Tuer Van Gogh – Sophie Chérer

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Grande admiratrice de l’œuvre de Vincent Van Gogh, ce portrait mi-fictif mi-réel de l’artiste dessiné par Sophie Chérer – l’autrice, entre autres, de Renommer passionnant ouvrage sur les mots et leurs secrets de famille – ne pouvait que me plaire. Avec empathie, nous allons par les chemins environnants d’Auvers-sur-Oise, terre arpentée par l’artiste quelques semaines avant sa mort. De mai à juillet 1890, l’homme, inspiré par la lumière et les couleurs du lieu n’a de cesse de peindre. Cet été-là, soixante-dix tableaux verront le jour, parmi lesquels ses chefs d’œuvre. Du matin au soir, il peint, chaque jour il peint. Comme un fou, il peint. Mais loin de lui la folie – et les pensées suicidaires -, il n’a jamais été aussi lucide et clairvoyant sur son art, ses envies. Ce qu’il ne manque pas d’écrire à Théo son frère bien-aimé. Mais la mauvaise fortune met sur sa route deux jeunes hommes d’une famille dite respectable ; les frères Secrétan. Si le plus âgé, Gaston,  est d’un caractère aimable timide et rêveur, René le cadet est hâbleur  persifleur et rustre. Pêcheur chasseur adorateur de Buffalo Bill, René Secrétan prend plaisir à se moquer de Vincent, – l’étrange étranger, différent, mystérieux – emmenant dans son travail de sape tous les jeunes gens alentour. Malgré cela, Van Gogh peint sans relâche et se prend d’affection pour Gaston, artiste en herbe, lui enseignant quelques rouages de son art. Mais le harcèlement se poursuit jusqu’à la folie rageuse… jusqu’à la mort.
Sophie Cherer s’appuie sur les recherches de Steven Naifeh et Gregory White Smith, auteurs d’une biographie sur Vincent Van Gogh qui réfutent le suicide de l’artiste. Un roman captivant où les sensations affleurent les couleurs explosent les perspectives se modèlent les nuances s’étalent la création s’esquisse le cliché s’estompe et l’artiste peintre se révèle sous une nouvelle lumière.

« Ce qu’il greffait alors à la toile, c’étaient des atomes de lui-même, corps et âme. Ses yeux mutants avaient développé leur propre système digestif. Sa cornée s’était faite cornue, et, par une alchimie inconnue, il allait rendre au monde à centuple coups de brosse ce que le monde lui avait offert de visions, de vibrations, de turbulences, d’apparitions et de secrets. »

« Je fais ce que je sais faire. Je fais ce que j’ai à faire. Je fais ce que j’aime faire. Quand je peins je me sens chez moi. »

« Les vies humaines étaient pourtant faites pour se croiser, pour se répondre, comme ces ramifications, pour rimer à quelque chose, et si les hommes avaient su l’entrelacer ainsi, grandir et forcir à chaque rencontre, transformer leur sang en sève au lieu de le verser, peut-être le monde eût-il été, paradisiaque, non, mais solide. »

« Vincent se tournait de tous côtés. Plus René voyait la déception, l’appréhension et l’agacement se peindre sur ses traits, plus l’excitation de contredire, de décevoir, de vexer, montait en lui, impérieuse, charnelle, irrépressible, comme un désir. Harceler, c’était posséder l’autre sans le toucher, sans féconder, sans rien livrer de soi. »

« Sous la lumière du jour qui montait, les tableaux de toutes tailles éclosaient, se déployaient, se ressemaient, croissaient et multipliaient, et Vincent découvrait que, pendant dix ans, dans l’ombre, dans l’opprobe, dans les silences et les éclats, sous les injures et les crachats, dans la solitude et la peine, dans la folie et sa sagesse, il avait cherché obstinément, il avait senti, il avait aimé, il avait semé des champs nourriciers, il avait planté des lignes de bocages ombragés et donné refuge à des vies fragiles, il avait tissé des couvertures, des tentures et des vêtements protecteurs, il avait caressé des visages meurtris et navrés, lancé au ciel des Voies lactées pour éclairer des routes, rassurer des égarements, orienter des errances. Mort de froid, il avait vécu. Mort de faim, il avait vécu. Mort d’amour, il avait vécu. »

« Ainsi que les couleurs, les mots de la langue s’entrechoquent. Il n’existent que par contraste. »

Tuer Van Gogh, roman de Sophie Chérer, dès 13 ans, collection Medium +, L’école des loisirs, octobre 2019 —

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