Broken Soup – Jenny Valentine

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À quatorze ans, Rowan gère la maison familiale comme une adulte. Avec une maturité déconcertante, elle prend soin de sa petite soeur Stroma, six ans, l’emmène à l’école, joue avec elle, répond à ses questions. Entretient le foyer, fait les courses, prépare les repas. Et comme tous les adolescents de son âge elle se rend au collège… presque un sas de décompression pour Rowan, une respiration dans sa journée. Un quotidien bien morose pour une jeune fille, mais lui a-t-on laissé le choix ?

Depuis que son grand frère Jack est mort, le noyau familial a volé en éclats. Un terrible accident, une noyade. Une épreuve douloureuse qui a conduit ses parents à la séparation. Son père parti, sa mère s’est enfoncée davantage dans la dépression. Elle sort rarement de sa chambre, ne s’adresse plus à ses filles, son monde s’est écroulé. Les vivants autour d’elle ne semblent plus exister.

Alors, Rowan a pris les choses en main et fait de son mieux pour que le navire ne coule pas et déguise la vérité quand son père demande des nouvelles (pour protéger sa mère, sans doute). La petite Stroma est tellement pleine d’énergie, si douce, si drôle qu’elle apporte à Rowan beaucoup de force et l’envie d’avancer. Mais les choses commencent à devenir bien trop lourdes pour elle…

Un jour, à la caisse d’une superette, un jeune homme (Harper) lui tend quelque chose qui serait, selon ses dires, tombé de son sac : il s’agit du négatif d’une photographie. Bien que cet objet ne lui appartienne pas, elle le glisse dans sa poche. Poussée par son amie, elle fait développer le cliché… qui s’avère être une photographie du visage de Jack, tout sourire.

La découverte de ce ce négatif va éclairer la vie de Rowan, il va faire sauter les verrous dans son coeur et dans son esprit. Grâce à lui, elle se liera d’amitié avec Bee, une collégienne plus âgée qu’elle qui s’occupe également beaucoup de son petit frère, elle connaîtra ses premiers émois amoureux avec Harper, un globe-trotteur de dix-huit ans, qui vient des Etats-Unis et trace la route à bord d’une vieille ambulance. Elle aura enfin une discussion avec son père et surtout reprendra son « statut » d’adolescente.

Un roman qui s’ouvre sur le chagrin et chemine crescendo vers la lumière, l’espoir, la vie qui continue, malgré tout. Les personnages ont de l’épaisseur : Stroma est pétillante et pleine de bon sens, Bee est bienveillante, Harper est solaire, quant à Rowan on aimerait tant qu’elle existe pour pouvoir la serrer dans nos bras… elle, si forte et pourtant si vulnérable. Un sujet poignant parfaitement maîtrisé par l’auteure qui n’épargne pas le lecteur en l’édulcorant. Elle parle clairement de la mort, du deuil qui s’ensuit, du désastre provoqué dans la famille, des relations imbriquées maritales, fraternelles, amicales, de la difficulté d’exterioriser ses sentiments et ses pensées. Un roman fort.

Petit aparté à propos de la couverture du livre : je ne vois pas le lien entre l’histoire et cette photo, hormis le fait qu’elle se déroule en Angleterre…

« À cette époque, notre maison était encore un tombeau. Jack était partout. Il souriait sur le seuil des pièces, nous observait dans les escaliers. Il avait tantôt neuf ans, tantôt onze, tantôt quatorze. Ses cheveux étaient coiffés, il avait la raie au milieu, les oreilles saillantes, des dents d’adulte dans sa bouche d’enfant. Quand elle se croyait seule, maman parlait à ses photos. Je l’entendais. Comme s’il était simplement au téléphone, pas mort du tout, mais qu’il avait déménagé et conversait avec elle. Le genre d’appel hebdomadaire qu’il aurait probablement reçu toute sa vie. On aurait pu penser que la mort lui aurait épargné cela. »

« Soudain il fut là, nous regardant droit dans les yeux, la main sur la gorge, les yeux brillants, la bouche grande ouverte, tout sourire. Jack. Son visage ondulait, baigné par le liquide mouvant. On aurait dit qu’il se noyait. J’étais à genoux, la tête sur le rebord froid de la baignoire. J’ignorais comment j’étais arrivée là. Je déglutissais à n’en plus finir, et ma bouche ne cessait de se remplir d’eau. Bee attrapa mon frère à l’aide de ses pinces et le glissa sur le fixateur. Sans un mot, Jack me regardait et riait. Il riait pendant que le fixateur agissait. Il riait tandis que Bee le rinçait sous l’eau afin de lui ôter les produits chimiques et qu’elle rangeait la pièce, échangeait les ampoules et ouvrait les fenêtres. Suspendu à la corde à linge et dégoulinant dans la baignoire, il riait encore et toujours. »

« – Le problème avec les villes, c’est que quand on s’en va, on ne manque à personne, a fait remarqué Harper en se garant sur une place vide devant nous. On peut tout à fait se passer de nous. Les gens ne voient même pas qu’on est parti. – C’est bien, tu ne trouves pas ? N’est-ce pas mieux si la vie continue sans toi ? Il a souri et m’a répondu qu’il n’avait jamais envisagé les choses sous cet angle. »

 

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Livre reçu en Service de Presse.

Broken Soup, roman de Jenny Valentine (dès 12 ans), traduit par Marie-Claude Mapaula,  Collection Medium, L’école des loisirs, Octobre 2014 —

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14 réflexions sur “Broken Soup – Jenny Valentine

  1. votre capacité de lecture m’impressionne ainsi que le désir afférent ! vous lisez la nuit ou le jour ? Bonne journée et continuez … Gérard Calisti ,éditions Notari (entre autres )

    1. Je ne lis pas plus d’une heure par jour… le nombre de billets vous semble important mais il y a beaucoup d’albums et de romans jeunesse qui se lisent très vite. Bonne journée à vous!

  2. Les romans dits « Jeunesse » ne m’attirent pas a priori mais la façon dont tu parles de celui-ci fait très envie ! 😉 L’Ecole des loisirs est une valeur sûre…

    1. La collection medium de l’Ecole des loisirs est en effet une référence : la frontière entre leurs romans pour ados et les romans « adultes » est vraiment très mince.

      1. Et c’est ce qui me gêne justement dans cette étiquette « Jeunesse », j’y vois surtout un atout marketing… la plupart du temps et un manque de qualité pour une grosse partie des publications diverses et variées regroupées sous ce terme, alors que l’Ecole des Loisirs est un gage de qualité ! Disons que je n’ai jamais été déçue par eux ! 😉

    1. Oui on doute souvent de nos capacités. Cette petite Rowan dans le roman a une force incroyable mais elle apprécie se laisser aller enfin lorsque d’autres prennent le relais de toutes ses responsabilités.

  3. Repéré aussi déjà :0) Ton billet achève de me convaincre… Et je suis d’accord avec toi, l’éditeur est vraiment une valeur sûre (je n’ai jamais été déçu par une de leurs lectures) et j’adore cette collection Medium… En Neuf aussi j’ai repéré « Le prodigieux destin de Peter » qui a l’air vraiment très très bien :0)

  4. Ping : Broken Soup |

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