Les risées du lac – Emmanuelle Grangé

Un lac, le Léman, probablement. À ses abords, une grande maison, bourgeoise. Dedans – par intermittence -, un mari volage, depuis des lustres. Les trois enfants, grands aujourd’hui, ont quitté le nid. Marcel, le vieux jardinier venu d’Algérie, irradie de sa chaleur et de sa prévenance cette demeure si vide si froide. Quant à Françoise, épouse délaissée, elle promène sa mélancolie d’une pièce à l’autre, et plonge régulièrement dans les eaux du lac. Cette immersion la sauve, lui donne de la force, la maintient Vivante. Et cette étendue lisse au calme apparent est à l’image de son existence : ne montrant aux autres que la surface des choses – alors qu’à l’intérieur ça boue ça remue ça tempête. Le lac, comme Françoise, est dormant. Le temps passe et rien ne change. La dépendance financière empêche tout soulèvement… Arrive alors Viviane, telle une onde de choc, dans la vie de Françoise. Viviane est la secrétaire de François – et sa maîtresse attitrée -. Les deux femmes se rencontrent, s’apprécient, s’apprivoisent. Une complicité clandestine s’installe. Elles passent des moments ensemble mais ne parlent pas de ce qui les « réunies » – leur « ennemi » commun – Elles font front sans dire les choses. Même la violence physique, qu’il leur inflige, elles ne la partagent pas en mots. Mais le seul fait d’être l’une avec l’autre – des alliés – les garde droites, dignes. Malgré la peur. Jamais elles n’agiront pour bousculer François. Il coulera seul, de lui-même. Sans avoir eu vent de leur singulière amitié. Sous le coup de risées insondables… Il règne dans ce roman une atmosphère chère aux films de Chabrol. J’ai beaucoup aimé.

« Parler, mettre à nu les petits, les gros bobos, geindre, souffrir à nu ne nous effleurent pas, nous supportons le ronronnement de la cocotte-minute, nous dégoupillons à temps la soupape lorsqu’elle agace, menace le confort construit pas à pas. Nous recevons une violence corporelle comme un infime égarement, une faute qui confirme la règle ; nous nous en relevons, magnanimes. Les saisons passent comme autant de cicatrices cautérisées, léchées. Si nous prenons garde de ne pas exposer au soleil ces égratignures, celles-ci disparaissent , seule une trace blanche perdure dont on ne sait plus la provenance, le pourquoi, le comment, le qu’est-ce. Nous en sommes là François et moi, en ce printemps splendide, accompagnés de Marcel, des enfants lointains mais bienveillants, de Viviane; « 

Les risées du lac, roman d’Emmanuelle Grangé, éditions Arléa, avril 2021 —

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