Un jour ce sera vide – Hugo Lindenberg

Tout commence sur une plage de Normandie, avec un soleil éblouissant, la transparence fascinante d’une méduse, et l’apparition soudaine de Baptiste. Le narrateur a dix ans tout juste. Solitaire et silencieux, en vacances avec sa grand-mère – bienveillante mais âgée – et sa tante – monstrueuse et insaisissable -, orphelin de mère, il s’occupe comme il peut. À la main un bâton, au bout de celui-ci cet animal aquatique gélatineux. Qui décidera de son sort? Lui? Baptiste, son futur meilleur ami? En commun accord? Ce jour-là scellera une rencontre lumineuse et avec elle une ouverture une issue, à l’incompréhension aux non-dits. Ce roman nous transporte, avec sensibilité poésie et mélancolie, au creux de l’enfance et ses incertitudes. D’où émergent des sensations et des sentiments de honte de jalousie de tristesse et de colère mêlées qui coulent et se répandent. Perte de la mère, différences sociales, poids d’un passé violent, silence étouffant, manque d’insouciance. Au côté de Baptiste, le jeune garçon explore expérimente une « famille normale », une mère douce et aimable, une maison belle et confortable. Un cocon rassurant. Il confronte et mesure sa différence. Le déséquilibre. Et s’éveille à travers leurs jeux et ses observations à plus de clarté sur le passé et plus d’envie à avancer dans la vie, à quitter sa jeunesse dépourvue de légèreté, à faire avec les traumatismes de son histoire familiale où l’Histoire avec un grand H s’est violemment immiscée. Un roman à l’écriture délicate et inventive, qui émeut et parvient à faire jaillir de la noirceur une lumière bienfaisante.

« Alors je ne fais rien d’autre qu’attendre que ma grand-mère se réveille de sa sieste et que reprenne la valse des tâches ménagères qui rythment nos journées. Petit-déjeuner, se laver, s’habiller, déjeuner, dîner, se baigner, se déshabiller, se coucher. Notre vie est une symphonie de robinets qui coulent, de chasses tirées, de bains vidés, de vaisselle lavée, de linge essoré. Et pour se divertir de ce déluge : la mer. Un milliard de milliards de mètres cubes d’apathie liquide devant lesquels s’ébrouent des familles ordinaires. »

« Caché sous le parasol, allongé sur une natte, une visière masquant mes yeux, j’observe le ballet des familles sur la plage. Mieux, je l’absorbe. L’intimité en plein air révèle quelques-uns des mystères tant convoités de la vie quotidienne des vrais enfants : l’onde paternelle pour laquelle on érige des châteaux, l’embarrassante attention des mères. »

« Le visage édenté de mon ami disparaissait derrière la dune d’une vague naissante pour réapparaître aussi naïf et franc l’instant d’après, riant de plus belle. Et je l’aimais tant que j’aurais voulu le noyer. »

« Ce corps m’enveloppe mais ne me contient pas. Dedans, l’espace est sans limites: je devine des galaxies aux années-lumière de silence là où se niche un cœur sans doute pas plus grand qu’un poing fermé. Il y a des plaines sous mon nombril que trois jours de vol ne suffiraient pas à parcourir. »

Un jour ce sera vide, roman d’Hugo Lindenberg, Christian Bourgeois éditeur, août 2020 —

3 commentaires sur “Un jour ce sera vide – Hugo Lindenberg

  1. Il me semble magnifique ce livre, humain, touchant, au coeur d’une enfance douloureuse et de ses incertitudes. Découvrir ses différences, s’en sortir et renaître ❤
    Merveilleuse image de la méduse.
    Je t'embrasse

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