Assassins d’avant – Élisa Vix

assassinsdavant.jpg

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps… » ces vers de Victor Hugo, Marie Moineau, institutrice en classe de Cm2, était en train de les écrire sur le tableau vert, tournant ainsi le dos à ses élèves, quand une balle de revolver la foudroya.

On est en 1989, l’assassin est un élève de dix ans, Ladji. L’enfant ne nie pas, l’arme est devant lui, il a de la poudre sur les doigts, on l’arrête sur-le-champs. Devant l’école, il tente de s’échapper, traverse subitement la rue. Il meurt fauché par une voiture.

Plus de vingt-cinq ans ont passé. Adèle, la fille de l’institutrice a besoin de revenir sur cette affaire. Elle était si petite à la mort de sa mère qu’on ne lui en a pas expliqué les circonstances. Ce n’est que plus tard, adolescente, qu’elle a appris l’assassinat.

Aujourd’hui, Adèle a un besoin irrépressible de connaître la vérité, d’entendre les mots de ceux qui étaient présents le jour où sa mère, pourtant appréciée de tous,  est tombée sous cette balle.  Alors, à l’aide de la photo de classe trouvée sur le site internet Copains d’avant, elle part en quête des anciens élèves. Son premier contact, Manuel Ferreira, voisin de table de Ladji, s’avère être un policier. L’homme, dans un premier temps fuyant, est charmé par cette femme si sincère et volontaire dans sa démarche.

Zones d’ombre, non-dits, dissimulations, mensonges, oublis, autant de difficultés auxquelles est confronté Adèle. Même Manuel semble ne pas être si honnête. Les gens qu’elle interroge ont des points de vu différents, de vieilles rancœurs. Au fur et à mesure, des secrets enfouis se font jour autour d’Adèle – y compris dans sa propre famille -. Les pièces du puzzle, jusqu’alors confuses, s’organisent et la scène s’éclaire.

Un roman efficace, des portraits psychologiques fouillés, un judicieux labyrinthe, une écriture alerte et tranchante.

« À l’époque, on ne me dit rien. On me cache tout. On m’épargne. Pour mon bien. Trop petite. Trop fragile. Trop dur à énoncer. Pendant huit jours, mon père me raconte que ma mère est en voyage. On l’enterre sans moi. »

« La salle de classe est occupée pour l’étude. Des gamins planchent sur leurs devoirs, aidés par un professeur. J’observe la pièce par l’imposte vitrée. C’est donc là que ma mère a rendu son dernier souffle. Sous le tableau jadis vert, la frise de lettres et les cartes de géographie? Est-ce là un endroit pour mourir? »

« La première fois qu’on me l’a déposé entre les mains, j’ai eu comme un étourdissement. Le flash d’un corps qui tombe emmêlé du visage de Ladji. Le pistolet m’a échappé, a heurté le sol avec un son mat. Livide l’instructeur m’a passé le savon de ma vie. Ce fut la seule fois. Ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens. « 

Assassins d’avant, roman d’Élisa Vix, Rouergue Noir, Septembre 2017 —

Publicités

10 commentaires sur “Assassins d’avant – Élisa Vix

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s