Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin — Les chroniques Transat de Nadine et Nadège

Le poids de la neige comme le poids du Monde tout entier. Entre les lignes, l’apocalypse qui se dessine. Un village isolé au Canada. Un hiver rude. Une panne d’électricité qui s’éternise…. Des gens livrés à eux-mêmes. Captifs de la neige. Un homme – le narrateur – a un accident de voiture en rejoignant ce village qu’il a quitté dix ans plus tôt. Les habitants scellent alors un pacte avec Matthias – récemment arrivé – qui souhaite partir retrouver sa femme dans la ville voisine : il s’occupe du blessé pendant sa convalescence en échange d’une promesse de retour chez lui. Ainsi tous les deux sont liés, avec pour seul toit, celui d’une véranda. Atmosphère sombre malgré l’immensité blanche. Les jours se suivent et se ressemblent. Sauf qu’au fil du temps, certains parviennent à abandonner les lieux. Les visites de Joseph José et Maria qui apportent nourritures médicaments soins et baume au cœur s’espacent. S’installent un huis clos une méfiance la faim et l’angoisse de la fin. La survie commence… Et par sept fois, le roman s’interrompt par le déroulé du Mythe d’Icare – qui a le désir fou de s’échapper du labyrinthe à tire-d’ailes – allégorie de l’espoir vain du narrateur. Une lecture enténébrée et éprouvante, à la poésie mélancolique mais belle. La puissance de la nature, la survivance, l’errance humaine, le poids des paysages des visages et des sentiments. Lourd mais infiniment profond.

« Regarde. C’est un lieu plus vaste que toute vie humaine. Celui qui tente de fuir est condamné à revenir sur ses pas. Celui qui pense avancer en ligne droite trace de grands cercles concentriques. Ici, tout échappe à l’emprise des mains et du regard. Ici, l’oubli du monde extérieur est plus fort que toute mémoire. Regarde encore. Ce labyrinthe est sans issue. Il s’étend partout où se posent nos yeux. Regarde mieux. Aucun monstre, aucune bête affamée ne hante ces dédales. Mais on est pris au piège. Soit on attend que les jours et les nuits aient raison de nous. Soit on se fabrique des ailes et on s’évade par les airs. »

« Bientôt, il ne reste dans le ciel qu’une lueur grise et des tourbillons de neige. Je lève les yeux afin de me repérer dans l’étendue du paysage. Autour de moi tout est noir. Autour de moi tout est blanc. Sur le côté, je finis par apercevoir la ligne sombre de la forêt. C’est le seul indice qui me rappelle que je ne suis pas en train d’avancer en plein désert. »

« La panne, ton accident, ce village, tout ça, ce ne sont que des détours, des histoires incomplètes, des rencontres fortuites. Des nuits d’hiver et des voyageurs. »

« La neige est un lit de cristaux tranchants. Il faut que je me relève, mais le froid m’en empêche. J’ai peur. Je refuse de finir comme ça, replié sur moi-même, la face au sol. Je rassemble mon courage et me retourne sur le dos, les bras en croix, les paumes vers le ciel. Autour de moi, les ténèbres rôdent. La nuit a faim. Et les flocons sont carnivores. »

Merci ma Nadine, ma douce amie de l’autre côté de l’Atlantique pour ce beau livre offert. Et quoi de plus beau que ce livre offert par toi justement, pour commencer nos Chroniques transat – lantiques -! Durant cette année, nous égrènerons les mois avec à chaque fois un thème choisi par l’une et l’autre alternativement. Le thème de Janvier était La neige… nous devions toutes deux chroniquer en secret un livre s’y rapportant. Et délicieusement le découvrir ensemble aujourd’hui! Voici celui de Nadine!

Le thème de février sera : Souvenirs d’enfance

Si certains d’entre vous souhaitent monter à bord de notre transat, vous êtes les bienvenus!

Le poids de la neige, roman de Christian Guay-Poliquin, éditions La peuplade, 2016 —

16 commentaires sur “Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin — Les chroniques Transat de Nadine et Nadège

  1. Ah ma précieuse Nadège, le plaisir de partager ces chroniques avec toi est immense, je suis si heureuse! ❤
    Un billet si beau et juste, reflet de tes écrits et de la magnifique personne que tu es, toute en douceur et délicatesse. À l'image de cette neige que tu as choisi d'aborder…
    Je t'embrasse fort

  2. Voilà un roman qui me fait de l’œil depuis quelques temps maintenant. Le problème c’est que j’ai pas de transat dans lequel je puisse le lire…

  3. Lu et beaucoup apprécié… On a d’ailleurs reçu dans ma région canadienne hier un bon 40 cm de neige! C’est féérique toute cette blancheur aujourd’hui!

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