L’enfance d’Alan – d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope – Emmanuel Guibert

La rencontre en 1994 d’Emmanuel Guibert – dessinateur d’une trentaine d’année – et d’ Alan Ingram Cope – ancien soldat américain né en 1925 installé sur l’île de Ré – se scelle par une profonde amitié. L’estime et la bienveillance mutuelles sont telles que la Guerre d’Alan, puis les souvenirs d’enfance d’Alan se révéleront sous la plume et le pinceau d’Emmanuel Guibert. Une enfance passée entre Los Angeles et Santa Barbara, dans une Amérique aujourd’hui disparue, durant la Grande dépression. Une enfance modeste « ordinaire » d’enfant unique, entourée de parents aimants, de grands-parents d’oncles tantes cousins de copains. Des jeux, des bagarres, des déménagements, des joies simples, des anecdotes rigolotes, des souvenirs vagues d’autres très ancrés, des sensations, des images, des plages… du quotidien de l’intime, qui naturellement se meuvent en universel. Car si on plonge dans un autre temps, un autre lieu, les réminiscences de l’enfance finissent toujours par faire écho. Une douce langueur enveloppe le lecteur, accrue par la grâce du trait à l’encre de Chine d’Emmanuel Guibert et l’émotion du noir et blanc. L’évocation d’une enfance entre ombre et lumière justement, bousculée par la mort brutale de la mère. Une soudaineté qui, à onze ans, marque la fin de l’enfance. Le bout d’un chemin, les larmes en dedans, car pour lui trop grand. Un autre chemin l’attend, celui qui le conduira à la Guerre, en Europe, sur les plages de Normandie. Une terre qu’il ne quittera plus. Le récit d’enfance d’un garçon « ordinaire », sublimé par la sensibilité et la sincérité d’un ami.

 » J’ai pleuré pour bien des choses qui m’ont attristé dans ma vie, mais pour ma mère, non. C’était trop grand. Il y avait une étrange beauté dans cet effet que le destin peut avoir sur la vie d’une personne. Je ne le raisonnais pas, bien sûr. À onze ans, je ne pouvais pas raisonner de la sorte. (…) Ça me fait penser aussi à ma réaction devant l’énormité de la guerre. Je n’ai pas eu peur, un point c’est tout. Sauf une fois, quand un véhicule a manqué me rouler dessus, mais c’est une autre histoire. Sans doute, j’ai eu une peur intellectuelle. Je pouvais me dire chaque jour : « C’est peut-être le dernier jour de ma vie ». Je le pensais, mais ça ne m’a pas fait vraiment peur parce que c’était trop énorme (…) »

Durant cette année, nous égrènerons les mois avec à chaque fois un thème choisi par l’une et l’autre alternativement. Le thème de février était Souvenirs d’enfance. Nous devions chroniquer en secret un livre s’y rapportant. Et délicieusement le découvrir ensemble aujourd’hui! Voici ceux de Nadine ManU et AnthO

Le thème de mars sera : La maison

Venez à bord de notre Transat, vous êtes les bienvenus!

L’enfance d’Alan, d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope, roman graphique d’Emmanuel Guibert, collection Ciboulette, éditions L’association, 2012 —

3 commentaires sur “L’enfance d’Alan – d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope – Emmanuel Guibert

  1. Une rencontre, une enfance, une déchirure, « sublimé par la sensibilité et la sincérité d’un ami » ❤
    Touchée à nouveau par tes mots et les émotions que tu transmets avec tant de belle sensibilité ma Nadège…
    Un très bel album, c'est certain.
    Une autre délicieuse aventure ensemble :-*
    Je t'embrasse bien fort

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