Louise et Louis – Julie Cohen

Casablanca, Maine, États-Unis. 1978, fin d’été. Naissance de Louise. Naissance de Louis. Même jour, même lieu, même heure, mêmes parents. Mêmes cheveux roux, mêmes amis, mêmes envies… Peggy – l’ancienne reine de beauté – et Irving – l’ingénieur futur héritier de l’usine familiale – n’auront pourtant qu’un seul enfant – Lou -. Garçon, fille : chacun évoluera dans un temps différencié. Double narration, chapitres alternés. La vie de l’un et l’autre sera-t-elle différente, selon leur sexe? Une réflexion en filigrane sur le genre, son influence, ses conséquences. La place de cet humain dans la société. Ses choix, ses renoncements, ses douleurs, ses désirs… Louise et Louis ont 32 ans quant ils doivent retourner à Casablanca. Leur mère se meurt, d’un cancer. Tous deux ont quitté l’endroit soudainement il y a des années de cela, suite à un événement dramatique. Leur retour fait remonter à la surface des souvenirs doux et durs… Louise et Louis ont fréquenté les mêmes gens, ont été amoureux de la même personne, avaient pour ambition de devenir écrivain. Leur existence pourtant à ce jour est éloignée. L’origine de leur départ, les liens filiaux amicaux sentimentaux diffèrent… Durant quelques semaines, au chevet de leur mère, Louise-Louis vont cheminer vers un avenir en fusion. Ils n’auront pas emprunté les mêmes chemins, n’auront pas vécu les mêmes obstacles, le même moment de bascule, mais finalement Lou aura éprouvé des sensations identiques – une déchirure semblable -. Sur laquelle il-elle sortira enfin les mots enfouis, saura les mettre à la lumière. Et c’est en posant sur la table ce poids lourd que la vérité surgira, et leur voie alors, sera Une – unique.

 » Inutiles spéculations : nous ne pouvons décréter qu’un événement particulier déterminera le reste de notre existence. Tout choix résulte d’autres choix, qui résultent encore de choix antérieurs. Nous ne pouvons décider du corps que nous aurons à la naissance, ni de la façon dont nous serons traités à cause de lui. Le monde est lui aussi indépendant de notre volonté, animé par des forces plus ou moins vives, d’imprévisibles enchaînements – une mécanique causale qui dépasse l’entendement. »

« Louis et Louise sentent l’un comme l’autre la dernière ombre de vie qui fuit le corps de leur mère. À l’instant, il n’est plus ni passé, ni genre sexué, ni il ni elle. Ni peine ni trahison. Ni secrets ni espoirs émoussés. Seulement une mère et un enfant, l’enfant qui a grandi en elle, qui a tété son lait, l’enfant dont elle a soigné les petits chagrins, caressé les bonnes joues, qui s’est endormi, pelotonné dans ses bras. Les leçons apprises au fil du temps, les jouets achetés et délaissés, les vêtements roses, bleus, jaunes ou rouges, les choses qui façonnent une vie dans un sens ou dans l’autre, tout cela ne signifie rien à présent. Seul ceci a un sens. »

« Homme ou femme, gros ou petits pinceaux. Aucune de ces histoires n’est vraie, ou bien toutes le sont. Nous ne pouvons compter sur des absolus ou de strictes définitions. Le destin n’est pas imprimé dans nos corps à l’encre indélébile – du moins pas chaque aspect de chaque destin. Nous n’avons que des individus avec leurs imprécisions, leur évolution, leurs incohérences, leurs désirs et leurs peurs, leurs actions qui se répercutent au fil du temps et transforment le monde. »

Louise et Louis, roman de Julie Cohen, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre, Mercure de France, mars 2021 —

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