L’arbre de Tata – Yu Liqiong et Zaü

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En Chine, de nos jours. Une jeune femme se souvient avec tendresse de l’année de ses six ans. Ses parents l’avaient alors confiée à sa grande tante dans le bourg voisin durant la reconstruction de leur village, dévasté par les rafales d’une tempête. Elle revoit son visage ridé et si doux, ses yeux fatigués et si pétillants,  ses fausses dents et son si joli sourire. Tata était très âgée, et pourtant jamais elle ne s’était ennuyée à ses côtés. Elle lui racontait la vie d’avant, la Chine d’autrefois, sa jeunesse, ses lectures, ses voyages, ses moments de bonheur et de malheur aussi… À la belle saison, entre rires et palabres, la vieille dame l’emmenait dans le parc au bout de la rue, une agréable promenade  qui se terminait toujours sous le sophora, un vieil arbre majestueux. À l’époque, la fillette trouvait cet arbre pareil à mille autres jusqu’au jour où son aïeule lui montra des marques sur son tronc. Des gravures belles et profondes, le vestige d’un amour éternel…

Quand l’arbre fut abattu, le cœur de Tata se brisa. Il en sorti de la tristesse et du chagrin, de la nostalgie et de l’ amertume… mais des années plus tard, cet arbre vit encore dans la mémoire d’une jeune femme.

Une histoire de transmission faite de souvenirs d’enfance, de liens tendres et précieux, d’amour et de fragilité avec en toile de fond une Chine en pleine mutation. Comme toujours, Zaü insuffle une puissance émotionnelle bouleversante dans ses illustrations.

« Tata s’est approchée de son arbre et, se baissant un peu, a doucement  caressé le tronc du bout de ses doigts.  Un vent léger soulevait un coin de son châle rouge grenat. Intriguée, je me suis avancée pour m’accroupir à côté d’elle. Là, dans un creux de la vieille écorce rugueuse, j’ai découvert quelques entailles à peine visibles. »

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L’arbre de Tata, album jeunesse de Yu Liqiong et Zaü, dès  7 ans, Éditions Hongfei, septembre 2017 —

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Tant pis pour la pluie! – Stéphanie Demasse-Pottier et Lucia Calfapietra

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Dedans c’est l’ennui, dehors c’est la pluie… Deux enfants s’embêtent, allongés sur le canapé. Même le chien, dans son panier, est couché. Ils doivent rester au chaud à l’intérieur en attendant qu’il ne pleuve plus. Que le temps paraît long… Bientôt le doux bruit de la pluie qui frappe à la vitre semble appeler les enfants. Alors ils se hissent sur la pointe des pieds pour assister au spectacle de la pluie à travers la fenêtre : un oiseau se protège sous une feuille, un escargot grimpe sur un mur, des garçons et des filles font du vélo dans les flaques en riant aux éclats… Tous ont l’air de s’amuser joyeusement ! Dans la maison, à l’inverse, tout est calme et monotone. Heureusement, les visages moroses et les tristes mines des enfants n’ont pas échappé au regard bienveillant de leur maman : « Tant pis pour la pluie! Mettez vos cirés, vos bottes. Allez ouste, on sort d’ici! » Sitôt dit sitôt fait, les voilà sous la pluie. Ils rayonnent.

L’égrènement des mots comme une ritournelle, le balancement entre le dedans le dehors le devant le derrière le haut le bas le près le loin, le jeu des couleurs et des angles de vue, autant de trouvailles belles et captivantes dans cet album… qui parvient judicieusement à faire oublier le sentiment de tristesse véhiculé habituellement par la pluie.

« Les feuilles des arbres sont pleines d’eau. On tend la main pour attraper les gouttes. C’est doux, c’est froid, c’est rigolo. »

« Tombe, tombe, tombe la pluie… Que cette journée est jolie! »

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Tant pis pour la pluie, album jeunesse écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Lucia Calfapietra, dès 3 ans, Grasset Jeunesse, Août 2017 —

Louise – Stéphanie Demasse-Pottier et Magali Dulain

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Si jolie avec ses longs cheveux blonds, si grande qu’on la pense conquérante, Louise porte pourtant une carapace bien pesante. Sa vie n’est pas si belle, elle est faite de confusion, de complications et l’envahissante solitude assombrit ses journées.  Pour se préserver, elle s’isole et s’envole en rêve, elle parle aux arbres et envie les hirondelles et leurs voyages. Même si parfois, elle ne peut pas retenir ses larmes…

« Et puis, un jour… Elle arriva. Elle portait le même prénom. »Louise et ses beaux cheveux bruns coupés au carré… Différente et si semblable, Louise et Louise…

Elles étaient deux désormais, à marcher côte à côte, à rêver, à penser, à se rassurer, à se raconter leur histoire, à partager leurs rires et leurs peines… Les larmes coulaient encore mais une main amie était toujours là pour les essuyer.

Du noir et du blanc, des mots implicites, de la sensibilité, de la profondeur, et comme une caresse une merveilleuse amitié, salvatrice de tous les maux.

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Louise, album jeunesse écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Magali Dulain, à partir de 6 ans, Éditions de L’étagère du bas, Septembre 2017 —

Petit jardin de poésie – Robert Louis Stevenson et Ilya Green

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Romancier du 19ème siècle, Robert Louis Stevenson, est célébré aujourd’hui encore pour ses œuvres principales L’île au trésor et L’étrange cas du docteur Jekyll et M. Hyde. Si l’aventure et le fantastique priment dans la plupart de ses écrits, l’auteur aimait  l’art délicat de la poésie et le petit monde de l’enfance dont il avait d’heureuses réminiscences. Ainsi, en 1885 paraît A child’s garden of verses – le jardin poétique d’un enfant -.

Des mots doux et tendres où la belle innocence la turbulente imagination et la pétulante fantaisie forment un charmant bouquet d’enfance. Avec simplicité et sensibilité, l’auteur convoque ses souvenirs, des images, des sensations, ses jeux, « la rivière mordorée », « les voiliers voguant », « les rues terreuses », « la bruyère, les genêts », « les fleurs rouges et bleues », « l’oiseau se poser sur la souche », le « royaume du sommeil », l' »avenir », « une part de tarte et des pommes », sa « petite ombre », son « petit lit le bateau de (s)es rêves »… il parle des saisons et de la nature, de ses joies et de ses questions, de ses rêves et de ses envies, d’ici et d’ailleurs, de ses voyages nombreux et immobiles. En regard de ses mots, les délicieux dessins d’une infinie douceur d’Ilya Green. Du vert de l’orangé du jaune, des visages enfantins mutins songeurs mélancoliques joyeux joueurs, des tableaux émouvants, des instantanés intemporels. Et des illustrations spontanées vu qu’Ilya Green a seulement eu une semaine et une palette limitée à trois ou quatre couleurs, un exercice audacieux merveilleusement réussi.

Un petit  jardin de poésie, un petit bout d’enfance, et de grandes résonances, forcément.

« Mon ombre

Il y a toujours une petite ombre
Qui me poursuit partout.
À quoi sert-elle? Je me demande.
Je n’en sais rien du tout.

On dirait moi, elle me ressemble
Des pieds jusqu’à la tête;
Et quand je glisse dans mon lit,
La voilà sous la couette.

Le plus étrange avec cette ombre,
C’est la façon dont elle grandit :
Ce n’est pas comme les enfants,
Tout petit à petit.

Non, certaines fois elle s’étire,
On dirait du caoutchouc mou ;
Et d’autres fois elle rétrécit
Et devient rien du tout.

Elle ne sait pas vraiment très bien
À quoi peut jouer un enfant ;
Mais elle sait bien, de temps en temps,
Me causer du tourment. (…) »

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       Robert Louis Stevenson 

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Petit jardin de poésie, poèmes de Robert Louis Stevenson et illustrations de Ilya Green, La collection, Août 2017 —

Ruby tête haute – Irène Cohen-Janca et Marc Daniau

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Aujourd’hui, dans une classe, la maîtresse présente à ses élèves la reproduction d’un célèbre tableau et sollicite leurs commentaires. Il s’agit d’une œuvre de Norman Rockwell, The Problem We all Live With – le problème avec lequel nous vivons tous -. Après les avoir écoutés, la maîtresse se met à raconter aux écoliers la véritable histoire de la petite fille à la robe blanche, Ruby Bridges.

 

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The Problem We All With, Norman Rockwell – 1964 –

Clairement inspirée par le tableau de Rockwell, Irène Cohen-Janca a posé ses mots sensibles et pertinents en regard des illustrations émouvantes et vraies de Marc Daniau, remarquablement bien réinterprétées.

La famille Bridges est installée à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, depuis deux ans quand elle reçoit la visite de gens luttant contre la ségrégation raciale. On lui annonce l’ouverture récente d’écoles de « blancs » aux enfants « noirs ». La petite Ruby, six ans, est concernée, sous réserve qu’elle réussisse le concours d’entrée.

L’examen obtenu, Ruby se rend à  l’école William Frantz escortée de quatre hommes de la police fédérale. On est en novembre 1960, elle est la seule enfant noire. À son arrivée, les parents d’élèves se dressent devant elle, font éclater leur mécontentement, crient, protestent, injurient, brandissent des pancartes et autres drapeaux insultants, pendant que leurs propres enfants entonnent des comptines racistes…   Et cette cruelle manifestation sera quotidienne durant plusieurs mois. Afin d’apaiser la colère de tous, Ruby suivra alors les cours de Madame Henry, sa maîtresse personnelle, au sein de l’établissement mais seule dans une classe vide.

Jour après jour, la petite fille garde la tête haute sur le chemin de l’école. Pas de colère sur son visage, pas de chagrin dans son cœur.  Pourtant, même si elle ne comprend pas l’origine de cette fureur tout autour – elle n’a que six ans -, et poursuit sa vie de petite fille avec ses jeux et ses rires en les partageant avec ses amis sa famille ses voisins, la violence s’insinue la nuit dans ses rêves.

Heureusement, des lettres bienveillantes arriveront de partout. Le temps fera son œuvre et les mentalités se modifieront. En 1963, Martin Luther King élèvera la voix prônant la liberté et l’égalité de chaque individu quelle que soit sa couleur de peau.

Ruby Bridges est un véritable symbole de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Un album à mettre dans toutes les mains, dès 9 ans, car aujourd’hui encore subsistent les vestiges de la ségrégation, de l’injustice et de l’intolérance.

« Le 13 novembre 1960, jour de la rentrée, je me suis levée de bonne heure pour me préparer. J’ai mis ma plus belle robe, ma mère a soigneusement natté mes cheveux avec un joli ruban. Soudain on a sonné à la porte. Quatre officiers de police se tenait sur le seuil. Ils nous ont annoncé qu’ils venaient nous accompagner à l’école William Frantz et nous protéger. Sans poser de questions, nous sommes montées, ma mère et moi, dans leur grosse voiture noire. En quelques minutes, nous étions arrivés, et un étrange spectacle nous attendait. Juste en face de l’école, plein de gens, rassemblés sur le trottoir, tenaient des pancartes et hurlaient. »

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Ruby tête haute, album jeunesse écrit pas Irène Cohen-Janca et illustré par Marc Daniau, à partir de 9 ans, Les éditions des éléphants, Août 2017 —

Dépêche-toi, maman, c’est la rentrée ! – Hubert Ben Kemoun et Marc Lizano

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Aujourd’hui c’est la rentrée des classes et Julie, quatre ans, est toute guillerette. Elle a tellement hâte de retrouver son école, ses copines et de faire connaissance avec sa nouvelle maîtresse. Après une nuit agitée où elle n’a fait que penser à la rentrée, elle se lève de bonne heure, prend un bon petit déjeuner pour faire le plein d’énergie, s’habille avec empressement, met son cartable tout neuf sur le dos et hop elle dévale les escaliers direction l’école! Quant à sa maman, son manque d’enthousiasme est évident. Elle aussi, a mal dormi. Mais elle n’a pas faim. Et elle prend son temps pour se préparer. Puis son air est triste. Julie lui dit de se dépêcher sinon elle va arriver en retard… mais sa maman marche lentement et dans ses yeux perlent des petites larmes… Julie sent qu’elle a besoin de câlins, de bisous et surtout d’être rassurée.

Un album touchant sur l’angoisse d’une maman face à  la rentrée scolaire de son enfant. Une angoisse tendrement désamorcée par sa petite « grande » fille.

« -Tout à l’heure, lorsque la cloche va sonner au clocher de l’église, nous l’entendrons toutes les deux… (…) -À ce moment-là, on s’enverra, en même temps, de gros baisers tourbillon-abeille-hélicoptère! Les miens arriverons ici, sur tes joues. – Et les miens viendront là embrasser tes yeux, maman. »

 

 

Dépêche-toi, maman, c’est la rentrée ! album jeunesse écrit par Hubert Ben Kemoun et illustré par Marc Lizano, dès 3 ans, Éditions Des ronds dans l’O, Août 2017 —

Plupp construit sa maison – Inga Borg

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Une silhouette lutine, des cheveux hirsutes et bleutés, un regard plein de douceur, une bouche toujours souriante, un nez tout rond et très rouge, un manteau bien chaud et très long et une grande écharpe nouée autour du cou ; voici Plupp le petit héros suédois sorti de l’imagination d’Inga Borg il y soixante ans.

Le petit bonhomme évolue dans un paysage d’aquarelle aux couleurs du Grand nord. Montagnes neigeuses aux reflets azurés et lacs miroitants immenses, arbres tordus par le souffle du vent et herbes folles à coton, sentiers escarpés et gros rochers gris, une nature éclatante qui abrite pleins d’animaux, tous les amis de Plupp.

Dans cet album, le lutin souhaite construire son home sweet home, et pour cela, rien de mieux que d’observer les habitations d’Hermine, Lemming, de la chouette des neiges et des renards, mais aucune ne le satisfait… Plupp pense alors à la hutte des hommes… Il se met alors en quête de branches avec l’aide de ses amis.

Je suis heureuse d’avoir enfin fait connaissance du célèbre Plupp. Les tableaux et les mots d’Inga Borg sont empreints de tendresse et de bienveillance. La nature y est belle et préservée, les personnages y sont attachants et les aventures passionnantes et enrichissantes. Un nouvel album arrive dans quelques semaines!

Plupp construit sa maison, album jeunesse d’Inga Borg, traduit du suédois par Fredrik Monteil, dès 4 ans, Éditions L’Étagère du bas, Octobre 2016 (première publication en 1956) —