Matilda – Roald Dahl

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Elle est toute petite, Matilda. Une fille minuscule talentueuse et bien plus grande que certains adultes autour d’elle. À trois ans, elle apprend à lire, seule. À quatre ans et demi, elle pousse la porte de la bibliothèque de sa ville, seule. À cinq ans et demi, Matilda connait tous les classiques de la littérature anglaise… Délaissée par ses parents, elle grandit à leur côté dans une indifférence totale. Elle s’élève, seule. Sa famille – son père est un vendeur de voiture d’occasion roublard,combinard et profitard, sa mère est une joueuse invétérée, évaporée et bornée, quant à son frère Michaël c’ est un suiveur qui se contente de marcher dans les pas de ses parents – est riche mais inculte. La télévision semble avoir une place plus importante dans leur existence que la prodigieuse fillette qui vit sous leur toit. Leur petite vie étriquée est à l’image de leur esprit étroit, leur unique motivation est de faire de l’argent. Le reste n’a aucun intérêt – ils ont même oublié d’inscrire leur fille à l’école –. personne n’écoute Matilda à la maison, elle est invisible à leurs yeux, et leur coeur est insensible. Le manque d’attention de ses parents la déçoit de plus en plus… alors la petite décide d’asticoter leur petite vie minable… à coup d’ingéniosité et d’escamotage.
Enfin, Matilda est pleine d’espoir lorsqu’elle fait son entrée à l’école Lamy-Noir… mais c’est sans compter sur Mlle Legourdin, l’affreuse, l’abominable, la cruelle directrice – une ancienne athlète spécialisée dans le lancer de marteau! – qui exècre les enfants. Les élèves ont tellement peur d’elle que la plupart d’entre eux évitent de faire des vagues… les plus courageux – ceux qui tentent de résister à ses foudres – passent quelques jours, en guise de punition dans l’Etouffoir : « Un placard très haut, mais très étroit. Le fond n’a pas plus de vingt-cinq centimètres de côté, ce qui fait qu’on ne peut ni s’y asseoir ni s’accroupir. Il faut rester debout. Les trois autres côtés sont des murs de ciment avec des éclats de verre qui dépassent, ce qui empêche de s’y appuyer. On est obligé de se tenir comme au garde-à-vous tout le temps (…) ». Heureusement, il y a Mlle Candy, l’institutrice, une jeune femme douce et compréhensive. Comme les écoliers, Mlle Candy n’est pas épargnée par les bassesses et la sottise de cette horrible directrice, qui se trouve être également sa tante et tutrice. Cette dernière a gardé pour elle l’héritage de son frère et père de Mlle Candy laissant la jeune femme dans une grande misère… Alors que Matilda boue intérieurement devant tant d’injustice et de bêtise, là voilà dotée de pouvoirs magiques… elle n’a plus qu’à les utiliser à bon escient…
Prenez de l’humour caustique, de la tendresse, de la fantaisie, une ronde de personnages grotesques et merveilleux, une écriture drôle ironique et percutante, une héroïne attachante, des jeux de mots grinçants et des néologismes savoureux, du fantastique, des interventions de l’auteur qui saupoudre à l’envie ses grains de sel, mélangez le tout et vous obtiendrez un chef d’oeuvre de la littérature jeunesse !

« – Papa, dit-elle, tu crois que tu pourrais m’acheter un livre ? – Un livre ? Dit-il. Qu’est-ce que tu veux faire d’un livre, pétard de sort ! – Le lire, papa. – Et la télé, ça te suffit pas ? Vingt dieux ! On a une belle télé avec un écran de 56, et toi tu réclames des bouquins ! Tu as tout de l’enfant gâtée, ma fille. »

« Mlle Legourdin, la directrice, était d’une autre race : c’était une géante formidable, un monstrueux tyran qui terrorisait également élèves et professeurs. Même à distance, une aura de menace l’enveloppait et, de près, l’on sentait des émanations brûlantes qu’elle dégageait comme une barre de métal chauffée à blanc. Lorsqu’elle fonçait – Mlle Legourdin ne marchait jamais ; elle avançait toujours comme un skieur, à longues enjambées, en balançant les bras –, donc lorsqu’elle fonçait le long d’un couloir, on l’entendait toujours grogner et grommeler, et si un groupe d’enfants se trouvait sur son passage, elle chargeait droit dessus comme un tank, projetant les petits de part et d’autre. Dieu merci, les fléaux de son espèce sont rares en ce bas monde, mais ils existent néanmoins, et tous, nous risquons d’en rencontrer un au cours de notre vie. Si jamais cela vous arrive, réagissez comme vous le feriez devant un rhinocéros enragé dans la brousse : escaladez l’arbre le plus proche et restez-y perché jusqu’à ce que tout danger soit écarté. »

« – Jamais je n’ai compris pourquoi les petits enfants étaient si répugnants. Ils m’empoisonnent l’existence. Ils sont comme des insectes. On devrait s’en débarrasser le plus vite possible ; on élimine bien les mouches avec des bombes insecticides et des papiers tue-mouches. J’ai souvent pensé à inventer une bombe pour éliminer les petits. Quelle merveille ce serait de pouvoir circuler dans la classe avec un aérosol géant et d’arroser toute cette vermine ! (…) – Si c’est une plaisanterie, madame la directrice, je ne la trouve pas drôle, dit Mlle Candy du fond de la classe. – Ah, vraiment ! Mais ce n’est pas une plaisanterie. Pour moi, l’école parfaite, mademoiselle Candy, est celle où il n’y a pas d’enfants du tout. Un de ces jours, j’en ouvrirai une de ce genre. Je crois que ce sera une grande réussite. »

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Matilda, roman de Roald Dahl, dès 9 ans, illustré par Quentin Blake et traduit de l’anglais par Henri Robillot,  Folio Junior Gallimard Jeunesse, date de publication : 1988 —

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7 réflexions sur “Matilda – Roald Dahl

  1. J’ai lu des nouvelles plutôt pour adultes, car assez grinçantes, de Roald Dahl, jamais de roman jeunesse encore. On va le lire pour le 13 septembre, jour de son centenaire, dans le cadre de « A year in England » et j’ai justement choisi Mathilda ! (Donc je ne t’ai lue qu’en diagonale.)

  2. Je ne doute même pas à quel point cette petite doit être attachante. Je te lis et j’ai envie de découvrir son univers…
    (« oublier » d’inscrire son enfant à l’école, il faut le faire!)
    Je t’embrasse

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