Correspondances – Valence Rouzaud

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Valence Rouzaud est poète. Il souffle avec opiniâtreté sur les braises, comme une poignée d’autres, pour maintenir en vie ce genre littéraire qu’est la poésie, qui se meurt aujourd’hui. Les lecteurs semblent avoir déserté ce terrain où les mots chantent, chavirent et bousculent, effleurent, touchent et transpercent, coulent, roulent et s’écroulent, rêvent, décollent et s’envolent, chahutent, sourient et pleurent… En peu de phrases, le poète bâtit un empire, construit toute une histoire ; en quelques vers, il transporte le lecteur dans son imaginaire ou dans la réalité brute ; par ses mots, il s’insurge, il aime, il hait. Sur le papier, il couche ses pensées et ses reflexions sur la marche du monde, évoque des bouts de vie. De la mine de son crayon chemine son écriture. Il trace des signes, leur donne un sens, une direction, un parfum, un goût, une impression, une émotion… Au lecteur d’interpréter. Car la poésie est comme un tableau ; on l’observe longuement, on s’en imprègne, puis on l’emmène avec nous, partout.

Valence Rouzaud est poète. Depuis des années, il écrit. On peut citer les titres de quelque-uns de ses recueils : Mon âme est en ciseaux, Rentier, Vingt et une orties. Il écrit aussi dans des revues spécialisées comme Les Amis de Thalie, La Cigogne, Diérèse.

Correspondances est un recueil de lettres. Des lettres écrites à différents moments de sa vie, dans plusieurs endroits, à des destinataires multiples. Il parle de sa condition de poète, de ses envolées et de ses doutes. Il parle de ces illustres hommes qui ont sublimé la poésie ; Baudelaire, Lamartine, De Nerval, Rimbaud, Verlaine, Hugo. Il parle du style, de son approche du genre, de son évolution, de la littérature en général. Il constate le déclin de la poésie. Il dénonce les diktats, les formats imposés et les pressions de certaines maisons d’édition. Il évoque le livre numérique…

La poésie s’est effacée derrière le roman. Mais les poètes existent, encore faut-il trouver leurs mots, souvent planqués dans des revues spécialisées. C’est un fait, les lecteurs ne lisent plus de poésie mais si elle était plus exposée, ne serait-elle pas davantage appréciée ?

« Pour l’habit du pionnier, le poète laisse à la foule le prêt-à-porter. Ainsi pour rapprocher le crayon du voilier, plutôt que d’user d’une logique mathématique, j’ai choisi d’agencer mes mots avec l’art du fleuriste. »

« Pénétré d’une forteresse volante, je suis dans mes pensées, ma poignée de main va à la journée du prolétaire polie sur de la pierre, puisque pour trois fois rien nous nous usons à écrire des poèmes qui tiennent pour traduire le monde, ce dépliant d’images résumé en un mot phrase. »

« Que vous dire d’autre, qu’à l’exception de quelques lettres, vous le savez je n’écris plus grand chose… que j’ai l’orgueil ou la lucidité de penser être allé au bout de mes possibilités… que je n’ai aucun recueil en préparation – mot malheureux que préparation… Le cancer du plan de carrière fait des voix particulières des voix blanches. A la marge, il ne faudrait pas oublier que le poète est un marchant de couleurs en tête-à-tête avec demain. »

« La vie des livres console la vie des hommes. Enfin, pas toujours ! Versant dans le long remake des tristes jours, les mots baîllent dans les transports de l’art officiel. Ainsi désenchantés de l’institution faute du soutien des bailleurs de fonds, nos rêves sont les premiers colons de nos châteaux de sable. »

« Le génie c’est d’être soi et tout à la fois. Ainsi va Victor Hugo, les mots pour souliers, son oeuvre est un verger. »

« (…) les poètes sont des enfants qui détournent les avions avec des cerfs-volants. »

« Grisés par la vague des nouvelles technologies, afin de mieux sortir de l’ignorance le terrier de l’humanité, aurait-on sondé les têtes, ces deux supports seraient complémentaires (la société a deux béquilles : le sondage et la statistique). Le livre numérique au contenu artefact, à défaut d’une quelconque valeur, serait pratique et utilitaire. Ah ! Les principes de la raison – science dure en forme de bunker et de donjons. »

« Choisir un mot, l’aimer passionnément, retrouver son essence et le relier à d’autres ; voilà mon travail, mon apothéose. »

« Voilà les clés de la littérature, coucher la musique de sa vie intérieure sur le papier, mais la jouer juste. »

Extrait du recueil Mon âme en ciseaux :

La poésie

La poésie c’est pareil à l’espace perlé

du sédiment des planètes, une permanence

de promesse. – C’est l’orgueil du drapeau

plus haut que tous les opposants du

no man’s land de l’isoloir. – La poésie

c’est une plus-value quand on ne possède

rien, mais c’est aussi caché sous le

maillot de la pluie du vieux couple,

l’arc-en-ciel de deux coeurs roulant

en tandem. »

Correspondances de Valence Rouzaud, poète, Editions Thierry Sajat, Septembre 2012 —

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