L’attrape-cœurs – J.D Salinger

Pour la énième fois, Holden Caufield dix-sept ans, est exclu de son collège cossu. Trois jours. Juste avant les vacances de Noël. Redoutant la confrontation éprouvante avec ses bourgeois de parents, il décide de repousser l’échéance. Il attrape un train, arrive à New-York, loue une chambre sordide et cogite. Sensible indocile, en colère chagriné, impulsif oppressé ; des questions sans réponses se heurtent dans sa tête. Le tunnel qu’il traverse l’écœure. L’enfance s’efface, et se profile le monde des adultes. Un monde dont il se méfie. Cet entre-deux l’ébranle. Dans un flot de mots, il interpelle le lecteur avec une sincérité brute, lui fait part de sa confusion de ses expériences de ses réflexions. Entre flash-back et présent, on chemine avec lui, dans ses pensées et dans les rues les taxis les bars et autres théâtre zoo de New-York. Une errance où violence douceur alcool sexualité mensonge souvenir se superposent. Ça tangue, ça s’enchevêtre, ça déborde. À fleur de peau, Holden avance pourtant, mais la direction est incertaine. Les quelques heures passées auprès de Phoebe, sa petite sœur, sont bouleversantes de tendresse. En la regardant sur un manège, il voit se dérober l’enfance, et avec elle l’insouciance la bonté le vrai. Ce roman est un chef d’œuvre. L’écriture à l’os, familière, palpitante est d’une véracité infiniment touchante et l’adolescence tourmentée décrite dans les années cinquante demeure d’actualité. La construction narrative est tellement habile, qu’en lisant la dernière phrase, Holden me manquait déjà. Terriblement.

« Mon rêve, c’est un livre qu’on arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. Mais ça n’arrive pas souvent. J’aimerais assez téléphoner à Karen Blixen. Et à Ring lardner, sauf que D.B m’a dit qu’il était mort. Tout de même, prenez ce bouquin, Servitude humaine de Somerset Maugham. Je l’ai lu l’été dernier. C’est pas mal du tout, mais j’aurais pas envie de téléphoner à Somerset Maugham. Je sais pas, c’est le genre de mec que j’aurais jamais envie d’appeler. J’appellerais plutôt le petit père Thomas Hardy. Son Eustacia Vye, elle me plaît. »

« On a un peu flirté dans le taxi qui nous emmenait au théâtre. D’abord elle voulait pas bicause elle avait du rouge à lèvres et tout, mais je faisais ça vraiment au séducteur et elle avait pas le choix. Deux fois, quand le taxi a dû s’arrêter brusquement bicause la circulation je suis presque tombé de mon siège. Ces salopards de chauffeurs de taxi ils regardent jamais où ils vont, je vous jure. Puis, juste pour vous montrer que je suis vraiment barjot, comme on se remettait de la grande embrassade je lui ai dit que je l’aimais et tout. Naturellement, c’était un mensonge. Mais au moment où je l’ai dit j’étais sincère. Je suis dingue, je vous jure. »

« – Je le sais bien que c’est un poème de Robert Burns. Remarquez, elle avait raison, c’est « Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles. » Depuis j’ai vérifié. Là j’ai dit : « Je croyais que c’était « Si un cœur attrape un cœur. » Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grands champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils s’approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-cœurs et tout. D’accord, c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être. »

« C’est drôle. Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer. »

L’attrape-cœur, roman de J.D Salinger, traduit de l’américain par Annie Saumont, première parution en 1951 –

3 commentaires sur “L’attrape-cœurs – J.D Salinger

  1. « L’écriture à l’os, familière, palpitante est d’une véracité infiniment touchante et l’adolescence tourmentée décrite dans les années cinquante demeure d’actualité » C’est complètement ça !

  2. un classique, je me souviens avoir adoré, je le relirais d’ailleurs bien tant il m’a marquée…je dois d’ailleurs l’avoir en rayon. Les tourments de l’adolescence sont fascinants et éternels 🙂

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