Mer agitée à très agitée – Sophie Bassignac

Meragitée

Dans une petite station balnéaire bretonne se trouve la ravissante villa Ker Annette, grande maison de famille devenue un lieu incontournable pour de nombreux estivants étrangers. Ses propriétaires, Marilyne et William ont aménagé cet ancien manoir familial avec des chambres d’hôtes. Tous deux ont passé vingt ans de leur vie à New-York. Elle était manequin international, lui était rock star. Rien de moins. Le monde dans lequel le couple gravitait a eu raison d’eux : un trop plein de sophistication, d’apparences trompeuses, de tapage, de paillettes… et une sévère addiction à l’héroïne pour William.

C’est dans cette villa que William a sevré son mal. C’est dans cet endroit familier (Marilyne y a passé toute son enfance) qu’elle se régénère jour après jour. La Bretagne, ce bord de mer, son ressac, ses criques sauvages, son air vivifiant, son soleil d’été bienfaisant, ses souvenirs d’antan… Un recommencement pour l’un et l’autre, et pour leur fille Georgia.

Une vie sereine et discrète rythmée par les allées et venues des hôtes de Ker Annette. Entre son activité d’hôtesse et ses promenades quotidiennes en vélo, Marilyne semble heureuse. William mène une existence on ne peut plus calme à écouter de la musique et à voir régulièrement ses amis. Quant à Georgia, la demoiselle est en pleine crise d’adolescence ; en colère contre tout et rien, agressive envers ses parents, s’habillant de plus en plus « court » et se goinfrant…

Mais par un jour de juillet, cet équilibre apparemment parfait va vaciller ; le cadavre d’une jeune femme est découvert sur la crique en contrebas de la villa Ker Annette. Le mystère autour de cette mort, la police qui s’insinue, un ancien amant qui resurgit du passé, les fréquentations pas très claires de William, les coquards de la femme de ménage, la disparition d’une bague, un jeune homme derrière ses jumelles, un énigmatique antiquaire, deux japonais et leur « zénitude », la découverte par Georgia de la sexualité, … autant d’événements qui vont se cristalliser autour de Marilyne et remettre en questions (et en cause) sa vie et ce qu’elle souhaite réellement en faire. Car jusqu’ici elle apparaissait comme une sorte de mère, qui faisait en sorte que tout se passe bien pour tout le monde. S’oubliant elle-même.

Sous une légèreté feinte, l’auteure nous parle du couple et de ses affres, de la monotonie, du temps qui passe, de l’adolescence, des rapports parents-enfant, de la vieillesse, de la mort, de l’amour aussi… à travers des personnages haut en couleur parfaitement croqués, et un portrait de femme (celui de Marilyne) fin et sensible.

« Marilyne était une femme lente qui devait prendre son temps et le savait. Quand tout s’affolait, elle se rendait dans une pièce capitonnée, quelque part dans un coin de sa tête, comme dans un monastère. Là, elle réfléchissait, triait, décidait. C’était une forme de sagesse instinctive et obligatoire pour garder l’équilibre et supporter les aléas de l’existence. Lorsque quelque chose la dépassait, elle sentait son organisme lutter pour calmer son coeur et se mettre dans un état proche de l’hébétude. Alors, elle ralentissait naturellement ses gestes et acceptait petit à petit ce qui lui arrivait. »

« Elle avait conscience que derrière tout cela se profilait le spectre de la sexualité de sa fille, ce corps déployé sans pudeur, avec une naïveté délirante, qui lui faisait peur. La vie sexuelle de nos enfants, pensa-t-elle, est une vieille histoire qu’on ne s’est pas racontée depuis longtemps. On sait et on ne sait pas. On veut savoir et on ne veut pas savoir. C’est parfois drôle mais c’est aussi triste et même effrayant. »

Mer agitée à très agitée, roman de Sophie Bassignac, JCLattès, Janvier 2014 —

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9 réflexions sur “Mer agitée à très agitée – Sophie Bassignac

      1. Avec cette rentrée, je trouve la littérature française morne et répétitive. Peu sortent vraiment du lot, et j’ai parfois l’impression que c’est toujours la même histoire qui revient…

      2. Tu as raison, la littérature française n’est pas très « joyeuse » ni très « originale » ces derniers temps, à l’image du pays d’ailleurs…

      3. J’ai fait hier la première présentation de la saison aux bib. Au bout d’une heure, après m’être rendue compte de tout ce que j’avais dit j’ai fini par lâcher « Bon, je suis vraiment navrée, mais j’ai quasiment que des livres tristes et/ou qui finissent mal. J’en ai bien quelques un de drôles, originaux et bons pour le moral, mais je les garde pour quand j’aurais fini de plomber l’ambiance, pas que vous vous enfuyiez tous en courant ». Ils ont bien rigolé, mais faut quand même avouer que c’était vrai.

      4. En effet, les romans français se sont emplis ces dernières années de tristesse et d’amertume. Les écrivains sont inspirés par leur environnement et c’est dans la mentalité française de se plaindre, de voir le verre à moitié vide… Je pense que les américains et les anglais prennent plus de distance avec la société et ses difficultés et savent ironiser, voir le verre à moitié plein…

      5. Je pense surtout qu’à l’étranger, on laisse parfois passer des choses qui font rêver. Rares sont les publications françaises qui peuvent rivaliser avec John Saturnal ou ce genre de livre-là (sauf les polars, mais c’est une autre question pour un autre genre). On publie ce qui marche, en fait. A l’automne c’est moins prononcé qu’en hiver, il y a eu des choses bien, mais en janvier ca va souvent avec le temps, et c’est dommage.

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