Jours d’hiver – Bernard MacLaverty

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Depuis de longues décennies, Stella et Gerry vivent ensemble. Mariés, parents d’un fils parti au Canada, grands parents, retraités, ils respirent aujourd’hui le même air de leur maison irlandaise et partagent presque toutes les heures du jour et de la nuit. Un quotidien devenu pesant pour ce couple, qui avec le temps s’interroge sur ses sentiments présents, sur les fêlures que le passé a creusé, et sur l’horizon au crépuscule de son existence. Les années ont filé à une vitesse folle, chacun investi dans ses occupations professionnelles, les éloignant l’un de l’autre. Et maintenant, mari et femme se retrouvent tous les deux, côte à côte. Avec chacun son addiction : l’une la religion – en quête d’une lumière, d’une échappée – l’autre l’alcool – dépendance qui le rend aveugle et sourd au mal-être de Stella. Perdus dans leur solitude respective, ils s’envolent pourtant pour Amsterdam. Un voyage plein d’espérance pour Stella qui souhaite enfin avoir la force de libérer ses mots son trouble, et de quitter cet homme qu’elle pense ne plus aimer.
Un roman intimiste à la portée universelle sur les tourments de la vie de couple, le temps qui passe, les oscillations du cœur, le déclin physique et psychologique lié à la vieillesse. Un roman infiniment touchant, avec des personnages ô combien attachants et des dialogues tour à tour tendres et percutants d’une grande justesse.

« En parlant, Stella n’arrivait pas à soutenir le regard de Gerry, ce qui ne lui ressemblait pas.
« Je fais du surplace, reprit-elle. J’ai fondé ma famille, j’ai rempli ma mission. Ça ne peut pas être terminé, si? Il me reste dix ou vingt ans, disons. On a mal découpé le patron de notre vie. Elle ne nous va pas bien. En tout cas pas la mienne… mais je ne sais pas pour toi.
Gerry haussa les épaules. Puis il comprit soudain qu’elle faisait de l’ironie. Elle se tue un moment.

« Je suis paumé, dit-il en cherchant son regard. Qu’est-ce que tu essaies de me dire?
– On n’a pas les mêmes croyances, poursuivit-elle les yeux toujours rivés sur la nappe.
– On l’a toujours su, ça.
– Mais maintenant les choses ont changé. J’ai le sentiment de partir à la dérive. Je veux faire quelque chose du temps qu’il me reste. Autre chose que de te regarder boire.
– Est-ce que je suis quelque part dans ton story-board?
– pas vraiment.

« Non, est-ce que tu te sens proche de moi.
-On est côte à côte.
-Allez. Réponds moi.
-Comment formuler ça? Disons que si quelqu’un me demande depuis quand on est mariés, je réponds simplement : »Ça commence à faire longtemps. » Ils sourirent tous les deux. Il y eut un silence, de temps en temps interrompu par les bruits du sécateur et de la bêche plantée dans la terre meuble. »
« Dans toute relation, il y a une fleur et un jardinier reprit Stella. Un qui fait le boulot et l’autre qui parade. »

Jours d’hiver, roman de Bernard MacLaverty, traduit de l’anglais (Irlande) par Cyrielle Ayakatsikas, Rivages, octobre 2019 —

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