Les fleurs sucrées des trèfles – Cédric Philippe

Des illustrations en noir et blanc dans lesquelles on se promène, on se perd, on se plonge, on revient sur nos pas. Tour à tour en pleines pages, en vignettes, avec des bulles ou sans texte, tantôt foisonnants tantôt épurés, les dessins défilent à leur rythme – et pas forcément en regard de l’histoire. L’histoire, elle, est pleine de couleurs de parfums, des choses de l’enfance, de soleil de pluie de vent de neige, de rêves et de réalité, de poésie de philosophie d’imagination, de drôlerie de légèreté de gravité, de jeux, de chance et de choix, de fleurs et d’animaux, de questionnements sur la vie sur la mort et ce qu’il y a autour, de cachettes de refuges de secrets, d’émerveillement. Un renard un tulipe vaniteuse et on pense au Petit Prince, une montre à gousset un lapin de Pâques et on pense à Alice…. Mais découvrons Agathe, petite fille curieuse généreuse et joueuse, qui un soir de fête sous les lampions du jardin familial, entend par inadvertance une nouvelle qui l’assomme : son oncle Yvon est très malade. Elle se met alors en quête, avec sa sœur Anémone et d’autres enfants, de trèfles à quatre feuilles pour le sauver. Des trèfles comme autant d’étoiles pour conjurer le sort. Entre rêve et réalité, nous suivons Agathe dans sa recherche. Entre discussions et silence, nous l’écoutons l’entendons. Hasard, chance, destin, bonheur, merveilleux parsèment son chemin où chacune de ses rencontres – poisson volant, fleur, renard, canard, chat… – apprend et façonne son esprit et esquisse ses choix. Un roman graphique envoûtant, une quête poétique savoureuse sur la chance – une réflexion sur le bonheur l’audace la liberté de choisir. Surprenant et splendide.

« Pour les enfants, la mare n’avait pas de fond. Ils ignoraient si les écailles brillantes entre les mousses étaient celles des goujons, ou de trésors. Dans le jardin fleurissaient sans cesse des œufs de Pâques, les branches du figuier ou des lilas appartenaient plus au ciel qu’à la terre et les groseilliers n’étaient qu’un passage vers d’autres mondes, des tunnels de feuillages aquatiques où certains chemins secrets saturés du parfum des longues journées d’été. Les tulipes chantaient, et si la brise du soir agitait leurs tiges, c’était l’œuvre d’une bête invisible. Au crépuscule, quand la lampe à pétrole teintait les arbres d’ombres violettes, des créatures couraient dans les branches et on ne savait plus, sous les feuilles, si c’était là-bas une étoile, une luciole ou une paire d’yeux. »

« Tu crois que le cheval existe, et le voir c’est la chance? Et ceux qui ne cherchent pas, ils voient seulement des nuages en forme de nuages? Ceux qui cherchent, ils créent leur chance? »

« Rien d’aléatoire dans la vie. Le printemps me pousse : j’éclos. Le soleil brille : je pousse. La pluie tombe : je bois. Le vent souffle : je penche. Les abeilles me butinent car mon nectar hume le miel et si un chevreuil passe, il me mange. Les choses arrivent parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement, jeune dame. Chacun veut vivre et engendrer! La nature nous conçoit ainsi, vous voyez? Ce chevreuil me mange car il a faim, et s’il ne rencontre pas de chevrette, il ne procrée pas et sa race s’éteint. Une bête suite prédictible de cause à effet : naître, mourir. Simple comme un rayon de soleil. Alors le hasard! Vous m’amusez. »

« On se demande parfois comment germent certaines de nos idées d’enfants. Pourquoi soudain, le danger ou le risque perdent leur sens ; pourquoi la vie si implacable prend soudain la figure d’un jeu et que plus rien de sérieux – la douleur, les proches, le futur – n’importe. »

« Tu sais, poisson, mon soleil brille en dedans mais il y a des nuages parfois. »

« – Pourquoi n’es-tu jamais triste? – Oh parce que je m’émerveille d’un rien. Il y a trop de rayons de soleil pour les oublier tous. »

« Quand on est adulte, on ne sait plus écouter. »

Les fleurs sucrées des trèfles, roman de Cédric Philippe, à partir de 10 ans, éditions MeMo, Août 2020 —

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