Venise n’est pas en Italie – Ivan Calbérac

P1060058« Venise n’est pas en Italie, / Venise c’est chez n’importe qui, / C’est n’importe où, c’est important / Mais ce n’est pas n’importe quand, / Venise, c’est quand tu vois du ciel / Couler sous des ponts mirabelle / C’est l’envers des matins pluvieux / C’est l’endroit où tu es heureux. » Ainsi chantait Reggiani les mots de Lemesle…

Si Émile, le jeune « héros » de ce roman se rendra bel et bien à la Cité des Doges, il aurait pu aller ailleurs, l’effet aurait été le même. Venise, c’est une allégorie. Un cheminement personnel, chaotique mais nécessaire, la modification de la perception de soi et des autres. Un voyage initiatique, un road-movie, une route qui défile, un adolescent qui tente de déchiffrer le monde et ceux qui le gouvernent, les jeunes gens de son âge, sa famille… D’incessantes questions viennent lui chatouiller l’esprit et le corps : la politique, l’économie, la pollution, l’écologie, l’avenir, l’amour, la mort, les différences sociales, la solidarité, la justice…

Émile, quinze ans, est brillant à l’école – il a deux ans d’avance au lycée –, mais se sent malhabile à l’extérieur ; timide, pataud, craintif, naïf (limite benêt par moments, ce qui enlève un peu de crédibilité à l’histoire d’ailleurs). Comme tous les ados, il a « honte » de ses parents. Il faut dire que sa famille est assez pittoresque : sa mère lui teint les cheveux en blond depuis sa tendre enfance parce qu’  « il est plus beau comme ça » (et lui se laisse faire !!), elle lui met la pression pour qu’il travaille bien à l’école, veut en faire un mathématicien, son père est VRP, il parle beaucoup, en fait des tonnes, part dans des élucubrations à n’en plus finir, son grand frère est un dur à cuire, engagé dans l’armée… et ce petit monde vit dans une caravane en attendant que le permis de construire de leur future maison leur soit accordé.

Alors quand Émile tombe amoureux de Pauline, une jeune fille issue d’une famille aisée. C’est un double choc pour lui : choc culturel (le père de Pauline est chef d’orchestre, Pauline joue du violon, on doit ôter ses chaussures à l’entrée de leur appartement…) et choc émotionnel (des sentiments inconnus le submergent). Le décalage social entre les deux familles déstabilise complètement Émile.

Pauline, elle, ne semble pas percevoir ce fossé entre eux deux, tant et si bien qu’elle l’invite à venir l’écouter en concert à la Fenice de Venise. Il l’accompagnerait en avion et logerait avec eux dans un grand hôtel, mais une histoire de cousins va chambouler ce projet. Si Émile veut assister au concert, il devra y aller par ses propres moyens.

Et comme les Chamodot (nom de famille d’Émile) sont unis devant l’épreuve, le père décide d’emmener toute sa petite famille à Venise, en caravane ! Les voilà donc partis sur les routes françaises et italiennes, entre rire et larmes, entre situations grotesques et émouvantes. Un trajet dont ils se souviendront toute leur vie.

Un premier roman assez juste sur l’adolescence (hormis certains passages un peu lourd), un journal de bord rythmé écrit à la première personne, fait de digressions (esprit d’escalier), de situations burlesques et d’autres plus émouvantes qui résonnent en nous. On sent le réalisateur derrière l’auteur dans certaines scènes et à travers les références cinématographiques qui parsèment le livre. On embarque volontiers à bord de la caravane des Chamodot.

 « On arriva à pleine vitesse dans une zone commerciale périurbaine, vous savez ces endroits très déprimants mais très pratiques, où le côté déprimant l’emporte largement sur le côté pratique. D’ailleurs, c’est fait exprès, car plus on déprime, plus on achète, les scientifiques sont formels. À Montargis, ils ont construit une zone identique, à cause de l’aménagement territorial, qui déloge la nature, les champs et les arbres. Maintenant, à la place des herbes folles et des papillons, de grands hangars se sont dressés, avec des parkings à perte de vue. On peut y acheter un nombre spectaculaire de produits de première inutilité. Notamment à la pharmacie de la galerie commerciale, où tout le monde se rue sur les antidépresseurs, c’est quand même bien pensé. »

« Une vie, j’ai pensé, c’est un long cri, de joie ou de douleur, ça dépendait des jours, ou des vies, un cri parfois très intérieur, qui jaillit du cri primal du bébé à la naissance, déchirant l’infini, qui devient, quatre-vingts ans plus tard, un cri tout bas, un murmure, notre dernier souffle, et une vie c’est ça, un cri coincé entre deux dates. »

Livre reçu en Service de Presse.

Venise n’est pas en Italie, roman d‘Ivan Calbérac, Flammarion, Mars 2015 —

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12 réflexions sur “Venise n’est pas en Italie – Ivan Calbérac

  1. on ne peut revenir indemne d’un voyage à Venise. Et d’un voyage en Italie, pour moi au moins. Je regrette que la dérive des continents n’ait pas rapprocher l’Italie de mon coin de France, ça m’aurait bottée ! 😀
    Quant aux péripéties « caravanesques » 😀 je pourrais en raconter quelques-unes pour avoir vécu quelques frayeurs avec notre petite Eriba.
    Le GPS qui nous amène dans des routes étroites et sinueuses sans possibilité de faire demi-tour, des erreurs au niveau des ronds-points, paf…dans un chemin qui ne mène que dans les champs. Obligés de dételer la caravane pour revenir sur le bon chemin ! Enfin, ça, c’était au début, faut bien un début à tout et les erreurs sont bénéfiques, on s’arrange pour ne plus en faire !!! 😀 Oui, ce bouquin doit être plaisant à lire. Pendant les vacances, peut-être ? Juste après avoir garé la caravane à l’ombre ? 😀

    1. Merci pour ce long commentaire, j’ai bien ri à la lecture de tes aventures caravanesques. Oui, ce livre est idéal pour une lecture d’été. Quant à Venise, je n’ai pas encore eu la chance d’y aller, j’espère que cela viendra!! En revanche, je suis allée à Sienne et Florence. L’Italie est belle par ses paysages, ses senteurs et sa culture.

      1. Et Rome ? Et Volterra et San Gimignano, et Pise ? Et Assise ? Je ne connais pas le Sud, et un de mes rêves, marcher sur les sentiers dans une des vallées des Dolomites , faudrait pas que je traine, je prends de l’âge ! 😒

    1. C’est souvent le cas avec les voyages… on avance aussi à l’intérieur, on fait des découvertes sur soi. Mais le livre aussi a cette vertu, sans même se déplacer on foule des contrées de toutes sortes, géographiques et intimes.

  2. Venise… j’y suis allée la première fois à l’âge de quinze ans! Un éblouissement toujours renouvelé! J’y suis allée plusieurs fois depuis! Mais j’aime aussi Florence, Sienne et l’Ombrie avec ses villes perchées extraordinaires…. Dommage qu’il y ait quelques lourdeurs dans le livre car le sujet est très plaisant.

  3. C’est une belle idée que de voyager à travers une allégorie pour se découvrir à travers les perceptions du monde qui nous entoure. Quel beau roman il me semble ! Je t’embrasse xx

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