Le vent se lève – Sophie Avon

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Lili a tout juste vingt ans lorsqu’elle monte à bord d’Horus, le vieux bateau d’occasion acheté par son frère Paul, féru de navigation. Lili n’y connait pas grand chose, mais elle aime tant être au côté de Paul qu’elle a décidé de l’accompagner dans sa traversée de l’Atlantique. Horus, nom qui signifie « le lointain » va les porter tout au long de ce voyage, sur ses ailes de rapace au vol majestueux, – Horus est une divinité égyptienne représenté par une tête de faucon –.
On est dans les années quatre-vingt. La jeune femme s’interroge sur son sort, que faire de sa jeunesse, que faire de son existence, que faire de sa peau… ? Vers où aller ?
Lili est tombée amoureuse il y a peu, de Vincent, récemment diplomé. Un poste de professeur l’attend, sa vie à lui semble tracée. Pas la sienne… Alors ce périple avec son frère débarque à point nommé. Quitter la terre, filer sur l’eau. Partir pour saisir, voir et comprendre. Appréhender le monde, arpenter des contrées inconnues, aller à la rencontre d’autres cultures, d’autres figures… Un voyage par la mer, un cheminement intérieur. Frère et soeur vogueront jusqu’au Brésil, en partant des Gorges du Verdon, et en passant par Madère, Les Canaries, le Sénégal. Semaine après semaine, des escales, des possibilités, des circonstances, des nécessités, des collisions, des paysages, des discussions, des apprentissages, des turbulences, du silence, de l’immensité, de la bousculade, de la confusion, de l’absolu, de l’espace, du désir, de l’embrasement, de la solitude, du clair-obscur, des souvenirs… Une pérégrination initiatique. Frôler l’eden et penser à rentrer. S’émerveiller et imaginer le retour à quai. Les retrouvailles avec son amour. Comment poursuivre, en sauvant l’instant ? Cette parenthèse avec son frère aura-t-elle des répercussion sur le déroulement de son existence ?
Dans ce roman, l’auteure convoque des petits bouts de son histoire personnelle et y insuffle un vent romanesque. Cette traversée, vécue dans sa jeunesse, semble l’avoir toujours portée.

« Nous avons appareillé au mois d’août. Nous avions un peu plus de vingt ans et chacun partait pour des raisons différentes. Sait-on jamais pourquoi on décide de filer à l’autre bout de l’océan ? J’ai oublié le moment où nous avons largué les amarres, l’instant précis où le bateau s’est éloigné du ponton, mais je n’ai pas oublié la mort de Klaus Nomi. C’était l’une des premières victimes célèbres du sida. Il ouvrait le cortège de tous ceux qui ne pensaient pas qu’on puisse mourir d’amour. »

« Manger du pain frais en plein Atlantique est un luxe qui nous renforce dans l’idée que nous sommes les rois de la planète bleue. Adieu les tracas de la vie quotidienne, les cieux plombés de l’hiver, les obligations en tout genre, adieu parents, patrons, collègues. Nous sommes libérés d’une existence qui nous assomme, exempté du poids social, délivrés des mirages de la réussite, soulagés de tous les boulets de l’humanité, et plus encore : affranchis de la rotation terrestre et du temps dont nous modifions la course en poursuivant l’autre hémisphère, échappés de la longue chaîne des hommes dont nous avons choisi de nous exclure momentanément, jusqu’à notre filiation dont nous avons rompu le câble de transmission, la suite naturelle. Nous sommes le chaînon manquant, le mouton noir transformé en oiseau, l’animal domestique converti en poisson volant. Nous planons. »

« On entame l’année à Rio de Janeiro, au pied du Pain de sucre. C’est un mont qui s’avance dans l’eau, comme un avant-poste. Un peu plus en retrait dans les terres, le grand Christ rédempteur veille sur la baie, au sommet du Corcovado. On l’aperçoit, tantôt à babord tantôt à tribord selon l’orientation du mouillage. C’est lui qui nous a guidé, du haut de ses sept cents mètres. C’est lui qui nous a servi de repère quand, après le Cabo Frio, on a passé une nuit à se demander si les lumières de la ville étaient bien celles qu’on cherchait. C’est lui qui nous a accueillis, lui qui rachète les péchés de la cité depuis 1931. À présent qu’on le voit de près, façon de parler vu qu’il est hors d’atteinte, il nous donne une idée de la foi des hommes qui sont si petits face à Dieu qu’ils façonnent. Vivre à l’intérieur de ses deux grands bras déployés n’est pas indifférent. Et trouver sa place entre les remparts de cette agglomération toute en démesure peut s’avérer une épreuve. »

Le vent se lève, roman de Sophie Avon, Mercure de France, Août 2016 —

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5 réflexions sur “Le vent se lève – Sophie Avon

  1. Ce roman semble raconter beaucoup des valeurs qui me sont essentielles. Partir et appréhender le monde. Mais avant tout, voyager à l’intérieur de soi, le plus grand des voyages.
    Je t’embrasse fort

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