maisons d’édition jeunesse.)

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