Northanger Abbey – Jane Austen (version abrégée)

P1070891Catherine Morland a tout juste dix-sept ans quand Mr et Mrs Allen, les voisins et amis de ses parents, lui proposent de séjourner avec eux durant quelques semaines à Bath, ville thermale huppée fréquentée par la Bonne société – Monsieur « a une constitution encline à la goutte » –. Nous sommes à l’orée du dix-huitième siècle. La jeune fille qui n’a jamais quitté Fullerton, petite ville noyée dans la campagne anglaise est transportée d’aise à l’idée de découvrir le monde.

Quatrième d’une fratrie de dix enfants, des parents aimants et respectés, Catherine a passé une enfance plutôt heureuse mais très ordinaire. Ignorante, candide et rêveuse, ce voyage à Bath ne peut que l’enthousiasmer… elle s’imagine déjà en héroïne d’un roman face à son destin. Elle voue une grande passions aux romans gothiques qu’elle lit à longueur de journée.

Jane Austen prend beaucoup de plaisir à dresser le portrait de cette jeune fille se moquant gentiment de sa naïveté, à ridiculiser les élégantes et leur superficialité, à évoquer la cupidité et l’hypocrisie de la Bonne société anglaise. Parodiant le roman gothique, elle défend pourtant avec conviction le roman en général et les romancières, intervenant personnellement – en son nom – dans l’histoire à plusieurs reprises.

Roman d’apprentissage, Catherine va faire des rencontres plus ou moins heureuses, être confrontée à la bienveillance et à la sincérité avec Eleanor et son frère Henry Tilney dont elle tombera amoureuse et à la trahison avec Isabelle et John Thorpe. Les Tilney l’inviteront chez eux à Northanger Abbey avec la bénédiction de leur père, qui dissimule pourtant une part sombre.

Catherine évolue dans un monde qu’elle découvre au fur et à mesure. Influençable et l’esprit altéré par son goût du romanesque, elle se retrouve souvent dans des situations inconfortables. Comment va réagir la rêveuse et douce Catherine face à la réalité dure et implacable ?

Jane Austen a dessiné ici un personnage bien fade (à l’opposé d’Elisabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés par exemple). Un parti pris assumé, je pense. L’histoire est ici un prétexte pour égratigner  la société dans laquelle elle vit, et un vibrant plaidoyer pour la lecture.

Destiné aux adolescents, ce roman est une version abrégée de Northanger Abbey, une bonne introduction à l’univers austenien. ET la jolie couverture illutrée par Charlotte Gastaut leur plaira, assurément.

 « Ils dansèrent de nouveau. La soirée finie, ils se quittèrent avec un vif désir de se revoir, du moins, ce désir, Catherine l’avait-elle. Je n’affirmerai pas qu’en faisant sa toilette pour la nuit elle ait pensé à Mr Tilney assez pour en rêver ou alors je veux croire que ce fut seulement dans un demi-sommeil. En effet, s’il est vrai, comme un écrivain célèbre l’a affirmé, qu’une jeune fille ne peut décemment pas tomber amoureuse avant que le jeune homme se soit déclaré, il doit être encore plus inconvenant qu’elle rêve de lui avant qu’on sache qu’il a rêvé d’elle. »

« Si une matinée de pluie les privait d’autres distractions, elles se retrouvaient tout de même, en dépit de l’humidité et de la boue, et s’enfermaient pour lire des romans ensemble. Oui, des romans. Car je n’adopterai pas cette coutume mesquine et maladroite si répandue chez les auteurs de romans de rabaisser, en la censurant avec mépris, une production dont ils contribuent eux-mêmes à accroître le volume. Ceux-là rallient leurs pires ennemis en affublant ces oeuvres des pires qualificatifs et en permettant à peine à leur propre héroïne de les lire. Laquelle héroïne, quand par accident elle prend un roman, est assurée d’en tourner les pages insipides avec dégoût. Hélas, si l’héroïne d’un roman ne peut pas être défendue par l’héroïne d’un autre, de qui peut-elle attendre soutien et estime ? Cela, je ne puis l’approuver. Laissons aux critiques le soin de maltraiter à volonté les effusions de fantaisie et, chaque fois que paraît un nouveau roman, le loisir d’aligner des formules rebattues sur les insanités qui font se lamenter la presse actuellement. Ne nous laissons pas tomber les uns sur les autres, nous sommes un corps blessé. Bien que nos productions aient procuré plus de plaisirs simples et intenses que n’importe quelle autre corporation littéraire du monde, jamais aucun autre genre n’a été autant décrié. »

Livre reçu en Service de Presse.

Northanger Abbey, roman de Jane Austen, couverture illustrée par Charlotte Gastaut, traduit de l’anglais par Michel Laporte, version abrégée pour ados dès 11 ans, Flammarion Jeunesse, Juin 2015 —

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8 réflexions sur “Northanger Abbey – Jane Austen (version abrégée)

  1. Pourquoi abréger, Il n’y a pas de longueurs chez Jane Austen, et celui ci est son roman le plus court;bon tant pis, si cela peut ouvrir la porte à l’univers austenien…

    1. Je pense que les ados peuvent tout à fait lire Jane Austen. Disons que ce livre abrégé permet à ceux qui sont un peu intimidés face à la grande dame de la littérature anglaise d’entrer en douceur dans son univers.

    1. Je pense que les versions abrégées « fonctionnent » bien avec les ados qui découvrent un auteur classique. Une incroyable auteure, c’est certain, qui utilisait l’ironie avec maestrio.

  2. Tiens, j’aimerais beaucoup découvrir cette lecture version abrégée. J’aime trop ces profils de jeune fille, surtout quand ils s’insèrent dans ce genre de portrait de société. Je voudrais bien voir comment Austen traite de la superficialité et de la « bonne société anglaise »!
    Je t’embrasse, bon weekend à toi

    1. J’aime beaucoup l’écriture de Jane Austen, le recul qu’elle avait sur la société anglaise de l’époque. Son ironie et les portraits de jeunes filles en effet qu’elle croquait merveilleusement bien.

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