Tant que mon coeur bat – Madeline Roth

dsc00236-1Les mots de Madeline Roth cognent, s’entrechoquent et éclatent en nous. Ils bousculent et renversent. Créent des turbulences au coeur et des soubresauts à l’âme. Ça palpite, ça bat fort, ça tangue, ça terrasse. C’est la vie toute entière qui bouillonne, source intarissable. Ça déborde, c’est vif, c’est intense. Impitoyablement. Des mots hurlants, des phrases saisissantes de réalisme, des personnages criant de vérité. Tout est dit, tout est mis sur la table, comme ça en quelques pages. Sans détours ni demi-mesure. Avec justesse et intelligence. L’intime, le profond, la sensation.
Et l’amour au centre de ce tout ; puissant et dévastateur, brûlant et beau, fervent et emprisonnant, il voile la raison, heurte le coeur et malmène le corps.
Deux histoires d’amour, celle d’une emprise qui emmure et celle d’une honte qui broie.
Esra, lycéenne tombe sous le charme d’Antoine, la trentaine. Elle est séduite par son aura, son aisance pour jouer avec les mots, son savoir. Elle se laisse ainsi cueillir, emporter, étourdir, mener. Mais l’homme est dur, brutal et excessif. La jeune fille souffre mais continue de l’aimer. À la folie. Elle devient, entre les mains d’Antoine, une marionnette. On découvre Esra sur un lit d’hôpital, visité par Bastien, un ami qui lui veut du bien.
Cyril, aujourd’hui marié et père d’un petit garçon, apprend que Laura, une amie de jeunesse s’est donnée la mort. Ils entretenaient à l’époque une relation singulière. Un amour à sens unique. Il ne l’aimait pas. Malgré cela, Cyril n’a jamais oublié cette fille… Laura brûlait d’amour pour lui mais un poids énorme la maintenait au sol, une plaie ouverte marquait son corps, son coeur et son esprit. Et cela, il ne le savait pas.
Une écriture qui m’a profondément émue.

« Et là Esra s’écroule, elle s’écroule, elle tombe de la chaise, elle se met en boule, elle se cache les yeux avec les bras sur elle, elle dit : je veux juste l’aimer. J’ai besoin de l’aimer. De son amour dans ma vie. Elle dit tout ça et elle pleure et on la laisse là, allongée par terre, on vient se mettre à côté d’elle, on lui caresse les cheveux, on l’écoute et sa voix se fait de plus en plus douce, et petite, et elle murmure, et elle laisse de longs silences entre chaque mot, elle dit : Je sais pas si je suis folle mais je l’aime, ça fait un truc dans le ventre, c’est trop gros pour moi toute seule, c’est comme une boulimie, vous savez, y a rien qui comble ce truc dans le ventre qui appelle, y a rien qui comble, on mange, on avale des gens, des livres, des lieux, des amants, y a jamais rien qui comble, on fait le tour de son corps, du corps des autres, on dissèque tout, on l’épingle au mur, on appelle, on appelle les gens, on écrit des lettres, des journaux, on prend des photos, y a toujours rien vous comprenez ? On est un tourbillon qui engloutit tout et plus on mange et plus on a faim et plus on mange et plus le corps réclame, réclame des gens, de la chaleur, de l’amour et y a les années qui passent et ça ne change rien et on comprend pas pourquoi on est là à attendre. On attend. Voilà c’est ça moi j’attendais. Avant lui j’attendais. »

« Laura s’accrochait à la vie comme au-dessus d’une falaise. Elle baissait les yeux dès qu’un regard d’homme se posait sur elle. Elle fuyait l’attention, la tendresse, elle vomissait les caresses, les baisers. Elle haïssait tout ça, et quelque chose en elle le réclamait. Comme si elle se nourrissait de toute cette haine. On a pris ta fierté, ton honneur, ta virginité et on a souillé ton corps, ton âme, ton nom. C’est pas qu’un bout de peau qu’ils ont déchiré, c’est des lambeaux entiers, ils ont pris en un soir tout ce qui faisait de toi quelqu’un. Tu t’es perdue, et t’aurais tout donné pour te retrouver. »

«  Je voudrais te voir en dehors des nuits, des matelas posés au sol, des solitudes qu’on croit qu’on brise parce qu’on se colle l’un à l’autre, mais les matins les pires c’est ceux qui suivent les nuits dans tes bras, je voudrais des trucs bêtes, des trucs bêtes d’amoureux, se balader main dans la main autour du lac, manger une glace, faire des projets, pour l’été prochain, pour l’année d’après, des promesses à la con même si on les tient pas, des certitudes. Des rêve – même pas longtemps. Même pas très grands. Mais des rêves. »

coeur

Tant que mon coeur bat, recueil de deux nouvelles de Madeline Roth, à partir de 13 ans, Éditions Thierry Magnier, Septembre 2016 —

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14 réflexions sur “Tant que mon coeur bat – Madeline Roth

    1. Oui, je le sais… j’irai lire ton billet. D’ailleurs j’ai beaucoup de retard dans ma lecture des blogs que j’aime… tout à l’heure, c’est promis…

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