Ce que nous sommes – Caroline Bongrand

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La fin d’un amour à Délos, déception et désillusion, la mort de la mère, mésentente et malentendu, des maux physiques psychologiques émotionnels impénétrables, le sentiment que son nom sonne faux, des interrogations à foison sur l’arbre familial, des blancs, des doutes… autant d’éléments épars et pensants qui engorgent la vie de Caroline Bongrand. Plus que tout, elle désire lever le voile sur le passé pour réveiller – révéler – son présent. Cela devient pour elle viscéral d’en savoir davantage, pour comprendre ses propres agitations attitudes et décisions concernant ses relations amoureuses destructrices,  son lien  filial trouble, son hypersensibilité. Alors elle remonte le temps du côté maternel et paternel, tente de reconstituer le puzzle familial. À travers des photographies, des témoignages, des documents, elle dessine le portrait des hommes et des femmes – s’attardant sur elles évidemment – de sa lignée. Des femmes différentes ; des taiseuse qui s’effacent, et d’autres qui brillent, extravagantes et déterminées. Avec de part et d’autre, des amours passionnelles. Au cours de ses recherches, l’auteure fait des découvertes étonnantes, souvent émouvantes où l’histoire familiale et l’Histoire avec un grand H se croisent – elle apprend notamment que Michel Bongrand son père, résistant coordinateur de la France Libre, est sauvé de la mort par un soldat qui se sacrifie pour lui : un dénommé Jean Piot ; Ernest Raudnitz son arrière-grand-père, couturier célèbre, qui avait pour cliente Madame Proust avait fait fabriquer une petite chaise pour le petit Marcel lors des essayages… On lui a aussi parlé de La maison arabe à Orsay, endroit extraordinaire malheureusement détruit. Elle se rendra d’ailleurs sur ce lieu de mémoire en pélerinage, et sous les gravats trouvera une étoile de David gravée sur une marche, intacte -. Et lorsque les manques ne sont pas comblés – ou ne la comble pas!? – par les traces anciennes, elle convoque la littérature. Elle invente, elle crée de toute pièce les liens. Assemble les fragments.
Un roman autobiographique prenant, une écriture spontanée, une construction narrative faite d’allers et retours temporels, une quête de sens intime qui soulève des questions existentielles universelles – les agissements de nos aïeux déterminent-ils les nôtres? Existe-t-il une prédisposition familiale, relative à nos comportements à nos amours à nos aspirations?

« Il faudra que je regarde la définition du mot « excursion ». Est-ce sortir de soi? Il y a des endroits qui nous changent. L’on en attendait rien. On ne fait que s’y trouver. Et quelque chose vient nous surprendre au fond de nous, nous sortir d’une routine ou nous réveiller d’une mélancolie tue, ou, là : faire écho. »

« Il faut un lieu pour faire une famille, un lieu fixe. Peut-être que mes parents n’ont pas réussi à construire une famille parce que pour eux il n’existait déjà plus de lieu, ou qu’ils n’ont pas su en choisir un. Parce qu’il n’ont jamais véritablement réussi à s’ancrer, géographiquement. Chacun porte en soi des impossibilités, c’est comme ça. Il faut une terre, même regrettée, même imaginaire, ou, à défaut, promise. »

« Un véritable amour, c’est quelqu’un à qui l’on pense encore des années après – tout une vie en réalité. Sinon, c’était un tout petit amour. Personne ne parle jamais du « petit amour ». On devrait. »

« J’ai mis quarante-six ans à m’aimer. Cela aurait pu être pire, j’aurai pu ne jamais y parvenir. J’ai décidé de m’aimer, parce que c’est la seule chose à faire. Arrêter de se comparer aux autres, arrêter de se morfondre sur ce que l’on aurait pu faire ou réussir, de trouver des excuses pour ne pas faire les choses, arrêter de penser et de dire que c’est la faute des autres. Nous sommes toujours responsable de ce qui nous arrive. « 

Ce que nous sommes, roman de Caroline Bongrand, éditions Denoël, janvier 2020 —

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