Max et la grande illusion – Emanuel Bergmann

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À Los Angeles, Max Cohn dix ans est effondré depuis qu’il a appris le divorce prochain de ses parents. L’annonce lui a été faite au Mickey’s Pizza Palace ; ses parents s’étaient sans doute imaginés que la nouvelle serait moins cruelle dans un endroit pareil. Le garçon, fils unique, ne peut pas envisager sa vie sans ses parents sous le même toit. Alors, quand son regard se pose sur un vieux vinyle de son père, tout s’éclaire. Sur la couverture un homme enturbanné en sari argenté tenant d’une main une baguette et de l’autre un lapin blanc prend la pose sous un titre flamboyant : Zabbatini, ses plus grands tours. Et parmi ceux-ci, se trouve Le sortilège d’amour éternel… Max part en quête du magicien, avec dans les yeux plein d’espoir.

Au début du 20ème siècle à Prague, naît Mosche Goldenhirsch. Fils d’un rabbin, orphelin de mère à huit, ans, Mosche est un petit garçon solitaire et taiseux jusqu’au jour où on l’emmène au cirque. À quinze ans, il quitte son père pour rejoindre le Cirque Magique embauché par l’Homme demi-lune un magicien et sa ravissante assistante Julia. Ensemble, ils arpentent les pays de l’Est et Mosche devient Zabbatini, mentaliste. D’aventures en déconvenues, il fait route seul mais rempli les salles, jusqu’à être arrêté par la gestapo. S’ensuit la guerre et ses affres, les tortures physiques et psychologiques, les humiliations, le froid, la faim, la peur.

Conte et pensée magique, triste réalité de la grande Histoire, innocence d’un enfant, sagesse d’un vieillard, Emanuel Bergmann livre ici un premier roman envoûtant. Par un merveilleux tour de force, il réunit deux personnes de monde et de siècle différents, mélangeant l’illusion au réel, la certitude au doute, la vérité au mensonge. L’ombre et la lumière valsent sans cesse au rythme des émotions.

Un roman plein d’amour, un rêve d’enfant réalisé, un témoignage vibrant pour la mémoire de la Shoah. Un premier roman drôle et émouvant à la fois, tendrement écrit.

« – Comment les mensonges peuvent-ils être vrais? – Comment? Les gens sont avides de se faire berner. Ils veulent croire à quelque chose de plus grand. Nous, on leur donne quelque chose d’un peu plus petit, et c’est pour cette raison qu’ils reviennent. La magie est un magnifique mensonge. »

« Pour lui, les choses du quotidien étaient toujours restés hors d’atteinte. Zabbatini avait passé sa vie à jouer des tours aux autres. Il était un menteur professionnel. Et désormais, la fin approchant, il n’y avait plus personne qu’il pouvait faire bénéficier de ses beaux mensonges. Ce qu’il regrettait le plus était d’avoir vécu une vie sans jamais s’être soucié que de lui, et non des autres. Maintenant, il n’y avait plus personne, il était seul. »

« La topographie de Berlin avait changé de fond en comble. Les choses qui autrefois semblaient stables et immuables – les murs, les maisons – se révélaient friables, guère plus solides que les illusions dont Mosche ait jamais vu : d’abord il y avait quelque chose, et un moment après, ç’avait disparu. Des rues entières s’évanouissaient à jamais. Dans les canaux flottaient des cadavres boursouflés. Et malgré tout, le public faisait comme si tout ça n’était que du théâtre et qu’il n’y avait rien de vrai. »

« Harry fouilla ses poches. « Ça marche, un portable? ». Zabbatini hocha la tête d’un air paternaliste ; à vrai dire, il aurait aimé que ce soit un objet plus romantique. Lorsqu’il avait commencé à montrer ce tour, à Berlin, les objets qu’on lui présentait étaient bien plus jolis. À l’époque, les gens possédaient encore des montres à gousset sur lesquelles étaient gravées des mots affectueux que l’on pouvait lire à voix haute, ils avaient des boutons de manchette et des épingles de cravate à leurs initiales, ou encore des mouchoirs aux broderies sophistiquées. Le monde était moins impersonnel. Et aujourd’hui? Aujourd’hui, tout le monde avait le même téléphone, de la même marque, et pourtant ils se prenaient pour des individualistes. »

Max et la grande illusion, roman d’Emanuel Bergmann, traduit de l’allemand par Mathilde Sobottke, Belfond, Septembre 2017 —

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7 commentaires sur “Max et la grande illusion – Emanuel Bergmann

  1. J’aime tant les histoires qui font se croiser et se rencontrer des personnages différents, et que leur différence justement rend d’autant plus unique et troublante. Merci ma Nadège de nous en parler si bien…
    Je t’embrasse

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