Une aventure monumentale – Olivier Dutaillis

une-aventure-monumentale-olivier-dutaillisAbbayes, cathédrales, basiliques, églises, châteaux, autant de momuments vidés, pillés, ravagés, détruits à la fin du XVIII ème siècle à la suite de la Révolution Française, des édifices laissés à l’abandon, des sites historiques échappant à toute surveillance… et cela, une jeune veuve anglaise, charmante et futée, l’a bien saisi : Emily Dingham arpente la France en tout sens guettant les « trésors » du patrimoine afin de les dérober et les vendre au plus offrant de l’autre côté de la Manche.
Nous sommes dans les années 1830 et un certain Prosper Mérimée, écrivain désargenté, travaillant dans l’administration, se voit confier une mission qui ne l’enchante guère à ses balbutiements : inspecter et recenser les monuments historiques de la France dans un souci de restauration et préservation. En peu de temps pourtant, Mérimée exerce sa charge avec passion et en ardent défenseur du patrimoine. On lui doit entre autres la rénovation de la basilique de Vézelay et la cathédrale Notre-Dame de Paris qu’il a soigneusement mise entre les mains du brillant architecte Eugène Viollet-le-Duc.
L’inspecteur général des momuments historiques trouve régulièrement sur sa route l’antiquaire anglaise… Emily Dingham est évidemment un personnage de fiction, inventé par l’auteur pour nous guider dans l’Histoire et dans les petites histoires intimes des grands de ce monde. Sous la forme d’un journal qu’elle écrit bien des années plus tard, elle relate des situations qu’elle a vécues auprès de Mérimée, Viollet-le-Duc et Victor Hugo – et leur entourage –, évoque les affaires de coeur, parle des élans politiques, glisse ici et là des anecdotes sur la famille d’Hugo et son exil dans les îles anglo-normandes, sur les relations tempétueuses entre lui et Mérimée…
Un roman passionnant, extrêmement bien documenté qui transporte littéralement le lecteur au milieu de ce XIXème siècle dense et bouillonnant. La préservation du patrimoine culturel est un bien joli thème rarement abordé dans la littérature, les personnages vrais et fictifs se mêlent avec intelligence – Emily est divine, cette pilleuse s’avère être une personne bienveillante, généreuse et aimable – les dialogues sont savoureux, les faits historiques sont captivants, l’écriture élégante un brin moqueuse sied parfaitement au ton du roman. Une belle aventure !

 » Un jour Prosper me demanda : – Vous n’avez donc aucun scrupule à dépouiller notre patrimoine ? – Aucun, mon ami ! Je n’allais pas me justifier en lui racontant que c’était pour moi le seul moyen de financer ma liberté. – Enfin, Emily, une personne qui a un sens artistique comme vous ! Fit-il espérant m’amadouer. Vous ne pourriez pas trouver une autre activité ? – Hélas, je ne sais rien faire d’autre ! Répondis-je sur le même ton. Et puis mes spoliations sont peu de chose à côté de ce que vous avez dérobé en Égypte ou en Italie, avec votre Napoléon… – C’était un butin de guerre ! – Le mien a le mérite d’être pacifique ! »

« Napoléon III est un militaire et Haussmann un préfet. S’ils rénovent Paris, c’est aussi pour y mettre de l’ordre. Pour casser l’arme héréditaire des insurrections parisiennes : la barricade ! Allons, mes gaillards, essayez donc de dresser des barricades dans des avenues de trente mètres de large! »

« La fin de Hugo est un triomphe absolu. Des obsèques nationales. Deux millions de personnes qui suivent sa dépouille. Et lui, génial metteur en scène jusqu’au bout, dans le corbillard des pauvres, selon ses dernières volontés. À défaut de pouvoir assister à son propre triomphe, à défaut de pouvoir prononcer un dernier discours du haut de son corbillard, il a eu droit à la répétition générale : trois ans plus tôt, la ville de Paris a organisé une cérémonie grandiose pour son quatre-vingtième anniversaire. Des trains entiers d’admirateurs sont montés à la capitale et, pendant toute la journée, un interminable cortège d’hommes, de femmes, d’enfants des écoles, de corps constitués… a défilé devant son domicile aux cris de «Vive Victor Hugo! ». À la fin de cette journée grandiose, l’avenue d’Eylau où il réside a été rebaptisé avenue Victor Hugo. Désormais, il a pour adresse : « Victor Hugo, en son avenue. »

Une aventure monumentale, roman d‘Olivier Dutaillis, Éditions Albin Michel, Mai 2016 —

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9 réflexions sur “Une aventure monumentale – Olivier Dutaillis

  1. J’adore ta dernière citation sur Hugo :-*
    Une très belle idée je trouve d’avoir mis une femme pour guider le roman, elles qui n’avaient pourtant que très peu de place à cette époque…
    Gros bisous ma Nadège

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