Un saut dans la nuit – Olivier Schefer

Ce petit livre, je l’ai dévoré. Lu d’une traite. Je me suis laissée emporter, dériver par les mots – ceux de l’adolescence qui remontent et flottent à l’envi – saisie par l’histoire de François, la naissance de ses premiers émois amoureux, la brûlure d’un drame à jamais ancré, et le temps qui file implacable. L’été 1983, près de Toulouse. Les montagnes impérieuses, le fleuve envoûtant, l’amitié avec Jean qui se tisse au fil des jours, les jeux d’enfants qui grandissent, et la belle Geneviève. Voir l’insouciance en partance, les promesses se perdre, sentir la fièvre s’immiscer, la joie devenir grave. François aujourd’hui se souvient, entre angoisse et bonheur de ces moments passés avec Jean et Geneviève. Ce dernier lui a envoyé un message, lui demandant de revenir sur ces terres d’adolescence. Il a quelque chose pour lui. C’est important. Lié à leur secret d’antan. Alors le voilà, de retour. Cerné par cette nature puissante influente fascinante… celle par qui le drame est arrivé. Une nuit. Une nuit inoubliable, traversée par toutes les émotions de la plus douce à la plus tragique de la plus solaire à la plus sombre. Je ne peux pas en raconter davantage. Ce texte se vit, se ressent. Il est infiniment beau, triste, doux, vif, exalté, effroyable. Il est de ceux qui bousculent et font battre le cœur. Fort.

« Je l’attendais près de la serre, m’étant instinctivement rapproché du lieu de notre premier baiser. Elle arriva en retard, aussi ai-je eu le temps de me torturer l’esprit et de m’égarer en mille interprétations. Quand elle parut, elle souriait, les yeux pétillants. Elle affichait un air décidé et heureux. Je comprenais vaguement vers quoi nous allions. On s’allongea sur une serviette qu’elle avait apportée, près du laurier. Il me reste de cette matinée des souvenirs terriblement précis qui se perdent pourtant dans une profusion de gestes, d’ébauches sensuelles, timides et infinies. Plus on s’embrassait langoureusement et plus il me semblait que nos corps grandissaient, sortant presque de leurs enveloppes étroites. La tête nous tournait ; nous étions chacun ivres de nous-mêmes et de l’autre, avec cet égoïsme solaire de deux adolescents qui s’aiment. Nos doigts s’enlaçaient, se cherchaient, se perdaient. « 

Un saut dans la nuit, roman d’Olivier Schefer, collection la rencontre, éditions Arléa, mars 2021 —

Publicité

Un commentaire sur “Un saut dans la nuit – Olivier Schefer

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s