Vingt et une heures – Hélène Duffau

21h

La veille, Pauline et Émilien sont arrivés dans leur maison de vacances avec leur mère, à quelques pas du littoral. Ils n’avaient pas foulé le sable mouvant des dunes depuis bien longtemps. En cette période hivernale, l’océan est déchainé, les vagues se succèdent bruyamment et le vent balaye tout sur son passage. À son réveil, un mot posé sur la table de la cuisine attire l’attention de Pauline : « Je suis au pain ». La jeune fille de quinze ans déambule dans la maison. Elle attend. Que sa mère revienne, que son frère émerge de sa grasse matinée… mais les minutes s’égrennent sans que rien ne se passe.

Une sensation de vide l’envahit. Pauline n’aime pas être seule. Alors comme d’habitude, elle pense à son père, décédé deux ans auparavant à la suite d’une mauvaise chute de cheval. Elle pense à Émilien, un peu plus jeune qu’elle qui semble si fort, si costaud devant l’adversité. Elle pense à sa mère qui un jour a pris la terrible de décision de débrancher son mari, maintenu en vie dans un coma artificiel, elle pense à ses amis, Mab et Flore, un garçon et une fille qu’elle aime tant… Elle se sent tellement paumée, pleine de doutes et d’interrogations sur la vie, l’amitié, l’amour, le désir, ses relations avec sa mère et son frère, la perte de son père, son avenir professionnel. Son esprit confus l’empêche d’être heureuse, d’avancer, de grandir tout simplement. Le chagrin a pris toute la place.

Si Émilien s’extirpe enfin de son lit, sa mère n’est toujours pas revenue. Frère et soeur se rendent à la plage, ils chahutent ensemble et jouent à se lancer du sable… Pauline en reçoit dans un oeil, aveuglée, elle ne voit rien durant de longues minutes… Un drame se profile et sa mère n’est pas là. Face à une situation compliquée, elle devra réagir au mieux, avoir confiance en elle et aux autres, s’impliquer.

Vingt et une heures, c’est le temps qu’il faudra à Pauline pour ouvrir la porte tant redoutée du monde des adultes. En l’espace d’une journée, le trio a éclaté. Chacun s’est retiré à sa manière pour tenter de comprendre, trouver une issue ; la mère a quitté le foyer, le frère a côtoyé le danger, la soeur s’est retranchée dans son esprit. Chacun a cheminé pour se retrouver enfin, plus serein. Un roman qui captive l’attention du lecteur avec des personnages touchants et attachants, une écriture sensible, le récit d’une journée qui comptera dans l’existence de Pauline, un moment fort qui la changera à jamais.

« Sur le chemin du retour, mes pieds foulant le sable qui me semblait délicieusement tiède, j’avais compris combien il m’était difficile de dire la beauté. De trouver les mots adéquats pour exprimer profondément l’émotion, les sensations de plénitude, de joie, d’extase. Combien, paradoxalement, les mots étaient nombreux pour dire le malheur, la souffrance, la monstruosité. Une fois prononcées les phrases banales du type : c’est beau ! C’est trop ! C’est super ! C’est trop beau ! Oauh ! Comment raconter l’émotion devant la beauté de l’océan, par exemple ? Comme nommer les picotements que cela faisait, au-dedans, quand j’avais du plaisir à observer quelque chose, à vivre une situtation ? Quand je me sentais heureuse, j’étais incapable de mettre en mots ce sentiment dont je redoutais qu’il soit ridicule. »

« Il me semblait que la mort de Papa resserrait les liens entre nous. Apprendre à vivre à trois après avoir été quatre depuis le début, cela nous amenait à compter autrement les uns sur les autres. »

« C’est dur, Papa de continuer à vivre sans toi. C’est terrible même. Je ne sais plus à qui confier mes secrets maintenant. Emilien ne comprend pas tout et j’ai peur d’inquiéter Maman. En plus, je ne comprend rien avec elle. Avec toi, c’était facile. Je pouvais tout dire et tu m’aidais à comprendre des choses importantes. Tu m’aidais à rester dans ma voie, tu étais mon guide. Depuis que tu es parti, j’ai l’impression de flotter dans ma vie. Je me sens ballottée d’un événement à un autre. Je n’arrive plus à reprendre pied. Je ne ris plus vraiment. C’est comme si quelque chose avait durci et me rendait plus coriace. Moins légère. Méchante aussi. »

« J’ai pensé à l’océan. Ma mère n’était pas là, tant pis, je braverais les interdits et ferais comme bon me semble. Je me suis sentie partagée par cette réflexion, bousculée entre la nécessité de penser et d’agir par moi-même (…). J’ai perçu la contrainte, l’obligation d’entrer pleinement dans le monde des adultes. J’ai trouvé qu’il était un peu tôt pour en ouvrir grand la porte. Moi j’aurais préféré continuer d’y progresser par petites touches plutôt que d’arriver de force dans un univers qui n’était pas tout à fait le mien. Encore un peu trop vaste pour moi. Un peu trop impressionnant. »

Livre reçu en Service de Presse.

Vingt et une heures, roman pour adolescents d’Hélène Duffau, L’école des loisirs, Janvier 2015 —

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9 réflexions sur “Vingt et une heures – Hélène Duffau

  1. Encore une fois tu parles d’une lecture qui me tente terriblement… Ton billet ne fait que conforter mon envie ;0) Il a tout pour me plaire… Bonne semaine Nadael

  2. C’est tout à fait le genre de lecture que j’aime! Chacun s’est retiré pour mieux cheminer. Il nous le faut tous un jour ou l’autre. Ce livre m’intéresse vraiment…. Je t’embrasse

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