Où se cache ma fille? – Iwona Chmielewska

Regard d’une mère ou d’un père sur son enfant. Un regard plein d’amour. Un amour entier, profond, clair, sincère. Une sincérité qui en dessine les contours avec ses points de couture, ses nœuds. On suit le fil de la pensée, et comme une broderie on découvre peu à peu le motif. Comme un patchwork, les pièces de tissus dissemblables s’assemblent pourtant. Endroit et envers existent, cohabitent. Le devant annonce l’évidence, le derrière est moins précis presque effacé. Et pourtant la doublure est essentielle. L’œil qui aime va au-delà de la surface. Le collage joue avec les textures l’épaisseur, qui ourle ainsi la densité et la richesse des êtres. Et puis il y a tout un bestiaire avec des expressions qui soulignent la nature humaine : l’escargot timide et sa coquille, la gaieté du pinson, la vivacité du suricate, la lenteur de la tortue, la force de l’éléphant, la méfiance du loup, la vulnérabilité d’un oisillon, la maladresse d’un hippopotame… Avec délicatesse et tendresse, ce parent passe en revue tout ce qui constitue son enfant, sa singularité, ce qu’elle donne à voir, ce qu’elle dissimule, ce que l’autre perçoit, et ce qu’il ne distingue pas. Le dénouement, émouvant, est un chavirement. Cet album est immensément beau.

« J’ai la conviction que tous ces petits bouts de tissus renferment, d’une certaine manière, le vécu et l’énergie des personnes qui les ont portés autrefois. » Iwona Chmielewska

 » Ma fille est gaie comme un pinson, mais, parfois, elle est triste comme un petit phoque. »

« Elle est alerte comme un suricate, mais elle peut être indifférente à tout comme un paresseux. »

« Il lui arrive d’être muette comme une carpe. Mais, parfois, elle est aussi tonitruante qu’un coq. »

« Elle est forte comme un éléphant. Ou faible comme un chaton. »

Où se cache ma fille? album d’Iwona Chmielewska, traduit du polonais par Lydia Waleryszak, à partir de 5 ans, éditions Format, septembre 2020 —

Le toboggan – Stéphanie Demasse-Pottier et Audrey Calleja

Dehors le ciel est gris, et le petit garçon de l’autre côté de la vitre, regarde tomber la pluie. À la maison, chacun s’adonne à une activité ; maman est occupée à coudre, frère et sœur sont devant la télé, chien et chat roupillent. Sauf lui. Car l’ennui s’est glissé tout au fond. Dedans aussi, c’est tout gris… Mais la vue de ses bottes en caoutchouc va soulever chez le petit garçon une bien belle idée. Très vite, elles sont à ses pieds! Et sur son dos un sac, tout le nécessaire pour partir à l’aventure ; goûter lampe de poche et doudou! Direction le toboggan, son repaire, son refuge, sa forteresse. Le lieu de toutes les histoires, de tous les pays, de toutes les couleurs, de toutes les musiques, de tous les rêves… Un texte doux et des illustrations coloriées et aquarellées enveloppantes avec pour thème l’ennui, un tremplin merveilleux pour plonger dans l’imaginaire la créativité et l’indépendance.

« Et je pars à l’aventure… Je vais sur la petite colline, derrière la maison. Là, m’attend mon toboggan. Mon endroit secret, rien qu’à moi. C’est une cachette parfaite! Ma maison à moi, mon château… »

Le toboggan, album écrit par Stéphanie Demasse-Pottier et illustré par Audrey Calleja, à partir de 3 ans, L’étagère du bas, septembre 2020 —

L’herbier philosophe – Agnès Domergue et Cécile Hudrisier

Au fil des pages, cheminer parmi les fleurs. Prendre le temps de les observer, de les envisager. Laisser courir ses doigts sur leurs calices et leurs corolles. Admirer leurs couleurs, imaginer leurs parfums, contempler leur élégance, leur sophistication, découvrir leur langage, apprendre leur nom en latin… Butiner de l’une à l’autre avec poésie ; perce neige, immortelle, dame de onze heure, rosée du soleil, compagnon blanc, belle de nuit, belle de jour, bouton d’or, fleur de passion, grand soleil, éphémère, lunaire, oiseau de paradis, l’amour en cage… S’emparer de leurs pensées clandestines, s’éveiller de leurs mots rêveurs, de leurs maux existentiels, se recueillir, être ému, s’émerveiller, s’interroger… Au fil des dessins, se laisser éblouir par la délicatesse la finesse la grâce la souplesse, effleurant avec douceur l’art de la calligraphie. Un herbier aquarellé, à cultiver dans son jardin secret, en effeuillant les koans japonais -. Une promenade dans la nature, un voyage intérieur. L’épanouissement des fleurs, une éclosion philosophique.

« L’éphémère a vécu toute une vie. Du début à la fin. Quelle est la durée d’une vie?

« Crois-tu que le vent se blesse lorsqu’il se bat contre les âmes barbares? »

« Je te demande de ne penser à rien, à quoi penses-tu? »

L’herbier philosophe, album de pensées écrit par Agnès Domergue et illustré par Cécile Hudrisier, Grasset Jeunesse, septembre 2020 —

Bonne nuit, Alphonse Aubert / Bien joué, Alphonse Aubert – Gunilla Bergström

Alphonse Aubert est petit mais son monde est grand. Car dedans, en plus de son Papa et de Puzzle le chat, il y a une imagination vive, une créativité bouillonnante et une canaillerie jolie. Avec lui, le quotidien devient fantasque, ébouriffant, fabuleux, souvent formidable. Comme un ascenseur cependant, ses émotions vont et viennent au fil de la journée, et parfois Alphonse se sent seul, inquiet, peiné… Heureusement Papa est là, aimant bienveillant et attentionné. Nous découvrons Alphonse Aubert pour la première fois en France avec ces deux albums. Figure culte de la littérature jeunesse scandinave créée par Gunilla Bergström dans les années 1970, Les illustrations enveloppantes à souhait, aux couleurs chatoyantes, mêlent joyeusement aquarelle et collage. Un brin désuètes, il se dégage d’elles beaucoup de charme et de tendresse. Quant aux textes, ils sonnent juste et n’ont pas vieilli. Les thème abordés touchent les préoccupations des petits, sans mièvrerie. La relation entre ce père – manifestement seul – et son fils est d’une infinie douceur. Très attachante, pleine d’amour. Et crédible. On ne peut qu’éprouver de l’empathie pour les personnages. Bonne nuit, Alphonse Aubert évoque l’heure du coucher – anxiété face à la séparation, peur du noir – et les stratégies mises en place par l’enfant pour repousser le moment d’aller dormir. Gunilla Bergström dédramatise la situation avec intelligence et drôlerie. Bien joué, Alphonse Aubert parle des interdits – ne surtout pas toucher la scie! – du pouvoir de l’imagination – bricolage d’un hélicoptère qui prend son envol au-dessus de la jungle – et le manque d’attention du père – occupé à lire son journal-. Un gros coup cœur pour cette série!

«  »Bonne nuit, dors bien », chuchote Alphonse avant de retourner dans sa chambre. Il décide de ne plus l’appeler. Un papa qui dort ne peut pas faire ce qu’on lui demande. Et si personne ne vient quand on appelle, ça ne sert à rien d’appeler, se dit-il. »

« C’est exactement ce qu’ Alphonse aimerait plus que tout! Papa monte dedans. Alphonse pilote. Enfin Papa joue. Ils s’envolent très loin et très haut. Ils jouent qu’ils voient tout un tas de choses. Des bateaux, des voitures, des avions et des nuages. Ils volent pendant longtemps, très longtemps. »

Bonne nuit, Alphonse Aubert / Bien joué, Alphonse Aubert, albums de Gunilla Bergström, traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy, à partir de 3 ans, L’étagère du bas, septembre 2020 —

Apolline et la vallée de l’espoir – Heng Swee Lim

Comme les tournesols qu’elle adore, Apolline chérit le soleil. Et l’astre lui rend bien, inondant de lumière la jolie vallée où elle vit, et son visage rieur. La vie ici-bas est belle, ses habitants en goûtent chaque matin son éclat, ses parfums, sa bonté, ses richesses. Coin de terre isolée, doux refuge, repaire salvateur après les douleurs… Mais les pétales dorées soudain se flétrissent, lorsque que là-haut les cieux s’assombrissent. Un nuage d’encre semble s’être ancré au-dessus de la petite vallée, menaçant la douceur des lieux, le bien-être de ses habitants. Le sol sans soleil se meurt, et le cœur d’Apolline se remplit de colère. Une colère qui explose qui rugit mais qui ne sert à rien. À sa place se glisse alors un chagrin immense… jusqu’à ce qu’une lueur d’espoir se love au creux de ce cœur si grand. Se battre contre un nuage noir est une cause perdue, le désespoir ne s’affronte pas, il se surmonte avec du courage de la confiance de la tendresse de l’amour du partage. En apprivoisant la noirceur, le soleil caché derrière se révèle, doux et harmonieux. Grâce à Apolline, merveilleuse messagère d’espoir, la petite vallée reprend ses couleurs d’antan, sa bonne humeur, ses rires étincelants, ses plaisirs simples. Et surtout sa lumière dorée. L’épure du dessin, l’encre noire, le jaune éblouissant, des émotions à fleur de peau, des mots sensibles, à dessein en filigrane l’histoire vraie d’une petite vallée campement de quarantaine pour lépreux quelque part en Malaisie, font un album radieux.

 » Et les jours passaient, et l’immense nuage noir demeurait. Et tandis qu’elle voyait ses tournesols flétrir puis mourir. Apolline sentait son cœur flétrir et mourir à son tour. »

Apolline et la vallée de l’espoir, album d’Heng Swee Lim, traduit par Christian Demilly, à partir de 4 ans, Grasset jeunesse, août 2020 —

Victor et les brigands – Juliette Vallery et Magali Bardos

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Avec l’air satisfait de ceux qui viennent de faire un mauvais coup, deux filous – un grand un petit – arrivent dans une forêt, dans l’idée d’y installer leur campement et leur trésor. Un trésor ô combien précieux, un prisonnier de taille : Victor, le fils du roi en personne! Un trésor qui pèse lourd, au sens figuré comme au sens propre. C’est qu’il leur en a fallu de l’énergie et du temps pour le capturer et le traîner jusqu’ici dans un gros coffre! Tout ça le gosier vide… Énervés par la faim qui les tenaille, les brigands se mettent à se chamailler. Victor, perspicace et rusé, en profite pour les asticoter davantage. La colère monte tant entre les deux affreux que leur attention s’échappe, comme Victor! Le jeune prince revient au château en héros. Son courage et sa finesse d’esprit sont salués par ses parents. Sans attendre, le roi lui fait préparer un cheval pour partir à l’aventure affronter le monde, sous l’œil inquiet de la reine.
Une histoire drôle et finaude racontée d’une manière théâtrale, avec rythme rebondissements et enchaînement d’émotions. Un petit album haut en couleurs, une évocation habile de l’enfant qui grandit.

Victor et les brigands, album écrit par Juliette Vallery et illustré par Magali Bardos, à partir de 4 ans, L’étagère du bas, juin 2020 —

Amour – Matt de la Pena et Loren Long

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Des mots d’amour sur l’amour, sentiment universel, qu’on espère unique. Une force qui, contre vents et marées fait plier les roseaux. Une joie irrésistible. Une caresse troublante. Une douceur qui se glisse partout, dans les regards sur les lèvres à travers les gestes, dans les larmes aussi. Une vibration qui fait avancer courir gravir. Une voix éblouissante, un rire éclatant, la faveur d’une musique. L’attention d’un parent, la bienveillance d’un paysage, l’aide d’un ami d’un voisin, les couleurs apaisantes d’un ciel, l’eau qui jaillit au milieu du béton, l’incendie qui violemment réveille et révèle les étoiles qui elles, scintillent encore après leur mort… La peur la tristesse les cauchemars, inlassables rôdeurs, et des bras enveloppants consolateurs qui réchauffent de tout.
Page après page, voir défiler ce sentiment beau et enivrant, prendre conscience de sa présence au quotidien dans des moments simples, des instants enchantés parfois fugaces mais toujours délicieux. Un album tendre et généreux, une ode à l’amour, un récit à la deuxième personne du singulier qui touche au plus profond.

« Avec le temps, tu apprends à reconnaître un amour négligé. Un amour qui se lève à l’aube et se rend au travail en autobus. Une tranche de pain trop grillée qui a le goût de l’amour. Et c’est l’amour dans chacune des rides du visage de ton grand-père alors qu’il s’assoit pour pêcher sur un vieux seau retourné. »

Amour, album écrit par Matt de la Pena et illustré par Loren Long, traduit de l’anglais (États-Unis) par Paule Brière, éditions D’eux, mai 2020 —

À la recherche des trois flamants roses – Leona Rose

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Mettez de la couleur dans votre été avec ce Cherche et Trouve géantissime par la taille et la splendeur! Partez en quête de trois flamants roses, un trio de chic et de choc ; Leona artiste globe-trotteuse et ses lunettes cœurs, Naomi accro du shopping et son téléphone, Michel aventurier boute-en-train et son appareil photo. Suivez-les à travers le monde ; de Marrakech la ville rose à la mer turquoise de Colombie, de la baie de Hong-Kong à Paris, de la Havane à Bali… Un voyage joyeux amusant et haut en couleur, des tableaux foisonnants de détails – nature, personnages, lieux emblématiques -. Écrit et illustré par l’artiste française Leona Rose, célèbre pour ses fresques gigantesques de jungles déjantés sur les murs d’hôpitaux, d’orphelinats et autres bibliothèques dans le monde entier, cet album ravira les petits et les grands. Entrez dans son univers coloré lumineux drôle et tendre, vous passerez un moment charmant! Et à la fin de l’album, sortez vos crayons ou vos feutres Posca et coloriez le dessin offert par l’artiste!

 » L’aventure commence à Marrakech, surnommée la ville ROSE. Parfaite première destination pour trois flamants roses, non?
À peine arrivés, nous commandons un chameau-taxi. Direction la médina et les souks. Les odeurs d’épices sont enivrantes. Le soleil éblouissant. Un peu de shopping pour commencer. Naomi insiste, elle veut absolument des babouches léopard imitation Chanoul. Perdue dans les méandres des ruelles, je suis à la recherche de lunettes de soleil, pour voir la vie en rose. »

« Après l’Amérique latine, le Cambodge et une magnifique balade en remontant le Mékong. Nous nous dirigeons vers l’une des plus belles merveilles du monde, les mystérieux temples d’Angkor, pour assister au lever du soleil dans une ambiance pourpre. De nombreux films ont été tournés ici, au milieu des ruines et de la jungle, comme Tomb Rider, avec Angelina Perdrix. C’est la cohue, on est happés par une foule dense de touristes. Des familles entières de tigres chinois se bousculent pour assister au spectacle. Clic clic clic, un soleil indigo se lève sous un millier de projecteurs, illuminant le BRUN de la terre, le vert des rizières, le bronze des statues et des sculptures des temples d’autrefois. »

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À la recherche des trois flamants roses, album de Leona Rose, à partir de 7 ans, éditions Little Urban, juillet 2020 —

Le jardinier qui cultivait des livres – Nadine Poirier et Claude K. Dubois

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C’est l’histoire d’un jardinier, différent. Et d’une petite fille, sans parents. Tous deux solitaires. Et amoureux des mots et des livres. Il aime les récits, elle, les documentaires. Il la trouve un jour, blottie, parmi les livres qu’il fait pousser. Elle le découvre alors, éblouie.  Au village, les gens ne veulent plus écouter les histoires du jardinier ni les connaissances de la fillette. L’homme ne sait pas s’y prendre. Les enfants, il ne connaît pas. Mais en entendant sa voix, il se laisse bercer et savoure l’instant. Qu’est-ce qu’elle est heureuse, là, face à cet éleveur de livres! Peut-être pourrait-il la faire pousser comme il fait pousser ses livres… pense-t-elle. D’abord étonné, puis embarrassé, il finit par saisir la petite par la taille et la soulève contre lui pour la planter… leurs deux cœurs battent alors à l’unisson. De l’eau des fruits des légumes, des lectures une couverture, une épaule pour poser sa tête, de la bienveillance du partage des oreilles attentives… et voilà que naissent une fille et son père. Un album d’une douceur infinie sur le pouvoir immense des livres, l’empathie et la paternité, merveilleusement illustré par le trait léger tendre et lumineux de Claude K. Dubois.

« – Faire pousser des enfants? Voilà une bien drôle d’idée!
– Vous faites bien pousser des livres! soutint la petite fille.
– Et qu’est-ce que j’en ferais? lui demanda le jardinier, curieux.
– Vous ne seriez plus seul, de répondre la petite fille en le regardant droit dans les yeux. »

Le jardinier qui cultivait des livres, album écrit par Nadine Poirier et illustré par Claude K. Dubois, à partir de 5 ans, éditions D’eux, Mai 2020 —

Les corps paysages – Manon Galvier

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Des corps qui inspirent, des paysages qui respirent… Partez en balade avec Tom Bachir Félicie Lilou Naïma Émile Maël et Camille. Glissez-vous à leurs côtés. Regardez, écoutez, sentez, touchez, goûtez. Plongez dans les couleurs chatoyantes, observez les balancement des corps ; les yeux de Tom qui comme des fleurs papillonnent ; les doigts de Bachir qui comme des ailes tournoient ; la chevelure de Naïma qui comme une jungle se déploie… Au fil des pages, bougez vous aussi votre corps, en rythme avec la poésie qui se dégage de ce petit livre joyeux et joueur. Parties du corps et paysages s’épousent et se confondent merveilleusement. De mime en mime, l’imagination divague et la nature s’étale, foisonnante et luxuriante. Entrez dans la ronde, amusez-vous, laissez-vous surprendre par la beauté des paysages dans lesquels bientôt, les corps se fondront. Pour les petits et les grands, pour s’approprier son corps, pour rêver, pour chercher, pour se cacher… Un bel album-promenade.

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Les Corps paysages, album de Manon Galvier, à partir de 3 ans, Le Cosmographe éditions, juin 2020 —