Les jours de Vita Gallitelli -Helene Stapinski

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Vita est arrivée dans le New Jersey en 1892, seule avec ses fils, deux adolescents. Sans homme à ses côtés, chose insensée à l’époque. Elle a traversé l’océan durant de longs jours, le cœur lourd de quitter son pays, ses racines ancrées en Basilicate au creux de la botte italienne. Mais sa détermination était plus forte que sa mélancolie. Exil, fuite, abandon, refuge, rêve américain, quelles étaient ses motivations, ses envies, ses intentions?

À Jersey City, l’arrière-arrière petite-fille de Vita, Helene, a grandi en écoutant la légende familiale racontée par sa mère… Vita aurait assassiné un homme vingt ans avant de débarquer en Amérique. « Puttana » et meurtrière, voilà la terrible réputation qu’elle portait au-delà de sa mort, transmise de génération en génération. Les zones d’ombre enveloppant la mémoire de Vita fascine autant qu’elles angoissent Helene. La journaliste de trente-neuf ans, mariée et mère de deux jeunes enfants s’inquiète d’un éventuel gène criminel… en écho à son voleur de grand-père et à un lointain cousin entretenant des liens avec la mafia…

Bien décidée à lever le voile sur son histoire familiale, Helene part en Basilicate avec sa mère et ses enfants. Ce voyage lui apprendra peu de choses mais la découverte de cette région italienne, ses paysages, son aridité, ses visages, ses parfums, ses couleurs, ses secrets, attisent sa curiosité. Dix ans plus tard, elle y retourne plus riche d’informations, glanées ici et là sur la vie en Basilicate au 19ème siècle, une terre belle mais misérable. Les conditions de vie y sont déplorables, le travail est dur, la population souffre de la faim, la malaria tue, les mariages sont arrangés, le « padrone » a droit de cuissage…

Helene interroge les gens, compulse des archives, recoupe des faits, émets des hypothèses, imagine, jusqu’à ce que son arrière-arrière grand-mère et son existence se dessinent. Une vie toute entière lui apparaît, bouleversante et surprenante.

Un roman passionnant, une quête identitaire, un voyage en Italie du sud, des serrements de cœur, de la souffrance, de la persévérance,  du suspense. Une vie.

« Une nuit, je me suis regardée dans le miroir de la salle de bains. (…) À cet instant, j’aurais voulu pouvoir éplucher les différentes couches de mon visage, retirer les différentes strates de peau et d’os jusqu’à atteindre les secrets qui se cachaient sous mon code génétique, et qui m’observaient derrière ma faccia di Gallitelli. (…) Devant la glace, j’ai songé au fait que nous étions tous le résultat de ce que l’on savait, mais aussi de ce que l’on ignorait. Des générations d’ignorance. Des siècles et des siècles de secrets dissimulés. »

« Depuis les remparts de la ville, on apercevait en contrebas des oliviers aux reflets argentés, des vignes desséchées et des figuiers aux feuilles énormes – celles-là même qu’avaient utilisées Adam et Ève pour cacher leur nudité. Des collines d’un vert pâle tirant sur le jaune se dessinaient au loin, laissant place après une dizaine de kilomètres à la plaine métapontine et à la mer Ionienne. Autour de la ville, on pouvait encore deviner les mulattiere, les sentiers étroits que les paysans empruntaient jadis à dos d’âne pour se rendre au travail avant le lever du soleil, puis pour rentrer chez eux à la nuit tombée. Buia a buia, disait l’expression – de l’obscurité à l’obscurité. »

« Les mères, les grands-mères, les arrières-grands-mères étaient les héroïnes nationales dont on ne parlait jamais, celles qui avaient cuisiné, balayé, lavé des montagnes de linge, celles qui, de génération en génération, avaient œuvré dans l’ombre pour que ce pays devienne ce qu’il était aujourd’hui, et elles n’avaient agi ni par calcul ni par ambition. Simplement par amour. Ce n’étaient pas des victimes, mais des héroïnes. À la trappe, Ulysse, Hercule et les autres! Au diable, Zeus, Héra et le reste du panthéon! Vita avait changé son destin et le nôtre (…). Car, par sa propre volonté, Vita nous avait donné l’opportunité de vivre notre vie. »

Les jours de Vita Gallitelli, roman d’Helene Stapinski, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Szczeciner, éditions du Globe, Mai 2018 —

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5 commentaires sur “Les jours de Vita Gallitelli -Helene Stapinski

  1. J’adore l’Italie, le sujet de la quête identitaire.. on est un peu tous à la recherche de nos racines.. belle journée à toi Nadège, Bises d’une Bretagne ensoleillée

      1. Le seul pays où je pourrais émigrer c’est l’Italie.. Oui j’ai lu ce livre de Laurent Gaudé et c’est une merveille. C’est d’ailleurs le tout premier livre que j’ai lu de lui. Un auteur que j’affectionne beaucoup. Bises 🙂

      2. Je suis allée en Toscane – il y a longtemps, avec le lycée -. Ce pays me fascine. Je n’ai lu que ce livre-là de Gaudé (pour l’instant).

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