Le passage du diable – Anne Fine

Lepassagedudiable

Qu’est-ce qu’une « vie normale » pour un jeune garçon ? Pourquoi mettre en doute la parole d’une mère dévouée ? Comment les mensonges emprisonnent et la vérité terrifie? Un lieu peut-t-il influer sur les comportements humains ? La peur entraîne-t-elle forcément la folie ? Est-ce une bonne chose de déterrer le passé et ses secrets enfouis ?

Daniel Cunningham nous conte l’histoire de son enfance, une enfance étrange et surprenante. Tout petit, il apprend par sa mère, Liliana qu’il est atteint d’une maladie grave et qu’il est donc préférable pour sa santé fragile de rester cloîtré à la maison. Sans père, Liliana prend ainsi soin de lui toute seule durant de nombreuses années. Daniel ne va pas à l’école, n’a pas d’ami, mais heureusement il s’évade en lisant des livres d’aventures. Et puis, il y a cette belle maison de poupées, réplique du manoir où a grandi Liliana… Daniel joue avec les personnages, les fait évoluer, invente des scènes familiales (lui qui ne sait pas ce qu’est une famille). Sa mère ne lui parle jamais du passé, de ses origines… une ombre malfaisante semble planer sur la maison.

Un jour, les gens du village usent de ruse pour faire entrer le docteur Marlow dans la chambre de Daniel. Celui-ci se rend vite compte que le garçon est en parfaite santé. Alors, tout va très vite, Daniel est confié à la famille Marlow et Liliana est internée en hôpital psychiatrique.

Le garçon comprend peu à peu que sa mère lui a menti, voulant probablement le protéger, mais de quoi ? En attendant, il prend plaisir à vivre au côté du Docteur Marlow, sa femme et ses trois filles avec lesquelles il partage ses jeux. Il découvre la vie familiale tant rêvée.

Les meubles de son ancienne maison ont été saisi (sa mère avait des dettes), seule la maison de poupées lui revient. Il continue de faire vivre les poupées avec Sophie, la plus jeune des filles Marlow. Ils passent des heures ensemble à jouer jusqu’au jour où une des figurines semble avoir un pouvoir maléfique sur les enfants, les rendant colériques.

Quand le docteur Marlow décide d’emmener Daniel voir sa mère à l’asile, ils la découvre pendue dans sa chambre… Le jeune garçon est complètement désemparé : après les mensonges, le silence, l’effroi, l’abandon, comment continuer à vivre avec ce drame ? Le docteur va alors enquêter pour retrouver un parent de l’enfant. Le passé commence à se dévoiler : la maison d’enfance de Liliana existe toujours et son frère Séverin, un ancien capitaine de marine marchande y vit encore. Daniel est envoyé là-bas pour faire connaissance avec lui. C’est un homme trouble au caractère changeant, tour à tour jovial, sombre, chaleureux et méchant. En revanche, Thomas le jardinier et Martha la cuisinière se confient à Daniel. Les morceaux du puzzle se mettent en place…

Un roman qui tient en haleine d’un bout à l’autre ; angoissant, mystérieux, gothique, fantastique… On éprouve forcément de l’empathie pour Daniel, personnage téméraire et volontaire qui prend sa vie en main pour faire le jour sur le passé de sa mère qui a dévoré son enfance à lui. La mise en abyme de la maison est une merveilleuse idée, elle permet toutes les audaces et facilite l’accès vers l’imaginaire. Frissons garantis.

« Ce dimanche-là, dans son sermon, le prêtre expliqua : – Les passages du diable sont les chemins les plus ordinaires. Croyez-moi. Et le mal n’a pas toujours les traits de la laideur. On ne saurait lire, sur le visage d’un homme, la couleur de son âme. Mais rassurez-vous, poursuivit-il en levant les bras, il existe un moyen de s’en défendre, un seul. Car le diable ne peut arriver à ses fins sans votre aide. Il ne triomphe que si vous lui ouvrez la porte. »

«  Car même si nous avions passé des années cloîtrés ensemble, je ne connaissais décidément pas ma mère. Elle ne m’avait jamais parlé de son enfance. J’étais la seule personne au monde à en savoir aussi peu sur elle. Pour moi, elle aurait pu être aussi bien une poupée à tête de bois, totalement dépourvue de cet amour qui vous amène à partager des souvenirs, des peurs et des espoirs. Elle m’avait dépouillé de mon être : je ne connaissais même pas mon vrai nom. Elle avait préféré les banalités du silence à la vérité, la vérité sur mes origines. Parce que cela l’arrangeait, elle m’avait condamné à vivre cloué au lit, anémié par cet interminable mensonge. Et pour couronner le tout, elle m’avait abandonné! »

ChallengeVoisinsVoisinesAngleterre

Le passage du diable, roman d’Anne Fine (à partir de 12 ans), L’école des loisirs, Janvier 2014 —

Publicités

14 réflexions sur “Le passage du diable – Anne Fine

    1. Alors en ce qui me concerne, je découvre l’auteure avec ce titre. Si je connais de nom son Chat assassin, je ne l’ai jamais lu. Ce que je peux dire, c’est que j’ai beaucoup aimé Le passage du diable.

  1. Voilà exactement le genre d’histoire que mon Vincent, 13 ans, recherche. Je vais le lui acheter. J’adore tes suggestions de livres pour enfants et ados. Lorsque je me retrouve dans la section jeunesse des librairies, je suis toujours à bout de souffle devant le nombre de livres. Lequel choisir…

    1. Oui ce genre d’histoire conviendrait tout à fait à un ado de 13 ans. Du suspense, un jeune héros plein de courage et de ténacité, des secrets de famille…quelques frissons…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s