Nagasaki – Eric Faye

Nagasaki
Un homme, la cinquantaine avancée, semble excessivement inquiet, voire angoissé dès les premières pages du roman. Il vit seul dans une petite maison depuis de nombreuses années, avec les chantiers navals de Nagasaki pour paysage. Aucune présence féminine à ses côtés. Quotidiennement, il prend le chemin de son lieu de travail où il est métérologue. Son existence a un goût bien fade jusqu’au jour où il aperçoit de curieux changemements dans son intérieur, lorsqu’il rentre le soir ; des objets lui appartenant disparaissent ou changent de place. Une paranoïa s’empare alors de lui, et il se met alors systématiquement à tout vérifier après ses absences. Désireux de connaître le fin mot de l’histoire et peut-être aussi pour s’assurer qu’il n’est pas fou, il installe une caméra de surveillance et observe de son travail sa propre demeure.

Assez vite, il découvre qu’une femme de son âge entre et sort de chez lui quand il n’y est pas. La police est contactée et la femme arrêtée. Celle-ci était même porteuse d’une clé. Et quelle stupéfaction quand l’homme apprend que cette clandestine « vivait » à son domicile depuis près d’une année !

Difficile d’en dire davantage, le roman étant très court, il est préférable de se taire et de vous laisser découvrir…Juste dévoiler la présence d’une très jolie lettre écrite par la femme à l’homme à la toute fin du livre qui explique bien des choses.

L’auteur a, semble-t-il, façonné son roman à partir d’un fait divers s’étant réellement produit au Japon. Outre l’histoire surprenante d’une femme qui habite (et passe de nombreuses nuits) chez un homme en parfaite clandestinité, le roman évoque la solitude, les jours qui se suivent et se ressemblent, le chacun pour soi, la perte de l’identité, la déshumanisation, les racines, le chômage, la nostalgie d’un passé révolu…

Un style agréable et une lecture intéressante qui favorise la réflexion sur les divers sujets mis en évidence par l’auteur ainsi qu’une introspection sur sa propre vie , ce qu’on en fait et/ou ce qu’on veut en faire.

« Un jour, il ne se passe plus rien. La corde du destin, d’avoir été trop tendue, a cassé net. Rien de plus n’arrive. L’onde de choc de ta naissance est si loin désormais, oh ! Si loin. C’est la vie moderne. Entre échec et réussite s’étend ton existence. Entre gel et montée de fièvre. »

« Je n’ai jamais aimé ceux qui réussissent. Non pas parce qu’ils réussissent, mais parce qu’ils deviennent le jouet de leur succès, d’un Moi aveuglé. Le Moi à tout prix est la fin de l’homme. »

« Au lieu de se regrouper autour d’un feu, les je s’isolent, s’épient. Chacun croit s’en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c’est probablement la fin de l’homme. »

« L’idée de sens a été inventée par l’humanité pour mettre un baume sur ses angoisses et la quête d’un sens l’accapare, l’obnubile. Mais aucun « Grand Ordonnateur » ne nous surveille du haut des cieux. »

Nagasaki, roman d’Eric Faye, Editions Stock —

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