Le grand incendie – Gilles Baum et Barroux

dsc00137Quelque part dans le désert, sous un ciel immense, azuré le jour, étoilé la nuit, se dresse un palais haut et blanc, habité par un sultan. Plus loin, de modestes maisons, et devant, des hommes, des femmes des enfants affairés à leur besogne. Une fois le soleil couché, une fenêtre demeure éclairée ; un petit garçon ne parvient pas à s’endormir. Malgré le labeur des heures passées, son corps est épuisé mais son esprit veille. Vide est sa tête et tristes sont ses pensées. Il est en manque de mots, en mal de livres, depuis leurs disparitions.
Un matin, alors que le vent soulève le sable alentour, le petit garçon reçoit sur le visage une page. Une page brûlée. En levant les yeux, il voit le ciel s’assombrir peu à peu. Cette noirceur semble venir de l’autre côté de la montagne. Alors, il se met à la gravir pour voir ce qu’il y a derrière. Au faîte, il surplombe la cité d’où s’élève un grand feu, propageant une fumée sombre. En bas, les flammes envahissent une partie de la place, attisées par les livres que lui lancent les soldats. Et les gens assistent, impuissants à ce grand incendie. Sous leurs yeux, se consument des pages et des pages de leur passé, de leur Histoire, de leur culture, de leurs rêves. Envolée, la connaissance. Partie en fumée, la civilisation.
Les jours passent et le feu finit par s’éteindre. Le petit garçon s’avance et s’enfonce dans les cendres. Il ramasse une page déchirée, échappée du brasier… et très distinctement il peut y lire ces mots : « ô merveille un jardin parmi les flammes ». Il saisit alors un bout de charbon et marche jusqu’au mur du palais. Et se met à recopier les mots précieux qu’il vient de lire.
Le sultan, qui croyait avoir entre les mains le pouvoir sur tout humain et sur toute chose voit le mur de son palais recouvert de témoignages du passé. C’est qu’il avait sous-estimé la puissance des mots et la ferveur des hommes.

« Je n’ai rien. Ni rêve ni chien. La nuit, je m’endors la tête vide, dans les bras silencieux de maman. Les mots me manquent. Cela fait si longtemps que les livres ont disparu, nous n’avons plus la moindre histoire à partager. Le jour, il nous faut travailler, nous courber, prier et obéir. Puis attendre le jour suivant. Un matin pourtant, tout a changé, quand elle est tombée du ciel. »

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Le grand incendie, album de Gilles Baum et Barroux, à partir de 7 ans, Les éditions des éléphants, Septembre 2016 —

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7 réflexions sur “Le grand incendie – Gilles Baum et Barroux

  1. « il avait sous-estimé la puissance des mots et la ferveur des hommes » – voilà qui est très beau. Il n’y a rien de plus fort. Quel beau livre il me semble…

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