Victor et les brigands – Juliette Vallery et Magali Bardos

victor

Avec l’air satisfait de ceux qui viennent de faire un mauvais coup, deux filous – un grand un petit – arrivent dans une forêt, dans l’idée d’y installer leur campement et leur trésor. Un trésor ô combien précieux, un prisonnier de taille : Victor, le fils du roi en personne! Un trésor qui pèse lourd, au sens figuré comme au sens propre. C’est qu’il leur en a fallu de l’énergie et du temps pour le capturer et le traîner jusqu’ici dans un gros coffre! Tout ça le gosier vide… Énervés par la faim qui les tenaille, les brigands se mettent à se chamailler. Victor, perspicace et rusé, en profite pour les asticoter davantage. La colère monte tant entre les deux affreux que leur attention s’échappe, comme Victor! Le jeune prince revient au château en héros. Son courage et sa finesse d’esprit sont salués par ses parents. Sans attendre, le roi lui fait préparer un cheval pour partir à l’aventure affronter le monde, sous l’œil inquiet de la reine.
Une histoire drôle et finaude racontée d’une manière théâtrale, avec rythme rebondissements et enchaînement d’émotions. Un petit album haut en couleurs, une évocation habile de l’enfant qui grandit.

Victor et les brigands, album écrit par Juliette Vallery et illustré par Magali Bardos, à partir de 4 ans, L’étagère du bas, juin 2020 —

Amour – Matt de la Pena et Loren Long

amour

Des mots d’amour sur l’amour, sentiment universel, qu’on espère unique. Une force qui, contre vents et marées fait plier les roseaux. Une joie irrésistible. Une caresse troublante. Une douceur qui se glisse partout, dans les regards sur les lèvres à travers les gestes, dans les larmes aussi. Une vibration qui fait avancer courir gravir. Une voix éblouissante, un rire éclatant, la faveur d’une musique. L’attention d’un parent, la bienveillance d’un paysage, l’aide d’un ami d’un voisin, les couleurs apaisantes d’un ciel, l’eau qui jaillit au milieu du béton, l’incendie qui violemment réveille et révèle les étoiles qui elles, scintillent encore après leur mort… La peur la tristesse les cauchemars, inlassables rôdeurs, et des bras enveloppants consolateurs qui réchauffent de tout.
Page après page, voir défiler ce sentiment beau et enivrant, prendre conscience de sa présence au quotidien dans des moments simples, des instants enchantés parfois fugaces mais toujours délicieux. Un album tendre et généreux, une ode à l’amour, un récit à la deuxième personne du singulier qui touche au plus profond.

« Avec le temps, tu apprends à reconnaître un amour négligé. Un amour qui se lève à l’aube et se rend au travail en autobus. Une tranche de pain trop grillée qui a le goût de l’amour. Et c’est l’amour dans chacune des rides du visage de ton grand-père alors qu’il s’assoit pour pêcher sur un vieux seau retourné. »

Amour, album écrit par Matt de la Pena et illustré par Loren Long, traduit de l’anglais (États-Unis) par Paule Brière, éditions D’eux, mai 2020 —

À la recherche des trois flamants roses – Leona Rose

rose

Mettez de la couleur dans votre été avec ce Cherche et Trouve géantissime par la taille et la splendeur! Partez en quête de trois flamants roses, un trio de chic et de choc ; Leona artiste globe-trotteuse et ses lunettes cœurs, Naomi accro du shopping et son téléphone, Michel aventurier boute-en-train et son appareil photo. Suivez-les à travers le monde ; de Marrakech la ville rose à la mer turquoise de Colombie, de la baie de Hong-Kong à Paris, de la Havane à Bali… Un voyage joyeux amusant et haut en couleur, des tableaux foisonnants de détails – nature, personnages, lieux emblématiques -. Écrit et illustré par l’artiste française Leona Rose, célèbre pour ses fresques gigantesques de jungles déjantés sur les murs d’hôpitaux, d’orphelinats et autres bibliothèques dans le monde entier, cet album ravira les petits et les grands. Entrez dans son univers coloré lumineux drôle et tendre, vous passerez un moment charmant! Et à la fin de l’album, sortez vos crayons ou vos feutres Posca et coloriez le dessin offert par l’artiste!

 » L’aventure commence à Marrakech, surnommée la ville ROSE. Parfaite première destination pour trois flamants roses, non?
À peine arrivés, nous commandons un chameau-taxi. Direction la médina et les souks. Les odeurs d’épices sont enivrantes. Le soleil éblouissant. Un peu de shopping pour commencer. Naomi insiste, elle veut absolument des babouches léopard imitation Chanoul. Perdue dans les méandres des ruelles, je suis à la recherche de lunettes de soleil, pour voir la vie en rose. »

« Après l’Amérique latine, le Cambodge et une magnifique balade en remontant le Mékong. Nous nous dirigeons vers l’une des plus belles merveilles du monde, les mystérieux temples d’Angkor, pour assister au lever du soleil dans une ambiance pourpre. De nombreux films ont été tournés ici, au milieu des ruines et de la jungle, comme Tomb Rider, avec Angelina Perdrix. C’est la cohue, on est happés par une foule dense de touristes. Des familles entières de tigres chinois se bousculent pour assister au spectacle. Clic clic clic, un soleil indigo se lève sous un millier de projecteurs, illuminant le BRUN de la terre, le vert des rizières, le bronze des statues et des sculptures des temples d’autrefois. »

rosea

roseb

rosec

rosed

À la recherche des trois flamants roses, album de Leona Rose, à partir de 7 ans, éditions Little Urban, juillet 2020 —

Le jardinier qui cultivait des livres – Nadine Poirier et Claude K. Dubois

FullSizeRender-1

C’est l’histoire d’un jardinier, différent. Et d’une petite fille, sans parents. Tous deux solitaires. Et amoureux des mots et des livres. Il aime les récits, elle, les documentaires. Il la trouve un jour, blottie, parmi les livres qu’il fait pousser. Elle le découvre alors, éblouie.  Au village, les gens ne veulent plus écouter les histoires du jardinier ni les connaissances de la fillette. L’homme ne sait pas s’y prendre. Les enfants, il ne connaît pas. Mais en entendant sa voix, il se laisse bercer et savoure l’instant. Qu’est-ce qu’elle est heureuse, là, face à cet éleveur de livres! Peut-être pourrait-il la faire pousser comme il fait pousser ses livres… pense-t-elle. D’abord étonné, puis embarrassé, il finit par saisir la petite par la taille et la soulève contre lui pour la planter… leurs deux cœurs battent alors à l’unisson. De l’eau des fruits des légumes, des lectures une couverture, une épaule pour poser sa tête, de la bienveillance du partage des oreilles attentives… et voilà que naissent une fille et son père. Un album d’une douceur infinie sur le pouvoir immense des livres, l’empathie et la paternité, merveilleusement illustré par le trait léger tendre et lumineux de Claude K. Dubois.

« – Faire pousser des enfants? Voilà une bien drôle d’idée!
– Vous faites bien pousser des livres! soutint la petite fille.
– Et qu’est-ce que j’en ferais? lui demanda le jardinier, curieux.
– Vous ne seriez plus seul, de répondre la petite fille en le regardant droit dans les yeux. »

Le jardinier qui cultivait des livres, album écrit par Nadine Poirier et illustré par Claude K. Dubois, à partir de 5 ans, éditions D’eux, Mai 2020 —

Les corps paysages – Manon Galvier

pysages

Des corps qui inspirent, des paysages qui respirent… Partez en balade avec Tom Bachir Félicie Lilou Naïma Émile Maël et Camille. Glissez-vous à leurs côtés. Regardez, écoutez, sentez, touchez, goûtez. Plongez dans les couleurs chatoyantes, observez les balancement des corps ; les yeux de Tom qui comme des fleurs papillonnent ; les doigts de Bachir qui comme des ailes tournoient ; la chevelure de Naïma qui comme une jungle se déploie… Au fil des pages, bougez vous aussi votre corps, en rythme avec la poésie qui se dégage de ce petit livre joyeux et joueur. Parties du corps et paysages s’épousent et se confondent merveilleusement. De mime en mime, l’imagination divague et la nature s’étale, foisonnante et luxuriante. Entrez dans la ronde, amusez-vous, laissez-vous surprendre par la beauté des paysages dans lesquels bientôt, les corps se fondront. Pour les petits et les grands, pour s’approprier son corps, pour rêver, pour chercher, pour se cacher… Un bel album-promenade.

corps2corps3corps4corps7corps1

IMG_5539

Les Corps paysages, album de Manon Galvier, à partir de 3 ans, Le Cosmographe éditions, juin 2020 —

Léni veut aller danser ! – Stéphanie Demasse-Pottier et Bérengère Mariller-Gobber

leni

Au lever du soleil, une petite fille se réveille, les cheveux en bataille et  les yeux rieurs. Un réveil aux aurores pour un jour qui compte. Car dans quelques heures elle se rendra à l’anniversaire de sa meilleure amie… alors vite trouver un déguisement chouette ; enfiler une robe qui tourne, rouge, un chapeau qui bouge, mettre un peu de rose sur les joues, nouer un papillon vert autour du cou, et porter les belles chaussures d’Alma sa grande sœur, qui l’assiste avec joie et gentillesse. À 7h30 là voilà prête pour la fête! Mais avant, se glisser dans le lit tout chaud et les draps tout doux de ses parents chéris… la fête est encore loin mais, en rêve déjà, Léni danse danse danse!
Un petit album fait de tendresse, avec des crayonnés comme une caresse et un texte joyeux et drôle.

Léni veut aller danser!, album écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Bérengère Mariller-Gobber, à partir de 3 ans, L’étagère du bas, juin 2020 —

Ilié Prépéleac – Nora Lecta et Aglaé Rochette

ilie1

ilie2

On entre dans ce livre comme dans un rêve. On perd tous ses repères, les éléments les lieux se confondent, il fait froid il fait chaud, on flotte on s’enfonce, la lumière inonde les ombres intriguent. Du bleu du jaune, couleurs qui ensemble, se fortifient. Envers endroit, deux parties d’une même histoire. Une histoire foisonnante où humains animaux végétaux  chimères cohabitent et agissent dans un monde kaléidoscopique à la fois antique et moderne, chamarré et sobre, aux paysages fantastiques et transylvains – l’autrice est roumaine -.  La société est matriarcale et se régénère naturellement ; les petites filles naissent de la longue chevelure des vieilles dames qui se meurent. Mais dans la ville de Panoï, un homme, nommé Ilié, vit parmi ces femmes. Elles ne savent pas le pourquoi du comment de la présence curieuse d’Ilié sur le sol qu’elles foulent et dans l’air qu’elles respirent, mais ne s’en inquiètent absolument pas. Récupérateur de ferrailles le jour, il attend le soir avec impatience car sur sa ligne de tramway aérien Sofia Onega, une jeune femme pleine de grâce y vend des fleurs. Amitié amoureuses, attachement sincère, Ilié et Sofia aiment être l’un avec l’autre. Passionné d’astronomie, il découvre une nouvelle planète Halmer 1113 qui, enceinte, va bientôt devenir mère… Et son arrivée à Panoï coïncide avec la dissolution de Sofia dans l’espace. Passent les mois sans elle, Ilié aperçoit par une lucarne son foulard jaune flotter au loin au-dessus des plaines. Il quitte Panoï, et entreprend alors un voyage au long cours, pour retrouver sa bien-aimée. L’histoire se poursuit donc au verso en Siméria où il fait la connaissance d’une fileuse d’écume qui va lui tisser la trame à suivre. Sur son chemin il trouvera un cheval de mer, un oiseau, une méduse, une truie bleue, un poisson… Ses pas aventureux et impatients le mèneront jusqu’à un grand lac miroitant. La belle Sofia s’y reflétera-t-elle? Un album vertigineux, où les contes et les légendes côtoient des notions contemporaines comme l’écologie, le féminisme, des sujets éternels comme l’amitié l’entraide, et le mélange de deux cultures de deux imaginaires. C’est doux beau captivant étonnant lunaire onirique drôle fabuleux fou… À lire relire admirer méditer!

« L’ombre tombera sur la ville et le ciel germera. Alors le haut sera le bas, le début la fin et viendront les jours heureux. »

« À chaque coin de rue, quelques habitantes fatiguées bayaient longuement aux corneilles ; de temps en temps elles avalaient par mégarde des couleuvres étourdies. »

« Ilié continua ainsi sa marche, les yeux rivés sur le ciel, la tête dans les nuages. (…) À mesure que l’on s’écartait de Panoï, des millions de tortues blanches guidées par leur sultane sillonnaient les champs en direction des sources thermales. Même s’il marchait prudemment pour ne pas gêner leur migration tardive, la neige réduisait considérablement la visibilité et un immense ravin, surgi de nulle part, ne se trouvait plus qu’à quelques pas à présent. Ilié Prépéleac n’eut même pas le temps de songer à s’arrêter qu’il se sentit basculer au fond du gouffre, dans un autre monde peut-être. »

FullSizeRender

Ilié Prépéleac, une histoire racontée par Nora Lecta et illustrée par Aglaé Rochette, à partir de 10 ans, grand album recto-verso, Le Cosmographe éditions, janvier 2020 —

Le lion et l’oiseau – Marianne Dubuc

lelion

Dans le ciel, les feuilles des arbres ont commencé leur danse. Lion prépare le jardin pour l’hiver quand un bruit le surprend : un oiseau en partance pour un horizon plus chaud vient de tomber. Vite, Lion bande son aile cassée mais il faudra du temps au petit oiseau pour voler à nouveau, et ses amis voyageurs sont déjà loin. Le lion pose alors l’oiseau sur sa crinière – un petit nid douillet à souhait -, et l’emmène dans sa maison. Ensemble ils passeront l’hiver, un hiver amusant et enveloppant à lire au coin du feu, à faire de la luge, à pêcher… mais quand reviendra le printemps, les oiseaux migrateurs eux aussi, seront de retour. Il sera l’heure de se séparer. Le petit oiseau  rejoindra les siens… « C’est la vie. » Il est difficile de se quitter lorsqu’on a partagé tant de belles choses. Mais l’amitié est inaltérable, le temps a beau filer, elle ne rompt pas! Parfois, la solitude se glissera dans la maison et les pensées du lion mais le soleil d’été et les travaux du jardin sauront  la chasser… et la fin d’automne arrivera et avec elle un petit oiseau qui, à l’horizon chaud préférera la crinière toute douce d’un Lion ami.
Un album tout en délicatesse sur la force de l’amitié. En peu de mots et des dessins d’une tendresse infinie, on voit les saisons défiler et une amitié grandir. Les regards les gestes et les attentions qu’échangent le lion et l’oiseau rayonnent tant que le lecteur en est tout bouleversé.

« Et l’hiver passe ainsi, à deux, un jour à la fois. Un hiver tout blanc. Tout froid. Mais le froid, à deux, ce n’est pas si mal que ça. »

Le lion et l’oiseau, album de Marianne Dubuc, Saltimbanque éditions, mai 2020 —

La sieste – Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier

sieste

D’un petit somme, une fillette se réveille. Dans le silence bleuté et feutré de la maison, elle tente de soulever ses paupières encore lourdes et son corps tout engourdi de chaleur. Puis à l’extérieur, des bruissements résonnent, une lumière flamboyante jaillit… Seule face à ces bruits, à ce rayonnement, et malgré les frissons, la curiosité semble être la plus forte. Le lit devient bateau, la couverture se change en voile, la douceur l’enveloppe, l’imagination la porte. En apesanteur, elle flotte. Rêve réel, jour nuit, mouvement immobilité, dedans dehors, calme vacarme, langueur ardeur… tout se fond et se confond. Ça tangue, balance, berce, ça roule, remue, rugit. Là où elle est, temps et espace n’ont plus de prise. La sieste enchanteresse tisse ses fils merveilleux, des ponts joyeux entre le songe et la réalité.
Avec sa si jolie sensibilité et ses mots si bien pesés, Stéphanie Demasse-Pottier nous transporte au milieu du jour dans les bras de morphée et Marie Poirier fait vibrer de ses couleurs contrastées ce monde ensommeillé avec une profonde élégance.

« Sous ma couverture, bien au chaud, j’étais comme une barque bercée par le vent. »

La sieste, album de Stéphanie Demasse-Pottier et Marie Poirier, à partir de 5 ans, L’étagère du bas, mars 2020 —

La belle échappée – Maylis Daufresne et Magali Dulain

échappée

Entre les feuillages, Alice aperçoit un petit chat sauvage. Elle aimerait tant le suivre et jouer avec lui par-delà la lisière, mais elle entend l’appel de sa mère. Le soir tombe, il faut rentrer… Ce qu’Alice ne sait pas, c’est que de l’autre côté du jardin, alors qu’elle rêve à la fenêtre de sa chambre, le chaton est en grande discussion avec les animaux de la forêt. Hibou, renard, lapin, écureuil biche et loup écoutent avec attention sa demande : il aimerait tant que la fillette vienne les rejoindre pour jouer avec eux derrière le rideau de la forêt et le voile de la nuit. Le loup, chef du conseil acquiesce. Tous se précipitent sous la fenêtre ouverte et font la courte échelle à Alice, ravie. La petite bande s’enfonce dans le bois, au cœur de la nuit. S’ensuit une longue chevauchée fantastiquement joyeuse.  Le lendemain, c’est au tour du petit chat de passer la journée au sec dans la maison d’Alice, alors qu’il pleut à verse. De s’amuser follement avec une ribambelle d’enfants et de s’aventurer dans tous les coins et recoins.
Un bel album, qui sous les mots doux et apaisants de Maylis Daufresne, ôte à la nuit toute peur et toute angoisse. Une nuit lumineuse et bienveillante merveilleusement dessinée par Magali Dulain. Alors vous aussi, échappez-vous en beauté, et respirez la nuit!

« Le chaton prend alors la tête d’une folle farandole. Alice pirouette et valse du hibou au lapin, escalade les arbres avec l’écureuil, dégringole les talus à la suite du loup, hume les fleurs des bois aux côtés de la biche. Elle se couche par terre et respire la nuit. »

échappée5

La belle échappée, album jeunesse écrit par Maylis Daufresne et illustré par Magali Dulain, dès 5 ans, éditions Le diplodocus, mars 2020 —