La sieste – Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier

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D’un petit somme, une fillette se réveille. Dans le silence bleuté et feutré de la maison, elle tente de soulever ses paupières encore lourdes et son corps tout engourdi de chaleur. Puis à l’extérieur, des bruissements résonnent, une lumière flamboyante jaillit… Seule face à ces bruits, à ce rayonnement, et malgré les frissons, la curiosité semble être la plus forte. Le lit devient bateau, la couverture se change en voile, la douceur l’enveloppe, l’imagination la porte. En apesanteur, elle flotte. Rêve réel, jour nuit, mouvement immobilité, dedans dehors, calme vacarme, langueur ardeur… tout se fond et se confond. Ça tangue, balance, berce, ça roule, remue, rugit. Là où elle est, temps et espace n’ont plus de prise. La sieste enchanteresse tisse ses fils merveilleux, des ponts joyeux entre le songe et la réalité.
Avec sa si jolie sensibilité et ses mots si bien pesés, Stéphanie Demasse-Pottier nous transporte au milieu du jour dans les bras de morphée et Marie Poirier fait vibrer de ses couleurs contrastées ce monde ensommeillé avec une profonde élégance.

« Sous ma couverture, bien au chaud, j’étais comme une barque bercée par le vent. »

La sieste, album de Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier, à partir de 5 ans, L’étagère du bas, mars 2020 —

La belle échappée – Maylis Daufresne et Magali Dulain

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Entre les feuillages, Alice aperçoit un petit chat sauvage. Elle aimerait tant le suivre et jouer avec lui par-delà la lisière, mais elle entend l’appel de sa mère. Le soir tombe, il faut rentrer… Ce qu’Alice ne sait pas, c’est que de l’autre côté du jardin, alors qu’elle rêve à la fenêtre de sa chambre, le chaton est en grande discussion avec les animaux de la forêt. Hibou, renard, lapin, écureuil biche et loup écoutent avec attention sa demande : il aimerait tant que la fillette vienne les rejoindre pour jouer avec eux derrière le rideau de la forêt et le voile de la nuit. Le loup, chef du conseil acquiesce. Tous se précipitent sous la fenêtre ouverte et font la courte échelle à Alice, ravie. La petite bande s’enfonce dans le bois, au cœur de la nuit. S’ensuit une longue chevauchée fantastiquement joyeuse.  Le lendemain, c’est au tour du petit chat de passer la journée au sec dans la maison d’Alice, alors qu’il pleut à verse. De s’amuser follement avec une ribambelle d’enfants et de s’aventurer dans tous les coins et recoins.
Un bel album, qui sous les mots doux et apaisants de Maylis Daufresne, ôte à la nuit toute peur et toute angoisse. Une nuit lumineuse et bienveillante merveilleusement dessinée par Magali Dulain. Alors vous aussi, échappez-vous en beauté, et respirez la nuit!

« Le chaton prend alors la tête d’une folle farandole. Alice pirouette et valse du hibou au lapin, escalade les arbres avec l’écureuil, dégringole les talus à la suite du loup, hume les fleurs des bois aux côtés de la biche. Elle se couche par terre et respire la nuit. »

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La belle échappée, album jeunesse écrit par Maylis Daufresne et illustré par Magali Dulain, dès 5 ans, éditions Le diplodocus, mars 2020 —

L’anniversaire – Pierre Mornet

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Une jeune femme tombe. Les cheveux flottants, les yeux mi-clos, la main sur le cœur. Longue est la chute. Lente et calme. Douce langueur de s’abandonner en enfance. Elle se laisse doucement glisser dans le passé, le temps d’un sommeil. Redevenir petite, entourée d’amies, le jour de son anniversaire. Les yeux grands ouverts sur le vaste monde. Son visage parmi les fleurs. Des robes pareilles à des pétales. Des couleurs pastels comme une caresse. Des jeux des rires et des danses. L’innocence. Et en se cachant, se perdre… Se retrouver dans une forêt sombre, au plus près des animaux. Sur sa robe azur des gouttes de pluie qui se précipitent. Des grondements, un orage. Un manteau d’ombre et de mélancolie. Minuscule, assise sur une feuille d’arbre, elle s’envole… La reine de la nuit lui apparaît puis disparaît, en un battement de cil. Et c’est l’éblouissement, l’apaisement, la bienveillance ; le surgissement d’une fillette aussi blonde qu’elle est brune. Elles se reconnaissent. Comme une évidence, complices. À jamais amies. Mais le jour s’achève, l’heure de la séparation a sonné. Il va falloir redescendre… Avant cela, passer voir la reine de la nuit, avec passion et audace lui parler d’amitié, de ce sentiment si fort qui ne supporte pas l’abîme…
Des illustrations-tableaux, un texte-poème, une atmosphère envoûtante, une rêverie mélancolique, un anniversaire inoubliable, la naissance d’une amitié, le temps qui passe et l’enfance qui reste, lovée dedans,  indéfectiblement.

« Lasse d’avoir tant couru, je m’allonge sur l’herbe tendre. Je ferme les yeux. »

« Suis-je en train de rêver? Tout cela semble irréel. »

« C’est l’amie dont je rêvais, je suis l’amie qu’elle attendait. »

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L’anniversaire, album de Pierre Mornet, à partir de 8 ans, L’étagère du bas, février 2020, (édité pour la première fois par Autrement Jeunesse en 2013) —

Un hiver chez Plupp – Inga Borg

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Quelque part dans le Grand Nord, Plupp, un petit lutin aux cheveux bleus s’éveille. Le bruit du vent tempétueux a eu raison de son long sommeil. Mais quelle heureuse surprise en ouvrant la porte de sa cabane : un paysage tout blanc! Blanc de neige… Il est temps de se lever et d’aller jouer avec ses amis Hermine et Lemming. Dévaler les montagnes à skis, s’amuser à cache-cache, rencontrer lièvre, chouette, renard, moineau, ours  admirer les aurores boréales et les levers de soleil. Profiter de l’hiver, de la neige, des amis, des ciels orangés jusqu’au printemps, une nouvelle saison pour d’autres jeux. Des jours plus longs avec une lumière plus intense et des couleurs plus vives.
C’est toujours un plaisir de retrouver Plupp – personnage incontournable suédois né il y a soixante-cinq ans sous le pinceau d’Inga Borg – sa prévenance son enthousiasme son regard curieux son empathie, les illustrations aquarellées, le doux rythme des saisons, les richesses de la nature.

« Plupp est un petit être « invisible » qui parle aux animaux. Il est invisible pour tous les humains – sauf toi et moi. Il habite quelque part dans le Grand Nord, dans les hautes montagnes. C’est là qu’il vit, dans une petite cabane de mousse près d’un lac qu’il appelle le lac bleu. »

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Un hiver chez Plupp, album d’Inga Borg, traduit du suédois par Nils Ahl, à partir de 4 ans, L’étagère du bas, février 2020 —

Abécédaire des métiers imaginaires – Anne Montel

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Toi, petit, qui ne sais pas, et te demandes sans cesse ce que tu feras, deviendras, plus tard, quand tu seras grand. Qui penses à mille choses merveilleuses, aventureuses, tout le temps, mais qui doutes toujours. Ce livre est pour toi. Toi, grand, qui as un travail, aimé ou pas, depuis longtemps ou pas, mais qui as toujours dans le cœur et dans la tête des envies d’ailleurs et de doux rêves, que ton esprit pragmatique sans cesse chasse. Ce livre est pour toi.
Monte sur le manège et laisse-toi porter. De lettre en lettre, déambule parmi les métiers imaginaires aquarellés : tendres, fantaisistes, utiles, futiles, poétiques, pointus, manuels, intellectuels, créatifs, sur terre, dans les airs, sur l’eau, dans un bureau, un magasin, un atelier, sur la route, sous le soleil, dans le brouillard, près des arbres, sur une machine, à bicyclette, sur une plage, dans un champs, auprès d’animaux… Tu verras, ton voyage sera beau et riche! Sans aucun doute, tu trouveras ta vocation! Je suis impatiente de savoir quel métier te plaira le plus : Attrapeuse de chat dans la gorge? Inspecteur spécialisé en chaussettes perdues? Jockey de cheval de manège? Marchand de sable? Ondulateur de lacets de chaussures? Peintre de feuilles d’automne? Ou peut-être Retrouveuse de pain perdu…?…

C c Cultivateur de cœurs d’artichauts

« Cornélius se lève aux aurores sans pester, le cœur léger. C’est un agriculture obsédé du bonheur. Il fait pousser avec tendresse des chardons succulents pour qu’ils soient dégustés lors des rendez-vous amoureux. »

E e Empêcheur de tourner en rond

 » Souvent, ça ne tourne pas rond dans la tête de l’excentrique maçon bougon Sigismond. C’est le métier qui veut ça. Empêcher le monde de tourner, forcément ça fait de vous un être à contresens. Les gens ne sont jamais contents qu’on leur dicte leur conduite, alors ils lui en veulent. Plongé dans une profonde solitude, Sigismond se sent comme un grain de sable dans des rouages. »

R r Retrouveuse de pain perdu

« Je traque, je renifle et je piste chaque recoin de la ville et rassemble les indices pour retrouver les tranches de pain perdu. Ces imbéciles n’ont aucun sens de l’orientation et errent dans le quartier des jours durant. Je les retrouve totalement chamboulés, leur face de mie ravagée par le soleil, barbouillée de larmes de sucre. »

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Abécédaire des métiers imaginaires, écrit et illustré par Anne Montel, à partir de 5 ans, Little Urban, janvier 2020 —

Perdu dans la ville – Sydney Smith

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Dans un bus bondé, un garçon au regard inquiet progresse vers la ville, New York probablement. La ville, son agitation, ses bruits… voitures klaxonnantes, sirènes, tohu-bohu de chantiers de construction, gens pressés, fumée et poussière, grattes-ciel immenses, grandes rues surchargées, ruelles sombres, ombres et grisaille envahissantes. Seul au cœur de la ville, en plein hiver de surcroît, on est un petit point minuscule face à une kyrielle de dangers. Ça, le garçon le sait bien, sans expérience on se perd facilement… En rentrant chez lui ce jour-là, il s’inquiète pour quelqu’un. Quelqu’un qu’il aime très fort. Perdu dans la ville. Alors il s’adresse à lui, en pensée. Il le met en garde, le rassure, lui indique les lieux sûrs. L’enveloppe d’ondes bienveillantes. À pied sous la neige, il parcourt son chemin quotidien vers sa maison, et confiant espère que celui qu’il aime tant suivra ses pas. Et rentrera enfin.
Un texte comme une prière et des dessins émouvants. Le trait noir est appuyé, la représentation de la ville est géométrique – verticalité, droites parallèles, lignes entrecroisés, rectangles, perspectives -, cinématographique  – cadres, gros plans, plans large, caméra subjective, contre-plongée -. Mots et images créent une tension narrative, du suspense, un climat immersif – À qui parle le garçon?. Un très bel album immersif.

« Je sais ce que c’est, de se sentir perdu dans une grande ville. (…) Mais je te connais. Tout ira bien. Si tu veux, je peux te donner des conseils. Les ruelles offrent parfois des raccourcis. Mais ne prends pas celle-ci. Elle est trop sombre. »

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Perdu dans la ville, album de Sydney Smith, traduit de l’anglais (États-Unis) par Rosalind Elland-Goldsmith, Kaléidoscope, janvier 2020 —

J’ai décidé de changer! – Xan Harotin

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Ah! Décider de changer, devenir autre : plus grand, plus fort, plus courageux, plus joli, plus plus plus, et, moins peureux, moins discret, moins caractériel, moins désordonné, moins, moins, moins… Pas facile de s’accepter tel qu’on est, d’être soi! De trouver l’équilibre. Justement, la petite souris de ce livre nage en plein doute. Elle a des amis, s’amuse, partage de belles choses avec eux et pourtant parfois elle aimerait être libre comme l’oiseau, piquant comme le serpent, loyal comme le chien, débrouillard comme le chat, costaud  comme l’éléphant… Alors hop, un jour elle décide de changer ! La petite souris se métamorphose alors en toutes sortes d’animaux. Dans leur peau, elle perçoit de nouvelles sensations et capacités, mais a-t-elle vraiment envie de leur ressembler?
Un album aux couleurs douces et aux rondeurs enveloppantes tendre amusant et pertinent sur l’acceptation de soi, sur ce qui rend l’humain que nous sommes unique différent et spécial.

J’ai décidé de changer! album jeunesse de Xan Harotin, à partir de 3 ans, L’étagère du bas, janvier 2020 —