Romans préférés, lus en 2018

Les-inseparables

Les inséparables de Julie Cohen

Laissez-vous embarquer dans ce beau voyage d’amour au long cours, aux reflets changeants et aux ombres portées.

« Tu es mon commencement et ma fin, Emily, et tous les jours entre les deux. »

lecart

L’écart d’Amy Liptrot

Simplement beau et sincère.

« Je suis en chute libre, mais j’attrape tout ce qui s’offre à moi pendant cette chute. Oui, c’est peut-être une bonne façon de résumer la situation. J’ai renoncé à l’alcool, je ne crois pas en dieu, et mes histories d’amour se sont mal terminées, mais je trouve maintenant mon bonheur et mon ivresse dans le monde qui m’entoure. »

magnifica

Magnifica de Maria Rosaria Valentini

Un roman beau et prégnant.

« Que se passe-t-il quand une guerre se termine?  Qui le sait vraiment? Il faut le vivre et le voir pour pouvoir le dire. Parfois Magnifica, lorsqu’elle est épuisée, éreintée, à bout de forces, ferme les yeux et se représente l’espérance qui grandit dans un mois lointain, indéfini, à mi-chemin entre mai et juin. Quelques acacias résistent mais c’est l’odeur de gravats, de pierre, de sable, de terre meuble et de ferraille qui domine. Les décombres engloutissent les derniers îlots de la peur. Au coeur du néant, l’espérance n’a pas de corps ; nul ne peut toucher, nul ne peut s’agripper à l’une de ses mamelles et aspirer un colostrum qui nourrisse l’avenir. Pourtant l’espérance est perceptible. Elle avance pieds nus. S’habille d’absences. Susurre des voeux. Respire aux côtés de ceux qui ont faim de vie. Que les morts reposent en paix. Il n’y a rien d’autre à faire. Sinon inventer un commencement. »

leursenfantsaprèseux

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

Roman des lisières, des errances de l’adolescence, des territoires délaissés. Un déterminisme social insidueux, des parents brisés… après eux pas d’héritage pour leurs enfants.

« Et puis ces pères qui avaient voulu fuir la pauvreté, qu’avaient-ils réalisés en somme? Ils possédaient tous une télé couleur, une voiture, ils avaient trouvé un logement et leurs enfants étais allés à l’école. Pourtant, malgré ces objets, ces satisfactions et ces accomplissements, personne n’aurait pensé à dire qu’ils avaient réussi. À quoi cela tenait-il? Aux vexations professionnelles, aux basses besognes, au confinement, à ce mot d’immigré qui les résumait partout? Ou bien à leur sort d’apatride qu’ils ne s’avouaient pas? Car ces pères restaient suspendus, entre deux langues, deux rives, mal payés, mal considérés, déracinés, sans héritage à transmettre. Leurs fils en concevaient un incurable dépit. Dès lors, pour eux, bien bosser à l’école, réussir, faire carrière, jouer le jeu, devenait presque impossible. « 

lesjoursdevita

Les jours de Vita Gallitelli d’Helene Stapinski

Un roman passionnant, une quête identitaire, un voyage en Italie du sud, des serrements de cœur, de la souffrance, de la persévérance, du suspense. Une vie.

« Une nuit, je me suis regardée dans le miroir de la salle de bains. (…) À cet instant, j’aurais voulu pouvoir éplucher les différentes couches de mon visage, retirer les différentes strates de peau et d’os jusqu’à atteindre les secrets qui se cachaient sous mon code génétique, et qui m’observaient derrière ma faccia di Gallitelli. (…) Devant la glace, j’ai songé au fait que nous étions tous le résultat de ce que l’on savait, mais aussi de ce que l’on ignorait. Des générations d’ignorance. Des siècles et des siècles de secrets dissimulés. »

lanoyadepourlesdébutants

La noyade pour débutants de Ruth Hogan

Un roman prenant et émouvant, un suspense entretenu, des personnages attachants, un humour so british. Une belle lecture estivale.

« Je déploie tellement d’efforts pour changer, pour cesser de me raccrocher à ce chagrin qui me paralyse. Et parfois j’y arrive. Sauf que la peine n’est pas linéaire. Il suffit de sentir, de voir ou d’entendre quelque chose pour qu’elle revienne subitement, et il m’arrive certains jours d’avoir l’impression d’évoluer dans un univers semblable à un couvre-lit en patchwork dont les carrés colorés seraient en train de se découdre. »

Tenir-jusqu-a-l-aube

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

Des mots qui saisissent au plus profond et résonnent longtemps. Une situation relatée au plus près du réel. Une mère sans nom, sans visage… parce qu’elles sont si nombreuses, ces mères, à vivre cette vie-là. Regardons-les, écoutons-les, aidons-les…

« Elle y pense depuis des heures. Elle y pense en regardant l’enfant étaler son yaourt sur la table. Elle y pense en le voyant lancer ses petites voitures contre la porte. En ramassant les jouets, en remplissant le lave-vaisselle, en épongeant le sol trempé après le bain, elle y pense tout le temps. Ce soir, elle ressortira. Elle s’accordera deux heures cette fois. Deux heures, juste le temps de rejoindre le fleuve. Elle croisera des silhouettes, des visages, on la croira libre. »

Danslabaiefauve

Dans la baie fauve de Sara Baume

Ce texte est stupéfiant. Je n’ai jamais lu un livre d’une telle intensité. Le soliloque de Ray est porté par une langue merveilleusement imagée. L’auteure traque le moindre détail, la couleur la plus insoupçonnée, révèle les bruits et les rumeurs du monde, dessine une amitié indéfectible, dépeint tout à la fois les manifestations de la nature de l’âme humaine de la société et les confond, . On tourne la dernière page, le cœur battant fort dans la poitrine. Ces personnages tellement ingrats au commencement nous touchent nous remuent nous bouleversent tant qu’on n’a pas envie de les laisser.

« Parfois je perçois ta tristesse, la même que la mienne. Je la perçois à ta façon de soupirer, la tête basse. À ta façon de ne jamais baisser totalement la garde ni de tenir pour acquis l’univers que je t’offre. Ma tristesse à moi n’est pas un parti pris, mais quelque chose de coincé entre les murs de ma chair, comme un brouillard sale. Elle ternit tout. Elle roule le monde dans la suie. Elle vide mes membres de leur force et me voûte le dos. »

lesnuitsd'ava

Les nuits d’Ava de Thierry Froger

Cela s’agite, cela remue autour du lecteur, qui ne sait pas toujours où il se trouve ; au milieu d’un rêve, d’un fantasme, d’une obsession, de la réalité. L’écriture est drôle brillante et enlevée. L’image photographique et picturale, les idoles, la célébrité, les faux-semblants, le quotidien d’un type ordinaire, une société en mouvement, des colères, des revendications, des souvenirs, des regrets… autant de propos et de réflexions. Beau et étourdissant.

« Il est difficile d’imaginer ce que pouvait penser Rotunno à quatre heures du matin, ivre et seul avec le plus bel animal du monde dont la peau nue débordait outrageusement d’une grande chemise blanche mal boutonnée.(…)

cetetelaablumental

Cet été-là à Blumental d’Ursula Werner

Un premier roman à tiroirs – sur trois jours -, saisissant et passionnant, où la fiction et l’Histoire – avec un grand H – trouvent naturellement leur place.

« Et maintenant le Führer venait ici. Chez elle, dans cette maison. Dans ce foyer qu’Oskar et elle avaient créé et peuplé d’enfants et de petits-enfants. Cette maison dont le seuil n’avait été franchi que par des amis. Celle qu’elle avait enveloppée de beauté en plantant délibérément autour d’elle des strates de plantes fleuries et de fleurs parfumées pour que chacun à l’intérieur, en regardant dehors, se rappelle combien le monde était beau. »

oùpasselaiguille

Où passe l’aiguille de Véronique Mougin

De l’obscurité de la guerre au rayonnement de la mode, le patchwork d’une vie multiple, le tissage long difficile et beau d’un destin, l’assemblage de l’Histoire collective et de souvenirs intimes ; un roman émouvant, des personnages que je n’oublierai pas.

« La vérité : quand je couds, je n’ai pas de visions. Je ne revois pas le camp, les punitions, l’appel ou pire. Je me concentre, l’aiguille passe et repasse, chaque geste mille fois répété et doucement je deviens le fil, je deviens l’aiguille, je suis le tissu piqué et l’air que je respire, le rythme de la machine et le bruit de l’atelier. « 

lapetiteetlevieux

La petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie

Un grand roman servi par des dialogues savoureux et vifs en québecois, une narration tendre profondément humaine et des personnages tellement authentiques. Le réel nous est livré avec ses beautés ses malheurs ses humeurs ses fragilités ses douceurs aussi. Et l’imagination débordante de la petite nous emporte et nous enchante.

« Elle était si belle quand elle oubliait d’être dure, ma mère. Ce n’était plus qu’une adolescente qui jouait les madames dans un accoutrement qui témoignait du peu de temps et de moyens dont elle disposait pour elle-même. J’avais depuis longtemps compris que maman C’é-Toute, ce n’était pas pour moi, ni pour mes sœurs, mais pour elle, une façon de tenir le coup et de ne pas ramollir ses enfants, une façon de se convaincre qu’elle était dure, alors qu’en réalité c’était tout friable en dedans. Ma mère était une gaufrette. »

20 commentaires sur “Romans préférés, lus en 2018

  1. Un bilan qui laisse la part belle à des titres que je ne connais pas. J’en ai lu de ta liste mais ne les ai pas appréciés plus que ça… Les goûts sont vraiment différents d’une personne à l’autre.

  2. Les inséparables de Julie Cohen.. Ce livre me tente beaucoup. J’en ai entendu parler et ce que tu en dis m’incite à le découvrir. Le Nicolas Mathieu m’a beaucoup plu aussi. J’aime ces notes bilan. Merci Nadège, bises bretonnes 🙂 Ps: Je ferais moi aussi une note bilan pour les livres 😉 🙂

      1. Gérard Collard de la librairie la Griffe Noire a lui aussi adoré. C’est comme cela que j’en ai entendu parlé. Il y a eu ta note qui m’a conforté dans mon idée de le lire. C’est dommage de voir de tel livre oublié. Meilleurs vœux pour 2019 à toi Nadège ainsi qu’à ta famille, Bises bretonnes 🙂

      2. Oui, j’ai vu que Gérard Collard l’avait beaucoup aimé aussi, il a d’ailleurs fait une belle publicité au roman.

      3. J’aime bien Gérard Collard car il a une façon de parler des livres qui me plais. Il est drôle et donne envie de lire. Combien de fois je me suis dis après l’avoir vu : « je vais lire ce livre »… exactement comme pour ton blog et quelques autres qui permettent de m’orienter dans le maquis des sorties 😉

  3. J’aime beaucoup ta sélection et te remercie de l’avoir postée. je te souhaite de très belles fêtes et je t’embrasse.

    1. Nous avons Leurs enfants après eux en commun, évidemment! Sinon, le dimanche des mères figurait dans mon top 2017, ce roman est un très bon souvenir de lecture.

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