Grand Prix des Lectrices de Elle 2013 – Les lauréats

logoElle

Cette année, j’ai eu la chance de faire partie des 120 lectrices du Grand Prix Elle 2013. De très jolies découvertes, comme Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, Le monde à l’endroit de Ron Rash, Cher Gabriel d’ Halfdan W. Freihow, Réanimation de Cécile Guilbert, Le Cercle de Bernard Minier et Au lieu-dit Noir Etang de Thomas H. Cook et des déceptions comme L’arbre de l’oubli d’Alexandra Fuller, Belle famille d’Arthur Dreyfus, La tête à Toto de Sandra Kollender, Le jardin de la Bête d’Erik Larson, La ville des serpents d’eau de Brigitte Aubert, Des ombres dans la rue dans Susan Hill…

Des lectures inégales donc mais je suis ravie d’avoir participé à cette aventure livresque.

Voici donc les lauréats :

Dans la catégorie Roman : Arrive un vagabond de Robert Goolrick (premier de mon classement personnel)

Dans la catégorie Policier : Les apparences de Gillian Flynn (troisième de mon classement personnel)

Dans la catégorie Document : L’Elimination de Rithy Panh (troisième de mon classement personnel).

N’ayant pas encore rapatrié la totalité des articles de mon ancien blog, je ne peux pas mettre les liens de tous les livres cités ci-dessus mais voici tout de même mes trois « critiques » sur les livres plébicités :

Arriveunvagabond

Etats-unis, Brownsburg, petite ville de Virginie. Nous sommes en 1948. Une bourgade américaine comme beaucoup d’autres à cette époque ; plutôt paisible, les familles de paysans, de commerçants et de riches entrepreneurs se côtoient avec bienveillance, du moment que les statuts sociaux de chacun sont clairement définis. Pas d’envie ni de jalousie, les gens restent à leur place, dans leur propre rôle. Il en de même pour les groupes ethniques et les différentes églises : la ségrégation raciale semble être parfaitement organisée, noirs et blancs vivent ensemble sans se mêler pour autant. Aucune plainte, aucun crime à déplorer à Brownsburg… Une certaine forme de bonheur paraît se dégager de cette ville sans histoire.

Arrive un vagabond, Charlie, dont on ne connaît pas le passé. Il débarque à Brownsburg au volant de son pick-up avec pour seul bagage une valise emplie d’argent et une autre de couteaux. L’homme est boucher. Séduit par la sérénité qui émane de la ville, il a très envie de s’y installer. Rapidement, il obtient une place dans la boucherie de Will Haislett.

Charlie n’a aucun mal à se faire accepter par les habitants : sa solidité, son courage, son calme, son humanité, son application et son implication au travail, et son dévouement font l’unanimité. Une jolie complicité naît entre lui et le fils de six ans de Will, Sam. L’union de deux solitudes. La jeunesse et la maturité. Des échanges humbles et respectueux, chacun donne à l’autre ce qui lui fait défaut.

Arrive la passion amoureuse. Celle qui remue et qui emporte. Une déferlante dans le coeur de Charlie. Une tornade dans la ville. L’édifice, tout de même fragile de Brownburg, en perd son équilibre. De la volupté à la violence, de la tempérance au soulèvement, du paradis à l’enfer, les sentiments profonds se révèlent. Car la femme tant aimée est déjà mariée…

L’auteur décrit chaque personnage avec minutie ; du grain de sa peau à sa façon de marcher, du vêtement qu’il porte à l’intérieur de son âme, de son regard à ses gestes, de sa voix à l’endroit où il évolue. L’écriture est poétique, cinématographique, colorée. Les paysages défilent, les éléments se déchaînent. La tension est palpable dès les premières pages et ne fait qu’augmenter jusqu’au grand final. Ce roman est une merveille alliant la fresque à l’intime. Beauté et cruauté, ombre et lumière, force et vulnérabilité, amour et destruction, spiritualité et matérialité, le regard d’un enfant sur le monde des adultes, celui d’un homme fou d’amour, une femme tyrannisée par l’apparence, le jugement d’autrui, l’intolérance, la confusion des sentiments…

Lesapparences

Pensez-vous vraiment connaître votre conjoint ? Ses envies, ses habitudes, ses passions, son passé, ses projets… ? Vous doutez ? Prenez garde aux apparences, elles sont parfois trompeuses ! Gillian Flynn nous le démontre dans son dernier roman psychologique, machiavélique à souhait.

Nick et Amy forment un couple plutôt bien assorti, semble-t-il. La trentaine, l’un est journaliste l’autre invente des questionnaires pour les magazines féminins. Ils vivent à New-York, ont de l’argent, sont beaux, intelligents, drôles. Ils filent le parfait amour. Mais voilà que leur jolie histoire est entachée par le licenciement de Nick suivi par celui d’Amy. Ce déséquilibre dans leur existence est le premier obstacle auquel ils se heurtent.

Alors que la maladie d’alzheimer ronge le père de Nick, sa mère apprend qu’elle a un cancer. Comme plus rien ne les retient à New-York, il décide de retourner dans sa ville natale – dans le Missouri – pour être auprès de ses parents. Amy est quelque peu déstabilisée – profondément citadine – , l’idée ne la transporte de bonheur mais elle finit par accepter de suivre son mari.

Si Nick s’associe avec sa soeur Margo en rachetant un bar, Amy devient par la force des choses une femme au foyer, sans enfant. Elle s’occupe de ses beaux-parents malades. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Nick rentre à leur domicile et découvre le salon sens dessus dessous et aucune trace de sa femme. Amy a disparu. Une enquête démarre sans tarder.

L’image du petit couple bien sous tout rapport se fissure progressivement. Pas à pas, indice après indice, les vrais visages se dévoilent… Gillian Flynn s’amuse à noyer le poisson, à égarer le lecteur en lui soumettant de nombreuses informations souvent contradictoires, en accumulant les personnages et les situations. L’écriture est incisive, drôle et percutante. En arrière-plan, elle se moque de la société américaine – sa morale, ses médias, sa justice, l’opinion publique –, et dissèque avec talent la noirceur de l’âme humaine.

Malgré des longueurs, des invraisemblances et une police pas très active, ce roman est terriblement efficace.

L-elimination

Le 17 avril 1975, la capitale du Cambodge, Phnom Penh, tombe entre les mains de communistes radicaux, les Khmers rouges, menés par Pol Pot. Ces derniers imposent à la population le Kampuchéa démocratique, un régime politique d’une violence effroyable.

Ce jour-là, l’existence de Rithy Panh, alors âgé de treize ans bascule dans l’horreur. Sa famille est contrainte d’abandonner son foyer, et d’évacuer au plus vite la ville. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants quittent ainsi Phnom Penh et entreprennent une longue marche vers la campagne. Démunis, ils luttent pour survivre à la famine et à la terreur et assistent, impuissants à leur propre déshumanisation ; les lunettes sont proscrites, les vêtements – sortes de pyjamas – ne peuvent être que bleus ou noirs, les coupes de cheveux sont identiques pour tous les individus, ils vivent dans des conditions hygiéniques désastreuses, doivent travailler durement alors que le manque de nourriture les affaiblit et les fragilise. De 1975 à 1979, 1,7 millions de cambodgiens meurent.

Par son témoignage, Rithy Panh lève le voile sur un régime totalitaire fait de persécutions, de tortures, de viols, d’exécutions. Ajoutons à cela, les prises de sang et autres expériences médicales… L’homme n’est plus rien. Il est assimilé à du bétail. Il devient un instrument qu’on peut manipuler à souhait. Plus de dignité. C’est l’élimination à tout prix. Un génocide que Rithy Panh rapproche évidemment des méthodes nazies.

Devenu cinéaste il n’a de cesse de parler de cette époque tragique, qu’il décortique pour mieux la comprendre et la faire comprendre surtout. Dans cet essai, il va au plus juste pour expliquer ce pan de l’histoire cambodgienne. Avec l’aide de Christophe Bataille, il va à l’essentiel : les choses sont posées clairement avec réalisme et âpreté. Les mots sont simples sans fioritures. Pas d’apitoiement, pas de jugement, mais une description précise et fidèle des faits.

Rithy Panh relate ainsi ses entretiens avec Duch – le responsable du S21, centre de tortures et d’exécutions – et en parallèle expose en détail et chronologiquement ses quatre années de survie. Duch nie évidemment tout ce qu’on lui reproche. Froid et très calme, il répond aux questions avec un détachement incroyable. A côté de l’Histoire avec un grand H, Rithy Panh évoque sa propre histoire, la disparition de sa famille, la mort qui rôde en permanence, la quête de nourriture…

Une réflexion sur l’humanité. Un témoignage bouleversant, mais nécessaire, sur la folie des hommes.

Publicités

17 réflexions sur “Grand Prix des Lectrices de Elle 2013 – Les lauréats

    1. Je viens de le lire, j’ai beaucoup ri! Comme j’aurai voulu rencontrer Robert Goolrick! Pour ce qui est du reste, j’étais bien mieux chez moi…

    1. Je te le conseille… et je vois que je ne suis pas la seule à l’avoir aimé. Ravie qu’il est remporté ce prix! Il le mérite tellement.

  1. Une chouette expérience alors ! j’hésite un peu à candidater pour l’année 2014… Je vais aller lire le compte-rendu sur la soirée (je ne pense pas être très à l’aise dans ce genre d’activité, ne suis pas assez « mondaine »…).
    Bon we à toi !

    1. Oui au final je peux dire que l’expérience a été enrichissante même si les lectures imposées ont eu raison de moi les deux derniers mois (j’ai en effet éprouvé une certaine lassitude…). En revanche, je suis ravie d’avoir lu des essais et des documents, ce que je n’avais pas l’habitude de faire…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s