Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

unbucher
Ce roman est un véritable hymne à l’humanité, concentrée dans le personnage de Corrag, petit bout de femme, accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher, injustement.
L’histoire se déroule au XVII ème siècle en Ecosse, et principalement dans les Highlands. Le roi Guillaume d’Orange détient le pouvoir, au grand désespoir des jacobites qui l’accusent d’usurpateur et souhaitent voir Jacques, héritier des Stuart, sur le trône. C’est dans ce désordre politico-religieux qu’aura lieu le massacre de Glencoe, lieu de vie du clan Macdonald, dont sera témoin Corrag.
Jour après jour, durant deux semaines, le révérend Charles Leslie (soutenant la cause des jacobites) rend visite à Corrag dans son cachot, désireux de faire la lumière sur l’épisode sanglant de Glencoe. Chaque soir, il prend sa plume pour écrire à son épouse qu’il aime tant, et lui livre ses sentiments sur cette affaire, mais très vite il va s’attacher à Corrag, et finira par éprouver pour elle une empathie qui bouleversera complètement son esprit et son âme.
Corrag va lui raconter sa propre histoire : ses nombreuses vies… Elle lui parle de sa mère, condamnée elle-même pour sorcellerie, du jour où elle a dû la quitter pour avoir la vie sauve, de sa fidèle jument qu’elle chérira jusqu’à sa mort, des soins qu’elle prodigue grâce aux vertus des plantes, des monstrueux soldats aux habits rouges, puis l’arrivée dans les montagnes des Highlands où elle s’installera, sa rencontre avec Alasdair.
Malgré une vie extrêmement rude et solitaire, Corrag est constamment émerveillée par la beauté et les bienfaits de la nature, qu’elle observe attentivement. Les éléments naturels ( l’eau, le vent, le soleil, la terre…), et les animaux sont pour elle une source de joie. Elle profite intensément de chaque instant, contemple ce qui s’offre à elle avec minutie. La nature est un allié de taille pour cette jeune femme si frêle et si forte à la fois. Elle pose ses grands yeux gris, remplis d’espoir, sur un monde pourtant violent et dur.
L’atmosphère de ce roman est magnifique malgré la férocité et la sauvagerie de cette époque. L’écriture de Susan Fletcher, que je découvre, est juste belle et empreinte de poésie. Corrag restera longtemps ancrée dans ma mémoire, c’est une certitude.

« Oui, le coeur a ses cicatrices. Il a ses fentes, alors je me demandais si ça faisait des sifflements quand le vent soufflait fort. Je me demandais si l’eau coulait de moi, les jours pluvieux. Un coeur troué. »

« Là, à ce moment, j’ai eu le souffle coupé. J’ai trébuché. Elle est devenue la corniche église. C’était son nom. Pour moi. Tellement elle ressemblait à une église ! Pas par sa couleur (car elle était brunâtre presque partout, et non grises comme les pierres des églises), ni par sa forme puisqu’elle n’avait pas de clocher. Je l’appelais ainsi pour sa grandeur. Elle était tellement imposante… Elle avait la grandeur qui peut arrêter vos pas et vous réduire au silence, qui attire en même temps qu’elle effraie. J’étais saisi d’un respect craintif, je crois. Ce soir-là, j’ai eu les larmes aux yeux en la voyant si haute et éternelle. Je tremblais presque en la contemplant. Et ensuite, je baissais la tête quand je passais près d’elle, comme près de toutes les églises, en pensant elle n’est pas pour moi et n’ayant pas envie de la connaître mieux, mais je sentais tout de même sur moi son ombre longue et fraîche. Je comprenais bien pourquoi d’autres gens pouvaient être liés à elle par de l’amour. Pourquoi ils ne la quitteraient pas du regard et la défendraient toute leur vie. »

« Dans ma cabane, j’avais encore la sensation que les montagnes me regardaient. Je sentais leur hauteur et leur masse obscure. Je pensais à leur âge, à ce qu’elles avaient vu, et en me couchant près de mon âtre je pensais elles ont de la lumière en elles… Comme des choses vivantes. Leur givre scintillait sur moi, et leur haleine était glaciale. »

« Le monde respirait autour de moi, se dépliait, se déployait, et que demander de plus ? Qu’y a-t-il de mieux ? Que tenir cette petite place dans le monde ? Je posais cette question en regardant le givre couvrir les pentes, où la fumée monter de mon feu. Il n’y a rien de mieux, je me disais. »

« Peu à peu, les bruits de l’eau sont revenus, le ruisseau qui tombait en cascade dans mon vallon s’est fait entendre, il coulait fort. J’ai bu dedans, pas à genoux ni dans le creux de mes mains, mais aggrippée à un rocher, penchée jusqu’à lui la bouche ouverte. Je souriais tout en buvant. Je sentais le goût du vieil hiver. Je buvais le nouveau printemps. »

« La manière de mourir peut nous faire peur. Nous pouvons craindre la douleur, je la crains, tellement fort… Mais le mot mort, c’est comme ailleurs, il parle d’un autre endroit, l’endroit où sont les autres. A dire le moins, monsieur, il y a cette vérité : une vie laisse toujours des traces. Des enfants, des récits, des paroles sorties de la bouche de cette personne. Les noms qu’elle a donnés à des endroits. Les empreintes qu’elle a laissées dans la terre, les marques sur une écorces. Les gens qu’elle a aimés, et à qui elle l’a dit. »

Un bûcher sous la neige, roman de Susan Fletcher, Editions Plon —

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