L’incandescente – Claudie Hunzinger

incandescente

Une vieille armoire, réouverte. Des liasses de lettres, éparses. Des bribes d’un passé, insoupçonné. Des mots posés sur des existences, étourdissantes. Celle d’Emma, l’incandescente et Marcelle, la virevoltante. Amies, amantes, âmes soeur. Les années 20, les années 30. Le tourbillon de la vie. Et la narratrice, fille d’Emma, qui des décennies plus tard, parcourt ces vies, à travers les lignes, au détour des phrases, entre les mots. Et envisage, au-delà de la page. À cela se mêlent les souvenirs d’enfance de la narratrice – l’auteure… –, qui tour à tour les éclairent et les assombrissent. S’esquissent alors la pudeur, la crainte, la tendresse, la confusion, et les perceptions, les sentiments, les couleurs du temps, le parfum des fleurs. Quant au personnage de Marcel – sans « 2ailesE » –, déroutant homonyme, le futur mari et père des enfants d’Emma dont l’esprit plane au-dessus des lettres, il se fait jour au fur et à mesure des réminescences de l’auteure augurant un prochain livre qui le révélera.
Pour l’heure, nous suivons le fil de l’histoire de Marcelle. Celle qui a tant aimé Emma. Un amour qui commence à l’adolescence sur les bancs de l’école. Deux jeunes filles aux caractères opposés, mais fascinées l’une par l’autre. Marcelle est vive, légère, naturelle et spontanée, proche de la nature et des éléments. Emma est réfléchie, cérébrale, elle veut tout maîtriser, tout dominer. L’air et le feu. Marcelle deviendra maîtresse d’école, pas à la hauteur d’Emma qui elle, poursuit ses études pour enseigner la littérature. Un jeu de correspondances s’installent alors entre les deux jeunes femmes.  Emma répond avec parcimonie aux lettres de Marcelle, s’éloignant doucement au bras d’une certaine Thérèse… mais Marcelle persévère… jusqu’à ce que la tuberculose s’insinue dans sa vie. Le sanatorium, la mort qui rôde, la rencontre et la perte d’amies, la peur, la souffrance, les soubresauts de la vie.
Un roman de l’intime, de l’amour, de la mort, de la mémoire, de l’embrasement. Des fragments de vies, restitution et rêverie entrelacées. Et le rayonnement d’une phrase, que je n’oublierai pas :  « La littérature n’est-elle pas l’enfance retrouvée. »

« La vie voudrait toujours ressembler à un roman. Qui reste à écrire. Et davantage. Qui reste à tordre en un grand huit horizontal, toutes amarres coupées avec la réalité, en lévitation, même si les modèles, devenus personnages, ont vraiment existé. »

« Écoute, dit-elle, écoute. Le mot est une résonance intérieure permettant de susciter l’abstente de tous bouquets. La répétition d’un mot, deux fois, trois fois, plusieurs fois rapprochée, fait naître des pouvoirs, la tacite atmosphère, tout l’air de toute la mer. Ce n’est pas un procédé, c’est un sortilège. »

« Elle rêve maintenant, le regard levé vers la fenêtre, accoudée à la table, visage posé dans sa main. Puis, elle prend un crayon, se lance : Emma, vous avez l’amour de l’équilibre ; moi, celui des excès. Vous, plus de puissance de compréhension ; moi, plus de puissance de sensation. Donc je vis davantage avec moins de matériaux que vous. C’est ma supériorité. Mais vous êtes plus instruite. Il me déplaît que la différence s’accentue. Et comme vous avez besoin de travail, d’étude, vous allez encore vous développer. Prendre en envergure. Le large. Vous éloigner. Moi, j’ai déjà atteind mon maximum. Je resterai inachevée. Sauf en amour. Enfant, je savais déjà tout de l’amour même si je n’ai vraiment aimé qu’à partir de vous, et je voudreais ne jamais quitter ces zones d’autrefois, d’une légèreté brûlante, où rien n’était encore formé, où tout attendait. »

« Comme la vie passe et comme elle nous entraîne ! Je me demande quel est son but car je ne crois pas qu’elle ait un but. Quand je descends à Beaune, que je marche dans la rue, le soir, à l’heure où il y a beaucoup de monde, je me dis toujours : voilà, nous sommes tous là, tous, et dans cent ans, il n’y aura plus personne de nous, mais d’autres, des étrangers. Et l’on ne parlera plus de nous. Tout anéanti. Pourquoi passe-t-on ainsi par fournées dans la vie ? »

« Marcelle se levait à 7 heures du matin, pour aller grimper vers les sommets. Le danger était grand. Crevasses, glissades, avalanches. Le lendemain d’un jour où il avait neigé, elle est montée au col de l’Eychauda, à 2500 mètres. Elle marchait dans la neige craquante. Soudain un nuage est arrivé. Il l’a pressée ; elle courait ; lui aussi. Elle n’avait pas fait 50 mètres qu’il l’enveloppait, neige durcie, cinglante. C’était exquis. Si on ne dépasse pas le nuage, on se trouve enseveli. »

coeur

Roman lu de concert, avec ma précieuse amie Nadine. Merci infiniment.

L’incandescente, roman de Claudie Hunzinger, Éditions Grasset, Août 2016 –

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14 réflexions sur “L’incandescente – Claudie Hunzinger

  1. Comme il est magnifique ton billet ma Nadège! J’ai un immense coup de cœur autant pour tes mots que pour le roman. Tout en poésie, en images intérieures et métaphores. Tu l’as écrit avec cette même douceur que j’ai retrouvée chez l’auteure, elle serait fière de te lire… ❤
    Je me réjouis déjà d'en partager un autre avec toi…
    Gros bisous et belle journée à toi ma belle amie

    1. Je suis ravie d’avoir partager ces mots avec toi. Je crois que ce roman-ci nous a vraiment donné envie de poursuivre notre découverte de l’auteure… C’était un grand plaisir de partager cette lecture avec toi, je t’embrasse.

  2. Beau billet ! je ne connaissais pas du tout cette romancière, voilà qui me donne envie de la découvrir, surtout après avoir lu le 2e billet de ta compagne de lecture.

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