Les enfants indociles – Marie Charrel

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Claire est sérieuse, posée et mélancolique. Elle avance dans la vie avec pondération. Elle n’a pas trente ans, peu d’amis, pas d’amant. Un travail qui ne lui plaît pas vraiment – elle écrit les horoscopes pour un petit journal –, mais elle s’en contente. Aucune aspiration ne l’anime. Elle a pour seule famille sa grand-mère, qu’elle appelle affectueusement Magda. Célébrissime, Madeleine Jarnon est une auteure idolâtrée. À plus de quatre-vingt ans, la vieille dame vit aujourd’hui en maison de retraite. Plusieurs fois par semaine, Claire rend visite à cette femme, chère à son coeur, qui l’a élevée.
Une lettre obscure et un coup de fil vont bouleverser le cours de son existence. En effet, la jeune femme va apprendre que sa grand-mère a disparu de la maison de retraite. Évaporée dans la nature… Et sur la missive que Claire vient de recevoir elle lit ces lignes : « Ma chère Claire, cap ou pas cap ? Magda ». Cette femme l’a élevée lorsque son père et sa mère ont quitté le foyer. Son père s’en est allé un jour, comme ça, de son propre chef, et n’est jamais réapparu. Quant à sa mère, qui ne s’est jamais remise de son départ, elle s’est enfuie aussi, exilée en Islande, loin de sa fille. Claire a ainsi grandi avec ce sentiment d’abandon ancré dans son coeur et imprimé dans son esprit.
Pour égayer la vie de cette petite fille triste, Magda a déployé toute son énergie, son extravagance, son enthousiasme en l’enveloppant d’amour, de fantaisie et de douceur. Elle lui lançait souvent des défis, genre t’es cap ou t’es pas cap.
À l’âge adulte, Claire était devenue rêveuse et contemplative mais l’absence de ses parents avait creusé un grand vide… Avait-elle le droit d’être heureuse ? De vivre pour elle ? Son histoire de famille l’entravait, bridait ses désirs, empêchait toute envolée. Elle rêvait sans cesse mais ne se réalisait pas dans la vraie vie.
Magda disparue, Claire doit réagir, partir à sa recherche… Et voilà qu’elle reçoit régulièrement des lettres de la vieille dame qui se met à lui lancer des défis : porter des chaussures excentriques une journée durant, poser nue, démissionner de son travail… Alors, Claire va entrer dans le jeu de pistes organisé par sa grand-mère ; elle va s’affranchir de ses craintes, oser, rencontrer des gens – qui ressemblent étrangement aux personnages des livres de Madeleine Jarnon… – entreprendre, se permettre des choses, prendre des risques.
Elle va prendre son envol, trouver des réponses aux questions et aux incompréhensions enfouies depuis l’enfance. Elle ira au-devant de ses parents pour saisir enfin l’insaisissable, pour briser les chaînes qui la maintenaient au sol, attraper ses rêves et les faire exister.
Un joli roman, délicat, tendre et facétieux. Une recherche de liens en quête de soi.

« – Pourquoi les hommes ne savent-ils pas voler ? Demanda l’enfant au plus vieux des anges de Corcomroe Abbey. – Les hommes ne savent pas voler, jeune orphelin, parce qu’ils ont le coeur trop lourd. »

« Claire n’est pas ancrée au monde, elle dérive, tentant de se raccrocher à des rêves lui semblant plus consistants que la réalité. Parce qu’elle a trop conscience de la fragilité des choses. Elle sait que ce que l’on croit acquis ne l’est pas. Les êtres qui promettent de ne jamais partir partent. Les chemins, comme les choix, ont l’inconstance des papillons. Où qu’elle regarde, la jeune femme voit un rivage à la beauté trompeuse. Derrière les dunes et sous la bruyère se dissimulent des étendues de sables mouvants où le promeneur négligeant s’enfonce jusqu’à ce que le ciel se résume à un minuscule point blanc. Parfois Claire se dit qu’au fond, elle n’est qu’un champ de ruines attendant que quelqu’un lui démontre qu’il est encore possible de faire pousser quelque chose sur les sols les plus arides. Que les pères n’abandonnent pas leur fille sur un simple coup de tête. »

« Le mouvement. La secousse. Claire n’a jamais été dans le mouvement. Jusqu’à ce que Magda disparaisse, elle préférait rêver sa vie, c’était s’offrir des mondes. Elle comprend désormais que le prix à payer était de ne pas appartenir complètement au réel. D’être en permanence en léger décalage. »

Les enfants indociles, roman de Marie Charrel, Éditions Rue fromentin, Mars 2016 —

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14 réflexions sur “Les enfants indociles – Marie Charrel

  1. L’éternelle quête de soi, je pense qu’on y arrive seulement au prix de beaucoup d’amour et de gens qui nous ont été essentiels. Quel beau livre ma Nadège, et bravo pour ce magnifique billet, tu as l’art de transformer les mots en émotrions. Tu sais comme j’aime te lire…
    Gros bisous

    1. Partir en quête de soi est bien difficile mais quand on a une grand-mère comme celle de Claire, tout est plus simple, fantaisiste et tendre… je t’embrasse.

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