Amour amour, après quoi chacun court – Mélusine Thiry et Julie Guillem

Le jour se lève, et comme toujours, chacun court après l’amour. Celui qu’on reçoit, et celui qu’on donne, en retour. Une petite fille accueille le soleil, le cœur gonflé d’espoir, et c’est la nature entière qui se réveille. Oiseau, renarde, souris, sanglier, licorne, écureuil, cerf, belette, loup, chouette… Au fil des heures, chacun cherche, alentour, qui, quoi, lui donnera de l’amour. Avec joie, s’élancer, se presser, courir, trotter, s’envoler, foncer, gambader, s’aventurer… dans les airs, dans les bois, dans les branches, dans les herbes… De l’aurore au crépuscule, avancer dans le jour, pour un peu d’amour. De tours en détours, en quête de câlins, de caresses, d’enchantement, d’apaisement, de baisers, de douceur, de chaleur, d’attention. Alors toi aussi, entre dans la ronde, en rythme avec la petite musique de la vie. Regarde les animaux, la petite fille, son ours en peluche, qui tour à tour, s’émerveillent de tant d’amour. Fais défiler les mots et les dessins, gracieux et soyeux. Et garde dans tes yeux, toujours, l’indispensable Amour…

« Le jour à peine levé… dans le ciel l’oiseau s’envole déjà vers qui le cajolera… »

Amour amour, après quoi chacun court, album jeunesse de Mélusine Thiry et Julie Guillem, dès 3 ans, Hongfei, janvier 2021 —

Si tu viens nous voir sur Terre – Sophie Blackall

Quinn, un petit garçon au visage de lutin, aux yeux rieurs et rêveurs, prend ses crayons de couleurs, et se met à écrire. Avec tout son cœur, il laisse courir ses mots et ses dessins sur une longue feuille de papier. Une lettre-drapeau, une lettre-étendard, pour décrire comment est le Monde ici bas, à celui qui ne le connaît pas, encore… au visiteur venu de l’espace. Quinn déroule alors la Terre et ses couleurs, ses paysages, ses climats, ses humeurs, ses joies, ses visages, ses habitudes, ses villes, ses campagnes, ses montagnes, ses mers, ses animaux, ses familles, ses écoles, ses loisirs, ses différences, ses complexités, ses fragilités, ses émotions, ses forces… Un Monde de nuances, beau sensible et changeant. Qui compte sur ses presque 8 milliards d’habitants pour le soutenir l’entretenir prendre soin de lui. Les illustrations sont belles et foisonnent de détails. Des saynètes des dessins en pleine page des inventaires des vignettes, on se promène avec bonheur dans cette lettre colorée et chaleureuse. Un album-documentaire poétique et ludique au ton bienveillant et juste. Qui montre à quel point notre Planète est précieuse.

« Il y a des choses invisibles. Le vent. La cape d’invisibilité. Les fantômes. La gravité. L’électricité. L’odeur du poulet rôti, des vieilles chaussettes, du frangipanier, de la laine mouillée. Les ondes sonores. Les microbes. »

« La plupart du temps nos têtes pensent, mais on ne peut pas voir nos pensées. Sauf quand parfois on les montre sur nos visages. »

Si tu viens nous voir sur Terre, album jeunesse de Sophie Blackall, traduit de l’anglais (USA) par Susie Morgenstern, dès 6 ans, Saltimbanques éditions, janvier 2021 —

Ceux qui décident – Lisen Adbage

Quand sonne l’heure de la récréation, les enfants se lancent à l’assaut de la cour. Lieu de socialisation, de jeux et d’échanges. Moment de respiration, de détente et d’imagination. En récré, on bouge on rit on se fait des copains. Là, on s’affirme, on se construit aussi. Mais pour certains, quitter la classe – espace clos et sécurisé par l’adulte -, et entrer dans la cour s’avère difficile. L’endroit s’apparente alors à une scène de théâtre, une arène… où il faut se confronter au regard des autres. À ceux qui décident. C’est cette emprise psychologique que raconte, avec pertinence originalité et douceur , Lisen Adbage dans cet album. Jeu de pouvoir, de droits, de territoire, de domination. On suit un groupe d’enfants qui, malgré la pression de ceux qui décident, tente de garder son enthousiasme en inventant de nouveau jeux au fur et à mesure qu’il est chassé. Aucun d’eux n’ose désobéir mais tous poursuivent leur amusement ailleurs. Évidemment, Ceux qui décident n’abandonnent jamais leur travail de sape… Quand soudain, les choses s’inversent! Car en s’unissant, ceux qui subissaient deviennent puissants… Un album brillant sur le harcèlement scolaire. À glisser d’urgence dans toutes les mains des enfants.

Ceux qui décident, album jeunesse de Lisen Adbage, traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy, à partir de 5 ans, L’étagère du bas, janvier 2021 —

Fourchon – Kyo Maclear et Isabelle Arsenault

Né de l’union d’un papa Fourchette et d’une maman Cuillère, Fourchon ne vit pas bien sa différence, et ce, malgré l’amour si dense de ses parents. Dans la cuisine, le contraste est saisissant ; quand fourchettes et cuillères s’affairent à table avant de plonger dans un grand bain de mousse, lui, passe son temps assis sur un tiroir. Personne ne fait attention à lui ; il semble ne servir à rien… Trop ou pas assez pointu, trop ou pas assez rond. Être un peu des deux, c’est fragile, ça manque d’équilibre. Son reflet triste dans le grille-pain-miroir trouble Fourchon et l’assaille de questions : Qui est-il? Quelle est son identité? Quelle est sa place parmi ses congénères, si différents de lui ? Un comble pour un ustensile, de se sentir inutile… Mais voilà qu’un jour, fourchettes et cuillères valsent à tout va : ça explose ça crie ça déborde ça tache ça bouscule… la table est devenue est champ de bataille! Fourchon a alors l’intuition qu’il est temps pour lui d’entrer en scène. Et c’est rouge de joie qu’il devient ce jour-là, enfin nécessaire…. à des petites mains encore malhabiles. Un album admirable sur la différence et l’acceptation de soi.

Merci infiniment Nadine pour ce si beau cadeau, cet album est magnifique.

Fourchon, album écrit par Kyo Maclear illustré par Isabelle Arsenault et traduit de l’anglais (Canada) par Fanny Britt, dès 3 ans, éditions La Pastèque, 2011 —

Chamalla – Claude Burneau et Alessia Bravo

Il était une fois Chamalla, une petite fille que rien n’effrayait. Même pas les monstrueuses histoires du soir, les ombres portées de la nuit, et autres cauchemars. Et comme elle n’avait peur de rien, elle se mit à suivre un matin, un chat noir à bottes rouges. Il était si beau, et elle, si curieuse! Sa maman lui avait pourtant interdit de s’éloigner, mais c’était tellement fascinant de voir – et savoir – ce qu’il y avait de l’autre côté, d’explorer l’inconnu. Bientôt le chat disparut, laissant seule Chamalla, sans défense, dans les profondeurs d’un grand bois… Ses pas l’emmenèrent tout droit face à la grande dame habillée de noir – une vraie ogresse -., qui immédiatement la captura, et la mena dans la maison-qui-fait peur, pour qu’elle engraisse. Mais comme vous le découvrirez en lisant cet album, Chamalla ne manque pas d’audace et d’intelligence! Un conte sombre où résonnent les références – le petit chaperon rouge, le chat botté, Hansel et Gretel, Alice au pays des merveilles -. Une histoire qui oscille entre rêve et réalité. Un clair-obscur pour l’enfant qui grandit et s’affirme, sublimé par des illustrations belles puissantes et pénétrantes.

« Ne dites pas à Chamalla qu’elle est une princesse. Elle déteste les princesses. Elle déteste les fées, les princes charmants et les histoires qui finissent bien. Ce qu’elle aime, Chamalla, ce sont les histoires d’OGRESSES. »

Chamalla, album jeunesse de Claude Burneau et Alessia Bravo, à partir de 7 ans, éditions Motus, novembre 2020 —

La nuit tombe, maman rêve – Cécile Dumoutier Luna Granada et Ève Gentilhomme

Il est l’heure de se laisser tomber dans les bras de Morphée. Au fond de son lit, un petit garçon embrasse tendrement sa maman avant de sombrer. Et elle, que fait-elle après? se demande-t-il, une fois la chambre plongée dans l’obscurité. Il entend ses pas résonner, la machine à laver tambouriner, puis une petite musique, au loin, se fait un passage entre des bruits d’eau et de vaisselle. Il l’imagine valser d’une pièce à l’autre… jusqu’au salon où elle se pose un peu, pour lire un livre où sa messagerie, se relève pour étendre le linge, file sur le balcon écouter la rumeur de la nuit, et observer ses innombrables lumières en buvant son thé. Il devine son regard qui va et vient, entre les étoiles et les fenêtres allumées des grands ensembles. Peut-être qu’ensuite, elle se fera couler un bain, puis se fera belle pour danser et rire avec plein d’amis? Elle viendra le voir, c’est sûr, s’il se réveille… Rêve réalité poésie et fantaisie s’entremêlent dans ce joli album, qui aborde avec sensibilité et pertinence monoparentalité, charge de travail, vie modeste dans un immeuble de banlieue, en distillant au fil des pages amour joie désir imagination. Sans oublier l’importance pour le parent, de se garder précieusement du temps. Les illustrations colorées douces et lumineuses reflètent à merveille la délicatesse du texte.

« Quand je dors, c’est sa parenthèse, son petit temps à elle, celui où elle se glisse dans la nuit, où elle se dit qu’elle a encore l’âge de croire au printemps et qu’il faut qu’elle s’occupe d’elle aussi. »

La nuit tombe, maman rêve, album jeunesse de Cécile Dumoutier Luna Granada et Ève Gentilhomme, La tête ailleurs, novembre 2020 —

Colombine la violoniste spatiale – Carlos Videla et Ange Potier

Dès le lever du soleil, Colombine prend en main son violon, et se met à jouer. Du matin au soir, il est sa plus belle compagnie, son meilleur ami. La petite musicienne laisse seulement son instrument quelques instants pour déguster sa boisson préféré : du jus de citron! Mais ses voisins en ont plus qu’assez de ce tintamarre. Surtout Monsieur Bombo ; il aimerait bien faire sa sieste au calme. Un jour, il est tellement exaspéré qu’il lui crie : « Colombine, si ça continue, je vais vous envoyer sur la Lune ton violon et toi! ». Cette petite phrase ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde ; la violoniste y entend une révélation! Oui bien sûr ; elle sera bien là-haut, elle ne dérangera personne avec ses mélodies. Elle deviendra une violoniste spatiale! Ni une ni deux, elle rend visite à Monsieur Bombo, qui est justement l’astronome du village. S’ensuivent des jours et des jours à réfléchir et à dessiner des plans, non sur la comète – quoique! – mais sur la Lune. Trouveront-ils la solution pour y envoyer Colombine jouer du violon? Un très bel album aux illustrations élégantes et pénétrantes où se mêlent la passion pour la musique, la fascination de l’espace, et une douce amitié.

Colombine, la violoniste spatiale, album écrit par Carlos Videla et illustré par Ange Potier, traduit de l’espagnol (Buenos Aires) par Anne-Sophie Vignolles, à partir de 6 ans, novembre 2020 —

Pikkeli Mimou – Anne Brouillard

Bien au chaud dans sa maison, alors que dehors, la neige tombe à gros flocons, Killiok s’agite fort. Car aujourd’hui est la veille d’un grand jour : l’anniversaire de Pikkeli Mimou. Son ami vit au cœur de la forêt, la traversée est longue, mais pour rien au monde il ne l’oublierait. Alors Killiok prépare un bon gâteau, et un beau cadeau. Et au petit matin, il part de chez lui, avec dans son traîneau quelques provisions pour la route. C’est un grand voyage et le froid glacial la neige épaisse la forêt dense sont de la partie. Killiok est seul, a un peu peur de se perdre mais la pensée de retrouver bientôt son ami le met en joie et lui donne du courage. Arrivera-t-il à temps pour l’anniversaire de Pikkeli Mimou? Un album tout doux sur la force de l’amitié aux illustrations enveloppantes et généreuses. On entre littéralement dans l’histoire ; on sent la chaleur du foyer et la bonne odeur du gâteau, on marche au côté de Killiok, on entend la neige crisser sous nos pas, on voit les étoiles briller, on s’inquiète un peu mais pas longtemps ; on a tellement hâte de retrouver Pikkeli Mimou pour lui souhaiter un joyeux anniversaire et déguster la pâtisserie tous ensemble! D’ailleurs pour les gourmands, la recette se trouve à la fin du livre!

 » – Tu ne te sens pas trop seul? – Jamais! répond Pikkeli Mimou. Je sais que tous les autres sont quelque part. Et puis il y a tous les arbres près de moi. »

Pikkeli Mimou, album jeunesse d’Anne Brouillard, à partir de 6 ans, Pastel, L’école des loisirs, novembre 2020 —

Un thé à l’eau de parapluie – Karen Hottois et Chloé Malard

D’humeur morose face à l’automne et son temps gris, Elmo se rappelle soudain qu’en cette saison, il est bon doux et chaud de savourer une tasse de thé : « un thé à l’eau de parapluie ». Une eau récoltée d’ « un gros nuage plein de mer évaporée » parfumée à l’été. Un bouquet de senteurs de couleurs et de sensations où soleil sauterelles coquelicots jeux baignades et crèmes glacées se mêlent. Si les chats terribles d’Elmo n’ont pour seule passion les poissons, ses amis la belette et l’écureuil se réjouissent de cette douceur. Les souvenirs des beaux jours s’écoulent tendrement dans leurs pensées… et un élan joyeux poussent les animaux alentour à patauger ensemble dans une flaque d’eau immense! Pas grave s’ils sont trempés, tous savent que le thé à l’eau de parapluie les réchauffera! Un petit album délicieux qui célèbre l’amitié, aux illustrations pastel douces délicates douillettes et aux irrésistibles ligatures typographiques.

« Elmo pense aussi que c’est chaud et doux. Il a même envie de dire « Je t’aime » à l’été, à la pluie d’automne, à la belette, à l’écureuil. Et à ses chats terribles. Mais Elmo ne dit rien et ressert ses amis. »

Un thé à l’eau de parapluie, album jeunesse écrit par karen Hottois et illustré par Chloé Malard, à partir de 4 ans, Seuil Jeunesse, août 2020 —

Chien bleu – Nadja

Un jour de plein soleil, un grand chien bleu s’avance vers Charlotte, assise devant sa maison. Leurs regards se rencontrent en même temps que leurs cœurs. Naissent ainsi deux âmes sœurs, deux amis qui, chaque soir se retrouvent. Mais Charlotte doit cesser de le voir. Selon sa mère ; ce chien errant est sûrement méchant. Les caresses échangées à la fenêtre de sa chambre manquent tant à la petite fille que la tristesse la submerge, jusqu’à ce que, lors d’un pique-nique en forêt avec ses parents, Chien bleu et elle sont à nouveau ensemble. Car Charlotte, en allant par les sentiers cueillir quelques fraises, se perd. Chien bleu est là. Grand et puissant, rassurant et bienveillant. Il s’occupe de tout : fuir la nuit, dénicher une caverne, allumer un feu de bois. Se réchauffer, s’endormir, et attendre le lendemain pour retrouver le chemin. Charlotte dort à poings fermés quand la silhouette d’une panthère noire se dessine à travers les lueurs du feu. S’ensuit un combat féroce entre les deux bêtes, jusqu’au petit matin… Chien bleu, un classique – que je n’avais pourtant jamais lu – un conte qui, entre réalité et fantastique, fait écho à d’autres – Le petit chaperon rouge, La chèvre de Monsieur Seguin… -. Un album sur l’amitié, les préjugés, la différence, la peur, la loyauté, aux illustrations pareilles à des tableaux, aux gouaches fauves belles et pénétrantes. Une œuvre d’art. Cet album anniversaire s’est paré d’une sublime couverture en tissu aux reflets argentés et présente en coulisses esquisses et genèse de cette histoire par Nadja elle-même. Envoûtant.

« Le soir même, dans sa petite chambre, Charlotte entendit un grattement à la fenêtre. Le chien bleu était là. Elle sauta dans le jardin pour le rejoindre. Chien bleu revint tous les soirs. Charlotte bavardait avec lui en le caressant tendrement. Au bout d’un petit moment, il frottait son nez contre sa joue pour lui dire au revoir et se sauvait. Charlotte s’endormait en pensant à lui. »

— Chien bleu – édition anniversaire -, album jeunesse de Nadja, à partir de 3 ans, L’école des loisirs, novembre 2020 —