Secret de Polichinelle – Yonatan Sagiv

secret

De l’aplomb à revendre, du bagout, des connaissances dans tout Tel-Aviv, des attitudes volontiers insolentes voire moqueuses, la trentaine bedonnante, une homosexualité assumée, des jobs trouvés aussi vite que laissés, Oded Héfer – qui parle de lui à la troisième personne du féminin, vient de s’auto-proclamer détective privé – étant un fervent admirateur de Remington Steele Philip Marlowe Hercule Poirot et consorts. Il lui faut absolument trouver sa voie, n’osant imaginer un retour chez ses parents. Ce métier-là lui semble parfait : pas  besoin de formation – il placarde au-dessus de son bureau quelques diplômes dénichés sur internet, histoire d’être crédible! – , pas trop fatiguant, des indiscrétions à tout va, un désir de gloire, et l’occasion de rencontrer le grand amour… De toute façon, rien ne l’inquiète, rien ne l’étonne, il fait fi des différences et se fond sans souci dans le paysage, peu importe la classe sociale. Par chance, une première cliente arrive à lui : Mira Tamir, issue de la haute société israélienne. Sa sœur Smidar, femme d’affaire richissime s’est, selon la police, défenestrée alors qu’elle était soignée à l’hôpital pour un cancer. Mira ne croit pas au suicide et demande à Oded de retrouver au plus vite l’assassin de sa sœur. Le détective amateur s’immerge alors dans cette famille fourmillante de secrets et de zones d’ombre… Un polar efficace, un détective décalé, une galerie de personnages pittoresques, une plongée dans la société de Tel-Aviv, du rythme, des rebondissements et de l’humour caustique. J’ai passé un très bon moment de lecture auprès d’Oded! Hâte de le retrouver dans de nouvelles investigations!

« Dès que Mira pénètre dans mon bureau, quelque chose dans cette femme me turlupine. Quelque chose dans sa blouse blanche paysanne. Dans ses traits dépourvus de maquillage, ses grands yeux bleus, sa chevelure châtain ondoyante, coupée avec désinvolture, son corps svelte, son pantalon de toile modeste, ses mocassins bateau gris et simples – quelque chose dans cette décontraction pue le calcul à plein nez. Tu ne m’auras pas une seule seconde, ma douce, me dis-je en décochant un sourire aimable à la femme qui se tient, hésitante, à ma porte. Mais, en ces temps difficiles, un détective privé  dans un bureau vide et zéro client ne peut pas se payer le luxe de faire la fine bouche. Comme disait ma grand-mère : même avec beaucoup d’amour, l’épicier ne te fait pas crédit. »

« Des vagues de rire moqueur retentissent dans mon dos. Je me retourne. Philip Marlowe, Hercule Poirot et Sherlock Holmes sont assis sous mon nez. Relégués au dernier rang, un cigare à la bouche, Miss Marple porte des jarretières. Les hommes tels des juges aux jeux Olympiques, tiennent des panneaux sur lesquels le chiffre zéro est inscrit avec du sang. Miss Marple rit aux éclats. Saisi de colère, je signale à Hercule Poirot qu’il ressemble à un oeuf sur lequel on aurait dessiné une moustache. Philip Marlow me montre du doigt et hurle de rire. Sherlock Holmes me demande si je veux du café. « Tu veux du café? », me demande de nouveau Sherlock Holmes, ses traits se confondent avec la trogne de Yaron Malka. Je cligne des yeux. Yaron Malka est dans la cuisine , son caleçon acheté en gros au souk HaCarmel met en relief sa peau cuivrée et son corps imposant. Il se verse un café. Fais comme chez toi, ma jolie, te gêne pas. »

Secret de Polichinelle, roman de Yonatan Sagiv, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche, éditions de l’Antilope, octobre 2019 —

2 commentaires sur “Secret de Polichinelle – Yonatan Sagiv

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