L’amant – Kan Takahama, d’après le roman de Marguerite Duras

amant

À l’aube de ses soixante-dix ans, Marguerite Duras, romancière reconnue, est abordée par un homme dans la rue. Il lui parle de ses livres et de son visage qu’il trouve si beau aujourd’hui. Elle ne s’attendait pas à ces mots-là. Ce visage a subi tant de tempêtes, d’alcool… les ravages du temps… elle a tant écrit… Était-elle belle dans sa jeunesse? Elle s’est toujours vu comme une personne banale, qui avait vieilli soudainement à dix-huit ans. Son passé surgit alors… elle se souvient des traversées du Mékong et ses reflets d’argent pour rejoindre la pension d’état à Saïgon où elle étudiait, forcée, les mathématiques – elle, rêvait déjà d’écrire – de sa mère, veuve, directrice d’école ruinée suite à un investissement hasardeux au Cambodge, de ses deux frères, et surtout de son histoire d’amour avec le Chinois, un homme trentenaire, élégant et richissime rencontré un jour sur le bac. Avec lui, elle découvre le désir et le plaisir sexuels. À ses côtés, elle s’émancipe, s’extirpe d’une condition sociale difficile, de relations tourmentées avec sa mère, violentes avec  son frère aîné. Elle renverse les interdits en fréquentant un asiatique, un rentier, un homme expérimenté, elle la blanche, la pauvre, l’adolescente. On perçoit sa détermination à faire fi des codes, de la honte, de la peur, de la bienséance. On assiste à son affranchissement, à son ardeur à vouloir écrire. Leur histoire troublée et troublante navigue sans cesse entre amour et argent, elle n’a pas d’issue, le Chinois doit se plier aux injonctions de son père. Son mariage est organisé. Il donne de l’argent à la jeune femme qui prend alors le bateau pour la France avec sa famille. Ce n’est que durant la traversée, et le suicide d’un jeune homme qu’elle prend conscience de l’amour incommensurable ressenti pour le Chinois…
La mangaka Kan Takahama adapte le roman autobiographique de Marguerite Duras avec délicatesse et fidélité. Ses illustrations aux traits fins et sensibles sont enveloppées de couleurs douces et lumineuses. Le texte, rare, va à l’essentiel. Quant au paysage, il nous plonge dans une beauté mélancolique. En tournant la dernière page, une envie furieuse nous prend de lire le roman.

« Très jeune j’ai eu ce visage prémonitoire. À dix-huit ans… j’ai vieilli. J’ai beaucoup écrit… sur moi, sur ma famille, mais… C’était autour des choses… sans aller jusqu’à elles. Le Mékong argenté… Cette image… je n’en ai jamais parlé. Je suis seule à la voir encore. Quand cette histoire commence… j’ai quinze ans et demi. Je suis dans une pension d’état à Saïgon. La fille de cette pauvre maison dans le quartier des Blancs. Et puis… »

L’amant, bande-dessinée de Kan Takahama d’après le roman de Marguerite Duras, traduction et adaptation de Corinne Quentin, Rue de Sèvres, janvier 2020 —

4 commentaires sur “L’amant – Kan Takahama, d’après le roman de Marguerite Duras

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s