Un jour, je te mangerai – Géraldine Barbe

Avec sa petite sœur Chloé, Alexia quinze ans, est d’une violence inouïe. Sans cesse, elle la rabaisse, la bouscule, l’appelle « petite merde ». Elle lui fait payer sa venue au monde, sa place dans la maison, sa façon d’être, son calme, sa douceur, sa minceur… Chloé, douze ans, n’ose rien dire, ne réagit pas. L’habitude. L’incompréhension. Et une admiration malgré tout, pour son étrange aînée. La haine la colère la jalousie d’Alexia envers Chloé ne sont en réalité que des feintes. Des sentiments détournés. Elle n’est pas un monstre, c’est un monstre qui a envahi son corps. Un corps détesté, malmené, torturé. Son reflet dans le miroir renvoie une image d’elle déformée qu’elle prend pour réelle. Alexia se voit grosse et moche. Ce roman est glaçant, dérangeant. Mais la spirale de l’anorexie mentale est à mon sens pertinemment décrite. La rage la dépression la mésestime de soi, les orgies de nourriture les vomissements, l’impuissance de l’entourage – les parents semblent tellement perdus qu’ils ne sont que des ombres, sans réaction -. Et cette petite sœur, qui rase les murs et rêve de devenir invisible pour éviter l’implosion d’Alexia… Il faudra qu’advienne un choc, pour qu’enfin les uns et les autres prennent conscience des maux et les mettent en mots dans de bonnes mains. Une lecture sous tension constante. Dure mais terriblement efficace.

« Dans le regard d’Alexia, Chloé perçoit de l’amertume et du dégoût, de la rage difficilement contenue – et parfois plus du tout – à devoir accepter celle qu’elle est obligée de fréquenter chaque jour et pour toujours. La petite merde qui lui prend tant, qui lui prend tout. La petite sœur. Alors elle l’agresse. Une tape rapide, quelques cheveux tirés trop fort, un coup de poing entre les omoplates. Parce qu’elle s’ennuie, pour s’occuper, obtenir une réaction. Chloé esquive quand cela est possible, mais ne se défend pas vraiment ni se venge. Elle est une piètre adversaire. Devant la puissante Alexia, elle est un roseau tremblant. »

« Quand même, tout un gâteau au chocolat pour elle seule, c’est n’importe quoi. Ça fait mal au ventre, ça fait mal au cœur, ça fait grossir. Alexia parle de plus en plus souvent de grossir. Elle ne se trouve pas belle, pas comme elle voudrait. Pas assez grande, le nez pas assez petit, les cheveux pas assez longs, pas assez épais, pas assez blonds, les yeux pas assez bleus. Ses fesses, ses cuisses, ses genoux, son ventre, ses seins, etc, , rien ne va, rien n’est comme elle voudrait. Alexia se déteste. À l’entendre on dirait un monstre. Presque chaque soir, leur mère passe du temps à essayer de la calmer quand Alexia répète qu’elle est grosse, ses jambes trop ci et ses hanches et ce double menton. Chloé n’y comprend rien. c’est du chinois pour elle. De quoi parle-t-elle? Alexia a beaucoup de défauts, mais elle est jolie et vraiment pas grosse. »

Un jour, je te mangerai, roman de Géraldine Barbe, à partir de 13 ans, collection Medium +, L’école des loisirs, janvier 2021 —

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